‹ Recherches sur la faune littorale de Belgique (volume 3)Chapitre 29 sur 103 · Tome XXV · texte numérisé non relu

Tome XXV

très-contractiles et font l'effet de ventouses. C’est par ce moyen que ces Helminthes s’attachent solidement aux parois intestinales.

Il n’y a pas de cou proprement dit, lès anneaux commencent immédiatement derrière la tête et ne discontinuent plus jusqu'à lextrémité opposée.

Proglottis. — Ce ver est d’un blanc mat dans toute son étendue; quelques individus et parfois certains anneaux montrent des tubercules de couleur foncée. Cette couleur provient des œufs que l’on aperçoit à travers l'épaisseur de la peau et qui se colorent au contact de la lumière.

L'étude de l'appareil générateur n’est pas facile; j'ai rencontré de trèsgrandes difficultés avant d’être parvenu à reconnaître les différents organes.

Mon attention s’est portée d’abord sur les anneaux complets. Je dessinais ce que je voyais, mais sans y rien comprendre, ni même sans pouvoir reconnaître les limites de chaque organe. Je distinguais une grande poche remplie d'œufs, que l’on voit même avec une loupe, une autre poche très-claire, un tube contenant aussi des œufs et puis quelques parties obscures indéterminables.

Dessiner ce que l’on a sous les yeux est un premier pas vers la détermination des organes, quand l’objet que l’on voit n’est pas produit par une circonstance fortuite et passagère ou une disposition morbide. C’est ce dont j'ai pu m'assurer aisément dans ce cas. Après avoir dessiné avec soin quelques anneaux, et avoir comparé soigneusement les organes en cours de développement avec ceux des autres Cestoïdes, j'ai réussi à débrouiller ce singulier appareil et à distinguer entre eux les organes qui le composent. Ce n’est toutefois qu’au bout de deux jours d’un travail assidu que cet appareil est devenu pour moi intelligible.

Dans chaque anneau, il y a deux ou trois appareils mâles et femelles complets !; je pense que ces anneaux se divisent encore plus tard, de manière à n'avoir plus qu’un appareil dans chaque animal.

1 J'ai vu des anneaux qui en contenaient jusqu’à six.

Les organes des deux sexes sont intimement unis. Les tubercules que l'on aperçoit dans les individus adultes sont formés par le gonflement de la matrice. Je n’ai jamais vu sortir le penis.

On reconnaît aisément un ovaire, un oviducte, une poche de séjour pour les œufs ou une matrice, un testicule, une poche spermatozoïdale, un penis et un canal déférent.

Vers le milieu de l'anneau, en dessous ou plutôt en arrière de chaque petit appareil , on distingue un corps glanduleux dans lequel on reconnaît aisément les cœcums qui le constituent : c’est l'ovaire qui présente constamment le même aspect. On ne distingue jamais d'œuf complet dans son intérieur, c’est pourquoi on pourrait le déterminer aussi comme le germigène.

Sur le côté de cet organe glandulaire, on voit constamment une vésicule que l’on prendrait pour une vésicule de dépôt; elle est toujours opaque et contraste avec les autres organes. Les œufs doivent passer par son intérieur, comme on le voit clairement dans les jeunes anneaux. C’est elle probablement qui sécrète les globules vitellins. Les œufs ne sont complets qu'après leur passage à travers cet organe.

On voit ensuite un long oviducte, sur le trajet duquel est situé l’appareil mâle. Cet oviducte s’élargit à mesure que les œufs se forment. Il est dilaté au bout, en forme de bourse et distinct de très-bonne heure. Les deux taches noires que l’on voit souvent sur les jeunes anneaux, l’une un peu en dessous de l’autre, sont produites par cette bourse et celle du penis.

Les œufs se rendent de l’oviducte dans son intérieur et y font un séjour plus ou moins long. Je ne puis la considérer que comme la matrice. Cette poche, toute petite d’abord, et située au bout d’un long tube, comme la bourse du Pourpre des Limaces, se dilate insensiblement à mesure que les œufs pénètrent; elle forme une saillie à l'extérieur et finit par dépasser en volume tout l'appareil.

De cette poche ou matrice les œufs se répandent au dehors en déchirant les parois; en plaçant un de ces vers chargé d’œufs sur le porte-objet du microscope, ou sur une surface plane à l'air, on voit les œufs sortir

en abondance par chaque tubercule, et de la surface s'élèvent autant de tas d'œufs qu'il y a d'appareils.

Les œufs sont proportionnellement grands, de forme ovale et entourés d'une coque dure, de couleur brunâtre. Chaque matrice peut en contenir une centaine, y compris ceux logés dans l’oviducte.

