TER AT
milieu du corps. Le Scolex a donc une tête distincte, une queue, deux
appendices ordinaires, un bulbe buccal, un renflement pharyngien et un
cœcum intestinal.
Autour du tube digestif, on voit surgir ensuite des corps arrondis sous forme de vésicules, qui grandissent assez rapidement et deviennent des Cercaires ou Proglottis.
Ce Scolex n’a aucun organe de locomotion, et c’est à peine si on découvre en lui quelque mouvement indiquant la vie.
Le corps ne se déforme pas comme dans d’autres espèces; quand sa progéniture est müre, les parois du ei crévent, et elle échappe pour mener une vie indépendante.
Les Cercaires sont à peu pres au même degré de développement dans chaque Sporocyste, et se distinguent par leur be intestinal qui se détache nettement.
Le Proscolex est sans tube digestif et n’a donné naissance qu'à un seul embryon ; mais le Scolex pouvant se nourrir aux dépens de son hôte, engendre un certain nombre d’embryons à la fois.
Cette Cercaire se distingue surtout par la queue, qui est très-longue et qui est bordée de chaque côté par une membrane mince et transparente.
La Cercaire a un bulbe pharyngien, un œsophage très-long qui s'étend jusqu'à la ventouse postérieure, et deux tubes digestifs dont dé cul-de-sac est situé à côté de la vésicule pulsatile.
Nous avons vu un individu, ayant perdu la queue, s’enrouler instantanément pour se transformer au milieu de plusieurs autres qui s’enkystaient directement sur le corps de la paludine vivipare.
L'appareil sécréteur montre distinctement des filaments vibratiles à la hauteur de la ventouse antérieure et à côté de la vésicule pulsatile.
La vésicule pulsatile a la forme carrée, et au devant d’elle on en voit une seconde qui s’abouche dans la première et qui a une forme ronde : c’est à cette dernière qu’aboutissent les deux canaux principaux; en avant ils se replient, reviennent à la queue, et là se replient de nouveau pour aller se perdre à la partie antérieure du corps.
On voit distinctement l’orifice de la vésicule pulsatile.
Des cellules à noyau se développent en avant et en arriére de la ventouse ventrale, et forment, croyons-nous, la gangue des organes sexuels.
La tête est nue et sans aucune épine dans les Cercaires, mais au moment même où l’enkystement commence, des épines surgissent, et bientôt toute une couronne entoure la tête.
Les pr emieres épines que Von apercoit Sont celles qui se trouvent en dessous de la bouche. Il y a même un moment qu'on n’aperçoit que celleslà et elles semblent sortir simultanément d’une vésicule. Les autres épines semblent se développer tout autour du bulbe pharÿn ss ARS Ces organes se sont présentés, tantôt comme s'ils se trouvaient sur deux rangs et de longueur différente, tantôt comme ne formant qu'un seul cere de et de même longueur. Cela dépend-il de ce qu’on les voit plus ou moins de profil ?
Peu après la sortie du kyste dans le tube digestif du nouveau patron, le corps du Ver s’allonge, la ventouse abdominale se rapproche davantage de la bouche, le corps se rétrécit un peu en avant, et la couronne d’épines recouvre toute la tête.
Ce n’est que pendant cette dernière période de la vie que ces organes doivent servir. À l’aide des épines les Distomes tiennent aux parois de lintestin, comme les Ténias à l’aide de leurs crochets.
La tète diffère notablement d'aspect selon la position de l'animal. Elle est quelquefois tronquée, et on voit alors les crochets placés régulièrement le long du bord; ou bien, etce qui arrive plus communément, la tête se prolonge en avant par une sorte de sucoir, et l'animal porte une collerette.
La peau présente de vastes rides que l’on voit surtout sur le côté et qui rendent le milieu du corps annelé. Ce sont des bourrelets unis ou bien des rangées transversales de papilles mousses et arrondies, quelquefois aussi des pointes comme des piquants ; on dirait le corps hérissé. ’
Les piquants qui ont acquis tout leur développement sont droits: ils forment une double rangée: les uns sont grands et on en compte uñe douzaine dans la moitié de la circonférence; les autres n’ont que la moitié de
à leur longueur et alternent avec éux. De chaque côté on distingue en outre
quatre ou cinq crochets dans un ordre moins régulier.
L'appareil digestif se distingue par une ventouse buccale fort petite ; la bouche, presque terminale, est suivie d’un bulbe phary ugien fort long et proportionnellement petit.
L'œsophage est très-long et il ne se bifurque pas avant d’avoir atteint la ventouse postérieure.
Le contenu du tube digestif est eulore
L'appareil excréteur est trés-développé encure à cet àge; on voit, surtout vers le milieu du corps, des canaux repliés en zigzag quand le Ver est contracté, et dans l'intérieur on distingue un mouvement ondulatoire ou circulaire produit par de longs cils vibratiles.
La vésicule pulsatile est assez grande et elle laisse souvent échapper sous les yeux une assez grande quantité de liquide.
Le vitellogène est situé sur le côté du corps ; il occupe à peu près la moitié postérieure de la longueur du Ver. On le distingue aisément par son contenu opaque. 6 |
Son canal excréteur est situé en avant, et va à la rencontre de celui du côté opposé, un peu en arrière du germigène.
Le germigène a été pris pour un troisiéme testicule; il en a du reste le volume et l'aspect: on le voit au devant dés testicules à quelque distance de là ventouse abdominale. Nous avons vu des vésicules germinatives se mouvoir dans son intérieur et se rendre au canal excréteur.
Le germiducte est assez court et étroit; après avoir recu le vitelloducte, il s'élargit brusquement et devient oviducte ou matrice.
Ce dernier organe est très-large et correspond au grand développement des œufs. Il n’y à guère de circonvolutions, et, après quelques replis sur luimême, il vass’ouvrir au devant de la ventouse postérieure.
Nous n'avons point vu de vésicule séminale interne, mais nous avons vu distinctement des tas de spermatozoïdes à l’origine de l’oviducte, tout autour des premiers œufs.
Les œufs sont peu nombreux et très-grands ; sous ce rapport cette espèce se distingue de toutes les autres que nous avons eu l’occasion d'étudier. J1 n'existe, en effet, que huit à dix œufs. Ils mesurent dans leur plus grand diamètre 0%®,06. On leur voit une coque mince. La couleur est d’un jaune citron. |
L'appareil mâle n'offre rien de particulier. Les deux testicules sont de forme ovale; leur couleur, leur aspect et leur situation sont semblables à ce que nous montrent la plupart des espèces de Distomes.
Nous n'avons pas vu les canaux déférents.
La vésicule séminale est grande ; elle est située sur le côté et un peu en avant de la ventouse postérieure. Elle est terminée en avant par un large
* canal excréteur qui se dédouble pour former le pénis.
DISTOMA ECHINATA. (Pl. XI, fig. 1-8.)
SYNONYM1E. Cercaria echinata.
Cercaria brunnea ?
Dans les divers Mollusques fluviatiles qui nourrissent tant d'espèces de Cercaires, on trouve aussi une Cercaire très-voisine de l’espèce précédente
Suppl. aux Comptes rendus, T. M. 12
et qui souvent a été confondue avec elle. Elle se distingue cependant par
des caractères nettement tranchés, comme nous allons le voir.
Le Scolex débute comme dans le Distoma militare, et n Es" pas facilement en être distingué. Il à d’ abord la forme d’un maillot, ou plutôt d'un sac un peu allongé et sans ONCE ; plus tard il se forme un bulbe phary ngien et un sac digestif, en même temps que surgissent en arrière deux éminences creuses symétriques. Ces divers organes croissent, le Ver s’allonge d’abord, puis grossit, et le tube digestif envahit tout l'intérieur du corps, tout en restant flottant au milieu de la cavité commune. Le tube digestif est
toujours facile à distinguer par sa couleur jaune et par les globules noirâtres
qu'il renferme.
Quand le bulbe pharyngien est formé, un étranglement se montre souvent à
en avant, et au-dessus de l’étranglement un bourrelet, de manière ‘que ‘le corps du Scolex se divise en tête, tronc, queue et EE C'est comme le tronc d’un animal vertébré, Sans membres antérieurs, Ce Scolex a souvent été désigné sous le nom de fer jaune de Bojanus. $
Ce parasite présente et conserve pendant toute la durée de son existence Ja forme et les caractères d’un Ver complet. Il ne se transforme Jamais en une gaine passive qui s'étend et qui s’élargit selon la convenance de la progéniture, comme cela s’observe dans d’autres espèces. Aussi le nombre de Proglottis que chaque Scolex engendre n’est pas très- considérable.
Les Proglottis ne présentent rien de par ticulier dans leur mode de formation. ls surgissent librement au milieu de la cavité périgastrique, sous la forme de petites lentilles remplies de granulations fines qu'entoure une peau délicate. k
Le corps ensuite $ ‘allonge, s ’étranglé en arrière, l'appendice caudal apparait, et des organes commencent à se montrer à l'intérieur.
La code sur le point de quitter sa mére, ést divisée en deux : “le COrps et la queue. Le corps est communément de forme ovale: mais, comme il est” très-mobile, on le voit s’allonger et s'étendre comme une sangsue. La queue à
a un peu plus de Ja longueur du corps. Elle est très-flexible et contractile”
F0 aussi, mais sans 4 DU sur le côté. C’est là surtout ce q i la distingue de l’espèce précédente.
P P y Les deux ventouses ont à peu près la même dimension; la seconde est
placée assez loin en arrière. Au-dessous de la ventouse antérieure, on voit
un petit bulbe pharyngien et un œsophage assez long qui ne se bifurque qu’au devant de la ventouse abdominale.
L'appareil excréteur, caractéristique aussi de cette espèce, se distingue
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| (GLS) surtout par ses deux troncs principaux ondulés et qui sont remplis de granulations noires. ve
Pres de la base de la queue, on voit la vésicule pulsatile, qui se contracte lentement, s’efface par moments, ou prend la forme carrée, Entre la vésicule et les troncs latéraux, il y a une interruption causée par l'absence de corpuscules noirs. On fait reparaître quelquefois tout le tronc par la pression. En avant, les canaux éxcréteurs se recourbent sous la ventouse antérieure, s’anastomosent entre eux et se terminent non loin de là. Ces derniers troncs ont souvent un reflet rougeatre qui est produit comme” ailleurs par la réfraction de La lumière et non par la couleur propre du contenu. |
Cette Cercaire, s'enkyste avec une facilité extrême, soit dans le corps mème de la mère, soit sur le corps du patron qui l’a hébergée. On la voit même se débarrasser de sa queue sur le porte-objet du microscope pendant qu'on l’observe et se contourner sur elle-même pour former son kyste (1).
Nous en avons trouvé d'enkystées sur les Limneus auricularis, ovatus et stagnalis, sur des Physa et sur des Cyclas cornea (2). Plusieurs de ces limnées n'avaient pas de Scolex, de manière que la Cercaire était venue d'un autre animal. ,
Aussitôt que le Ver commence à. s’involver, une couronne dé piquants surgit tout autour de la ventouse buccale, et ce caractère, joint à celui fourni par les corpuscules des canaux excréteurs, ne pEctoér plus de le confondre avec un autre.
Nous avons nourti des grenouilles et de tritons avec ces kystes; quelques-uns d’entre eux vivaient encore dans le tube digestif quelques jours apres leur introduction, mais ils ne pouvaient se maintenir dans l'intestin ; ils sont expulsés vivants ou mor ts sans continuer leur évolution. Ce n'est pas leur terrain.
Ces kystes, introduits, au contraire, dans le canard domestique, étaient
7 jà, au bout du quatrième jour, en pleine voie de développement. L'intestin grêle du canard était farci de Distomes vivants, depuis le pylore jusqu’au milieu de l'intestin grèle. Il n'y en avait plus aucun dans son kyste.
: - L (TE Von Siebold a vu la Cercaria armata pénétrer dans le corps des larves des £phemera, Nemura et Perla. Elle perce, à l’aide de son aiguillon, la membrane qui unit les anneaux de ées larves. Constamment elle perd sa queue en passant par l'ouverture étroite qu’elle s’est pratiquée.
(2) Sur un même cyclas nous avons trouvé quatre différentes espèces de Cercaires enkystces,.
L'appareil sexuel lui-même se montre déj# au bout de ce temps, chez plusieurs de ces jeunes Distomes; on ne les voit pas chez ceux qui ont moins de quatre jours de séjour dans l'intestin. Voici dans quel ordre ces organes apparaissent.
La vésicule germinative apparait d’abord, avant même que le testicule se montre; mais, en même temps que surgit cet organe femelle, les vésicules séminales internes et externes font leur apparition, et leur intérieur montre des globules opaques, produisant un mouvement vermiculaire.
#* Presque en même temps aussi on voit le vitellogène, sous la forme de petites poches, répandues sur le côté, dans toute la partie postérieure du corps, qui se remplissent successivement de grumeaux opaques dont le contour tranche avec les autres organes. Un canal excréteur, commun, un vitelloducte, recueille, de chaque côté, le produit de toutes ces poches vitellogènes, et les deux canaux s’abouchent dans un réservoir commun situé en dessous du germigène. Tous les organes qui concourent à la formation des œufs sont, dès ce moment, prèts à entrer en fonction.
Les deux testicules se montrent également sous la forme de deux grandes vésicules blanches, placées l’une derrière l’autre, et qui se distinguent de plus en plus nettement par l'aspect du contenu et, la netteté de leur contour.
Il n’y a encore aucun œuf visible.
L'appareil excréteur a changé aussi notablement d'aspect. Les vésicules noirâtres qui encombraient les canaux au milieu du corps, sont descendues dans un canal médian très-apparent, qui à surgi au devant de la vésicule séminale, et sont toutes réduites en très-petits globules. Les canaux excré-
teurs qui dans la Cercaire montraient leurs branches terminales entre les.
deux ventouses, sont descendus jusqu’au fond du corps et plongent par leurs fines ramifications dans le parenchyme, autour de la vésicule pulsatile, qui s’est fortement allongée. Aussi on voit dans toute la longueur du corps des canaux à fouets vibratiles.
La tête est entourée d’une couronne de piquants interrompue seulement sous la ventouse buccale. Nous en avons compté trente-huit. Ils sont situés sur deux rangs, les uns un peu moins longs que les autres. Ils soutiennent une membrane, sous la forme d’une collerette, légèrement échancrée
DISTOMA RETUSUM. (PL. XI, fig. 9-27.)
Sous le nom de Cercaria armata, on a confondu plusieurs espèces bien différentes les unes des autres; il y en a deux surtout qui sont excessive-
UP" CPE OI
PECDREE PNe
y GE. à ment communes sur les limnées et planorbes des environs de Louvain, dont une est un peu plus grande que l’autre. On ne peut les confondre qu’en ne les examinant pas comparativement. Elles vivent toutes les deux, sous leur dernière forme sexuelle, dans les grenouilles. Une de ces Cercaires, la petite, donne naissance au Distoma retusum, l’autre au Distoma clavigerum.
On les trouve surtout à l’état de Scolex sur le Limneus stagnalis.
Le foie de ces Mollusques en est littéralement imprégné. C’est un fouillis qui laisse à peine de la place pour le foie lui-même.
On trouve des Scolex très-petits et fort jeunes; nous en ayons vu qui ne consistaient que dan$ une poche remplie d’une masse granuleuse et à peine plus volumineuse que les œufs. Le nombre de germes qu'ils renferment est extrêmement variable.
Le Scolex n'a aucun organe distinct, peu importe son âge. Il n’est qu’une gaine membraneuse sans aucune contractilité propre et dont les mouvements que l’on aperçoit par moments ne sont dus qu’à l’action des Cercaires qu'elle renferme. Les auteurs qui assurent le contraire ont eu d’autres espèces sous les yeux.
