‹ Recherches sur la faune littorale de Belgique (volume 3)Chapitre 70 sur 103 · APPAREILS DE LA VIE DE RELATION · texte numérisé non relu

APPAREILS DE LA VIE DE RELATION

Peau. — La peau est formée, à l’état d’adulte, d’une couche mince, transparente, sans structure, quelquefois lisse et unie, d’autres fois ridée, tuberculeuse, poilue où même épineuse; elle n’est jamais vibratile.

Elle enveloppe régulièrement tout le corps, se détache aisément du parenchyme par son séjour dans l’eau ou dans l’alcool, et elle pénètre dans l'intérieur du corps par les orifices extérieurs et sexuels.

Le parenchyme du corps est généralement formé de diverses couches de fibres irrégulièrement croisées, et formant souvent un feutre inextricable. Quelquefois aussi il présente l'aspect d’une masse finement granulée et fortement contractile.

En général, le parenchyme ne porte pas ces singuliers corpuscules calcaires des Cestoïdes. Cependant on en trouve dans quelques Distomes. Ces corpuscules témoignent des affinités des Trématodes et des Cestoiïdes.

Appareil locomoteur. — Cet appareil consiste uniquement en fibres musculaires et comprend en même temps les organes à l’aide desquels les Vers s'attachent aux divers corps.

Nous avons donc à parler du système musculaire, des ventouses et des crochets.

I. Système musculaire. — 1] est est composé de fibres primitives, aplaties, sans stries transversales (1), et qui ne se réunissent guére en faisceau pour former un muscle proprement dit.

Ces fibres forment surtout une double couche en dessous de a peau, les unes situées dans l'axe du corps, les autres circulaires, et croisant celles-ci à angle droit. Toutefois des fibres musculaires s'étendent en outre dans tout l’intérieur du corps et constituent, pour ainsi dire, le parenchyme dans lèquel sont logés les viscères. Aussi ces Vers sont-ils généralement doués d’une grande force de contractilité, et la forme du corps est-elle tres-variable.

IT. Organes d'adhésion. — Ils sont de diverse nature, mais on peut dire toutefois que ce sont ou des ventouses ou des crochets.

Ces organes sont situés à la tête des Scolex chez les Cestoïdes; chez les Trématodes, ils sont plus particulièrement situés à la queue. C’est que les premiers se fixent pour eux et pour leur progéniture, tandis que les autres sont attachés pour leur propre compte. Les premiers aussi mangent par la surface de la peau, et plongent dans la nourriture au milieu du canal intestinal de leur hôte; tandis que les autres doivent faire pénétrer les aliments dans leur propre canal digestif. Les premiers enfin portent les crochets à l’état de Scolex, les autres à l'état de Proglottis.

Ventouses. — La ventouse consiste, en général, en fibres musculaires longitudinales, ou plutôt rayonnées, et en fibres circulaires ; elles forment. les unes et les autres, plusieurs couches. La consistance de ces organes est toujours plus grande que celle de la peau.

Fa ventouse peut être représentée par une simple dépression, dans laquelle on découvre à peine des traces de fibres musculaires. Les deux espéces du genre Epibdella sont très-interessantes sous ce rapport. C'est à peine si les deux ventouses, situées à côté de la bouche, dans l'Epibdella hippoglossi, méritent ce nom; tandis qu’elles en conservent parfaitement tous les caractères anatomiques dans l’autre espèce. Des ventouses on passe insensiblement aux bothridies des Vers cestoïdes à l’état de Scolex. par suite des modifications dans les fibres musculaires.

Elles varient aussi beaucoup en nombre.

Les Monostomes n'ont qu’une ventouse buccale située en avant. Les

(1) Ceci devient exact depuis que les Linguatules sont retirés du groupe des Vers.

(168 ) Distomes ont la même ventouse en avant, mais ils en portent encore une seconde vers le milieu du corps : la premiére est perforée, la seconde ne l'est pas. Les Holostomes, les Amphistomes et tous les Tristomiens portent plusieurs ventouses, les unes en avant, les autres en arriere,

En général, le fond des ventouses est lisse, uni. L’Epibdella est peut-être le seul genre dans lequel ce fond est régulièrement rugueux.

Dans le genre Tristoma, chaque ventouse porte des cloisons qui divisent le fond de cet organe en plusieurs compartiments très-réguliers.

Nous ne connaissons aucune ventouse antérieure armée de crochets, si ce n’est celle de quelques Cercaires, par exemple de la Cercaria armata; mais cet organe doit servir plutôt à perforer que pour adhérer. Le Distoma militare et d’autres espèces voisines ont une couronne de stylets autour de la tête, qui apparaissent seulement pendant l'enkystement.

Les ventouses postérieures sont, au contraire, généralement armées de ces organes dans tout le groupe des Tristomiens. Chaque espèce a une forme propre.

Parmi les organes d'adhésion les plus remarquables, on doit encore citer les ventouses ou plutôt les cupules qui garnissent le dos des Notocotyles, et qui forment une triple rangée composée chacune d’une douzaine de ces organes.

II. Crochets. — On peut diviser les parties solides en trois catégories : 1° celles qui garnissent les ventouses et servent de charpente dans l’épaisseur des parois; 2° les crochets, stylets ou hamecons qui servent directement pour s'attacher, en pénétrant dans le corps de leur hôte; 3° les soies qui garnissent l'appareil sexuel, et servent probablement à l'acte de la fécondation.

