‹ Recherches sur la faune littorale de Belgique (volume 3)Chapitre 69 sur 103 · TÉNIAS · texte numérisé non relu

TÉNIAS

: ifères.

bouche inerme; des | Mammifères

| Oiseaux.

Rhynchotenia.

non inerme ; des | Mammifères. Oiseaux.

Cette distribution démontre combien les Ténias, même les plus communs, sont peu connus; ainsi le Tenia serrata est placé parmi les Arhynchotenia, tandis qu'il porte un véritable rostellum armé ; le Tenia cucumerina figure, au contraire, parmi ceux à rostéllum inerme, tandis qu'il est pourvu d’une véritable couronne à crochets, formée même de plusieurs rangées ; il en est de même du Tenia paradoxa , si commun dans la bécassine et dont nous avons parlé plus haut; il porte une véritable couronne à crochets, mais il est vrai de dire que peu d'espèces la perdent aussi facilement.

: Rudolphi avait déjà indiqué les bases de ces divisions, et il en a même fait l'application aux quatre-vingt-treize espèces qu'il connaissait, tandis que Dujardin préfère comme caractères, devant servir à la division de ces Vers en sections, d’abord la position des orifices génitaux, puis la forme de la tête, et enfin la présence ou l'absence de trompe et de crochets. | On entrevoit déjà que les organes sexuels fourniront des caractères fort

QUITTER importants, mais ils sont jusqu'ici complétement inconnus dans la plupart de ces Vers, et les anatomistes eux-mêmes sont loin d’être d'accord sur la détermination des parties essentielles. Le Tenia cucumerina montre toutefois déjà qu'il y a des Ténias à appareil sexuel double pour chaque Proglottis, tandis que la plupart d’entre eux l'ont simple.

M. Blanchard a proposé le nom d’anoplocephala pour le Ténia de cheval et celui du lapin (Zenia perfoliata et pectinata) à cause de labsence de trompe et de crochets; ces deux espèces, appartenant à des Mammifères dont le régime est végétal, forment un noyau autour duquel viendront se grouper bien d’autres espèces provenant de Mammifères phytophages.

Nous allons répartir les espèces que nous avons eu l’occasion d'étudier, d'apres les caracteres fournis par la couronne de crochets.

Tenia solium.

Tenia canurus.

Tenia serrata.

: Tenia canina.

armés de crochets. ... à Tenia nana.

Tenia variabilis.

| avec trompe et Tenia paradoxa.

| Tenia gallinulæ.

TÉNIAS / non. armes. ......%. Tenia porosa.

Tenia melanocephala.

Tenia dispar.

sans trompe et sans crochets......... : 1 Tenia osculata.

Tenia ocellata.

TENIA SOLIUM, Linné.

SxNonymie. Tenia cucurbitina, Goeze, Naturg., p. 269, PI. XXI. Tenia solium, Rud., Entoz, t. XI, p. 160.

Tenia solium, Bremser, Traité des Vers intest., PI. IIL, f. 1-14. Tenia solium, Dujardin, Helminth., p. 557.

Tenia solium, R. Owen, Todd's Cyclopedia, vol. II, p. 137, art. Enrozos. Tenia solium, Diesing, Syst. Helm., vol. I, p. 514. Tenia solium, Blanchard, Voyage en Sicile, p. 150, PI. XIII, fig. 1, et PI. AW,

fe 4. ; Habitation. — L'homme à l’état de Strobila; le cochon à l’état de Scolex. Un des Strobila que nous avons reçu par l'extrême obligeance d’un de nos collègues, mesure 3%,50; il a été rendu par une cuisinière.

L'appareil sécréteur a été pris pour un canal digestif et pour un appareil circulatoire; il présente la conformation ordinaire aux Vers cestoïdes.

Tous les organes sont plus difficiles à étudier dans les Ténias que dans les Phyllobothriens ; aussi l'étude de ceux-ci nous permet-elle de nous prononcer avec plus d’assurance au sujet de la nature de ces organes.

11 y a une figure de Tenia solium dans l'Encyclopédie de Todd (vol. IH, page 137), mais l'organe ramifié, qui se remplit d'œufs, est regardé, à tort nous semble-t-il, comme l'ovaire, et une partie du testicule comme l'oviducte.

M. Blanchard a été plus heureux; mais cet habile anatomiste n'a reconnu qu'une partie de l'appareil màle, et il à pris aussi la matrice pour l'ovaire. C’est, du reste, une erreur que doivent commettre tous ceux qui ne se prépareront pas à l'étude des Ténias par les Phyllobothriens et les Phyllacanthiens.

Un conduit grêle qu’on pourrait considérer comme un oviducte en rapport direct avec le tube ovigère médian, s'étend, dit M. Blanchard, exactement jusqu’au bord latéral où il aboutit dans le vestibule commun des organes génitaux. Ce conduit est tellement grêle, ajoute M. Blanchard, qu'on se demande s’il doit servir à autre chose qu'à recevoir la liqueur séminale. Jamais il n’a trouvé d'œufs dans son intérieur. Tout fait supposer que ces œufs se répandent principalement quand, les anneaux étant détachés, lovaire ou l’anneau lui-même vient à se fendre. Nous sommes parfaitement d'accord avec M. Blanchard sur le rôle qu'il fait jouer à ce canal, quant à son usage exclusif pour lintromission de la liqueur séminale, mais les œufs sont tout aussi bien emprisonnés dans la matrice après la séparation des Proglottis qu'auparavant.

L’organe arborescent ou ramifié qui se remplit d’œufs et qui occupe presque tout l’intérieur du corps des Proglottis est la matrice. Les œufs ne sont pas évacués par un canal naturel; ils ne sont mis en liberté que par

déhiscence des parois. C’est pour ce motif que les œufs ne se répandent pas, ou du moins rarement, dans l'intestin de l'animal aux dépens duquel il se nourrit.

A côté de l’orifice sexuel, on voit un canal assez étroit se diriger de dehors en dedans, obliquement en arrière : c’est le vagin, qui s'ouvre à côté de la poche du pénis. Il ne sert, comme l’a supposé M. Blanchard, qu'à introduire la liqueur séminale. Le pénis est très-court et à surface lisse ; il est rare qu’on le voie un peu proéminent. Il est très-proche de la vulve et s'ouvre dans une excavation commune ou cloaque.

Suppl. aux Comptes rendus, T. LL. 19

Au bout de ce vagin existe un renflementt vésiculaire dans lequel la liqueur spermatique est tenue en dépôt : c'est la vésicule séminale interne ; on la distingue facilement en comprimant le Ver.

A côté de ce vagin est situé un organe entortillé sur lui-même et ordinairement opaque : c’est le réservoir du sperme, au bout duquel sont situées les vésicules qui constituent par leur réunion le testicule.