Ce Scolex est d’une simplicité d’organisation si grande, que l’on ne saurait distinguer sa tête de la queue. C’est un boyau plus ou moins étroit qui atteint souvent une grande longueur, se recourbe et se replie selon la cavité qui le loge.
Il à les parois de couleur jaune et quelquefois un peu rougeûtres.
Ces Scolex engendrent évidemment d’autres Scolex en tout semblables aux premiers; car on voit, comme du reste nous l'avons remarqué encore dans d’autres espèces, des individus emboités les uns dans les autres.
Les Cercaires ont la queue longue, le corps très-mobile au moment de sortir de la gaine surtout ; leurs mouvements ressemblent à celui des sangsues ou des chenilles arpenteuses. Ils se servent de leurs deux ventouses absolument comme les sangsues. Vues de profil, ces Cercaires montrent un corps assez étroit, et leur ventouse abdominale souvent très-proéminente.
La bouche est armée d’un stylet unique logé dans. l'épaisseur des parois de la ventouse buccale. Ce stylet rentre et sort à la volonté du Ver. Il a la forme d’un fer de lance (r).
Au-dessus du bulbe buccal, on voit un canal tortueux qui se perd en un réseau sur le côté du cou et communique avec le sinus pulsatile postérieur
(1) Nous avons observé déjà quatre ou cinq espèces différentes qui portent ce stylet buccal.
244604 :) ge par un canal unique peu apparent. Ce sinuMpulsatile est très-variable, se remplit souvent de globules noirs et affecte la forme d’un V.
La surface du corps de ces Cercaires est finement striée en travers et couverte d’aspérités.
Ces Cercaires s’enkystent sur ÿ: corps'des limnées qui ke: ont nourries, OÙ bien pénètrent dans le corps de larves d'Insectes aquatiques et peuvent même dev enir directement Distomes complets, dans le tube digestif des grenouilles,
en sautant cette phase de leur évolution. |
…. Ils se meuvent dans leur kyste avec beaucoup d'agilité; le corps se replie et se tord dans tous les sens, comme si l'animal votilait montrer la souplesse de ses mouvements. |
Dans les larves de frigane, prises dans les marais, nous avons trouxé, le long d’un vaisseau de Malpighi, un Corps arrondi comme un œuf, contenant un organisme plus ou moins mobile, avec une tache noire Variable dans sa forme, selon le degré de contraction des parois. C’est un Distome enkysté, montrant déjà divers organes de l'âge adulte, entre autres les deux ventouses, le bulbe œsophagien, les deux tuties digestifsetune grande poche à | parois contractiles remplie de granules ou ae de couleur noire (1).
Des friganes adultes re les mêmes parasites que les larves et au mème degré de développement ; de maniere que sur les friganes mêmes, ces Vers n ’accomplissent pas toute leur évolution; ils habitent Éhr, à l'état adulte, dans un animal qui fait des friganes sa pàture.
Nous avons trouvé dès le début de nos recherches un Done tres-caractéristique par sa grande poche noire, le Distoma relusum, et qui est l'âge adulte de la Cercaire des friganes (2).
Ces Vers, introduits dans le tube digestif de grenouilles, : à l’état de a caires, étaient, souvent au bout de six heures, complétement enkystés dans
l'épaisseur des mucosités, et il n’est pas rare de voir la queue encore en place à côté du kyste. r Quelques-uns perdent immédiatement leur aiguillon. Nous avons vu de
ces aiguillons dans le kyste à côté du Ver; d’autres le conservent encore
pen da nt.quelque temps.
(1) Nous avons trouvé É. mêmes Distomés au même point de développement dans les friganes à l’état de larves, comme à l’état d'insecte parfait, d’où l on pipe ut conclure que ce Ver accomplit ailleurs les dernières phases de son évolution. ;
(2) Cette Cercaire a été trouvée le G juin dans le corps d'une larve de frigane prise dans l'eau; le 26 juin la même Cercaire s’est trouvée de nouveau dans le corps d’une frigane
adulte prise au filet.
dés
Nous avons vu Jusqu'à trois individus dans un seul kyste.
Au bout de vingt-quatre heures il ne survient d’autres changements qu'une légère modification dans le tronc principal de l'appareil excréteur.
ATEN TR heures après leur ingestion, le bulbe pharyngien devient plus distinct et les ‘émouse sont un peu plus développées.
Le quatrième jour, le canal intestinal se montre. complétement, et chez quelques-uns le tronc principal de l'appareil urigige avec le sinus pulsatile ont pris la forme d’un Y. ;
C’est vers cette époque que nous avons oi les premiers rudiments de testicules. Il n’y a pas encore d’autres organes de l'appareil sexuel visible.
Lreizé jours après leur introduction, tout leur appareil sexuel était développé, et nous avons vu apparaître les premiers œufs.
‘L'appareil excréteur est formé de. canaux étroits et latéraux qui s’abouchent de chaque côté dans un sinus très-variable, tantôt noir et rempli de
: globules, tantôt limpide et transparent.
Le Ver n’a pas encore atteint sa taille adulte, que les premiers œufs apparaissent ; il continue même à croître pendant assez longtemps; on voit, dans la même grenouille, des Distomes trois fois aussi grands que d’autres, qui cependant ont déjà des œufs.
On voit distinctement le germigène à côté de la ventouse abdominale: puis en dessous sur le trajet du canal excréteur du vitellogène, on reconnait une vésicule de la grosseur d’un œuf, remplie de spermatozoïdes, qui se meuvent en faisant le manége, et qui, plus longs que la cavité qui les loge, se recourbent en prenant l'aspect d’un pinceau de cheveux enchässés dans une broche: Ces spermatozoïdes tournent avec une rapidité étonnante dans l'intérieur de leur loge qu’on désigne sous Je nom de vésicule séminale interne.
Une autre vésicule est placée un peu plus bas, sur le trajet d’un autre conduit, et ne contient que des globules qui s’abonchent dans l’oviducte.
On voit distinctement le vitelloducte et le germiducte verser leur contenus dans un conduit unique, l’oviducte. Les œufs que l’oviducte contient sont complets.
A mesure que les œufs se forment, les anses de l’oviducte et de la matrice s'allongent, se multiplient et finissent par envahir tout le corps.
Le vagin s'ouvre sur la ligne médiane dans une cavité commune avec l'organe mâle.
Les deux testicules sont placés à la suite l’un de l’autre, à l'état adulte. Ils ont le même volume. Les canaux déférents aboutissent à une vésicule
(96) séminale externe, fort grande, qui s'abouche dans un pénis long et replié dans une gaine à l’état de rcpr
Ce Distome atteint jusqu'à 7 millimètres de longueur ; la Ste du corps est finement striée et couverte de petites aspérités, surtout à la partie antérieure. “ F
L'appareil excréteur du Distome complet est surtout très-développé dans la partie postérieure du corps; il est plein de corps globuleux qui lui donnent un aspect noirâtre. À cause de l'extrême contractilité de ses parois, il varie beaucoup d’un individu à un autre. .
On voit postérieurement devant l’orifice une grande vésicule pulsatile qui se prolonge en avant et se bifurque à la hauteur des intestins. Chaque branche est encore assez forte et s'étend en avant, non loin de la ventouse postérieure. Quelquefois l’appareil semble cesser brusquement dans cette région et se terminer en cul-de-sac; mais en y regardant bien, on le voit continuer par deux branches en avant qui ont perdu bientôt leur couleur et leur gros calibre; ces canaux ne sont plus noirs, mais rouges comme les autres canaux gréles; ils forment ensuite des circonvolutions en avant, et nous n'avons pu nous assurer s'ils passent d’un côté à l’autre pour former une anse, ou s'ils se contournent sur eux-mêmes.
Ayant pu suivre les canaux venant de la partie postérieure du corps jusqu'à la hauteur du bulbe œsophagien, nous les avons vus se retourner brusquement, pour se continuer parles deux canaux dgniat nous: avons parlé précédemment.
En arrière, autour de la grande poche pulsatile, on distingue des canaux à reflet rouge, trés-entortillés, recevant de nombreuses petites branches et se rendant en avant pour se jeter dans les branches antérieures des canaux précédents. Il y a donc aussi deux courants en sens inverse, l’un d'avant en arrière et l’autre d’arriere en avant.
A la hauteur des testicules, un vaisseau vibratile se montre = dans un seul endroit, et dans son intérieur une palette se meut comme un cil vibratile.
DISTOMA CLAVIGERUM.
Ce Ver a été longtemps confondu avec le précédent, surtout à l’état de Scolex et de Gercaire, sous le nom de Cercaria armata.
Le Scolex consiste, comme dans l'espèce précédente, dans une gaine à parois non rétractiles, sans aucune forme régulière et sans organe distinet; c'est un sac sans ouverture qui s’élargit ou s’allonge selon les convenances de sa progéniture. Ces Vers sont généralement jaunes ou jaune-orange,
2m Ssvité Ps à
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(97 ) couleur qui est due à des granulations qui incrustent les parois. Ils prennent un peu plus de développement que dans l'espèce précédente.
Ils forment ordinairement une grande masse jaune qui envahit tout le foie.
Ils reproduisent leur propre forme. On voit en effet des jeunes Sporocystes contenus encore dans de vieilles gaines.
Nous avons obtenu ces Scolex sur les Limneus stagnalis, ovatus et Planorbis cornea.
Ils sont très-communs.
Le Proglottis, à l’état de Cercaire, ressemble beaucoup à l'espèce précédente, mais il s’en distingue cependant facilement par une taille plus forte, un aiguillon un peu plus long et le Scolex est souvent un peu plus grand.
La Cercaire a exactement les mêmes mouvements que la Cercaire précédente ; le corps s’allonge ou se raccourcit, la queue frétille et forme un huit de chiffre, et on voit sur le côté de la ventouse buccale, à droite et à gauche, un canal de l'appareil excréteur, qui se divise en de fines branches descendant et se perdant à la hauteur de la ventouse abdominale. La queue est longue, sans membrane, et se replie quelquefois sur le côté comme un cornet de postillon.
Le sinus pulsatile est tres-variable dans sa forme comme dans sa capacité ; souvent il est peu visible.
Introduits à l’état de kyste dans une grenouille verte ou ordinaire, au bout de vingt-quatre heures ils ont changé notablement d'aspect. Nous avons vu des Cercaires transformées en Distomes au bout de ce temps, avec leur appareil digestif complet et une large cavité pulsatile.
L'accroissement est donc assez rapide : aussi au bout de six jours nous avons vu les deux testicules complétement développés, le germigène en place, mais point encore de vitellogène bien distinct. En même temps que les testicules sont formés, la vésicule séminale externe existe et un pénis assez volumineux s’ouvre sur le côté du corps.
Les tubes digestifs sont très-larges et descendent jusqu’à la hauteur des testicules. Un grand bulbe pharyngien se montre sous la ventouse buccale. La ventouse abdominale est proportionnellement petite.
Le corps, surtout à la partie antérieure, est couvert de fines stries transxerses et d'aspérités.
Ce Distome est petit.
Suppl. aux Comptes rendus, T. II. 15
DISTOMA TERETICOLLE, Zeder. (PL VIII.)
Historique. — Ce Ver a été observé d’abord par O.-F. Muller, Bloch, Schrank, Goëze et Zeder; les premiers en faisaient une Planaire ou une Fasciole; Zeder, le premier, en a fait un Distome.
Divers auteurs se sont déjà occupés de l’organisation de ce beau parasite du brochet.
Goëze, en 1782, en donne une figure très-reconnaissable et, à notre avis, meilleure qu'on ne l’a dit; mais le savant helminthologiste pasteur n’est pas heureux dans la détermination des organes internes. L'organe qu'il représente comme ovaire et dont les lobes internes sont noirs, tandis que les autres sont transparents, c’est le vitellogène; ces lobes sont en effet blancs par la lumière directe et noirs quand on les observe par transparence. Il a représenté la ventouse antérieure trop grande et l’autre trop petite; les deux lobules qui sont figurés au devant de la ventouse médiane n'existent pas. Entre les deux ventouses il a figuré à tort le tube digestif par un tube unique, et la matrice avec l’oviducte ont été pris par erreur pour la continuation de cet appareil; enfin, l'appareil excréteur, du moins le tronc unique qui est bien figuré, est regardé pour la partie postérieure de l'appareil alimentaire. Il n’a donc bien déterminé aucun appareil interne. Il est vrai de dire que Goëze n’a jugé ce Ver que d’après un dessin qui lui a été envoyé par le comte Von Borke, qui trouva en 1778 onze de ces Vers dans l'estomac d’un brochet. |
Ce Ver est un de ceux que l’on reconnait le plus facilement, dit Zeder avec raison; ce savant distingue les véritables œufs, mais il prend les lobules du vitellogène pour des œufs non mürs. Zeder parle aussi du pénis, mais ce qu'il en dit ne prouve pas qu’il l'ait vu. Il avoue n’avoir pu obtenir les deux lobules signalés par le comte Von Borke dans le dessin qu'il a envoyé à Goëze, et les croit un produit artificiel. Zeder déclare n'avoir pu observer ces Vers qu’au mois de février et de mars, et les avoir cherchés en vain plus tard.
En 1824 Jurine écrit une longue Notice sur l’organisation de ce parasite, dans les Mémoires de la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève. Il fait remarquer avec raison que l'étude de l'organisation de ces Vers n’a pas marché d’un pas aussi rapide que la connaissance des espèces, et il cherche à combler les lacunes. Ce savant à injecté l'appareil digestif avec du mercure et des liquides colorés, et il croit que la bouche et l'anus sont très-voisins l’un de l’autre. Il aura été induit en erreur par la rupture
20 5h ane à
des parois de ces organes. Jurine fait remarquer que Bloch a pris l'ovaire pour le canal alimentaire, sans avoir lui-même une idée bien nette de l’appareil sexuel; il a vu la matrice et il a assisté à la ponte des œufs en chapelet, mais il prend cet organe pour l'ovaire, tandis que le vitelloducte, qu'il a observé dans sa partie médiane, est rattaché à l'appareil de sécrétion. Jurine parle très-vaguement d’un corps vasculaire assez gros, qui est entrelacé par lui-même. Il a donné deux figures grossières de ce Distome, mais celle de Goëze nous parait plus complète. Ces Vers s’attachent les uns aux autres, dit ce savant, et au besoin ils fixent leur suçoir sur leur propre corps; il en a tenu en vie pendant un mois. Nous pouvons garantir l'exactitude de ces observations.
Huit ans plus tard, M. Nordmann publie son beau travail sur les Trématodes et décrit un Distomum rosaceum, qu'il croit voisin du tereticolle : c’est le même Distome. Il l’a trouvé sur le palais de la lote, au mois d'octobre. Il est de couleur rouge, dit-il, et il décrit bien son canal digestif; mais il croit à tort avoir trouvé une communication en arrière des deux tubes. Ce savant a connu le vitellogèene, qu'il désigne sous le nom d'ovaire, et son canal excréteur; mais il ne sait où ce dernier aboutit. L'utérus lui est également connu imparfaitement; il le représente comme s'étendant en dessous des testicules: il doit y avoir eu rupture dans l’exemplaire qu'il a étudié. Le germigene est considéré comme testicule avec les deux testicules véritables, de manière qu’il a trois glandes spermatogènes; ce qu'il dit de lépididyme peut s'appliquer au premier oviducte qui est comme couché sur le germigèene. Nordmann à vu aussi la ponte des œufs.