A. Cette charpente consiste dans le Diplozoon et l'Æxine bellones en deux demi-cerceaux, portant vers le milieu du côté concave une épine assez forte qui peut pénétrer dans les chairs et d'une piece droite au milieu qui sépare l'ouverture en deux cavités distinctes. C’est une bouche véritable avec une dent mobile; cette dent est: forte, souvent mobile, quelquefois fixée, et présente en outre, sur le bord concave de chaque côté, une autre forte dent qui donne une grande solidité à cet appareil.

Dans l'Octostoma merlangi, ce sont deux cercles réunis et qui s’aplatissent au milieu à l'endroit où ils se touchent. Il n'y a pas de dents.

L'Octobothrium lanceolatum porte dans chaque ventouse deux lèvres dont l’une est un peu plus forte que l’autre. C’est une bouche qui doit saisir un objet sans concours de dents.

Dans l’Onchocotyle appendiculata il n’y a qu'un stylet recourbé dans l'é-

(169 ) paisseur des parois de chaque ventouse et qui est destinée à maintenir les parties molles en place.

Chez l'Octobothrium lanceolatum on trouve un stylet semblable et qui joue le même rôle.

B. Le genre Epibdella est muni de trois paires de crochets à sa ventouse postérieure; ils sont situés sur deux rangs et ils différent notablement de forme et de volume dans les deux espèces.

Le Tristoma papillosum porte une paire de crochets au centre de la ventouse postérieure; ces crochets sont bifurqués à un bout et recourbés en hamecon à l'autre bout.

L'Octobothrium lanceolatum montre deux paires de pièces tout près de l'extrémité postérieure du corps, indépendamment de celles qui entourent les organes génitaux.

Le Diplozoon paradoxum porte aussi deux paires de pièces solides ; l’une en forme de crochets, qui a été observée déjà par M. V. Siebold, l’autre droite et se croisant avec les pièces précédentes; cette dernière paire n'avait pas été observée jusqu'à présent.

L'Octostoma merlangi ne porte que la charpente des ventouses et les crochets sexuels.

Le Polystoma integerrimum n’a qu'une seule paire de crochets, proportionnellement très- grands, légérement recourbés, et qui sont situés au devant des deux ventouses moyennes.

Le Calceostoma elegans montre tout pres du bord de sa grande ventouse deux paires de crochets, rapprochés sur la ligne médiane et affectant la forme d’une paire de ciseaux.

C. Nous ne connaissons des crochets de l'appareil sexuel que chez les Tristomiens. Ils sont connus depuis longtemps dans quelques genres, mais sans que l’on ait songé jusqu’à présent à leur donner une signification.

Ils représentent dans leur ensemble le pénis hérissé des Cestoïdes.

L'Octostoma merlangi présente autour du pore génital une couronne de soies qui, au nombre de quatorze, forment un véritable cercle. Chaque soie est pourvue d’un manche engagé dans les chairs et d’une pointe recourbée.

Le Polystomum integerrimum porte une dizaine de pieces en forme de stylets, terminées en pointe bifurquée à la base et qui forment un faisceau en entonnoir.

L'Axine bellones, outre une couronne de crochets légèrement recourbés

Suppl. aux Comptes rendus, T. 1. 22

(070) et assez petits, en porte encore un grand nombre d'autres de la même forme vers le bout de la gaine.

L'Octobothrium lanceolatum en montre cinq paires, disposées avec symétrie : deux en avant, deux en arrière d’un disque, et une sur le côté à une distance égale des unes et des autres.

Le Calceostoma elegans n’a qu’un seul stylet long, assez gros et courbé vers la pointe.

$ III

Système nerveux. — Ce système a été observé depuis longtemps dans plusieurs genres de Trématodes à l’état de Proglottis ou sous leur forme adulte.

Il présente au fond tres-peu de différence d’un genre à l’autre.

Sa disposition dans le genre Epibdella peut fort bien servir de type, c’est pourquoi nous allons en donner une description.

Au-dessus du bulbe buccal et de l’origine de l’œsophage, on voit au milieu une bande disposée en travers qui se termine à droite et à gauche en un faisceau de cordons blancs, fort grèles; de chaque côté sont situées deux masses comparables à des ganglions, et qui ne sont pasexactement disposées de la même maniere à droite et à gauche ; l’échancrure, qui les divise à droite, pénètre plus profondément que du côté opposé. Les cordons de chaque côté sont fort nombreux et se perdent dans les tissus à une assez courte distance, sauf un seul, d’un calibre un peu plus fort, qui se rend directement eu arrière, et semble correspondre à un cordon de la chaine ganglionnaire des articulés. Ces deux cordons donnent naissance à des filets nerveux sur leur trajet. |

Il n'y a pas de collier.

Nous n'avons pas observé de corpuscules nerveux dans les renflements ganglionnaires, et la différence de ces ganglions, comparés à ceux de quelques Hirudinées, est si grande, que ce n’est pas sans hésitation que nous nous sommes prononcé sur leur nature.

Nous avons observé encore le système nerveux dans le Distoma hepaticum où il est connu depuis longtemps, le Distoma megastomum, et quelques autres Vers; la disposition est au fond la même et nous n'avons point reconnu chez eux les deux cordons longitudinaux qui ont été signalés comme des cordons s'étendant dans toute la longueur du corps.

Page 1