Nous avons donné à un cochon des œufs de Tenia solium à avaler, et quand il a été abattu, il était ladre ; un grand nombre de Cysticerques celluleux étaient logés dans ses muscles.

Un autre cochon, nourri et élevé dans les mêmes conditions que le précédent, né en même temps dé la même mere et qui n'avait pas pris des œufs de Tenia solium , n’en contenait pas.

Il ne nous a pas été permis de faire l'expérience de la transformation du Cysticerque celluleux du cochon en Tenia solium de homme (r).

TENIA COENURUS (2).

Ce Ver n’est connu que depuis peu sous sa dernière forme ténioïde; il est au contraire connu depuis fort longtemps à l’état de Scolex, sous le nom de Cœnure cérébral; c’est lui qui se développe dans le cerveau des moutons et occasionne la maladie connue sous le nom de tournis.

On peut développer cette maladie artificiellement.

Le mouton qui prend des œufs de ce Ténia présente, vers le dix-septième Jour, les premiers symptômes du tournis.

Si on l’abat dans ce moment, on trouve à la surface du cerveau, soit à la base, soit au sommet, ou quelquefois entre les hémispheres et le cervelet, une ou plusieurs vésicules blanches de la grosseur d’un petit pois et sur lesquelles on ne voit pas encore de traces de bourgeons ou de futurs Scolex. Cette vésicule est le Proscolex. C’est l'embryon à six crochets qui a pris du développement à la surface du cerveau.

Ce Proscolex ne consiste que dans une simple vésicule d’un blane lactescent remplie de liquide.

A côté de ces vésicules on voit dessillons jaunes tres-irréguliers, semblables à des tubes abandonnés de quelque Annélide tubicole; c’est la galerie par laquelle le Ver vésiculaire a chevauché jusqu’à l'endroit où on le trouve.

Quinze jours plus tard, c’est-à-dire vers le trente-deuxième jour, le Cœ-

(1) M. Küchenmeister a fait cette expérience avec succès sur un condamné. (2) Bullet. Acad. roy. de Belgique, t. XXI, n° 5 et 7.

(147) uure a la grosseur d'une petite noisette, et on voit à l'œil nu de petits corpuscules nébuleux, séparés les uns des autres, de même forme et de même volume; ce sont les bourgeons ou les Scolex qui ont surgi, mais qui n'ont encore n1 crochets ni ventouses.

Voici comment ces bourgeons se forment : la surface de la vésicule mere se ride dans un endroit déterminé, en même temps qu'un bouton se montre dans l'épaisseur des parois; cette ride s'étend d’abord en longueur, devient ensuite circulaire, et le centre de ce repli se déprime plus où mois profondément. Le bouton bientôt se montre au fond de cette fosse circulaire , s'élève et s’abaisse selon les contractions de la vésicule mére, et le Scolex est reconnaissable. C’est le même mode de formation que dans les Cysticerques; mais au lieu d’un seul bouton il s'en forme plusieurs dans les Cænures.

Ce Ver vésiculaire avant le développement de ses bourgeons a les parois très-contractiles; on est tout surpris de le voir se rétrécir ou s'étendre, s’allonger irrégulièrement ou s’arrondir comme un Distome. Par ses mouvements incessants, et placé souvent entre le cerveau et la boîte cränienne, on comprend que la surface cérébrale se déprime, et qu’une cavité se forme pour le loger. On voit du reste que son action s'exerce non-seulement sur le cerveau, mais même sur les parois de la boite osseuse, puisque les os souvent s’amincissent dans la région que ces Vers occupent.

Les parois du Proscolex montrent distinctement des cellules dans leur épaisseur, et c’est à la contraction de ces cellules que sont dus les mouvements.

On voit aussi trés-distinctement dans ce Ver vésiculaire des vaisseaux anastomosés, semblables à un réseau capillaire, et qui correspondent à l'appareil excréteur; nous avons même pu nous assurer de l'existence d’un foramen caudale, évacuant des globules diaphanes, qui grandissaient après leur sortie, ainsi que de la présence de fouets vibratiles dans les canaux.

Des corpuscules calcaires sont déposés dans le parenchyme du Proscolex, mais on n'en voit encore aucune trace dans le Scolex lui-même.

Autour de chaque Ver s’est formée une membrane, par suite de l’exsudation des surfaces voisines qui sont plus on moins enflammées; cette membrane est composée de tissu fibro-plastique ou de tissu cellulaire embryonnaire, selon les observations de mon collègue et ami Vankempen, qui à bien voulu l’examiner à ma demande.

Des moutons ont pris des œufs de Ténia provenant du même chien, à Copenhague et à Giessen, et MM. Eschricht et R. Leuckart ont obtenu le

même résultat. Du quinzième au seizieme jour les premiers symptômes de tournis se sont déclarés.

C'est vers le trente-huitième jour que la couronne de crochets apparaît, que les ventouses se forment et que toute la tête du Scolex est ébauchée. Toutes ces têtes peuvent se dégainer ou s’engainer à la volonté de l'animal. C’est vraiment un animal polycéphale quand les Scolex sont épanouis.

Ce Ver continue pendant un certain temps à croître dans la boîte crânienne du mouton, et détermine par sa présence les accidents les plus graves; le mouton finit nécessairement par succomber, à moins qu’on n’enlève le parasite par la trépanation.

Le Cœnure, à ce degré de développement, avalé par un chien, subit en quelques heures de grands changements. Le Proscolex ou la grande vésicule se flétrit, les divers Scolex dégainent l'extrémité céphalique, deviennent libres, péuètrent dans l'intestin avec les aliments, et s'accrochent aux parois intestinales pour former autant de colonies de Ténia qu'il y a de têtes distinctes.

Un chien qui a avalé un seul Cœnure peut done contenir un nombre considérable de Ténias.

Le développement du Strobila et du Proglottis marche tres-rapidement et il ne faut que trois à quatre semaines pour que ce Strobila ait plusieurs pieds de longueur.

L'organisation de ce Ver, à l’état de Strobila et de Proglottis, est en tout semblable à celle du Tenia serrata ; nous avons même cherché en vain à distinguer ces Vers l’un de l’autre par les crochets.

Les œufs que nous avons donnés aux moutons proviennent d'un Ténia de chien, à qui M. Küchenmeister avait fait prendre des Cœnures. Ce sont des œufs du même animal que M. Küchenmeister a envoyés à Copenhague et à Giessen pour l'expérience dont nous parlons plus haut.

TENIA SERRATA, Goeze. (PI. XX.)

Ce Ver est facile à distinguer de tous ceux qui suivent’ par le grand développement du Scolex et la disposition de sa double rangée de crochets autour du rostellum.