C’est en 1835 qu'une nouvelle époque s'ouvre pour l'étude des Helminthes, par les travaux de M. Von Siebold. Dans le premier volume des Archives de Wiegmann, ce savant publie son ‘intéressant travail sur le Monostomum mutabile, et il parle à la fin de cet article du Distome téréticolle. M. Von Siebold fait connaître son appareil sécréteur, mentionne en outre un appareil vasculaire et ajoute qu'il n’y a pas de Ver plus propre à élucider ce point d'anatomie que le Distome dont il s’agit ici. Le système vasculaire est non-seulement très-développé dans ce Ver, selon ce savant, mais le liquide qu'il charrie est de couleur rouge ou brun-jaunätre dans les gros troncs, et de couleur jaune dans les ramifications. Il n'a pu voir, ajoute-t-il, les courants, comme dans le Diplozoon paradoxum. Dans les individus que nous avons eu occasion d'étudier en vie pendant assez long-
temps, il n’y avait pas de tronc de couleur rouge, mais quelques branches 1e.
avaient une teinte brune-jaunâtre. La couleur rouge paraît très-variable. En 1836, M. Von Siebold en parlant du Distomum globiporum, étudié peu de temps avant par M. Burmeister, parle de nouveau du Distome téréticolleet assure que ce Ver, aussi bien que le Distomum nodulosum, hepaticum et globiporum se fécondent sans concours volontaire, c’est-à-dire qu'il existe dans tous ces Distomes une communication directe à l’intérieur entre les organes mâles et les organes femelles. Nous verrons plus loin que nos observations ne s'accordent pas sur ce point avec celles du savant helminthologiste. Voilà le résumé des principales observations faites sur ce singulier Distome. Il reste ainsi plusieurs points à éclaircir et quelques vides à combler.
Sxnonymre. Planaria lucii, Goëze, Naturg. d. Eingeweidewürm., p. 172, tab. XIV, 3. Fasciola lucii, Muller, Schrift. d. Berl., Nat. fr., t.1, p. 203. Fasciola lucii, Naturforsch. , t. XIV, p. 136. Fasciola lucii, Zool. Danica, t. 1, p. 33, PI. XXÆ, f. 7,ett. Il, PL: LXXWII, f. 6-8.
Fasciola luci, Bloch, Beschaäft. de Berl. naturf. Freunde, t. IV, p. 537; t. XIV, f. 1-4.
Fasciola lucii, Schrank, Verzeichn. d. b. b. Eingeweid., p. 18. Fasciola luci, Jurine, Mém. de la Soc. de Phys. et d’Hist. natur. de Genève, t. XI, p. 145, et copie, An. de Sc. ratur., vol. XI, p. 480. Fasciola lucii, Schmalz, Tabul. anat., Ent. ill., t. VII, f. 1-3. Fasciola longicollis, Bloch, Uber Erzeug. d. Eingeweidew., p. 6. Fasciola tereticollis, Rudolphi, Wiedemann's Archiv., t. III, f. 1, p. 74. Distoma rosaceum, Nordmann, Mikr. Beitrâge, vol. I, p. 82, PL VI, fig. 1-5 AMD Distoma luci, Zeder, Naturg. d. Eingeweidew., p- 213, tab. IL, f. 3, Mac +! thrag., p. 173. bis Distoma tereticolle, Rudolphi, Entoz. hist., t. IL, p. 380; Synopsis, p.102 et 386, tab EXT.) Distoma tereticolle, Bremser, Icon. Helminth., tab. IX, f. 5 et 6. Distoma tereticolle, Dujardin, p. 419.
Distoma tereticolle, Diesing, Syst. Helm., p. 358.
Nous avons observé plusieurs individus encore en vie dans la cavité branchiale d’un grand brochet, et quelques-uns vivaient encore dans un pli, formé par la membrane branchiostége. En les voyant la premiere fois, nous. croyions avoir une Hirudinée ou une planaire sous les yeux.
La ténacité de la vie est très-grande; nous en avons tenu en vie pendant huit jours dans l’eau et nous les eussions certes conservés plus longtemps
CHor ) encore si nous n'avions dù les sacrifier pour les observations anatomiques. On sait, du reste, que plusieurs Distomes vivent longtemps librement dans l’eau et que Jurine a tenu ces Vers en vie pendant un mois.
Ces Distomes sont excessivement remuants; ils se replient et s'enlacent comme des sangsues; ils s’attachent solidement les uns aux autres à l’aide de leurs ventouses. Quand ils sont isolés, ils appliquent souvent leurs ventouses sur leur propre corps. Nous avons cru assister quelquefois à un accouplement:; en séparant des individus qui étaient restés accolés l’un à l'autre pendant des heures, nous en avons vu pondre des œufs immédiatement après cette séparation. Ces œufs formaient de longs chapelets. Nous ne savons si cette ponte est bien naturelle, ou si elle n’est pas plutôt l’effet de la compression de la matrice et des oviductes.
La forme du corps est très-variable; ces Vers sont linéaires et cylindriques après la mort; pendant la vie, au contraire, toute la partie postérieure du corps, depuis la ventouse médiane jusque tout près de l'extrémité, est déprimée, s'étend à droite et à gauche, et une frange réguliérement ondulée apparait sur toute cette étendue. C’est un véritable Ver plat dont les flancs semblent armés d’une nageoire membraneuse. Le Ver, en se contractant, s’arrondit, et le bord frangé peut disparaître. La partie antérieure est toujours ronde.
La ventouse antérieure est plus grande que l’autre; la bouche est infère. Cette ventouse remplit toute la cavité du corps en avant. La seconde ventouse est beaucoup plus petite et devient très-saillante par moments.
La peau est lisse et faiblement ridée pendant les mouvements de contraction.
Tout le Ver est brun-rougeûtre, un peu plus foncé vers le milieu que vers . les extrémités. Par la lumière directe, on voit à travers la peau et le long des flancs de chaque côté une rangée de petits lobules blanes à contours nettement tranchés ; c’est le vitellogene. Vers le milieu du corps, on voit
- sur la ligne médiane et les unes derriere les autres trois vésicules limpides dont les deux postérieures forment les testicules et l’antérieure le germigène;on distingue aussi à l'extérieur le tronc principal de l'appareil sécréteur ; à commencer du dernier testicule, ce tronc à la forme d’un chapelet, et montre an bout une vésicule plus grande que les autres. A une très-courte distance de la ventouse médiane, sont situés à côté l’un de l’autre les deux orifices génitaux.
L'appareil digestif est conformé comme dans les Distomes en général; en avant, on voit une grande ventouse qui fait distinctement fonction d’organe
( 102) de succion ; son orifice forme l'ouverture de la bouche; la grandeur de cet orifice est bien variable; il peut s'étendre ou se rétrécir à volonté, mais il conserve toujours sa forme circulaire.
Les parois de cette ventouse sont fort épaisses; elles montrent distinctement des fibres musculaires dont les unes sont circulaires et les autres radiaires ; cette ventouse remplit toute la partie extérieure du corps, la peau la recouvre immédiatement.
Il existe un bulbe œsophagien tres-distinct parfaitement séparé de la ventouse buccale; ses parois sont également fort épaisses et formées de fibres musculaires : la cavité est petite. Nous avons vu plus d’une fois des bulles d’air pénétrer par la ventouse dans ce bulbe et de là se rendre dans le tube digestif.
L’œsophage est très-court, on pourrait même dire qu'il n'existe pas; car dès son origine l'appareil digestif est divisé en deux tubes qui s'étendent jusqu'à l'extrémité postérieure du corps. Ces tubes sont droits pendant l'extension du Ver, flexueux au contraire pendant la contraction; ils ne présentent sur leur trajet ni renflement ni prolongement cœcal. Ils se terminent tous les deux en cul-de-sac. On peut les distinguer à travers l’épaisseur de la peau.
Cet appareil renferme des amas de petits globules qui se meuvent et se déplacent d’après les contractions du Ver ou les mouvements des parois digestives : ces parois, en effet, sont contractiles. Nous avons vu, à force de contractions du corps, le contenu d’un tube passer dans l’autre tube, en revenant sur ses pas et en passant devant le bulbe œsophagien.
Appareil male. — Cet appareil est relativement très-simple. Il existe deux testicules situés sur la ligne médiane l’un au-dessus de l’autre;
et tous les deux derrière le germigèene. Ils sont blancs et on voit très-bien £
leur contour à travers l'épaisseur de la peau. Goëze les a bien vus et dessinés. Au devant de la ventouse, on voit une poche dans laquelle est situé un canal, replié sur lui-même, que nous avons regardé d’abord pour le pénis : c’est la vésicule séminale externe. Nous en avons fait sortir par la compression les spermatozoïdes. Nous n'avons pas vu le pénis dégainé. Deux canaux tres-grêles aboutissent à la base de cette poche, ce sont les spermiductes.
Appareil femelle. — Vitellogéne. — Le long du corps, depuis la ventouse postérieure jusqu’en dessous du second testicule, on voit de chaque côté des organes parfaitement arrondis, de forme parfois un peu ovale; on en compte de chaque côté une cinquantaine au moins. Goëze les avait déjà
observés en les prenant pour l'ovaire. Ces organes sont d’un blanc mat en examinant le Ver à la loupe ou à la lumiere réfléchie, et sont au contraire tout noirs en les observant par transparence. Jurine paraît les avoir vus, ainsi qu’un canal de communication, mais il n’a pu découvrir où ce canal aboutit. Ces organes forment une véritable grappe; ils sont unis par un canal extérieur le long duquel ils sont situés; il existe pour ainsi dire quatre grappes dont les canaux se réunissent d'abord deux à deux vers le milieu du corps, et dont le tronc unique s’unit à celui du côté opposé en formant une barre à la hauteur du germigène. Jurine a vu ce canal transverse, sans connaître sa signification anatomique. Du milieu de ce tronc horizontal nait une branche qui se replie vers le vitellogène où il verse les globules vitellins qui remplissent son intérieur.
Chaque lobule est, comme nous le disions, d’une forme sphéroïdale : par la compression, on voit que l’intérieur est formé de cellules dans lesquelles les globules vitellins se développent. Ces globules échappent de leur intérieur comme des spermatozoïdes et remplissent la cavité des canaux excré-
teurs. Ces canaux, comme les lobules, sont les uns et les autres d’un blanc mat; c’est ce qui permet de les distinguer à travers l’épaisseur de la peau, sans aucune préparation.
Le germigène, ou la première des trois vésicules, a été toujours pris pour un testicule antérieur; cet organe a en effet le même aspect. En l’isolant, nous avons pu distinguer dans son intérieur les vésicules germinatives, et nous avons même pu les isoler en rompant les paroïs par la compression. Cet organe a une certaine consistance, et il a fallu de certains efforts pour en rompre les parois. Nous avons vu dans l’intérieur des vésicules germina-
…tives de diverses grandeurs, mais contenant généralement une vésicule cen- trale.
Vésicule séminale. — Nous n'avons pas reconnu de vésicule séminale, mais, en portant les premières anses de l’oviducte sur le porte-objet du microscope, nous avons vu des spermatozoïdes entourer les œufs le long des parois. Le commencement de l’oviducte même fait ainsi fonction ici de vésicule séminale interne.
L’oviducte, la matrice et le vagin ne forment qu’un seul long tube continu qui s'étend depuis le germigène jusqu'au devant de la ventouse postérieure. Pour bien voir cet organe, il faut l’étudier dans des individus que l’on a tenus en vie déja pendant quelques jours. Alors le contour des tubes se dessine mieux. Les anses sont très-nombreuses. Les premières sont trèsétroites et les œufs n’ont pas moins leur couleur jaune; on peut les consi-
( 104 ) . ; dérer comme formant l’oviducte : les autres qui suivent sont toutes remplies d'œufs développés; c’est la matrice; elle s’étend depuis le germigene jusqu'au devant de la ventouse. Enfin le canal contourne la ventouse, longe la poche du pénis et s'ouvre sur la ligne médiane. Avant de s'ouvrir au dehors, il se forme souvent une poche assez grande, toute remplie également. Cette dernière partie est le vagin.
Les œufs sont proportionnellement petits; ils sont un peu allongés, et mesurent dans leur longueur 0"®,02.
Appareil excréteur. — 11 y a peu de Vers qui se prêtent aussi bien que celui-ci à l'étude de l'appareil excréteur.
Derrière le testicule, on voit sur la ligne médiane un canal blanc, étranglé de distance en distance et divisé en chambres qui lui donnent l'aspect d’un chapelet. On dirait un vaisseau lymphatique injecté au mercure. C’est le tronc principal de cet appareil et auquel tous les canaux viennent aboutir.
Les parois de ce canal sont très-contractiles, au point qu'il peut disparaître momentanément à la vue. 1l renferme un liquide blanc-jaunâtre charriant de très-petits globules arrondis.
La vésicule pulsatile n’est visible que pendant le mouvement de diastole, et on ne la reconnaît pas facilement, à cause des pulsations qui sont treslentes et qui ne se font qu'à de longs intervalles.
Goëze avait déjà vu ce canal principal, mais sans connaître sa nature.
A la hauteur du testicule postérieur, le tronc principal se divise en deux branches assez fortes, à parois contractiles, non cloisonnées, qui se rendent jusqu’au-dessus du bulbe œsophagien, sans diminuer sensiblement de calibre; là ces deux troncs s’anastomosent en s’ouvrant directement l’un dans l’autre, et sur leur trajet ils rencontrent divers canaux qui ont pris. leur origine dans le parenchyme des diverses régions du corps.
DISTOMA FILICOLLE, Rud. (P[. X.)
Nous citerons cette espèce, non à cause de son développement, mais à cause de la différence que présentent entre eux les deux individus, que l’on trouve communément enkystés ensemble et qui semblent former un couple de Vers à sexe différent.
Rudolphi a décrit d’abord ce Ver sous le nom de Monostoma filicolle, nom que Dujardin lui a conservé; mais, dans ces dernières années, M. Külliker a fait voir que ce prétendu Monostome, qui vit d'une manière si singuliere dans un kyste, aux dépens du Brama rai ou la castagnole de la Méditerranée, est un Distome.
En effet, ce Ver porte une seconde ventouse assez petite, non loin de la bouche, que l’on trouve également dans les deux individus du même sac; mais à notre avis M. Kôlliker a eu tort de ne pas conserver le nom spécifique de Rudolphi, et M. Diesing a eu un plus grand tort encore de suivre cette erreur dans son Système des Helminthes.
De deux castagnoles ( Brama Raïi) prises dans la mer du Nord, l'une renfermait quatre couples de Distome filicolle dans la peau de la cavité branchiale; l’autre n’en contenait aucun.
Chaque couple était dans un sac à part, au fond duquel on voyait un individu très-gros rempli d'œufs à côté d’un autre individu mince et grêle comme un Nématoïde, et qui était sans œufs. Ce sac s'ouvre dans la cavité branchiale, et l’eau qui pénètre dans son intérieur baigne les deux individus. Ce n’est donc pas un kyste proprement dit.
Quoique tous les Distomes et même tous les Trématodes et Cestoïdes soient hermaphrodites, on a considéré le Distome allongé comme mâle et l'autre comme femelle.
Cette séparation des sexes est toutefois plus apparente que réelle; en tout cas cette singulière espèce mérite d'attirer particulièrement l'attention.
Voici la synonymie :
Sywowymir. Monostoma filicolle, Rudolphi, Synopsis, p. 85 et 347. Monostoma filicolle, Dujardin, Hist. ratur. Helminth., p. 361. Distoma Okeni, Kolliker, Berichte v. d. Kônigl. Zool. Anst. Z. Würzburg., p- 11, 1849. Verhandel. d. Schweiz, Gesellschaft, Winterthur, 1846. Distoma Ofenii, Diesing, Syst. Helminth., vol. I, p. 359.
Ce Ver habite une poche, ouverte dans la cavité branchiale, le long de la ceinture de l’épaule du Brama Raïi. On trouve communément, comme nous venons de le dire, deux individus réunis; l’un a le corps fort gros par le grand nombre d’œufs qu'il renferme, l’autre est mince et effilé sans œufs. Rudolphi croyait que ce dernier Ver est mutilé ou encore incomplet. Præter specimina completa etiam collum absque corpore reperi, dit-il (1).