On compte dans un Strobila un millier de segments et dans chaque segment, en moyenne, au moins une centaine d'œufs, ce qui fait au delà de 300,000 œufs que chacun d’eux peut produire.

Sur le trajet de l’oviducte, on aperçoit partout une poche claire et transparente que l’on découvre à l'extérieur à travers l'épaisseur de la peau. Dans son intérieur est logé le penis, qui est fort court et ne dépasse pas en longueur le double du diamètre de la poche. Derrière cette poche, on découvre un autre organe glandulaire que je crois être le testicule. On distingue aussi des tubes terminés en cœcum. Un court canal unit cet appareil màle à celui de la femelle : c’est le canal déférent ou le spermiducte.

TRICUSPIDARIA NODULOSA.

(PI. XXIL.)

Cet Helminthe est un des plus anciennement connus et un de ceux sur lesquels on a le plus écrit; son histoire toutefois est encore bien incomplète, tant dans les diverses phases de son développement que dans sa composition anatomique. On est même loin d’avoir reconnu ses véritables affinités zoologiques.

Voici les noms sous lesquels ce ver a été désigné et les auteurs principaux qui en ont fait mention.

Synon. — TENIA NODULOSA. . . . . . Pallas, Diss. de Intest. Elench. zooph., p. 415; Nordmann, Mikr. Beytr., &. 1, p. 90, tab. 5, fig. 32.

Texia rricuspmara . . . . Bloch, Beschaft. D. Berl., N., fr. 4, p.451, tab. 15, fig. 1 à5. TENIA NODOSA. . . . . . Batsch, Bandw., p. 148, n° 15, fig. 76 à 79. Ruvrecmnrus Luc. . . . Zeder, Nachtrag., p. 217.

Ruyris Luc. . . . . .. — Naturg., p. 291, part. I, tab. 4, fig. 4.

Synon. — Tricusrwaria Nopucosa . . Rud., Entoz., vol. IN, pl. IL, p. 32. TRIOENOPHORUS . . . . . . Rud., Synopsis, page 155 et 467. Borrioc. rricusris . . . . Leuckaert, Zool. Bruchst., pl. IL, fig. 34 à 56. Tarornornorus Nooucosus. Bremser, Zcon. Helm., pl. XIT, fig. 4 à 16. TricusPipaRIA NoDULOSA . . Lamarck, Anim. s. vertéb. Triognornorus NoouLosus . De Blainy, Dict. art. vers, p. 596. — — Creplin, Allg. Enc., t. XXXI, p. 295.

np = Du Jardin, ist. nat. Helm., p. 625.

Tricuse. Nonurosa . . . . Cuvier, Règne animal illustré, Zooph., pl. XXXIX, fol. 5.

J'ai trouvé cinq individus dans le second Brochet que j'ai visité à cet effet; quatre d’entre eux étaient attachés assez haut dans l'intestin grêle ; le cinquième était seul, quelques centimètres plus bas. Le corps de tous était étendu dans la longueur de l'intestin. L’intestin ne contenait pas de Proglottis.

M. Du Jardin dit ne pas l'avoir observé en France.

La figure de Bremser (Icon. Helm.) ne donne pas une bonne idée de ce ver; cependant elle vaut encore mieux que d’autres qui ont été publiées depuis.

Le Scolex n’est guère séparé des premiers segments par une ligne de démarcation bien nette; c’est tout au plus si, par moment, il se distingue par un léger gonflement. La forme de cette partie du corps est trèsvariable; en général, on voit un bourrelet qui la termine.

On distingue un bulbe à travers les parois; je ne l'ai pas vu faire saillie ; il paraît pouvoir se creuser en cul-de-sac.

Les crochets sont au nombre de quatre; le prolongement médian n’est qu'une apophyse engagée au milieu dés parties molles, il n’y a que deux pointes en dehors, comme dans le B. uncinatus. L’apophyse se voit à peine quand on regarde les crochets de face. Ils sont cornés, fort roides et d’un jaune légèrement brunâtre. On peut facilement voir les quatre crochets en comprimant légèrement la tête. C’est ainsi qu’ils sont figurés dans le règne animal, mais la pointe est dirigée en avant au lieu d’avoir la direction opposée.

La partie désignée sous le nom de cou est fort longue et très-étroite ; elle peut s’allonger considérablement. On voit les quatre cordons longi-

tudinaux qui semblent avoir échappé jusqu'à présent aux anatomistes. J'ai vu aussi des œufs circuler dans l’intérieur.