Synonymre, Cysticercus pysiformis, Diesing, Syst. Helm., vol. I, p. 459. Cysticercus pysiformis, Blanchard, Voyage en Sicile, ;:. 173, PL. XPT, fig. s. Tenia serrata, Goeze, Diesing, Syst. Helm., p. 515%. Tenia serrata, Blanchard, Voyage en Sicile, p. 158.

Habitation. — A l’état de Scolex dans des kystes péritonéaux du lièvre et du lapin; à l’état de Strobila.et de Proglottis dans le canal intestinal du chien.

M. Küchenmeister a fait les premières expériences sur la transformation des Cysticerques pysiformes en Ténias, en 1851 ; ces expériences ont été répétées depuis par MM. V. Siebold et G. Lewald (5).

Nous allons faire connaître le résultat des expériences que nous avons faites sur ces Vers ; mais disons d’abord un mot de leur organisation.

Proscolex. — C’est la première forme qu'affecte cette espèce à la sortie de l'œuf. On le distingue déjà dans l'œuf avant l'éclosion. Il ressemble à une simple vésicule, dans les parois de laquelle se développent trois paires de crochets, une antérieure au milieu et deux autres latérales.

Cet embryon doit se frayer un passage à l’aide de ces instruments de perforation, à travers les parois de l'intestin de l’animal qui a avalé l'œuf dans lequel il est enfermé, afin de chercher le lieu où il doit continuer son développement et s'enkyster.

Scolex. — Le Ver, contenu encore dans son kyste, a le cou engainé et on ne voit qu'une masse blanche légerement ridée, qui est terminée par une vésicule à parois extrémement délicates.

En dégainant la tête, on voit les quatre ventouses et une couronne de crochets qui est implantée dans un rostellum, et que l'animal peut rendre saillante à volonté.

Le rostellum ou la trompe porte une couronne de crochets formée de deux rangées ; les uns, plus courts, sont un peu plus courbés; les autres, plus longs surtout par le talon, montrent à l'extérieur un aspect semblable aux premiers.

Ces crochets alternent ; les longs sont plus en dessous, les autres plus en dehors : il y en a de vingt à vingt-quatre dans chaque rangée.

Les ventouses, au nombre de quatre, sont un peu plus petites que la couronne de crochets; elles n'offrent rien de particulier.

On voit toute la peau incrustée de granules calcaires hyalins.

On distingue difficilement les canaux excréteurs dans cette espèce.

Des Scolex, traités avec l'acide acétique, dégagent une quantité de bulles

(1) Un beau travail sur les Vers cestoïdes, et particulièrement sur les premières phases de développement des Cysticerques, a paru en 1856 sous le titre : Die Blasenbandwürmer und ihre Entwickelung. Giessen. Il a pour auteur M. Aud. Leuchart.

(Note ajoutée pendunt l'impression. )

de gaz; un individu, après un court séjour dans cet acide, laissait échap-

per successivement des bulles par la partie postérieure du corps, là où se trouve le foramen caudale. En le portant sur le porte-objet du microscope, les canaux, au nombre de deux, de chaque côté du corps, étaient injectés de gaz dans toute leur longueur et montraient un tres-joli aspect. C’est de ces canaux, comme on le pense bien, que venaient les bulles de gaz.

Strobila. — Nous avons vu des Vers d’un metre de longueur; les orifices génitaux sont irrégulièérement alternes : il y a peu de différence entre le diametre du Scolex et celui des derniers Proglottis. La segmentation commence non loin de la tête.

Proglottis. — Les canaux longitudinaux n’offrent rien de particulier.

L'appareil sexuel s'ouvre sur le côté vers la partie moyenne ou un peu plus en arriere.

On voit distinctement la poche du pénis ; le pénis est court et quelquefois saillant dans les Proglottis complets ; le réservoir spermatique consiste dans un canal entortillé qui est situé vers le milieu du corps; enfin le testicule est formé d’un certain nombre de vésicules claires qui remplissent l'intérieur du corps. Il faut voir ces organes dans les Proglottis qui n’ont pas encore la matrice remplie d'œufs.

L'orifice sexuel femelle est situé comme toujours à côté de celui de Porgane mâle; le vagin pénètre horizontalement, se courbe en arrière en formant presque un angle droit, et se rend en arriere à un organe double que nous regardons comme le germigene. Cette description est faite d’après des Proglottis faisant encore partie de la communauté et avant l'envahissement du réservoir à œufs.

Le Proglottis mür qui se détache spontanément à cause de sa maturité est un peu plus long et plus étroit que celui qui fait partie de la communauté; le pénis est placé un peu plus en arrière, et tout le corps qui est envahi par une matrice pleine d'œufs prend une teinte plus foncée. La disposition de ce dernier organe est absolument la même que dans le Tenia solium, comme du reste différents auteurs l'ont depuis longtemps reconnu.

Développement. — On voit des Cysticerques dans la plupart des lapins domestiques ou sauvages et dans les lièvres; ils sont logés communément dans l’intérieur d’un kyste de la grosseur d’un pois formé aux dépens du péritoine. On en voit quelquefois deux dans un seul kyste.

A côté de ces Cysticerques, qui ont atteint toute la dimension qu'ils peuvent acquérir dans ces Rougeurs, on en voit d’autres moins grands et on

CAS: } finit par en découvrir de tellement petits, qu'on ne les distingue qu'à l’aide du microscope.

Nous n'avons pas vu de couronne de crochets dans ces derniers, mi aucune apparence de ventouse ; mais dans le parenchyme du corps on distingue un corpuscule qui bientôt s’allonge et au fond duquel on voit paraître d’abord les crochets, puis les ventouses. C’est le corps futur du Scolex.

En effet, ce corpuscule augmente de volume, les crochets, dont on ne voyait d’abord que la pointe, deviennent plus distincts, bientôt on s’apercoit qu'ils sont disposés en couronne; à la pointe de chaque crochet est venu se joindre ensuite la base ou le talon, et les quatre ventouses ont surgi simultanément tout autour de cette couronne, en tapissant les parois internes de la poche qui s’est formée.

Ces divers organes n’ont plus qu'a se compléter, et les corpuscules calcaires, en se déposant dans les parois du nouveau corps qui s’est formé, complètent le Ver vésiculaire.

Les Cysticerques adultes sont formés d’un tissu assez dense, de couleur blanche, que l’on voit à travers les parois du kyste, et d’une vésicule beaucoup plus grande que le reste, dont les parois sont d’une couleur grise et d’une délicatesse excessive.

Le cou est toujours engainé aussi longtemps que le Ver est logé dans son kyste.

A peine ce Cysticerque vésiculeux est-il introduit dans l’estomac du chien, que la vésicule crève, les parois s’absorbent ou plutôt se dissolvent dans le suc gastrique, et le Ver montre encore pendant quelque temps des lambeaux de la vésicule qui l’a porté si longtemps. Ces lambeaux disparaissent à leur tour, le Ver pénètre avec les aliments dans l'intestin, et là il semble jouir d'une vie nouvelle. Au bout de deux à trois heures on le trouve complétement dégainé et solidement attaché par sa couronne de crochets aux parois intestinales de son hôte.