Description. — Les plus grands individus ont le tiers antérieur du corps fort gréle et légérement renflé en massue ou plutôt sous forme de fuseau vers l'extrémité antérieure; le corps du Ver s’élargit ensuite brusquement, s’enroule sur lui-même comme certaines larves d’Insectes et s’aplatit dans
toute son étendue.
En avant on distingue aisément l’orifice buccal ; en arrière on reconnait
(1) Synopsis, p. 348.
Suppl. aux Comptes rendus, T. II. 14
non moins facilement la ventouse qui a échäppé à l’attention de Rudolph. En comprimant cette partie antérieure du corps, les deux canaux du canal digestif surgissent, et, au milieu d’eux, un canal unique, qui va s'ouvrir en dessous du bulbe buccal; ce canal central et unique est l’oviducte : il n’est pas rare de le trouver en partie rempli d'œufs. En ouvrant la portion large du corps, des tubes assez gros, de couleur jaune, remplissent presque tout l’intérieur et semblent roulés autour d’un axe comme le fil d’un électroamant. Entre ces tubes de couleur jaune se croisent d’autres tubes d’un blanc laiteux, d’un moindre calibre; les uns et les autres sont irrégulièrement placés dans la portion renflée du Ver. Cet ensemble de tubes flexueux, de couleur et de diametre différents, appartient à l'appareil sexuel femelle dont nous n’avons pu distinguer les autres parties. La peau de cette région du corps est assez mince pour permettre de suivre de l'œil, à travers son épaisseur, les organes qui sont logés dans l’intérieur. Toute la partie jaune correspond à l’oviducte, et la couleur provient des œufs qu'il renferme.
L'individu grèle et allongé est conformé à l’intérieur comme le précédent, du moins quant à la partie antérieure du corps. On distingue le même bulbe buccal, le tube digestif, la ventouse abdominale, etc. ; mais le corps, au lieu de s’élargir derrière la ventouse, s’amincit légèrement au contraire, s’allonge d’une manière extraordinaire, et il prend l’aspect d’un Ver nématoïide, comme nous l'avons dit plus haut. A travers les parois, on distingue un appareil flexueux; mais il ne nous a pas été possible de nous en faire une idée complète. Vers le milieu du corps, en dehors des deux tubes digestifs, qui s'étendent dans toute la longueur du Ver, on voit un canal flexueux entortillé sur lui-même, qui fait partie de l'appareil sexuel, mais dans lequel il n’y a aucune apparence d'œufs. Vers l'extrémité postérieure du corps, les deux tubes sont les seuls organes que cette région renferme.
Quant à la question de savoir si les premiers sont des femelles et les autres des mâles, il n’y a que l'observation directe qui puisse décider cette question. Ces Distomes sont évidemment conformés d’après le même plan que les autres Distomes qui sont réellement hermaphrodites ; mais ont-ils pour cela les uns et les autres des organes mâles et des organes femelles ? S'ils ont les deux sexes, les organes mâles s’atrophient-ils chez les uns et les organes femelles chez les autres? Nous le supposons, et c’est là un fait extraordinairement favorable à la non-existence de l’hermaphroditisme dans la nature.
Nous regrettons vivement de n'avoir pu vider cette question, sur les individus vivants, par l’examen microscopique de l'organe mâle et femelle; c’est
( 107) à peine si nous avons pu les observer assez longtemps pour les dessiner et les décrire.
M. G. Wagener a vu des spermatozoïdes dans les individus larges chargés d'œufs, et, si nous ne nous trompons, il a vu aussi deux individus chargés d'œufs dans un seul et même kyste. IL est permis de croire que, quand deux individus s’accouplent, souvent l'un des deux joue le rôle de mâle et l’autre celui de femelle, sans que cela soit vrai cependant dans tous les cas; dans le Diplozoon, les deux Vers réunis agissent évidemment tous les deux comme mäle et comme femelle à la fois, puisqu'ils sont tous les deux chargés d’un nombre égal d'œufs.
Ce qui nous parait probable, c’est que ces Vers s’accouplent entre eux sans agir à la fois tous les deux comme mâle et comme femelle, et que la fécondation opérée, le développement des œufs commence immédiatement dans l'ovaire du premier individu fécondé; on pourrait dire aussi, puisque nous en trouvons des exemples dans les Mollusques, qu'il y a des individus qui sont plus ou moins mâles ou femelles selon le développement de l'ovaire ou du testicule. On peut arriver de cette manière à un passage insensible de l’hermaphroditisme complet à la dioïcité des classes supérieures.
Genre NEMATOBOTHRIUM, Van Ben.
Nous donnons ce nom à un Ver bien remarquable sous le rapport zoologique, provenant du Maigre d'Europe ( Sciæna aquila (1).
Il est cependant encore bien incomplétement étudié. Les rapports de certains organes nous sont restés inconnus; nous n'avons même pas une certitude complète sur la partie du corps qui est antérieure et celle qui est postérieure. Aussi avons-nous hésité un instant avant de livrer ces observations à la publicité.
Espérant éveiller l'attention de ceux qui se trouvent à même d'observer
(1) Nous avons trouvé depuis ces recherches dans les chairs du Poisson-lune, entreméles avec les Tétrarhynques, des Vers adultes, remplis de tubes à œufs, qui ont, avec le Nematobothrium de la Sciène, la plus grande ressemblance.
Outre ces Vers, lardant les chairs, il s’en trouvait d'autres moins longs et également adultes, dans l’épaisseur de la peau qui tapisse la cavité branchiale. Ils présentent l’aspect de fils entortillés, et ils ne montrent également leurs œufs que quand on les examine au grossissement de 300.
Nous croyons avoir observé les deux extrémités de ce Ver pelotonné sans avoir découvert non plus aucune trace de tube digestif.
G. Wacewes, Muller's Archiv., 1854, p. 10. Davaiwe, Compt. rend. hebd., 1854, t. I, p- 141. (Note ajoutée.)
Eee
( 108 ) l'hôte de ce singulier parasite, nous consignons ici le résultat de ces observations telles que nous les avons recueillies.
Le seul auteur qui ait parlé d’un Ver ayant quelque analogie peut-être avec celui-ci est Redi; mais on comprend combien peu cette indication offre d'intérêt. Le savantitalien, dans ses observations publiées en 1684 (1), parle, en effet, de tubercules vermineux, trouvés dans l'épaisseur des parois du tube digestif et de la vessie urinaire de l’'Umbrina, et cet Umbrina, si nous en Jugeons d’après la figure qu'il donne de la vessie natatoire, paraît bien être notre Sciæna aquila.
C’est là tout ce qui paraît avoir été dit de ce Ver, si toutefois Redi n’a pas vu un autre parasite, On n'a signalé jusqu'à présent sur la Sciæna aquila qu’un seul Ver, l'Echinorhynchus sciænæ (2).
Les Sciènes sur lesquelles se trouvaient ces parasites venaient d’être prises depuis une heure, et leurs Vers montraient, par tous leurs mouvements, qu'ils étaient parfaitement en vie. Malgré ces avantages, nous n'avons pu élucider complétement leur histoire.
NEMATOBOTHRIUM FILARINA, Van Ben. (PI. XIII.)
Déroulé, le corps mesure jusqu’à 1 mètre de longueur. Mais cette opération est tellement difficile, il faut une patience tellement grande pour dégager le Ver des chairs qui l’entourent et des replis de son propre corps qui le masquent, que nous n’en avons mis qu’un seul entièrement à nu, et encore ne sommes-nous nullement convaincu de l’avoir vu en entier.
Il est logé dans l'épaisseur de la peau qui tapisse la cavité branchiale, principalement dans cette région sur laquelle l’opercule vient battre, c’està-dire la ceinture de l'épaule.
Sur une Sciæna, nous n'avons rien trouvé; sur une autre, ces kystes avaient la grosseur d’une noisette; sur une troisième, ces Vers formaient une masse pelotonnée de la grosseur du poing, s'étendant comme un collier sur toute la longueur des os du bras. On aurait dit un engorgement des glandes, résultat d’une maladie scrofuleuse.
Ces Vers ainsi entassés forment des tumeurs semblables à des glandes engorgées, et l’on est loin de supposer, en les voyant pour la premiere fois, que cet engorgement est dû à la présence de parasites.
(1) Franc. Renr, Osservazioni intorro agli animali viventi che, etc. Firenze, 1684. Trad. lat., Amstelodami, 1708, p. 256.
(2) Dresixe, Loc. cit. Parmi les nombreux genres de parasites que nourrissaient les Sciènes que nous avons disséquées, nous n'avons pas trouvé un seul Echinorhynque.
Ces tumeurs n'auraient peut-être pas attiré notre attention, si nous n'avions eu l’occasion d'étudier, peu de temps auparavant, des sacs formés par des Distomes, qui étaient logés dans la cavité branchiale du Brama Raï.
Entre les tumeurs de ces deux Poissons, il y a cette différence fondamentale que le Nematobothrium de la Sciène se développe aux dépens du Poisson même dans l’épaisseur de la chair, et que la cavité qui le loge n’a aucune communication avec l'extérieur : ce sont des Vers logés sous la peau, tandis que dans le Brama Raïi ils sont logés dans un sac formé par la peau.
Description. — Le corps est très-long, fort grêle, trop peu consistant pour dire qu’il est rond, mou et pelotonné sur lui-même, assez semblable, au premier aspect, à un gros Gordius qui aurait perdu son enveloppe externe. Il est tout d’une pièce, sans aucune apparence de segment où même de stries, effilé à ses deux extrémités, et sans aucun renflement ni aucun organe extérieur apparent.
Le Nematobothrium n’est pas libre dans son kyste; il est logé dans un étui membraneux, et cet étui contracte partout des adhérences, de manière qu'il faut une patience très-grande pour mettre à nu un de ces Vers ou mème une simple partie. Nous croyons cependant avoir réussi, à la fin, à en isoler un, du moins à ses deux extrémités. Nous y avons mis tout un jour. Un des bouts, plus effilé que l’autre, montre une excavation, une sorte de bouche, mais sans aucune apparence de ventouse. Nous n’avons pas vu de ventouses sur le trajet du corps. L'autre bout, plus gros et presque tronqué, nous montre également une excavation, mais d’une forme différente. Il n'existe pas de trace de canal intestinal, et sur toute la longueur il est enveloppé dans une gaine.
Mais le canal intestinal manque-t-il à tout âge? N'a-t-il pas existé avant l'épanouissement des organes sexuels? Nous le pensons. Il peut avoir disparu, comme dans la Filaire de Médine, les Gordius, le Distome filicolle, et plusieurs autres.
Généralement, vers le milieu du corps surtout, le Ver se tortille sur luimême, et c’est en démélant les circonvolutions formées par le corps que nous avons dù user de toute notre patience. :
Ce qui mérite surtout l’attention, c'est qu'il paraît y avoir généralement deux Vers entrelacés l’un dans l’autre, et qui ont un calibre inégal. Cela nous à rappelé le fameux Distome des Brama Raü. Le plus gros est enroulé autour du plus mince; et ce dernier nous a montré des œufs beaucoup moins nombreux, et qui ne sont pas de couleur jaune comme ceux que nous trouvons régulièrement dans l’autre.
Le seul organe que nous trouvions pour nous orienter dans ce singulier organisme, C'est un vaisseau assez gros, à parois contractiles, qui se termine en cul-de-sac et qui disparait par moments en se contractant. Ce vaisseau ne peut être qu’un canal excréteur de l'appareil urinaire, et il nous permet de distinguer l'extrémité postérieure du Ver.
L’extrémité antérieure du corps que nous devons regarder par analogie comme la tête, est effilée de la même manière, et jouit, d’après ce que nous avons vu sur un Ver vivant, logé encore dans sa gaine, d’une mobilité extrémement grande. Nous avons représenté quelques-unes des formes que cette tête affecte. Dans un autre individu, vivant également, l'extrémité céphalique s’est légèrement échancrée, montrant un seul orifice, mais que nous ne regardons cependant pas comme un orifice buccal.
A côté du canal excréteur est logé un canal tortueux, d’un aspect glandulaire, et qui, poursuivi un peu plus avant, s’élargit, puis montre des œufs dans son intérieur. C’est l'appareil sexuel femelle, ou plutôt une dépendance de cet appareil.
Ce canal, que ce soit un ovaire, un oviducte ou une matrice, est un simple tube d’une longueur excessive, qui se replie dans l’intérieur du corps, et qui forme, vers le milieu de la longueur, jusqu'à quatre ou cinq tours qui sont tous également remplis d'œufs. Le canal à parois contractiles, dont nous parlons plus haut, se montre encore, vers le milieu du Ver, entre les tubes à œufs, avec ses mêmes caracteres. La présence de ces nombreux œufs fait enfler le corps dans une partie de son étendue, et, tout en se gonflant dans une région, il conserve son calibre ordinaire dans le reste de la longueur.
Les œufs sont fort petits, de forme ovale; la coque est de couleur jaune. Le nombre d'œufs produits par un seul Ver est considérable.
Dans un œuf, nous avons cru voir un embryon, replié sur lui-même en V, et montrant un des bouts un peu dilaté, comme dans le genre Caryophrllœus.
Nous avons donc ici un Ver long et grêle comme un Nématoïde, complétement dépourvu de tout organe externe, ayant la tète d’une extrême mobilité, pourvu d’un immense appareil sexuel femelle, sans tube digestif apparent, portant un canal excréteur unique et assez volumineux dans la longueur du corps.
Affinités. — Ce Ver étant loin d’être bien connu, même sous le rapport anatomique, comme nous venons de le voir, nous éprouvons quelque embarras à lui assigner sa place.
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Bien des naturalistes en feraient un Nématoïde et trouveraient, dans son genre de vie, des rapports avec des Filaires ou des Gordius. Plusieurs de ces derniers Vers vivent, en effet, pelotonnés sur eux-mêmes, dans des cavités closes, et se réduisent, comme la Filaire de Médine et plusieurs autres, à l'époque de leur maturité sexuelle, à une gaine à œufs. Mais cette analogie est plus apparente que réelle. En effet, le Nematobothrium est logé dans une gaine membraneuse, tres-délicate, dans laquelle il se meut, comme certaines Annélides dans leur étui; un des bouts, celui que nous regardons comme céphalique, se contracte et se dilate, s’échancre ou s’élargit comme certains Trématodes ou Cestoïdes; enfin, dans toute la longueur du Ver, indépendamment de l’oviducte et des autres dépendances de l’appareil femelle, il existe un vaisseau assez gros, à parois contractiles, qui disparaît complétement par moments, et qui se termine à l'extrémité du corps, opposée à la tête, où il s'ouvre probablement à l'extérieur : ce ne peut être que l'appareil excréteur des Trématodes et Cestoïdes.
Il n’a donc du Nématoïde que l'apparence.
C’est encore moins un Cestoide : l’oviducte s'étend dans toute la longueur de l’animal, se replie jusqu’à cinq fois sur lui-même vers le milieu du corps, et aucun Cestoïde ne nous présente cette disposition.
C’est avec les Trématodes que le Nematobothriun, tel qu'il est connu, présente encore le plus d'affinité, et il se rapproche évidemment de quelques Distomes, comme le Distoma filicolle des kystes de la castagnole, ou de quelques Monostomes qui se logent également dans la peau. Il est à supposer que les divers organes sont atrophiés à l'époque de la maturité sexuelle, pour faire place aux œufs. Ce Ver pourrait bien avoir des affinités aussi avec le Monostome ténuicolle, provenant des chairs du Lampris quttata. Et le Monostome ténuicolle ne serait-ce pas le même Ver qui a été désigné sous le nom de Distoma nigroflavum, et sur lequel, depuis Rudolph jusqu'à Diesing, tous les auteurs appellent l'attention des observateurs ? Nous ne serions pas surpris qu'il en fût ainsi. Le Distoma filicolle du Brama Rai est évidemment un Distome, anormal il est vrai, mais offrant tous les caractères de ce groupe. N’avons-nous pas ici un Ver qui fait le passage, par le Monostomum tenuicolle, aux Vers cestoïdes, et ne vient-il pas combler la lacune qu’on a cru remarquer entre eux et les Trématodes.