La contractilité de tout le Strobila est très-grande ; le corps peut s’élargir sur un point, se resserrer sur un autre et par là offrir l'aspect noueux qu’indique son nom spécifique. Il y a, du reste, d’autres espèces qui possèdent cette particularité à un aussi haut degré que lui.

Le corps s’élargit insensiblement, en s’éloignant de la tête, les bords deviennent frangés; les anneaux prennent de plus en plus l'aspect d’un ruban, et l'appareil sexuel apparait.

Les limites des articles, même des derniers, sont moins nettement indiquées que dans la plupart de Cestoïdes. On ne peut pas dire cependant que ce ver n’est pas articulé, et il y a des figures qui, sous ce rapport, en donnent une fausse idée.

En comprimant quelques anneaux, on voit que le penis s'ouvre sur le côté, tantôt à droite et tantôt à gauche; on le voit souvent deux fois d’un côté, puis deux fois d’un autre, et puis cinq ou six fois de suite il offre la même direction.

On voit à l'extérieur l’ovisac, mais c’est à tort qu'on lui a donné une ouverture; les œufs se répandent par le milieu du corps à travers les parois qui se déchirent.

Jusqu'ici personne n’a parlé de cet appareil; cette lacune laissait une grande incertitude dans l'esprit de ceux qui cherchaient à classer ce ver. Cette description va lever tous les doutes.

A chaque penis correspondent deux organes ou plutôt trois organes parfaitement distincts et dont la nature ne peut pas être douteuse; on reconnaît très-bien le testicule, l'ovaire et l’ovisac. Disons un mot de chacun d'eux, en commençant par le penis.

Cet organe s'ouvre sur le côté tout près du bord; il est logé dans une poche que l’on reconnaît aisément par sa transparence et qui fait quelquefois saillie au dehors en formant une sorte de sac herniaire. J'ai vu le penis se mouvoir dans l’intérieur de cette poche près de l'ouverture, sous la forme d’un cordon disposé en spirale, mais je ne l'ai pas vu apparaître en dehors. Les parois de la gaîne interne sont contractiles sur

toute la longueur; j'ai vu distinctement des pulsations semblables à celles que l’on observe sur les vaisseaux des Annélides et le long vagin des autres Cestoïdes.

Le testicule est placé sur la ligne médiane; il se compose, comme dans tous ces animaux, d’un long cordon entortillé, Je dirai toutefois que l’analogie a puissamment contribué à me faire découvrir cet organe. Sur le côté, le long de la poche du penis, j'ai reconnu une petite bourse pourvue d’un long canal et dans laquelle grouillent des myriades de granulations ; quelques-unes d’entre elles ont de six à vingt fois le volume des autres. Je n’ai pas vu de filaments à ces globules, mais je les ai pris toutefois pour des spermatozoïdes. Si je ne me trompe, ce canal aboutit au milieu de l’organe suivant.

L'ovaire est situé entre le testicule et la poche du penis; il est composé de deux cavités; dans l’une et l’autre on observe des corpuscules immobiles : ce sont, je pense, les globules qui doivent former les œufs par leur réunion.

Au point où aboutit le canal spermatozoïdale, j'ai vu souvent des œufs, dont la coque n’était pas encore formée, se contracter et se mouvoir comme une Planaire. J'ai vu deux fois ces œufs se former en apparence par la réunion de deux moitiés; ceux qui sont rapprochés de l’ovisac sont entourés d’une coque et ne présentent plus aucun mouvement.

L'une moitié de cet organe glandulaire femelle produit-elle les vésicules germinatives et l’autre les globules vitellins? C’est probable, si l'on en juge d’après ce que j'ai observé dans d’autres genres. J'ai vu aussi quelques œufs se bosseler, comme s’ils éprouvaient les phénomènes de la segmentation. Comme les canaux de communication du testicule et des ovaires ont échappé à toutes mes recherches, je ne puis juger de ces rapports que par analogie.

Quelque imparfaits que soient ces détails, ils indiquent toujours que ces vers sont assez voisins des Bothriocéphales. J’éprouve un bien vif regret de ne pouvoir compléter ces recherches.

Je dirai en passant que j'ai vu des Ligula composés d'articles comme tous

les autres Cestoïdes, et qu’ils se rapprochent, surtout par leur appareil générateur, des deux genres qui précèdent. Les canaux longitudinaux sont très-nombreux dans ces vers et présentent sur leur trajet un si grand nombre d’anastomoses qu’ils simulent un réseau capillaire. Je crois que ces canaux ont été pris pour des nerfs.

J'ai vu des œufs complétement formés dans l’intérieur du corps, ce qui démontre que le Strobila que j'avais sous les yeux était adulte.

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