C’est à cet âge que l’on voit fort bien le rostellum qui semble complétement disparaître plus tard; aussi quelques helminthologistes placent ce Ténia parmi ceux qui n’ont pas de trompe.

Ces crochets forment par leur réunion un véritable entonnoir, et c’est en déroulant complétement la trompe, que ces organes pénetrent profondément dans les parois de l'intestin.

On les voit pendant quelque temps au commencement de l'intestin grèle; plus tard on en voit beaucoup plus bas; le corps de chaque Cysticerque,

( 159 ) au bout de très-peu de temps s'allonge, et jdes traces de segmentation apparaissent; une progéniture de Proglottis se forme.

Au bout de quelques jours, en effet, les segments deviennent distincts, puis les organes sexuels apparaissent dans l’intérieur de chaque Proglottis, et au bout de dix-huit jours le Strobila atteint plusieurs pouces de longueur.

La couronne de crochets s’est ensuite légèrement modifiée depuis; les pointes, au lieu d’être dirigées de bas en haut et de dedans en dehors, sont plutôt placées d'avant en arrière sur deux rangs et montrent tous à l'extérieur le même aspect. On ne dirait plus qu'il y a des crochets longs et des crochets courts, parce qu'ils sont également longs par leur partie saillante.

Nous allons rendre compte ici de nos expériences (1 ).

Le 14 janvier, à ro heures du matin, nous avons fait prendre à un chien d’un an un certain nombre de Cysticerques pysiformes, et une heure après encore un certain nombre, ensemble vingt-six. Le lendemain, à 3 heures de l'après-midi, nous l’avons ouvert, et nous avons trouvé tous les Cysticerques sans vésicules, et commencant à se développer à la partie postérieure du corps, la tête complétement déroulée et la plupart ayant la couronne de crochets implantés dans les parois de l'intestin. Tous étaient parfaitement en vie.

Le même chien contenait au bout de l'intestin gréle deux Tenia serrata, dont l’un avait deux pieds de long, l'autre un pied. J'avais ce chien depuis quinze jours.

Lundi 24, nous avons donné à un second chien, qui avait pris le 6 et le 10 du mème mois uu certain nombre de Cysticerques, encore une vIingtaine de Cysticerques entre 10 et 11 heures du matin ; à 1 heure et demie le chien a été tué.

Les Cysticerques étaient encore dans l’estomac au milieu de leurs kystes dont ils rewplissaient toute la cavité.

Ils portent encore leur vésicule, mais les parois en sont flasques, et leur couleur grisätre contraste avec la couleur blanche du corps.

Toute la partie antérieure du corps est encore engainée.

(1) M. Küchenmeister (*) a le premier introduit le Cysticerque pysiforme dans le canal digestif du chien, et il à vu ce Cysticerque se transformer en Ténia.

M. V. Siebold (**) et son élève Lewald (**”) ont répète ces mêmes expériences comme nous avec le même succès.

(*) Günsburgs Zeitschrift, 1851, p. 240.

(*”) Société Silésienne de Breslau, séance du 3 juillet 1852, et Journal lInsitut, 17 septembre 1852. {***) De Cysticercorum in Tenias metam. Berolini, 1852.

Dass l'intestin se trouvent déja divers individus, dont quelques-uns ne montrent plus que des lambeaux de la vésicule.

D’autres n'en montrent plus aucune trace; la tête est complétement dégainée; le Scolex offre des replis, mais ce ne sont pas encore des segments indiquant l'apparition des Proglottis.

Il existe des Vers, déjà assez loin dans l’intérieur de l'intestin, dans un état assez différent les uns des autres. Quelques-uns n'ont que le tiers ou le quart de la longueur des autres, tandis que la tête avec les ventouses est toujours la même.

Nous avons vu trois individus déjà dans le rectum et un dans le cœcuin, sans tête et au même degré de développement, qui proviennent de la méme Ingestion.

Le même tube digestif renferme des Vers d’un âge plus avancé.

Quelques-uns d’entre eux sont longs de deux à trois pouces, ont le corps un peu plus gros en arrière qu’en avant et sont probablement âgés de quatorze Jours.

On voit les segments apparaitre dans toute la longueur du Ver. Les derniers anneaux ont à peu près une forme carrée.

Ces Vers se distinguent des autres par la grosseur relative du Scolex.

D'autres que nous supposons avoir dix-huit jours de séjour dans l'intestin ont un tiers de plus en longueur. Ils ne présentent d'autres différences avec les précédents, si ce n’est que les derniers segments sont plus grands, un peu plus longs que larges et que les divers organes dans chacun d'eux sont plus avancés.

Les Proglottis montrent un appareil sexuel assez complet, mais il n'existe pas encore d'œufs.

Le canal spermatique est replié sur lui-même vers le milieu du corps; le testicule consiste en un grand nombre de capsules limpides et transparentes qui remplissent l’intérieur du corps. Ces capsules présentent le méme aspect et occupent la même place que les vésicules de la matrice chargées d'œufs du Tenia cucumerina.

Comme ces vésicules de la matrice ne se forment qu'à mesure que les œufs apparaissent, et qu'il n'y a pas encore d'apparence d'œufs à cette époque, il est facile de s'assurer que ces organes n'appartiennent pas au sexe femelle, mais bien au sexe mâle.

Le canal spermatique est encore vide et par conséquent difficile à apercevoir. Il aboutit à la poche du pénis. Le pénis est court, assez gros, sans

Suppl. aux Comptes rendus, T. Il. 20

aucun caractere propre apparent. L'orifice occupe à peu pres le mieu de la longueur du Proglottis.

A côté de l'orifice mäle, on voit le vagin; il est situé en dessous de la bourse péniale, se dirige obliquement d'avant en arriere, et, arrivé sur la ligne médiane, il plonge directement jusqu'au fond du Proglottis.

Au bout du vagin on découvre, quoique vaguement, un organe double, presque en forme de grappe, et remplissant tout le milieu du Ver: C’est le germigéne. I faut avoir vu cet organe ailleurs pour le reconnaître ici.

Le germigène n’est pas formé, comme dans beaucoup de Cestoïdes, de glandes en grappes, logées des deux côtés dans toute la longueur du Ver; le germigéene est plus semblable à celui de certains Trématodes, chez lesquels il s'étend comme un réseau ou un filet tout autour du corps. C’est ainsi qu'entre les vésicules blanches du milieu du corps on trouve des globules opaques qui semblent remplir tout l'espace laissé entre elles.

Il nous a été impossible de voir d’autres organes.