( nr ) LIVRE DEUXIÈME.
CESTOIDES.
Distribution systématique. — Ces Vers sont agrégés pendant la plus grande partie de leur existence; ils présentent dans cet état la forme d’un ruban composé d’un grand nombre d'articles. Au sortir de l'œuf, le Ver est simple et agame; adulte, il est simple aussi, mais il a une autre forme et il porte un double appareil sexuel. Le premier est le Scolex et le second le Proglottis. Chaque individu sexué se féconde lui-même.
Tous ces Vers sont parasites, et, selon leur âge, ils habitent souvent des organes et des hôtes différents. A l’état d’embryon et à l’état adulte, on peut les rencontrer hors du corps des animaux.
L’éclosion à lieu ou dans l’eau ou dans le tube digestif de divers animaux.
Le développement de la plupart d’entre eux commence dansl’estomac d’un animal de petite taille qui avale l'œuf ou l'embryon, et qui devient la pâture d’un autre plus ou moins carnivore ; dans ce premier animal qui l’héberge, le jeune Cestoïde pénètre d’abord dans l'estomac, puis dans l'intestin, qu'il quitte bientôt en perforant les parois, et il se loge dans une cavité close où il attend patiemment que son hôte soit dévoré par l’ur ou l’autre carnassier; le cas échéant, il continue ensuite son évolution dans des animaux de plus en plus grands ou de plus en plus voraces, et plusieurs Cestoïdes enkystés des Poissons osseux finissent par se loger dans les replis de la valvule spirale des Poissons plagiostomes, comme les Vers vésiculaires des Mammiferes phytophages finissent le terme de leur évolution dans l'intestin de quelque Félide ou Mustélien.
Ces Vers peuvent vivre assez longtemps dans l'eau, mais on doit naturellement mettre ceux qui proviennent de Poissons marins dans l’eau de mer, et ceux qui proviennent de Poissons fluviatiles dans l’eau douce. Nous en avons conservé ainsi en vie pendant plusieurs Jours. Ces Vers parasites vivaient souvent aussi longtemps que les Vers libres que l’on tient en captivité dans un vase. Nous avons trouvé souvent des Cestoides vivants sur la peau de divers squales, et ces Vers nageaient fort bien quand on les plaçait dans l’eau : mais nous sommes loin de supposer qu'ils vivaient ainsi naturellement sur le corps de ces Poissons. On ne doit pas perdre de vue que les pêcheurs jettent souvent ces squales pêle-mêle dans des paniers où ils sont comprimés pendant des heures, et les Vers qui sont logés dans l’intestin se répandent avec les fèces et les mucosités qu’ils renferment sur tous Jes objets qui les entourent.
(ra3 )
Les mêmes Poissons nourrissent ordinairement les mêmes especes,ftoutefois on ne remarque rien de tres-constant à ce sujet, pas plus dans les Plaglostomes que dans les autres. Nous avons souvent trouvé quatre ou cinq espèces différentes sur un seul Poisson. Il est probable que le même animal ue loge la même espèce de Ver que pour autant qu'il ne varie pas sa nourriture. Sous ce rapport, il faut croire que les squales doivent assez souvent se faire une douce violence à leur appétit grossier. Si chacun d’eux trouve habituellement sa nourriture dans un cercle de Poissons donné, on comprend qu'il ne peut pas toujours et partout faire choix de son Poisson favori. Il y a toutefois des Poissons, comme le turbot, chez lesquels on trouve toujours la même espèce de Cestoïde et toujours aussi en abondance. Le canal intestinal est généralement obstrué par leur présence. Ce n’est évidemment pas un état maladif. Il y a très-peu de Poissons dans lesquels on n’en trouve quelques-uns : à l’état de Scolex, on les observe généralement dans les Poissons osseux ; à l’état de Strobila et de Proglottis, dans les Poissons plagiostomes.
Ces Vers sont divisés d'abord en deux grands groupes, les monogéneses et les digénèses, c’est-à-dire les Cestoïdes simples et les Cestoïdes composés. Le premier groupe ne comprend que le genre Caryophylleus.
Nous divisons ensuite les Vers digénèses en deux sections, d’après les caractères propres aux Scolex et qui ont l'avantage d’être reconnaissables aux différentes périodes de leur développement. Ces sections sont :
La premiere, les Bothriadés ;
La seconde, les Téniadés.
C'est dans la première section que viennent se placer presque toutes les espèces qui vivent dans les Vertébrés à sang froid. Ce sont tous des Bothriocéphales pour les anciens auteurs.
La seconde section comprend tous les Ténias et ne renferme guère que des Vers vivant dans les Mammifères et les Oiseaux, c’est-à-dire dans les Vertébrés à sang chaud.
Est-il bien extraordinaire que les Proglottis présentent si peu de différence entre eux, que, si on n'avait pas les Scolex, on les placerait, la plupart du moins, dans un même genre? Évidemment non. L’inverse se présente chez les Crustacés lernéens. Dans le jeune âge, ces parasites offrent entre eux une ressemblance si grande, et les mäles des groupes les plus éloignés offrent une similitude si complète, que personne ne songerait à les répartir en genres, si on ne connaissait la dernière forme sous laquelle les femelles passent la plus grande partie de leur vie parasitique.
Dans l’économie de la nature, le moment le plus important de la
Suppl. aux Comptes rendus, T. I. 19
( 114) vie du Lernéen est celui de l’âge adulte, qfand il est accroché aux arcs branchiaux de son hôte, tandis que le Cestoide, sous sa dernière forme, ne joue plus qu'un rôle passif; ce dernier est destiné uniquement à devenir la pâture de quelque animal qui le recherche et à disséminer sa progéniture. La période principale de l'existence du Cestoïde est donc celle pendant laquelle il est encore ou Scolex ou Strobila.
CESTOIDES MONOGÉNESES.
Cette section ne renferme jusqu'à présent que l’unique genre Caryophrylleus sur lequel il a été tant écrit et qui a été si peu compris.
CARYOPHYLLEUS MUTABILIS (1). (PL. XIV.)
Si l’on compare les écrits des auteurs, mème de ceux qui se sont oceupés de ces Vers en dernier lieu, des doutes nombreux surgissent sur leur nature comme sur la signification de leurs organes. On doit se demander en effet : Ces Vers appartiennent-ils aux Cestoïdes ? Le corps, dans l'ancienne acception du mot, est-il formé de plusieurs segments? Où est la partie antérieure du corps, la tête, et où est la queue? Est-ce le Proglottis d’un Ver inconnu encore, à l’état de Scolex ?
N'ayant point de couronne de crochets ni aucun organe solide pour se fixer dans les chairs, dépourvus entièrement de bothridies ou de ventouses, ces Vers sont plus difficiles à étudier que les autres; aussi sont-ils encore bien incomplétement connus ; leurs affinités sont tout à fait ignorées, et dans le dernier ouvrage qui a été publié sur l’organisation des Vers, l’auteur avoue ne pas avoir pu distinguer même la queue de la tête.
Avant de commencer ces recherches, nous avons nous-mèême exprimé nos doutes sur leur nature ; mais il ne peut plus y avoir d’incertitude maintenant ; les Caryophyllés sont connus, comme nous allons le voir, à l’égal des autres Helminthes.
Depuis Pallas il n’y a guère d’helminthologiste qui ne s’en soit occupé; fort heureusement le nom a peu varié.
Batsch, Bloch, Goeze, Hermann, Zeder, Rudolphi, Bremser etM. Blanchard
en ont donné des figures; il n’y en a pas une toutefois qui en donne une idée satisfaisante.
(1) On ne connaît qu'une espèce de ce genre ; nous ignorons quel rapport il y a entre elle et le Caryophytlleus de la Sciène axillaire du Cap déposé au Muséum à Paris.
SxNoNymiE. Tenia laticeps, Vallas, N. Nord. Beitrâge, p. 1, tab. IL, a-c.
Caryophylleus, Bloch, 4b., p. 34, tab. VI.
Fasciola fimbriata, Goeze, Naturg., p. 180, tab. XV.
Caryophylleus communis, Schranck, Verzeich.
Caryophylleus piscium, Lamk., Anim. s. vert., vol. III, p: 189.
Caryophylleus cyprinorum, Zeder, Naturg., tab. TI.
Caryophylleus mutabilis, Rudolphi, Wiedemann's Archiv., t. IL.
Caryophylleus mutabilis, Blanchard, Ann. Sc. nat., 3° série, t. VIII, PL, X, Sig. 3. — Voyage en Sicile, t. II, PI. VII, fig. 3. — Ann. Sc. nat., vol. X, PI. XII, fig. 1 et 2. — Voyage, PI. XV, fig. 1 et 2.
Caryophylleus mutabilis, Dujardin, Hist. nat. Helm., p.630.
Caryophylleus mutabilis, Diesing, Syst. Helm., vol. I, p. 577.
Habitation. — Cette espèce a été observée dans le canal digestif de la plupart des espèces de Cyprinus et Cobitis. Elle est commune dans tous nos cyprins.
Description. — Appareil excréteur. — Le système vasculaire convenablement injecté devient très-distinct, dit M. Blanchard. Ce sont les canaux longitudinaux que M. Blanchard à injectés et que l’on voit parfaitement, sans aucune préparation, en comprimant légèrement le corps entre deux lames de verre.
Ces canaux sont au nombre de huit ou de dix; ils s'unissent à l’aide d’anastomoses transverses, mais ils sont loin de former des mailles régulières, comme on l’a cru. Ils sont en tout semblables à ceux que l’on observe chez les Cestoïdes en général.
M. Blanchard à vu cet appareil, ou du moins les principaux canaux de cet appareil, sans avoir reconau ni leur origine ni leur terminaison; il les décrit soûs le nom de système vasculaire.
Ces vaisseaux, ou plutôt ces canaux, sont disposés sur deux plans: le plan externe ou cutané est composé de fines ramifications, prenant leur origine en arriere et se rendant en avant par un très-grand nombre de canaux fins anastomosés de mille manières entre eux, et formant comme un filet vasculaire autour de l'animal.
Le plan plus profond est formé de huit troncs principaux, se dirigeant d'avant en arrière, anastomosés entre eux, et pourvus de canaux plus grêles sur leur trajet, dont les branches d’origine plongent dans l'épaisseur de l’animal. Ces canaux ont à peu pres le même calibre dans toute leur longueur, et sont plus gros que ceux du plan superficiel.
Ils aboutissent en arrière à une vésicule pulsatile assez grande et trés-
Se
( 116) distincte dans les jeunes Caryophyllés. Nous avons vu le liquide contenu dans ces canaux se répandre à l'extérieur. Il n’y a pas de cils ou de fouets vibratiles à voir.
Appareil sexuel. — Les auteurs n’ont pas été d'accord sur la nature monoique des Caryophyllés. Rudolphi exprimait d’abord l'opinion, en 1808, qu'ils sont hermaphrodites, et plus tard, dans son Synopsis, il exprime l'opinion contraire, qui est bientôt partagée par d’autres naturalistes (1). Toute incertitude va être levée,
Appareil mâle. — Le testicule est extraordinairement développé; il consiste dans de nombreuses vésicules qui remplissent une grande partie du milieu du corps et dans lesquelles se forme la liqueur spermatique ; ces vésicules different notablement entre elles d'aspect et de couleur, selon la quantité de liqueur spermatique qu'elles renferment.
Sur la ligne médiane, et au milieu de toutes ces vésicules, est situé un canal tres-long, tortueux et fort irrégulierement replié sur lui-même; c’est le canal déférent, ou mieux le réservoir spermatique. 1l est, comme celui des autres Cestoides, rempli de spermatozoïdes, et on le voit à travers la peau ; il est d’un blanc mat, et se détache sur le gris des autres organes. On voit trés-distinctement les spermatozoïdes se mouvoir dans ce canal, même à travers l’épaisseur des parois.
Ce canal déférent aboutit à une poche assez grande située en dessous de lui et dont l'aspect est tout différent, selon son état de vacuité ou de plénitude. Cette poche est la même que celle que l’on observe chez tous les Cestoides, et elle contient, comme dans ces derniers Vers, le pénis. C’est donc la poche du pénis. M. Blanchard la désigne sous le nom de capsule spermatique. Nous n’avons pas vu le pénis se dérouler, mais nous ne doutons au-
cunement que sous ce rapport les Caryophyllés ne ressemblent également aux autres Cestoides. Dans différentes figures, le pénis est représenté déroulé (voyez Rudolphi, Entozoor. Hist. nat., PL. VILL, fig. 16. Dict. sc. nat., PL. XLT, fig.12, et Blanchard, Icon. Regn. anim. zooph. PL. X, fig. 4, 6, etc.). M. Blanchard dit méme que le pénis fait saillie au dehors sur la ligne médiane et inférieure du corps. Nous avons vu la cavité de cet organe toute pleine de spermatozoïdes se mouvant et se rendant d’une anse dans l’autre; cette cavité correspond à la vésicule séminale des Trématodes. L'orifice de l’organe mâle est situé vers le milieu et un peu en dessous de la poche du pénis; nous l'avons vu très-distinctement chez plusieurs individus.
(1) Runozvmr, Ent. Hist. nat., vol. 1, 1808, p. 299-300, et vol. IT, p. 2. 1810, p. g-13. — Ent. Synops., p. 440.
Les spermatozoïdes sont trés-agiles dans l’intérieur du canal déférent, ainsi que dans la vésicule séminale. Mais aussitôt qu'ils sont en contact avec l’eau, ils ne produisent plus aucun mouvement. Ils consistent dans des filaments très-allongés, comme enchevétrés les uns dans les autres, et forment dans l’eau des trainées blanches.
Pour se faire une bonne idée de cet appareil, il est indispensable d’étudier un grand nombre d'individus de divers âges et en vie.
Appareil femelle. — Nos prédécesseurs n’ont connu que trés-imparfaitement l'appareil femelle.
Le vitellogène consiste en vésicules assez grandes, logées le long des capsules spermatiques, et s'étendant tout le long du corps jusqu’à son extrémité postérieure. Le vitellus, à cause de la forme souvent régulière et globuleuse qu'il prend dans le vitelloducte, a été pris quelquefois pour des œufs, et c’est pour ce motif que le vitellogène est désigné, par quelques auteurs, sous le nom d’ovaire. On n’a pas vu, du reste, l'ensemble de cet organe, ni l’endroit où son canal excréteur aboutit. On ne voit pas d’œufs au devant de la bourse du pénis, et c’est à tort qu’on les a figurés dans des canaux formant des mailles presque régulières.
Le vitelloducte consiste dans un canal très-étroit, à parois très-délicates, situé le long des vésicules vitellogènes et aboutissant à une autre vésicule, qui à échappé jusqu’à présent à l'attention des helminthologistes. Nous avons vu distinctement ce canal excréteur charrier les globules vitellins et se rendre à la rencontre du second vitelloducte en dessous du germigène.
Le germigène est formé d’une vésicule assez volumineuse, souvent irréguliérement comprimée et logée à peu pres vers le milieu du corps entre la bourse du pénis et son extrémité postérieure. Cet organe n’est pas facile à découvrir. Nous n'avons pas vu de poche spermatique interne à côté de cet organe producteur du germe.
Le germiducte naît de la face postérieure du germigène; il a la grosseur du vitelloducte. A peu de distance de son origine, on voit à sa face interne des cils vibratiles répandus sur une très-courte étendue. Ce canal a dans cette région la surface externe couverte de filaments, destinés sans doute à fixer cet organe et à l'empêcher de se déplacer trop fortement pendant les contractions si variées du corps.