Un Strobila de deux pieds de long, vivant depuis plus de trois semaines dans le canal intestinal du chien, nous à offert les partieularités suivantes :

Le Scolex conserve comme toujours le même volume, mais la couronne de crochets étant constamment déroulée, l’aspect de ces organes change plus ou moins; au lieu d’avoir les pointes dirigées en avant ou en dehors, ces pointes sont courbées en arriere, et les crochets forment deux rangées en apparence parfaitement semblables. Les tissus ont perdu de leur transparence, et par là on ne distingue plus facilement les talons de ces organes d’attache.

La tête est aussi large que le cou, et les stries transverses, premiers indices de la formation des Proglottis, commencent à peu de distance derrière les ventouses.

.Le Proglottis qui est prêt à se détacher, ou celui qui est devenu libre spontanément, et vit dans l'intestin pour son compte, est un peu plus long que large et se contracte du reste dans tous les sens, de manière à changer facilement de forme.

Toute la cavité du corps est envahie par la matrice, qui consiste dans un canal tortueux longitudinal, occupant le milieu du corps et qui envoie sur tout son trajet, à droite et à gauche, des canaux plus ou moins ramifiés et terminés en cul-de-sac. Cet organe ressemble au tube digestif de plusieurs Trématodes.

On voit sur le côté les orifices sexuels.

« Les expériences sur la transformation des Cysticerques en Ténia ne

peuvent laisser aucun doute dans l'esprit de ceux qui les dirigent. Mais cela ne suffit pas; il faut encore convaincre les autres, et le phénomene de la transmigration des Vers d’un hôte à un autre est si contraire à tout ce que l’on a cru jusqu’à présent, que l’on ne saurait fournir assez de preuves. Nous ne connaissons cependant pas d'expériences plus faciles à faire et dont le succès soit plus assuré que celles sur la transformation des Cysticerques des lapins en Ténia de chien, et cependant on les a répétées sans succès. C'est ce qui nous a déterminé à entreprendre une expérience décisive.

» M. Valenciennes ne doutait pas seulement de l'exactitude de ces recherches, il niait positivement le résultat de nos observations; nous avons porté la preuve de nos assertions à Paris, dans l'espoir de convaincre les savants qui s'intéressent à ces questions.

» Voici comment nous avons procédé :

» Nous avons pris, à Louvain, deux jeunes chiens : Blac et Fido; le premier portera n° 3, le second n° 5. Ils avaient cinq semaines les premiers jours de décembre. Ils étaient de la même jetée. Le 18 décembre, Blac prend trente- sept Cysticerques provenant de la cavité du péritoine d’un lapin domestique; le 12 mars on lui en donne quatre autres, le 23 mars encore vingt-cinq et le 21 avril enfin encore quatre, ce qui fait en tout soixantedix Cysticerques pysiformes.

» Fido est mort dans le mois de janvier. Le résultat de son autopsie n’a pas d'intérêt ici; nous dirons toutefois que son intestin ne contenait pas de Tenia serrata, n'ayant point avalé de Cysticerques.

» Fido est remplacé immédiatement par le premier Jeune chien que nous pouvons nous procurer. Nous l'appellerons Mirza. Il est placé à côté de Blac, ne prend pas de Cysticerques et il est nourri comme lui. C'est le n° 4. © » Le 1% mars, nous achetons deux jeunes chiens, frère et sœur, nés le meme jour, et nous les laissons auprès de la mère jusqu’au 11 mars. Le mâle s’appelle Caïo ; ilest désigné sous le n° 1. La femelle s'appelle Tine et portele n° 2.

» Caïo prend le 12 mars, ainsi à l’âge de douze jours, quatre Cysticerques ; le 23 mars il en prend vingt-cinq, le 21 avril trois; en tout trente-deux Cysticerques.

» Tine n’a pas quitté Caïo, elle n'a pas recu de Cysticerques, mais elle à mange et bu à la même gamelle que son frere.

» Le 22 avril, nous partons pour Paris amenant les quatre chiens, et le 24 avril, à 1 heure, dans le laboratoire de M. Valenciennes, en présence de ce professeur, de MM. Edwards, de Quatrefages et Haime, nous déclarons par écrit que les n° 1 Caïo et n° 3 Blac ont pris seuls des Cysticerques,

( 156 }) et nous déposons, avant de procéder à l’autopsie, cette déclaration contenant les indications suivantes :

leo mars}: 062% 4 Cysticerques Caopn® 1Malpris. + 2 le23hmars: sc: 42 lé Sr avril... 5 3 Total: 32 Tine n° 2 n’a rien pris.

le 18 octobre .. ... 37 Cysticerques.

' 2UINArS CPE S Bac NS Pas Eee Le En 4 le:23 mars 27025 le ar avira Toral:®"-21070

Mirza n° 4 n’a rien pris.

» Les quatre chiens sont étranglés par le gardien, et, avant d’en faire l’autopsie, nous répétons que les n°% 1 et 3 doivent avoir des Ténias; le premier, de trois âges différents ; le n° 3, de quatre âges différents ; que, dans ce dernier (Blac), il doit y avoir des Ténias plus àgés que dans Caïo, et en plus grand nombre; qu'enfin les n% 2 et 4 n’en auront pas.

» Au moment de les ouvrir, M. Valenciennes, avec qui nous avions déjà eu une discussion très-vive, répéta de nouveau : « Mais tous les chiens ont des T'enia serrata; vous ne nous apprendrez donc rien. » Nous avons répondu : Pour preuve que tous les chiens n’en ont pas, c'est que les n°° 2 et 4, dont nous allons faire l’autopsie, n'en auront pas, et nous allions mème jusqu'à dire qu'ils ne pouvaient pas en avoir; que je répondais positivement du n° 2, mais que je ne pourrais en faire autant du n° 4, qui avait été vagabond avant de venir chez moi. Le n° 2, Tine, avait été porté de la mere directement à notre laboratoire.

» Le n° 1, Caïo, est ouvert : il porte dix-sept Ténias dans l'intestin grèle, répartis distinctement en trois masses, occupant des hauteurs différentes et indiquant des différences d'âge. Les plus grands n’ont pas encore leurs organes sexuels.

» Le n° 2, Tine, est ouvert ensuite. Nous incisons le duodénum, il n'y a rien; nous ouvrons l'intestin jusqu'au cœcum, sans découvrir un seul Tenia serrata.

» Le n°3, Blac, qui était mis en expérience depuis le mois de décembre, est ouvert ensuite; son intestin grêle est littéralement obstrué de Ténias; plusieurs d’entre eux sont tres-longs, et les organes sexuels sont complétement

(157) développés. On en voit les orifices et on distingue les œufs à l'œil nu. I v en avait vingt-cinq encore le lendemain quand ils ont été comptés. On vovait distinctement qu'ils appartenaient au moins à trois générations différentes.