A peu de distance de là, les deux canaux se réunissent, sans que nous ayons pu toutefois préciser bien exactement le lieu où l’un s’abouche dans l’autre. Nous avons vu les germes se rendre lentement jusqu’à l'endroit où les cils sont situés; mais, arrivés là, ils sont précipités avec force au milieu
( 118 ) , d'une masse vitelline dans le long canal qui loge les œufs; et qui fait aussi bien fonction d’oviducte que de matrice.
L'oviducte, très-long et tortueux, occupe dans les Vers adultes toute la partie postérieure du corps, depuis la bourse du pénis jusqu'à la pointe. Ce canal est d’abord fort étroit et s’élargit insensiblement; ses parois sont d'une minceur telle, que sans la présence des œufs on le distinguerait difficilement. Cet oviducte se dirige d’abord en arrière, forme plusieurs:circonvolutions, remplit toute cette cavité, revient ensuite en avant, se développe à droite et à gauche de la bourse, et va s'ouvrir à côté de l’orifice sexuel femelle. Nous avons vu chez plusieurs individus la ponte des œufs s’opérer par cet orifice. Sous ce rapport, les Caryophyllés s'éloignent des autres Cestoïdes.
Les œufs finissent par envahir tout l'oviducte et remplissent alors presque toute la partie postérieure du corps.
Les œufs sont arrondis d’un côté et un peu pointus du côté opposé. M: Blanchard en à donné une bonne figure (voyez PI. XF, fig. 5, a). Ces œufs sont remplis de vésicules assez grandes, comme si chacun d’eux contenait plusieurs germes. On ne voit jamais des œufs véritables au devant de la bourse du pénis; les circonvolutions de l’oviducte ne dépassent pas la hauteur de cet organe.
Développement. — Nous avons vu des Vers assez jeunes pour eroire qu’ils affectent encore la forme du premier âge; en effet, sauf les bothridies ou les ventouses, ils ressemblent parfaitement au Scolex des autres Cestoïdes,.
Au lieu de bothridies ou de ventouses, la partie antérieure du corps se termine en expansions foliacées variant constamment d’après l’état des contractions. La partie antérieure du corps est plus large que la partie postérieure ; cette derniere est pointue. On a trouvé quelque ressemblance avec un clou de girofle, d’où le nom de Caryophylleus.
Ce Scolex ne présente aucun organe distinct, sauf l'appareil excréteur qui se montre à cet âge dans toute la plénitude de son développement.
Toute la peau est incrustée de ces grains arrondis, de nature calcaire, et que l’on observe dans tous les Cestoïdes.
Le système excréteur est formé dans le jeune âge de douze troncs prineipaux : six qui prennent leur origine à la partie postérieure et moyenne du corps; ils sont situés immédiatement en dessous de la peau et se terminent en avant par de nombreuses anastomoses d’où naissent les six autres troncs; ceux-ci sont logés plus profondément; les six premiers ont un courant d’arrière en avant; les derniers en ont un d'avant en arriére, et ils se terminent
(119 ) tous à une vésicule pulsatile assez grande, dont les mouvements ne sont pas très-réguliers, mais qui est cependant assez facile à reconnaitre à cet àge.
Tous ces troncs sont contractiles et disparaissent complétement par moments. Ils ne contiennent pas de cils ou fouets vibratiles.
Chez les individus bien vivants on voit un magnifique filet de canaux anastomosés tout autour du corps, et surtout dans l'épaisseur des expansions foliacées antérieures.
Ce Scolex croît en longueur en conservant la même forme dans toute sa partie antérieure. Des vésicules apparaissent en arrière pour donner naissance à l'appareil générateur. Nous croyons avoir vu se former en premier lieu le vitellogene.
Les vésicules du testicule apparaissent ensuite sur la ligne médiane; puis un canal déférent surgit, mais il est à peine distinct à cette époque, ne contenant encore rien dans son intérieur. Enfin l’appareil mâle est complété par la formation de la bourse du pénis, avant qu'il y ait un œuf à découvrir. Cet appareil mäle existe donc déjà au complet, alors qu'il n’y a pas encore un œuf dans l’oviducte.
Le vitellogène occupe aussi de bonne heure la partie latérale et postérieure du corps; puis apparait le germigène, toujours difficile à reconnaitre, et enfin l’oviducte : mais les parois de ce conduit sont, comme nous l’avons déjà dit, d’une ténuité si grande, que, sans la présence des œufs, il serait difficile, pour ne pas dire impossible, d’en suivre le contour. Les premiers œufs qui se forment sont éparpillés depuis la bourse jusqu’à l'extrémité postérieure du corps. On voit par-ci par-là un œuf isolé.
Cette partie postérieure du corps continue toujours à se développer, tandis que l’antérieure reste exactement la même.
La vésicule pulsatile bat distinctement dans le jeune âge; mais nous n'avons plus observé de pulsations quand l’appareil générateur est formé.
Observations. — Il est évident que ces Vers appartiennent au groupe des Vers cestoides; ils montrent même, si l’on veut, l’état de SCOLEX, de STRo- BILA et de PROGLOTTIS; si le Proglottis ne se détache pas pour aller vivre librement, il ne renferme pas moins les mêmes appareils, composés des mêmes organes. Les sexes sont réunis dans le même individu ; mais les organes sont complétement séparés les uns des autres depuis leur origine jusqu’à leur terminaison. L'appareil mâle et l'appareil femelle ont leur orifice contigu comme dans les Cestoïdes: il existe un vitellogène, un germigene et un trés-long oviducte; un testicule, formé d’un grand nombre de vésicules, un long et large canal déférent, avec un pénis logé dans une poche, des canaux excréteurs, avec une vésicule pulsatile plus distincte dans le
( 120) Scolex que dans le Proglottis, et des corpuscules calcaires dans l'épaisseur des parois.
Et si l’on peut considérer ces Vers comme composés de deux individualités, Scolex et Proglottis, comme ils ne se séparent jamais, on peut les regarder aussi comme ne formant qu’un seul individu qui se développe directement comme les Vers monogénèses. Dans ce dernier sens, c'est un Ver simple, tandis qu'il est composé, comme tous les Cestoides, d’après la premiére interprétation.
En tout cas, le point sur lequel tout le monde doit s’accorder, c’est que ces parasites établissent véritablement le passage entre les Trématodes et les Cestoïdes. Les Caryophyllés forment le trait d'union de ces deux groupes.
Quant aux autres Vers que certains auteurs ont regardés comme dépourvus de segments, comme les Ligules, nous verrons plus loin qu'ils sont tous segmentés au fond et portent des organes sexuels à des distances régulières. Aussi la nature polyzoique résulte, à notre avis, plutôt de la disposition des appareils sexuels que de la division à l'extérieur.
En résumé :
1°. Le Caryophylleus mutabilis, tel qu'il est connu des auteurs, est un Ver complet et adulte ;
2°. On reconnait les deux extrémités du corps à la vésicule pulsatile, qui est toujours placée en arrière ;
3°. L'appareil excréteur est très-développé ; les canaux sont nombreux et constituent, par leurs anastomoses, un filet qui enveloppe tous les organes : la vésicule pulsatile est très-distincte surtout dans les jeunes Vers;
4°. Le Ver renferme un appareil mâle et un appareil femelle ;
5°. Le testicule est formé de plusieurs vésicules, d’un énorme canal déférent ou réservoir spermatique et d’une bourse avec pénis s’ouvrant vers le milieu du corps;
6°. L'appareil femelle est composé d’un vitellogène avec son canal, d’un germigène et d'un oviducte s’ouvrant à côté de l’orifice mâle ;
7°. Les œufs sont pondus par un orifice naturel ;
8°. Les Caryophyllés sont des Vers cestoïdes, différant toutefois des autres par le développement et les orifices sexuels ;
9°. Ces Vers sont monogénéses, et, par conséquent, leur développement est direct ;
10°. On peut les considérer aussi comme digénèses et composés de Scolex et de Proglottis qui ne se séparent jamais. Ce sera même peut-être l’interprétation qui sera le plus généralement reçue.
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CESTOIDES DIGÉNESES.
BOTHRIADES.
Cette section comprend, d’un côté, tous ceux qui habitent les Poissons, les Batraciens et les Reptiles; nousles appelons Bothriadés. Ceux qui composent l’autre section habitent surtout les Mammifères etles Oiseaux : ce sont les Téniadés. Ainsi nous avons deux groupes très-naturels : les Cestoides des l’ertébrés à sang chaud, et les Cestoides des V'ertébrés à sang froid.
Les Bothriadés se divisent ensuite en :
A. Tétraphylles, B. Diphylles, C. Pseudophylles.
Les Téniadés ne comprennent que les Téniens des auteurs.
A. Tétraphylles.
Cette section est caractérisée par quatre bothridies extraordinairement mobiles, douées d’un mouvement de reptation semblable à celui du corps des sangsues; ces organes s’allongent et se contractent alternativement avec une très-grande rapidité : ce mouvement n’est propre qu'aux Scolex ou à la tête de ces Vers. Les bothridies sont quelquefois réunies deux par deux, mais ne changent pas pour cela l’aspect général du Ver; elles sont pédiculées ou sessiles, armées de crochets où inermes.
Dans la première tribu, les Phyllobothriens ont les bothridies toutes molles et ne présentent dans leur composition rien de semblable à un crochet ou à une épine.
Les genres sont établis surtout sur les modifications des bothridies, l'absence, la présence ou la forme des crochets ; nous en avons créé un certain nombre ; et, à en juger par les dernieres acquisitions faites en Helminthologie, tous ces genres ne tarderont pas à s'enrichir notablement d’especes nouvelles.
Genre ECHENEIBOTHRIUM, Van Ben. (P/. XF.)
Caractères. — Les quatre bothridies du Scolex sont portées sur un pédicule long et protractile ; elles sont extraordinairement variables dans leurs formes, et se distinguent par les replis réguliers qui se développent sur
Suppl. aux Comptes rendus, T. II. 16
toute la longueur de ces organes, et qui les fofit ressembler aux lamelles qui recouvrent la tête des Poissons du genre Echeneis. Ces organes peuvent aussi s’allonger ou se raccourcir sans montrer aucune trace de lamelles ou d’échancrures, et en un clin d’œil le Ver varie complétement d’aspect. Chaque lamelle.agit comme une ventouse isolée et peut emprisonner une bulle d’air. C’est ce que l’on voit surtout quand on étudie un de ces Vers très-vivants sur le porte-objet du microscope.
Ilest à remarquer que toutes les formes qu'une bothridie peut prendre dans une espèce, les bothridies des espèces voisines peuvent également l’affecter. C’est ce qui rend souvent la distinction des espèces si difficile.
ECHENEIBOTHRIUM MINIMUM. (PL. XV, fig. 1-4.)
Nous avons donné la description de cette espèce dans nos Recherches su les Cestoïdes. Elle est remarquable par les soies roides et longues qui recouvrent la base du pénis. Cet organe s'ouvre loin en arrière dans les individus adultes et remplis d'œufs. Les œufs sont très-grands.
Dans un Trigon pastinaca, au milieu de milliers de Vers de cette espece, nous avons vu quatre Phyllobothrium auricula, un grand nombre d’Acanthobothrium coronatum et un Onchobothrium uncinatum .
Nous n'avons trouvé dans l'estomac des Trigon pastinaca que des piquants avec la peau d’une grande espèce d’Annélide.
ECHENEIBOTHRIUM VARIABILE. (PI. XF, fig. 5-8.)
Cette espece, si remarquable par ses œufs, par son pénis, ainsi que par la longueur de ses Strobila, est également décrite dans nos Recherches sur les Vers cestoides. On la trouve, en abondance et dans toutes les saisons, chez diverses espèces de raies ( Raïa clavata, batis, rubus et asterias ).
ECHENEIBOTHRIUM DUBIUM, Van Ben. (PI. XF, fig. 9-12.)
Ce Ver nouveau a les bothridies portées au bout d’un long pédicule, et les alvéoles, au nombre de six ou huit, sont assez grandes. Le bulbe céphalique est fort petit, mais porté au bout d’une longue tige très-mobile. Le Strobila ne porte qu'une vingtaine de segments, dont le dernier a le tiers de la longueur totale. Le pénis est couvert de piquants assez forts, peu nombreux et pas très-larges; il s'ouvre vers le milieu du corps. Les œufs ne présentent pas la curieuse division endogène qu'on observe dans l’espèce précédente.
Habite la Raia batis.
Cette espèce s'éloigne des deux autres, 1° par les bothridies; 2° par le bulbe céphalique; 3° par la longueur du Strobila ; 4° par le Proglottis, particulièrement le pénis; 5° enfin par l'hôte aux dépens duquel elle vit.
Les bothridies ont les pédoncules extrêmement longs, et ils n'ont qu’un très-pelit nombre d’alvéoles. Nous en avons compté seulement six chez un individu adulte, sur le point de mourir.
Le bulbe céphalique est beaucoup plus petit que chez l'E. variabile, et on le voit tres-distinctement s'engainer comme chez beaucoup de Ténias.
Par le Strobila, cette espece se rapproche de l'E. minimum. En effet, elle n a qu'un petit nombre de segments ou de Proglottis, quand le dernier est déjà adulte et sur le point de se détacher. Aussi sous ce rapport elle s'éloigne beaucoup de l'E. variabile, dont le Strobila est au contraire très-long.
Le pénis est couvert d’épines symétriquement disposées sur une partie de sa longueur, et leur forme diffère également de celle des deux autres espèces. ;
Enfin l'E. minimum habite surtout le Trigon pastinaca ; VE. variabile, diverses espèces de Raia; l'E. dubium n’a été trouvé encore que dans la Raia batis.
Genre PHYLLOBOTHRIUM, Van Ben. (PI. F1.)
Les quatre bothridies sont sessiles, échancrées du côté externe, et jouissent d’une très-grande mobilité; elles se frisent ou se crispent, comme des feuilles de laitue, et portent une ventouse en forme d’ampoule pres du bord extérieur.
Les espèces de ce genre sont très-difficiles à distinguer les unes des autres, surtout quand on n’a pasl’occasion deles étudier comparativement dans leurs divers états. C’est que la mobilité des bothridies est extraordinairement grande. Nous ne serions pas même surpris de voir ceux qui s’occuperont de ces recherches accuser ces observations et nos dessins surtout d’être peu exacts; au début on sera généralement disposé, ou à multiplier encore les especes, ou à les réduire. Nous avons nous-mème passé par toutes ces péripéties.
PHYLLOBOTHRIUM LACTUCA. (PI. XVI, fig. 1-5.)
Cette espèce, si remarquable par la singulière conformation de ses bothridies, a été décrite dans nos Recherches sur les Cestoides,
Elle habite le Mustelus vulgaris.
D PHYLLOBOTHRIUM AURICULA, Van Ben. (PL. XVI, fig. 6-12.)
Toutes ces espèces, sans parties solides, sont difficiles à distinguer les unes des autres, à cause de l'extrême variabilité qu'on observe dans la forme de leurs bothridies. Ce n’est aussi qu'après bien des hésitations et après avoir fait une comparaison rigoureuse entre les individus vivants et ceux qui sont conservés dans la liqueur que nous nous sommes décidé à créer cette espèce. On ne peut assez se défier de soi-même dans ces sortes de recherches, quand même on à vu et établi les espèces congéneres.
Les bothridies sont aplaties, sans cordons au disque charnu; leur tissu est réticulé, et on ne voit jamais les bords crispés comme dans les espèces voisines.
Les alvéoles du milieu des bothridies sont toutes d’une grandeur égale, au milieu de l'organe; vers le bord elles s’allongent, et sur le porte-objet du microscope chacune d'elles peut se creuser, emprisonner une bulle d’air et présenter ainsi un bord fort élégamment dessiné.
Cette espèce habite le Trigon pastinaca. Nous en avons recueilli quatre Strobila dans un seul Poisson. Is ont trois pouces de long.
PHYLLOBOTHRIUM THRIDAX. (PL XVI, fig. 13-17.)