» L'expérience paraissait décisive aux yeux de tout le monde, excepté à M. Valenciennes.

» Nous avons insisté pour que l’autopsie du n° 4 eut lieu encore pendant cette séance, et, comme dans le n° 2, Mirza ne contenait aucune apparence de Ténia.

» Ces Ténias ont été conservés au Muséum dans la liqueur.

» Peut-il y avoir encore du doute sur l’origine du Tenia serrata?

» Le lundi suivant, M. Milne Edwards a bien voulu se charger de rendre compte de ces expériences à l’Institut (1).

» Outre le Tenia serrata, Caïo et Tine, frère et sœur, avaient tous les deux des Tenia cucumerina ou canina dans l'intestin; dans Caio, ils étaient fixés un peu plus bas que les Tenia serrata et à peu près à la même place dans Fine. Il y en avait à peu près en nombre égal dans les deux chiens ls étaient loin d’être adultes. Nous ne connaissons pas encore le Cysticerque de cette espèce. » (Note ajoutée.

TENIA CANINA. (PI. XXI, fig. 1-14.) SYNONYMIE. Tenia cucumerina.

On trouve la description des caractères extérieurs et la synonymie dans tous les auteurs.

Nous le trouvons communément dans nos chiens ; nous en avons vu plus de cent dans un seul chien.

Diesing place ce Ténia dans la section des Téniens inermes, ce qui démontre combien ces Vers, même les plus communs , ont besoin d'être soumis à un nouvel examen.

Scolex. — Le rostellum se déroule facilement. On voit de trois à quatre rangées de crochets très-petits et pour l'étude desquels il faut employer un fort grossissement. Ils consistent dans une plaque, armée au milieu d’un crochet courbé comme le bec d'un aigle. Les antérieurs sont plus grands que les postérieurs, aussi sur le dernier rang on en voit plus que sur ie premier. Nous ignorons où ils vivent dans cet état.

Proglottis. — L'appareil sexuel est double; de chaque côté on voit, vers

(1) Comptes rendus, tome XL, page 997. Journal /’Zastitut, 1855, page 149.

(258) le milieu du corps, deux orifices à côté l'uh de l’autre, comme dans les autres Cestoïdes : l’inférieur correspond à l'orifice du vagin. On peut suivre ce canal de chaque côté jusque vers le milieu.

La matrice est représentée par un nombre innombrable de capsules remples d'œufs et qui occupent toute la cavité du corps.

Dans chaque capsule on trouve une dizaine d'œufs.

lis ont une double enveloppe dont l'extérieure est tres-lâche. Ondistingue facilement l'embryon avec ses six longs crochets dans l’intérieur.

Le testicule est difficile à découvrir. Il est formé de capsules assez petites et qui échappent à la vue au milieu des capsules à œufs.

On voit plus facilement le canal spermatique, qui va aboutir distinctement à la base de la poche du pénis.

Nous avons trouvé ces Ténias dans deux chiens de sept semaives, dont l'un avait avalé des Cysticerques pysiformes, et l’autre n'avait pris, que vous sachions, aucune nourriture animale. Ils avaient tous les deux couru librement dans le jardin. Où vivent les Cysticerques de Tenia canina?

TENIA Nana, Van Ben. (PL. XXI, fig. 15-20.) (1)

Cette espèce nous paraît évidemment nouvelle pour la science.

Nous l'avons trouvée en abondance dans toute la longueur de l'intestin grèle d'un chien d’un an, nourri depuis quatre semaines au pain et à l'eau, mais qui avait été pris vagabond dans la ville.

Ce Ver a à peine, même à l'état de Strobila, la grosseur d'un grain de millet. Il provient probablement d’une colonie d’Echinocoques dont l'animal s’est nourri.

Le Strobila se distingue par le petit nombre de segments; le dernier est adulte et prêt a se détacher, quand il ÿ en a à peine deux ou trois autres en avant.

Le Scolex à le rostellum armé d'une double rangée de crochets, tresrapprochés les uns des autres. Les antérieurs, pendant que la gaine est déroulée, sont un peu plus longs que les autres. La pointe se trouve à peu pres sur la mème ligne. Ces crochets se font remarquer par un énorme talon que l’on ne voit bien que de profil.

(1) Depuis l'envoi de ce Mémoire, les experiences faites sur la transformation des Echinocoques en Ténias ont montré que ce Ténia, que nous avions appelé nana, est réellement le produit d’un Echinocoque. Le nombre prodigieux de ces parasites trouves dans un seul chien, ainsi que leur extrême petitesse, le faisait soupconner. Ces expériences sont dues à MM. V. Siebold et Küchenmeister. { Note ajoutée. )

On voit tres-bien les canaux excréteurs se perdre autour des ventouses. Dans le Strobila on les suit tres-bien de la téte jusqu'au Proglottis.

Le Proglottis montre un pénis assez court et une matrice formée d'un canal médian, garni de cœcums plus ou moins ramifiés dans toute la longueur du corps, et qui envahissent tout l’intérieur.

Les œufs sont sphériques. On voit difficilement les crochets des embryons, mais on les aperçoit cependant.

TENIA VARIABILIS, Rud.

Nous en avons trouvé plusieurs exemplaires dans les intestins de la bécasse, à côté des Tenia paradoxa. Les œufs que Dujardin rapporte à cette espèce, n’appartiennent-ils pas plutôt au Tenia que nous venons de nommer ?

Caractères. — Scolex portant une trompe rétractile, s’enroulant comme un doigt de gant; le bout de la trompe porte dix crochets assez courts placés en couronne sur la même ligne; ils sont tous de même longueur.

Le Strobila, très-allongé, est fort gréle en avant, et cinq à six fois plus large en arrière. L’orifice sexuel est alterne.

Les Proglottis sont beaucoup plus larges que longs et ne se détachent pas facilement.

Les œufs sont sphériques, quelquefois un peu allongés à l’un des bouts en forme de gourde.

Longueur. — Les Strobila mesurent jusqu’à 140 millimètres de long sur 1 millimètre de large à la partie postérieure.

Il se trouve dans les intestins et les cœcums de la bécasse, et de la hécassine sourde.

TENIA PARADOXA, Rud.

Caractères. — Scolex portant une trompe, couverte de dix crochetsgreles, à pédicule tres-long, tous de même longueur et placés sur une même ligne.

Le Strobila présente à peu ‘pres la même largeur que le Scolex; il est remarquable, en ce qu’il devient d’une extréme ténuité et s’allonge considérablement en l’étirant : c’est du moins ce que nous avons vu dans des Vers provenant d’une bécassine, morte depuis une heure seulement; les orifices sexuels sont alternes.

Le Proglottis est aussi long que large et se détache facilement.

Les œufs sont peu nombreux, très-grands, et entourés d’une enveloppe mince et transparente.