Ce Ver, à l'état de Strobila, atteint une longueur extraordinaire, et les Proglottis se séparent régulièrement. Nous en avons donné une description dans nos Recherches sur les Cestoides.
Il habite la Squatina angelus.
Genre ANTHOBOTHRIUM, Van Ben. ( PI. XVII.)
Les quatre bothridies se creusent au milieu, affectent la forme d’un vase ou d’une fleur monopétale, ou bien encore s'étendent comme un disque arrondi, porté sur un pédicule long et protractile. Les bords ne se crispent pas comme une feuille, et il ne se forme pas de replis parallèles.
ANTHOBOTHRIUM CORNUCOPIA. (PI XVII, fig. 1-3.)
Les quatre lamelles qui terminent en arriere le corps de chaque Proglottis donnent à cette espèce une grande ressemblance avec le Colliobothrium verticillatum. Cette espèce à été décrite dans nos Recherches sur les Cestoides.
Elle est commune dans le Galeus canis.
ANTHOBOTHRIUM MUSTELI. (Pl. XVI, fig. 4.)
Ce Ver du Mustelus vulgaris a été observé sur le même Poisson à Venise, par M. V. Siebold (1). On le reconnait surtout à ses bothridies. Voyez nos Recherches sur les Vers cestoides.
ANTHOBOTHRIUM PERFECTUM, Van Ben. (PL XWIL, fig. 11-14.)
Cette espèce, fort remarquable sous divers rapports, habite le canal digestif du Scimnus glacialis. Nous en avons trouvé cinq exemplaires au milieu des chambres de la valvule spirale.
Longueur du Strobila......... ... 30 à 40 centimètres. Largeur de la tête du Scolex.,.... +. 1 à 2 millimètres. Largeur du Proglottis..... ....... …) millimètres.
Les bothridies sont fort grandes et se creusent en avant pour former une ventouse ; la partie postérieure prend habituellement la forme d’un canot.
Le Strobila se compose d’un nombre considérable de segments; il est étroit en avant et en dessous des bothridies ; large et épais en même temps à sa partie postérieure. Les segments ne se montrent qu'à une certaine distance, de manière qu'il y a un cou long, d’après l’ancienne interprétation.
Les Proglottis, plus longs que larges, sont fort épais à l’état adulte, et leur matrice, située au milieu du corps, est fortement bombée; quand elle est pleine d'œufs, elle prend facilement une couleur noire au contact de la lumière. C’est ainsi que l’on voit à l'œil nu une tache noire plus où moins grande dans chaque Proglottis exposé quelques instants à la lumiere.
Les œufs sont allongés, mais sans filaments.
Ce Ver ne ressemble à aucune des espèces connues de ce genre, ni par le Scolex, ni par le Strobila, ni par le Proglottis (2).
ANTHOBOTHRIUM GIGANTEUM, Van Ben. (PL. XWII, fig. 5-10.)
Ce qui caractérise surtout cette espèce, c’est la disposition toute particulière des bothridies, qui portent chacune un orifice transversal, comme une bouche de Poisson plagiostome.
Les bothridies sont parfaitement arrondies, et ressemblent à des ventouses de Ténia pédiculées. Le cou est assez long; les stries apparaissent lentement, et dans les adultes les segments sont un peu plus longs que larges. On voit le pénis saillant du même côté.
(1) Zeits. f. Wiss. Zool., 1850, p. 108.
(2) Bulletin de L’Acad. roy. de Belgique, t. XX, p. 262.
( 126 ) Le corps du Proglottis en se détachant est ün peu échancré en arrière; le pénis est très-long et sans aspérités; la matrice remplit tout le milieu; les œufs sont en forme de fuseau.
DODBUEUT ee ARE eu 15 centimètres.
Largeur en arrière. .. .......... 2 à 3 millimètres. Bothridies. 44... CE À var 1 millimètre.
On le rencontre dans l'intestin du milandre, pendant les mois de juillet et d'août; nous avons trouvé six individus toussemblables dans un seul Poisson.
Cette espèce diffère d’abord du Cornucopia par l'absence de lobules. Elle est tout aussi facile à distinguer de l'Anth. musteli par sa taille qui est beaucoup plus forte et ses bothridies qui sont toujours arrondies.
Elle se rapproche par la taille de lAnth. perfectum, mais les bothridies de cette dernière espèce sont toujours en forme de nacelle, avec une ventouse au sommet, et les œufs, tout en étant un peu allongés, ne sont pasen forme de fuseau.
Phyllorynchiens.
Ils ont deux ou quatre bothridies et quatre trompes hérissées de crochets. disposées ordinairement en quinconce et qui peuvent se retirer dans une gaine membraneuse. Au bout de la gaine on voit toujours quatre bulbes creux.
Le Scolex vit toujours enkysté dans un Poisson osseux, et il ne peut devenir Strobila sexué que dans le tube digestif d’un Poisson plagiostome.
En 1849, la nature des Tétrarhynques et de tous les Vers vésiculaires était encore une véritable énigme pour tous les naturalistes; c’est dans le courant de cette année (1) que nous avons démontré que le Tétrarhynque des auteurs est le Scolex des Rhynchobothrius, et c'est vers le milieu de 1850 que M. V. Siebold a publié une monographie de ce genre, ayant pour titre : Sur la génération alternante des Cestoides ( 2 ).
Ces parasites vivent d’abord enkystés, dans un repli du péritoine, et passent plus tard avec leur hôte dans le canal digestif d’un Poisson sélacien. Ces derniers Poissons sont carnassiers par excellence, et c'est dans les replis de leur intestin qu'ils deviennent complets et sexués. Ce sont les Tétrarhynques qui nous ont fait comprendre les Bothriocéphales et les Ténias. Les Ténias vivent, comme les autres Cestoides, d’abord enkystés dans un animal destiné à devenir la proie d’un carnassier, sous la forme d’un Ver
(1) Bulletin de l'Académie de Belgique, t. XVI, p. 44 (séance du 13 janvier 1849). (2) Zeits. f. Wiss. Zoologie, 1850, vol. IT, p. 198, PL. X1F et XP,
(127) vésiculaire (Cysticerque, Cœnure, etc.), puis celui-ci passe avec l'hôte qui l’héberge dans le canal intestinal de quelque carnassier pour devenir Ténia adulte et complet.
TETRARYNCHUS TENUIS, Van Ben.
Cette espèce n’a pas été décrite jusqu'a présent : elle est trop remarquable pour avoir été confondue avec une autre.
Ce qui la distingue de prime abord à l'état de Strobila de tous les autres Tétrarhynques, c’est sa longueur excessive, sa grande ténuité en avant, son renflement régulier et constant au bout du Scolex, et le grand développement des derniers Proglottis.
Nous avons recueilli un très-grand nombre de Strobila complets dans les intestins du milandre.
Son premier séjour à l’état de Scolex ne nous est pas connu. Ce Scolex sera facile à reconnaitre quand on le découvrira.
Dans les Strobila, même à l’état adulte, on voit au bout du dernier segment une vésicule plus ou moins opaque, qui est un reste du premier âge.
Le Scolex, ou la tête, est nettement séparé du corps du Ver par un renflement particulier de sa base, qui est exactement le même dans tous les individus de cette espèce. Cette partie renflée est toujours remplie de granulations opaques qui rendent cette région plus foncée. Ce Scolex est proportionnellement long et étroit; la surface est unie et sans rides.
Les quatre trompes sont excessivement longues, et la gaine qui les loge forme une spirale. Les trompes sont couvertes dans toute leur longueur de crochets qui diffèrent plus ou moins entre eux à la base et au sommet. La plupart des crochets ont une forme d’alène; d’autres ressemblent à la lame d'une serpette.
Les bothridies sont au nombre de deux ; elles sont assez longues pendant le repos, et une large excavation s'étend dans toute leur longueur.
Le Strobila est, comme nous l'avons déjà dit, d’une longueur excessive, et le nombre de segments est extraordinairement grand. Nous ne connaissons pas un Tétrarhynque qui sous ce rapport lui ressemble. Les premiers segments sont un peu plus larges que longs; vers le milieu ils sont à peu près aussi longs que larges : et les derniers prennent, tout en acquérant un énorme volume, la forme d’un boudin. Si les premiers segments sont aplatis, les derniers s’arrondissent pour devenir un véritable sac à œufs. Le dernier Proglottis qui est encore adhérent à souvent jusqu'à dix fois la grosseur et au moins vingt fois la longueur des premiers segments.
Le Proglottis adulte et détaché depuis quelque temps de la souche a une forme ovale, et toute la surface est couverte de côtes longitudinales qui le font ressembler à un fruit.
Le testicule ne se voit pas distinctement dans les jeunes individus; les granulations de la peau empêchent de le reconnaitre; le réservoir spermatique au contraire se montre sous la forme d’un tube très-irrégulierement replié sur lui-même vers le milieu du corps, un peu en avant; on le voit surtout quand il est plein. Le pénis est situé sur le côté en avant et se déroule aisément au point d'atteindre la longueur du Proglottis : sa surface est lisse.
Le germigène se montre d’abord comme deux masses arrondies et blanches qui occupent comme toujours le fond du sac; ce germigène s'étend ensuite en avant et prend l'aspect de deux feuilles soudées à leur base.
Le vitellogène consiste en lobes serrés le long d’un canal excréteur et se reconnait aisément quand il est plein.
La matrice n’est développée et ne se montre que quand elle est pleine d'œufs; elle occupe tout le milieu du corps, et forme un grand sac étranglé irréguhierement de distance en distance.
Des spermatozoïdes , évacués spontanément, se meuvent comme dans les autres classes, et consistent dans d'énormes filaments dont il est difficile de voir la terminaison.
Les œufs sont petits, de forme ovale, à enveloppe simple, sans filaments et dont la coque est mince et transparente. L'intérieur est plein de granules vitellins; au centre on voit une masse transparente. Nous n'avons pu découvrir les crochets embryonnaires, même dans les œufs qui sont entièrement murs : il est vrai que l'embryon ne paraît pas encore formé ; nous avons cherché également en vain ces crochets dans le Tetrarhynchus tetrabothrium.
TETRARYNCHUS ERINACEUS, Van Ben. (PI. XVIII.)
Cette espece est sans aucun doute nouvelle pour la science ; mais si nous attachons un grand prix à sa découverte, c'est moins à cause de sa nouveauté que pour le haut intérêt que nous présente le Scolex avec sa vésicule pulsatile et ses canaux afférents. Elle présente également un grand intérêt parce que nous l'avons observée sous ses deux dernieres formes dans un Poisson osseux et un Sélacien, et que nous avons pu ainsi l’étudier dans les principales phases de son évolution.
Nous avons trouvé le Scolex enkysté dans le péritoine de la baudroïie
( 129 (Lophius piscalorius) et dans le péritoine du cabillaud (Gadus morrhua) À l’état adulte, sous forme de Strobila et de Proglottis libre, il vit dans l’intestin de la Raia rubus : il est probable qu'il habite encore d’autres Plagiostomes.
Le kyste est assez volumineux, puisqu'il est gros comme un pois ordimaire; à l’état de Strobila, nous en avons vu de quatre à cinq pouces de longueur.
Le kyste a la forme d’un sphéroïde; il est pédiculé. Le Scolex est un peu allongé, plus étroit d’un côté que de l’autre, d’un blanc mat et complétement engainé, comme un Cysticerque que l’on dégage de ses enveloppes. On peut aisément le dégainer en le pressant avec un peu de soin , et il ressemble alors plus complétement encore à un Scolex de Ténia.
Le corps est divisé en deux parties : l’une, qui est tres-courte et presque aussi large que longue, est le corps du Ver proprement dit; l’autre est la vessie, vieux débris de l'embryon hexacanthe, dont il se débarrassera bientôt.
Le Scolex porte deux bothridies assez fortement échancrées au milieu en dessous, et dont la forme est difficile à saisir pendant la vie du Ver. Il n'; a. pas d'aspect que ces organes d'attache ne présentent. Ce sont tantôt quatre godets qui couronnent la tête, tantôt au contraire deux lobes découpés en cœur, ou bien enfin des expansions foliacées s'appliquant à plat sur les divers corps et faisant fonction de ventouses.
Les trompes sont proportionnellement courtes et assez épaisses, comme la gaine qui les loge et le bulbe qui recoit l'insertion du muscle rétracteur. Les crochets qui les recouvrent différent notablement de volume, de forme et de situation. Un des côtés ne porte que des pointes en alène, régulièrement espacées et montrant des rangées de tout petits piquants à la base qui se répètent à des distances régulières; du côté opposé, on voit de véritables crochets avec la pointe recourbée en arrière, beaucoup plus forts que les premiers et qui donnent à ces organes un aspect redoutable. Il y a peu d'organes d'adhésion aussi puissamment armés que ceux-ci. Les crochets varient plus ou moins de la base au sommet de la trompe et ils donnent par leur insertion un aspect annelé à ces organes.
Tout le Ver est fortement incrusté de corpuscules calcaires, mais c’est surtout dans l’épaisseur du sac que le nombre est le plus considérable.
En comprimant un peu ce sac, on voit surgir la vésicule pulsatile qui continue à battre lentement, et à laquelle aboutissent de chaque côté deux canaux longitudinaux qui descendent du milieu des bothridies. Nous avons
Supp. aux Comptes rendus, T. II. ] 7
pu les suivre des yeux d’un bout du corps à l’autre. Dans l'intérieur on voit des fouets vibratiles, mais seulement dans les canaux très-gréles et qui sont près de leur origine.
Nous avons vu distinctement une bothridie montrant dans son intérieur un véritable réseau capillaire.
Ce Scolex, introduit dans le canal digestif du Poisson auquel il est destiné et qui est pour cette espèce la Raia rubus, perd, comme la plupart des’ Cestoides, sa vésicule caudale et subit une transformation subite. Nous avons vu un Ver, tout au début de son évolution strobiloïde, qui venait de perdre la vésicule et ne montrait pas encore de segments. On les trouve rarement Jeunes dans le tube digestif, parce que leur accroissement est extrêmement rapide.
Le Strobila a de quatre à cinq pouces de longueur. Le Scolex est nettement séparé des premiers segments sans qu'il y ait cependant une échancrure ou un renflement. Les derniers segments sont quatre à cinq fois plus longs que larges. Le pénis est alterne.
Le nombre de segments du Strobila est très-grand.
Les Proglottis adultes ressemblent pour la forme à certains Beroës et montrent, comme ces derniers, des côtes longitudinales. On en voit ramper librement, comme des Planaires, dans les mucosités des intestins. Leur forme est peu variable, et ils ne changent guère après leur séparation de la communauté.
Ils sont souvent peu transparents, et par conséquent peu favorables à l'étude des viscères.
Dans toute la longueur du corps, et longtemps avant que le Proglottis * ait sa forme adulte, on aperçoit des vésicules blanches, serrées les unes contre les autres, et qui n’ont pas encore disparu quand le Ver est devenu complet. Dans les jeunes individus, ces vésicules ont l'air d’être enchässées dans une masse granuleuse noirâtre. Les vésicules blanches sont les testicules, la masse noire le vitellogène.
Le germigene est, comme toujours, double et placé à la même hauteur, au fond da corps du Proglottis; on l’aperçoit aussi d'assez bonne heure. Il a l'aspect d’une grande vésicule. Les deux organes sont séparés.
Le pénis s'ouvre très-loin en arrière sur le côté et se montre ordinairement au fond d’une échancrure. Il est tres-court et n'apparait à l'extérieur que sous la forme d’un gros mamelon à surface lisse. La poche qui le loge est fort petite aussi, et le réservoir spermatique est moins distinct que dans les Cestoides en général.
(Mr )
Les spermatozoïdes consistent en très-longs filaments qui se tortillent après leur sortie et qui se meuvent distinctement dans leur réservoir.
Les œufs sont simples, de forme ovale et régulière, sans filaments, et ne montrent guere d’espace blanc dans leur intérieur. Nous avons vu le vitellus bourgeonné, mais il n'existe pas de crochets dans l’intérieur, même dans les œufs qui sont près d’être pondus.