Les Strobila les plus longs ne mesurent pas au delà de 3 à 4 millimètres,

( 160 dans des bécassines observées au mois de nôvembre et de décembre ; dans une bécassine tuée au mois de février, des Strobila avaient jusqu'à 170 millimetres de longueur.

ll est très-abondant dans les intestins de la bécasse, de la bécassine et de la bécassine sourde.

Nous avons été assez longtemps avant d'avoir pu débrouiller les deux especes qui se trouvent abondamment dans les intestins de différentes espèces du genre bécasse; aujourd’hui nous les reconnaissons facilement : le Tenia variabilis a un ou plusieurs pouces de long et montre peu ou point de Proglottis libres, tandis que le Tenia paradoxa n'a que quelques millimetres de long, et il existe toujours plusieurs Proglottis isolés et libres.

Quand les Strobila sont également allongés, ces deux espèces sont toujours distinctes, par le Scolex qui est le double plus gros et plus fort dans l'espèce précédente, par les Proglottis qui ne sont jamais aussi larges, et, quand elle est tiraillée, par la ténuité extrême surtout de la partie extérieure. Les premiers segments présentent parfois une telle ténuité, que c’est à peine si on peut les voir même à la loupe.

‘Un exemple bien remarquable de la rapidité avec laquelle certains Vers changent et offrent un aspect différent selon leur degré de vitalité, nous est offert par ce Tenia paradoxa. Une bécassine ouverte une heure apres sa mort nous a montré des Tenia paradoxa tellement différents en apparence, que nous avions cru un instant devoir en faire une espece distincte.

Les uns et les autres perdent facilement leurs crochets, et si on n'est pas averti, on peut prendre alors aisément le Tenia variabilis pour un Tenia paradoxa plus volumineux.

Pour se faire une idée exacte de ces Ténias, il est indispensable de les étudier dans des Oiseaux qui viennent d’être tués. Au bout de quelques heures ils prennent un tout autre aspect.

TENIA GALLINULÆ, Van Ben.

Caractères. — Scolex portant une trompe rétractile, ornée d’une double rangée de crochets situés à hauteur inégale, les uns d’un tiers plus longs que les autres; les crochets sont au nombre d'une vingtaine.

Les Strobila sont formés d’un petit nombre de Proglottis, aussi longs ou plus longs que larges.

Les Proglottis ont une forme ovale et se détachent facilement.

Les œufs sont petits.

Ces Vers à l’état agrégé ne mesurent que 2 à 3 millimetres de longueur,

On en trouve en abondance dans les intestins gréles de la poule d'eau {Gallinula chloropus).

Cette espèce a beaucoup de ressemblance avec le Tenia paradoxa, et quand les crochets sont tombés, il est souvent difficile de les distinguer l’une de l'autre; le Proglottis toutefois ne renferme pas des œufs aussi volumineux. La différence spécifique la plus importante résulte d’abord du nombre des crochets, qui ne sont que de dix dans le Tenia paradoxa et de vingt dans cette espèce, puis dans la présence d’une rangée double, dont les uns sont beaucoup plus allongés que les autres. Le Tenia paradoxa n’a qu'une seule rangée de crochets et qui sont tous de longueur égale.

TENIA POROSA, Rud.

Nous avons éprouvé quelque difficulté à déterminer cette espèce, et nous ue sommes pas encore certain d’avoir réussi. Les auteurs parlent de crochets longs et grèles qui n'existent pas sur les exemplaires que nous avons observés ; il est vrai, Mehlis reconnait que ce Tenia n’est armé que dans le jeune âge

SxNoNxmie. Tenia porosa, Rud., Synopsis, 168 et 529, tab. III, 7 et 8; Entoz. his., 1U1, 190, tab. X, 1.

Tenia porosa, Bremser, Icon. Helm., PI. XVI, f. 10-14. Tenia porosa, Dujardin, Helm., p. 561.

Tenia porosa, Diesing, vol. I, p. 546.

Nous l'avons trouvé sur le Larus tridactylus, au mois de février.

Le Strobila mesure 17 centimetres de longueur.

Scolex. — La tête est assez grande et bien plus large que le cou; elle est terminée en avant en pointe conique par une trompe assez longue, mais dépourvue complétement de crochets.

Les quatre ventouses sont arrondies et ne présentent rien de particulier.

On voit les granules calcaires hyalins en abondance derrière les ventouses; à droite et à gauche de la trompe il y a une partie du corps qui est un peu plus foncée que le reste.

Les stries transverses, premiers rudiments de Proglottis, n'apparaissent qu'à une certaine distance des ventouses, de maniere que le Scolex est assez long.

Le pénis s'ouvre sur le côté tout près du bord en alternant.

Les plus jeunes anneaux nous montrent les premieres traces de l'appareil sexuel sous la forme d’anses, avant l'apparition de la poche du pénis.

Suppl. aux Comptes rendus, T. I. 21

Les autres se dessinent plus nettement et réprésentent un tube continu, mais fortement contourné. Il s'étend du pénis jusque vers le milieu du corps.

On distingue à droite et à gauche les canaux urinaires, dans lesquels on observe une véritable circulation; un liquide chargé de globules se meut d’avant en arrière.

Le pénis est court; il peut avoir le double de la longueur du diamètre de la poche qui le contient. Nous ne l'avons pas vu saillir.

Les anses deviennent, dans les Proglottis plus âgés, plus nombreuses et plus petites, et envahissent presque tout l'intérieur.

Nous n’avons pas pu distinguer nettement les appareils mâle et femelle l’un de l’autre.

Les Proglottis ne sont pas libres dans l'intestin, et les plus âgés ne contenaient pas encore des œufs mürs.

TENJTA MELANOCEPHALA, Van Bern.

Nous n'avons pu rapporter ce Ver à une espèce connue ; nous lui avons donné le nom de mélanocéphale, parce que la tête et les ventouses sont de couleur un peu noire.

Il n'existe aucune trace de crochets; on ne voit pas non plus de rostellum.

Nous avons observé un seul exemplaire dans l'intestin d’un mandril (Simii maimon).

Le Strobila est long de 12 centimètres.

Les Proglottis sont très-peu avancés.

Ce qui distingue nettement cette espece des autres Ténias, c’est le développement brusque des segments en largeur. Nous n'avons vu dans aucun de ces Vers des disproportions aussi grandes entre le Scolex et les Proglottis.

TENIA PORULOSA. ( Pl. XXII, fig. 1-3.)

Ce Ver, que nous avons trouvé en abondance dans le canal digestif de plusieurs espèces de cyprins, est remarquable par son appareil urinaire et ses quatre ventouses. Il n’est pas adulte.

Les ventouses sont aplaties, et de l’orifice partent des rayons qui s'élargissent à mesure qu’ils approchent de la circonférence.

Les canaux urinaires sont très-distinets dans toute l'étendue du corps ; en avant on les voit naître d’un réseau capillaire : en arriere ils recoivent des

( 165 ) branches sur leur trajet et se jettent dans une assez grande vésicule pulsatile.

TENIA pispar, Goeze. (PI. XXII, fig. 4-15.) (1)

Meyer a figuré ce Ténia (2), mais sans rien en faire connaître qui mérite d'être signalé ici.

Ce parasite, que l’on a observé depuis longtemps dans les tritons, vit en abondance dans les grenouilles.

Il n'a du Ténia que les quatre ventouses qui ornent la tête du Scolex, et il ne montre aucune apparence de rostellum ni de crochets.

Le Strobila est assez allongé. Les premiers segments se développent lentement, et vers le milieu de sa longueur ils sont encore plus larges que longs. Ce n’est que vers l'extrémité postérieure que les segments se séparent nettement et que les Proglottis se dessinent.

Les quatre canaux excréteurs se poursuivent facilement dans tout le corps du Strobila, et on les voit naître en avant, au milieu des ventouses.

Les corpuscules calcaires sont aussi très-développés ; on les observe depuis la région du cou jusqu’au dernier Proglottis. Ils ne manquent qu'autour des ventouses.

Les Proglottis montrent d’abord une double série de vésicules transparentes que nous considérons comme les premières traces de lorgane mâle, et dont la place est occupée plus tard par des capsules à œufs.

Chaque capsule renferme trois ou quatre œufs, et les embryons sont très-visibles à travers les parois du Ver. Dans chaque œuf, on distingue aisément deux enveloppes, toutes les deux membraneuses et transparentes. L’enveloppe externe ne prend tout son développement que quand l'œuf est mis en liberté; c’est elle qui lui donne la forme d’un fuseau peu effilé. La seconde membrane est de forme ovale, etentre elle et la première il y a un espace assez grand rempli de liquide.

Dans cette seconde enveloppe se trouve l'embryon, qui ne la remplit pas entièrement.

En écrasant un certain nombre d'œufs mürs sur le porte-objet du microscope, on en voit qui sont sortis de leur première enveloppe, d’autres qui sont encore emprisonnés dans la seconde, et d’autres enfin qui sont devenus entièrement libres. Les embryons devenus libres se contractent et se

(1) Ballerin de l’Acad. roy. des Sc. de Belgique, t. XX. (2) Beiträge zur Anat., in-4° ; Bonn, 1841, PL. III, fig. 18.

meuvent dans tous les sens, au milieu des débris des œufs écrasés et du parenchyme des organes de la mère.

Ces embryons offrent un grand intérêt.

Leur corps, de forme ovale, est parfaitement transparent, et leur tissu est si homogène et si limpide, qu’on ne distingue aucune apparence de cellule : on dirait une gelée vivante. La surface du corps est parfaitement lisse.

Ils portent six crochets disposés en trois couples; les deux premiers sont placés en avant, sur la ligne médiane; les quatre autres partent de la ligne médiane et sont placés sur le côté. Les premiers se réunissent comme un stylet unique, et sont presque droits; les autres sont courbés à leur sommet, droits seulement à leur base et un peu moins longs.

Ces crochets sont constamment en mouvement, s’enfoncent dans les tissus jusqu'au delà de la pointe, ou deviennent très-proéminents. Ils sont communément placés ainsi : les deux du milieu s’avancent pour percer le tissu qui se trouve devant eux, et agissent comme les pièces de la bouche de certains Crustacés, par exemple les argules. Les quatre autres crochets se placent parallèlement aux premiers, deux à droite et deux à gauche, s’abaissent d'avant en arrière en décrivant un quart de cercle et sans changer sensiblement de position à la base. On dirait six aiguilles d’un cadran mar quant toutes midi, dont deux resteraient en place, deux autres s’abaisseraient d'un côté sur 3 heures, et les deux autres sur a heures.

Quel est le résultat de ce mouvement? L'embryon pénètre par les stylets du milieu dans les tissus, y passe ensuite les crochets latéraux, et en les abaissant, il agit comme un homme qui a passé la tête et les bras dans une fénètre étroite et qui cherche à passer tout entier en appuyant de chaque côté les coudes sur le châssis.

C'est ainsi que ces Vers microscopiques pénètrent les tissus avec autant de facilité que les taupes qui se creusent des galeries dans le sol.

Faisons remarquer en passant qu'il est bien démontré que les crochets des embryons n’ont rien de commun avec la couronne de crochets des Scolex, puisque ces derniers manquent entièrement dans cette espèce.

À côté de ces œufs de Tenia dispar, nous avons vu dans les mucosités des organismes particuliers excessivement petits, et qui se meuvent d’une manière particulière, On les a désignés sous le nom de Circomonas intestinalis. Nous ignorons quelle est leur nature et leur signification. Nous les avons figurés, croyant un instant qu’ils pouvaient avoir un rapport avec les embryons de Ténia.

TENIA OSCULATA, Goeze.

Nous avons observé une demi-douzaine d'exemplaires dans les intestins d'un Silurus qlanis du lac de Harlem, qui avait à peu près 1%,50 de long ; quelques-uns de ces Ténias ont au delà de 12 centimetres.

Le Scolex et le Strobila sont comme Goeze les figure.

Les Proglottis ne se séparent pas, du moins nous n'avons vu que des fragments de plusieurs individus réunis près de l'anus et sur le point d’être évacués.

Le germigène occupe la partie postérieure. Il est double et de forme carrée comme le corps.

Le vitellogène forme une bande noire sur le côté dans la longueur.

Le testicule consiste en vésicules qui remplissent tout l’intérieur du corps. On voit distinctement vers le milieu le canal déférent entortillé, et l’orifice de l'appareil mâle sur le bord. Cet orifice est alterne.

Le vagin est très-distinct et montre des circonvolutions au milieu des germigènes.

Les œufs sont très-petits.

TENIA OCELLATA.

Ce Cestoide a quatre ventouses antérieures comme un Ténia, mais il n'a pas de couronne de crochets.

Il vit dans l'intestin de la perche.

Le corps est uni et sans segments, malgré la longueur de l'animal; 1} n'est encore qu’à l’état de Scolex dans ce Poisson.

On distingue fort bien les canaux urinaires dans cette espèce; on en voit deux de chaque côté, et qui semblent se terminer latéralement ou prendre plutôt leur origine par des branches en cul-de-sac. On les voit distinctement surtout en avant.

Les quatre canaux se réunissent en arrière. En regardant ce point de réunion pendant quelque temps, on voit qu'un vaisseau apparait et disparait, et représente une véritable vésicule pulsatile. Cette contraction et cette dilatation se font avec tant de lenteur, qu’on ne voit guére de mouvement pulsatile.

Page 1