TETRARHYNCHUS MEGACEPHALUS, Rud.
Ce Ver n’est encore connu qu'à l’état de Scolex ; en considérant les hôtes sur lesquels on l’a trouvé égaré, il devient de plus en plus intéressant de savoir dans quel Poisson il devient adulte et sexué.
Nous en avons trouvé trois exemplaires dans la cavité abdominale du Seimnus glacialis, etun sur le foie, également dans la cavité abdominale du Squalus glaucus. Rudolphi l'a trouvé à Naples, adhérent aux parois abdominales du Squalus stellaris ; de Blainville le cite des parois de l'estomac et des branchies de spares; Grohmann (d’après Diesing) dans la cavité abdominale de Leptanchus cinereus et Scorpæna porcus, et enfin M. Blanchard dit en avoir reçu de M.Verany, qui les avait recueillis à Gênes, dans des kystes, sur les branchies des espadons. Il est probable aussi que le Tétrarhynque, indiqué sous le nom de Floriceps squali qlacialis dans les galeries du Muséum de Paris, et rapporté d'Islande par Gaimard, appartient également à cette espèce.
Ce Ver a donc été vu sur quatre différentes espèces de squales, et, dans toutes les quatre, il avait, au lieu de se développer dans les intestins jusqu’à la maturité sexuelle, perforé les parois du tube digestif et cherché une nouvelle prison. Ne sont-ce pas ces espèces de squales qu'il lui faut pour hôte?
On doit évidemment considérer ces Vers enkystés dans une cavité abdominale des squales comme égarés et condamnés à mourir sur place à l’état agame, puisqu'il n’y a plus moyen pour eux de quitter leur hôte. Les squales ne peuvent guère être avalés par d’autres Poissons, à moins que ce ne soit par des espèces de plus en plus grandes, ce qui est difficile à admettre pour le Scimnus glacialis; ce Poisson est en effet un des plus grands qui hantent les parages du Groënland et de la côte d'Islande, et il n’y a guere que le squale pelerin qui le surpasse en taille.
Nous ferons remarquer à ce sujet qu’on voit à tout instant des Scolex de Cestoïdes qu'on a introduits de force dans des hôtes qui ne sont pas les leurs, y vivre très-bien un certain temps, sortir complétement de leur kyste, grandir même, mais quitter ensuite l'organe dans lequel on les avait logés avant qu'ils aient pu acquérir leurs organes sexuels. C’est pourquoi on doit être
("232 ) constamment sur ses gardes en faisant ces expériences et ne pas croire que l’on a trouvé le patron du parasite, parce que celui-ci y reste en vie pendant quelques Jours. Il faut, pour que l'expérience soit concluante, que le parasite introduit s'y montre avec tout son apanage sexuel. Cette évacuation du Scolex ne peut avoir lieu que quand il est placé dans un appareil ouvert à l'extérieur.
Sxvonvmie. Tetrarhynchus megacephalus, Rudolphi, Syrops., PL. IL, fig. 7 et 8. Tetrarhynque discophore, Dict. Sc. nat., PI. XLIT, fig. 3. B. claviger, Leuckart, Zoo!. Bruchs, p. 51, PI. XI, fig. 32. B. claviger megaceph., Blanch., ir Cuv., R. anim. Zooph., PL XL, fig. 3; id., Voy. en Sicile, PL. XVII, fig. 3, p. 210.
B. claviger megaceph., Von Siebold, Ueber den Generat., etc.; in Zeits. für W. Zool., 1850, p. 237.
Tet. linguatula, Van Ben., Bull. Ac. de Bruxelles, t. XX, n° 6, p. 260; 1853.
Les individus trouvés dans le Scimnus avaient de trois à quatre pouces de longueur, dont le Scolex occupe à peu pres le quart. La partie postérieure du corps, qui devrait se segmenter, ne présente aucune apparence de division ni d'organes internes. Cette partie postérieure est comme un morceau de ruban blanc, très-irrégulierement replié sur lui-même, et soudé au corps du Scolex.
Le Scolex est fort gros et se distingue de tous les autres par les caractères tirés des trompes comme par ceux pris dans les bothridies.
Les bothridies sont d’une grande mobilité pendant la vie du Ver, mais, du moment qu'il s’affaiblit, on ne les distingue plus que par un double sillon tres-irrégulier et bordé d'une lévre saillante. Il n’y a pas d’appendice proprement dit.
Comme la tète est tres-grosse aussi, on voit en avant quatre tubercules plus où moins épineux et très-peu saillants; ce sont les trompes. Ces trompes sont excessivement courtes comme leurs gaines, et, quand elles sont déroulées, elles sont un peu plus larges au bout qu'à la base. Elles sont réguliérement couvertes de crochets, tous semblables, disposés en quinconce, et qui sont formés d’un disque du milieu duquel part la portion crochue. Ces organes se courbent dès leur base. Il y a de chaque côté de sept à huit: rangées.
A cause de la grande taille, nous avons soumis cette espèce à une dissection minutieuse, et, après un court séjour dans la liqueur, nous avons reconnu des renflements ganglionnaires et des filets, que nous ne pouvons nous empêcher de regarder comme nerveux. Voici cette disposition : en incisant le Ver dans la longueur et en meitant autant que l’on peut
les gaines des trompes à nu, on voit en bas, sur chaque gaîne, non loin du bulbe, un petit ganglion qui est couché sur cet organe, comme les ganglions œsophagiens du collier nerveux sont placés ailleurs sur lœsophage. De ces ganglions part un filet en arrière qui se perd dans les parois de cette gaine, et un autre filet en avant qui se réunit, avec son congénère, à un ganglion plus volumineux, situé plus en avant au-dessous de la peau. Les filets de ces derniers se distribuent à la gaïne et à la partie de la trompe qui se déroule.
Il y aurait ainsi six ganglions en tout : deux en avant immédiatement en dessous des trompes, et quatre en arriere, couchés sur une gaine de la trompe.
TETRARHYNCHUS GIGAS (1).
Ce Ver bien remarquable n’est connu qu’à l’état de Scolex. Il habite les kystes du péritoine de quelques Poissons osseux, mais surtout les chairs du Poisson-Lune, et, à ce qu'il parait, aussi les chairs du Brama Raïi.
Il a été décrit d’abord par Cuvier, mais il n’a été vu en vie que par un petit nombre de naturalistes.
Nous en avons observé une douzaine d'individus, logés au milieu des chairs du Poisson-Lune, surtout à la base de la nageoire caudale, dans la masse musculaire qui correspond à cette nageoire. Quelques individus sont très-longs et en forme de ruban, percent les muscles et enlacent les arêtes, surtout les apophyses épineuses des vertèbres et les rayons interépineux. Au milieu de ces muscles flasques et baignés dans un liquide assez abondant, ces Vers se meuvent aussi librement que les autres Tétrarhynques dans la cavité abdominale.
Nous croyons pouvoir en donner la synonymie suivante :
SynNonvmie. Scolex gigas, Cuvier, Règne animal, t. NI; 1817. Tetrar. elongatus, Rud.
Floriceps saccatus, Blanchard, Règne animal illustré, PL. XL, fig. 2;1d., Voyage en Sicile, PL. XVII, fig. 2.
Il habite, outre les chairs, des kystes du péritoine et du foie. On le trouve en égale abondance dans les moles (Orthagoriscus mola) de la Méditerranée et les moles qui sont pêchées dans la Manche ou dans la mer du Nord.
Ce Ver, indépendamment du kyste qui le loge, est encore enfermé dans une capsule pergamentacée, jaunâtre, assez solide, qui enveloppe à la fois
(1) Nous avons reçu de MM. Paul Gervais, Leuckart et G. Wagener des exemplaires de ce Ver, recueillis par eux sur le Poisson-Lune de la Méditerranée,
(154) la vessie et la queue. Cette capsule est un peu plus délicate autour de la portion rubanée.
Ce Tétrarhynque, dégagé de son kyste et de son étui corné, peut se diviser, tout en n'étant encore qu'à l’état de Scolex, en trois parties : 1° le Scolex, qui forme la partie principale, 2° la portion vésiculeuse, et 3° le ruban postérieur qui se transformerait en Proglottis si le Ver était introduit dans le tube digestif de son hôte véritable.
Le Scolex est ordinairement caché à la vue quand on retire le Ver de son enveloppe; il est engainé et se trouve dans l’intérieur de la portion renflée ou vésiculeuse, comme un Cysticerque dans sa vésicule.
Les bothridies sont extraordinairement variables, et pour en donner une idée, il ne faudrait pas moins de vingt-cinq figures. Le Ver mort montre quatre lobes, assez épais, plus ou moins excavés sous forme de godet.
Les trompes sont assez longues et s'étendent à une distance .à peu près égale à la longueur du Scolex. Ces trompes sont grêles, couvertes de crochets d’une seule forme et disposés en quatre rangées. Ils sont courbés comme un bec d'oiseau de proie.
Le bulbe des trompes a la longueur des bothridies, mais il n’est pas aussi large.
La portion vésiculeuse du Ver, qui loge le corps du Scolex, est excessive: ment mobile quand le Ver sort vivant de sa gaine. Elle se contracte en boule ou s’allonge comme une Ligule en dégaïnant de temps en temps la tête avec les trompes. On doit avoir vu ces Vers en vie pour s’en faire une idée.
La troisième partie du corps n'est autre chose que le prolongement du corps du Scolex, qui ne renferme aucun organe sexuel, aussi longtemps qu'il ne se trouve pas dans la cavité digestive de son patron propre.
Dans quel Plagiostome doivent-ils passer du Poisson-Lune pour devenir adultes? Ils sont trop abondants dans ces Poissons pour supposer qu'ils sont égarés.
B. Diphrylles.
Ces Vers différent si complétement des autres Cestoïdes par leurs bothridies, leurs crochets opposés et leurs crochets verticaux, que nous avons cru devoir en faire une division à part, quoiqu’elle ne comprenne jusqu’à présent qu'un seul genre.
Genre ECHINOBOTHRIUM.
I y a un double rostellum avec crochets, deux grandes bothridies très-
mobiles et un cou épineux.
ECHINOBOTHRIUM TYPUS, Nob. (PI. XIX.)
Synonyme. Æ. typus, Van Ben., Bull. de l'Acad. de Bruxelles, t. XNI, n° 1849. E. trpus, id., Mém. sur les Cestoïdes, 1850, p. 158.
Le Strobila atteint de 5 à 6 millimètres de longueur. Le Proglottis a 1 millimètre de longueur.
Habitation. — Dans l'intestin de la raie bouclée, où il est très-commun.
Scolex. — La tête du Scolex est extraordinairement mobile et affecte les mêmes formes dans ses mouvements que celle de la famille précédente ; elle s’allonge comme une pointe de flèche ou se contracte comme une boule massive avec une rapidité qui permet à peine de se faire une idée de sa forme véritable.
Elle est aplatie fortement, et les deux bothridies semblent acculées l’une à l’autre quand le Ver est bien vivant; après la mort, la forme change : la tête s’arrondit et les bothridies prennent un tout autre aspect.
Ces organes sont doués de la propriété de s'étendre extraordinairement et d’affecter les plus singulières formes. Pour les dessiner, il faut saisir leur contour au vol ou attendre que le Ver s’épuise. Les bothridies ont leurs bords complétement dentelés.
Quelle que soit la position de la tête, on aperçoit dans son intérieur et en avant un bulbe que l’on prendrait pour un bulbe buccal, s’il existait un canal digestif. Ce bulbe, un peu plus transparent que les tissus environnants, s'élève brusquement à droite et à gauche, et la tête, vue de profil, prend alors la forme du Squale marteau; les crochets, qui étaient logés dans l’intérieur, apparaissent au dehors et sont disposés au bout de chaque prolongement comme un rateau. C’est un double rostellum avec une double rangée de crochets au lieu de couronne. C’est de cette manière que ce parasite se fixe aux parois intestinales. Au-dessous du bulbe on aperçoit au milieu un faisceau de fibres musculaires rétracteurs, qui expliquent les mouvements brusques de cet organe.
On voit toujours vers le milieu de la tête, sur le cou, entre les épines et sur tout le corps du Ver, des corpuscules calcaires en très-grande abondance.
Les crochets sont disposés sur un seul rang avec la pointe en arriere ou un peu en dehors. J'en ai compté de neuf à seize de chaque côté. Ils occupent deux plans. Ils ont à peu près tous la même longueur et paraissent aussi avoir la même forme. On en voit six de face; les autres sont situés derrière. Un peu plus larges à la base, ils s’'amincissent insensiblement ;
( 156 ) la pointe se recourbe légerement en dedans, etvers letiers antérieur chaque crochet présente une légère éminence en forme d’apophyse. Ces organes se détachent avec une grande facilité.
On aperçoit fort bien les canaux longitudinaux dans l'intérieur de la tête; il y en a quatre; ils s'’anastomosent en avant et montrent des canaux à leur origine. On peut les suivre dans toute la longueur du Strobila, et ils se voient encore dans le Proglottis adulte.
La partie du Scolex désignée sous le nom de cou, est bien limitée en avant et en arrière. Il est aplati dans toute sa longueur. De chaque côté, trois rangées d'épines le recouvrent et en font l'animal le plus singulièrement armé de tous les Helminthes. Nous avons vu un jeune individu sans épines au cou.
Ces épines sont toutes de la même forme et de la même longueur ; elles sont droites, effilées et terminées à la base par trois apophyses, dont une seule est profondément engagée dans les parties molles. Dans chaque rangée on compte douze ou treize pièces serrées les unes contre les autres, et qui se recouvrent en partie. Les points sont toujours dirigés en arrière. Comme les crochets de la tête, ces épines se détachent facilement.
Le cou a la longueur de la tête, mais il n’est pas aussi large. On peut facilement l’étirer, augmenter l'espace entre les épines, dresser celles-ci ou les coucher les unes sur les autres.
En dessous des épines on voit constamment quelques taches de pigment rouge qui ne sont pas sans ressemblance avec des points oculaires, sauf qu'ils n’offrent guere de régularité, ni dans leur forme ni dans leur nombre.
Strobila. — Le corps est aplati dans toute sa longueur; les articles sont peu nombreux, on n’en compte que huit à dix; les derniers sont deux à trois fois plus longs que larges; les premiers sont au contraire beaucoup plus larges que longs. Le pénis s'ouvre du même côté sur la ligne médiane.
Proglottis. — Le Ver adulte est libre et arrondi ; il a la forme d’une outre. Le pénis est situé vers le tiers inférieur du corps. On le distingue pendant le repos à travers l'épaisseur des enveloppes. Il peut atteindre la longueur du corps quand il est complétement déroulé; dans sa position ordinaire, il ne dépasse guère la moitié de cette longueur. Il est couvert de courtes aspérités. Le testicule est logé en avant, au milieu même du corps ; il est formé de plusieurs vésicules transparentes qui remplissent d’abord tout le corps. Le réservoir spermatique consiste, comme dans tous ces Vers, en un canal entortillé placé sur la ligne médiane à la base du pénis; le vitellogène occupe sa place ordinaire.
Le germigène consiste dans deux longs cœcums logés au fond, et rapprochés l’un de l’autre à la partie inférieure.
Les œufs ont o"%,or. Ils différent notablement par leur forme de tous les autres œufs de Cestoides. En effet, ils sont un peu effilés à un bout, trèslarges, au contraire, au bout opposé, à bords presque tronqués. On ne voit que de fines granulations dans l’intérieur tout autour d’une vésicule limpide. La coque est simple et fort mince, sans filaments. Ces œufs sont accumulés dans une matrice qui envahit tout le corps. Les œufs, prêts à ètre pondus, ne montrent aucune apparence de crochets dans leur intérieur. L'embryon (Proscolex) se forme sans doute seulement apres la ponte.