‹ Recherches sur la faune littorale de Belgique (volume 3)Chapitre 81 sur 103 · DESCRIPTION DES ESPÈCES ET DES GENRES · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES ESPÈCES ET DES GENRES

Genre FILAROIDE.

Ce genre est caractérisé par les segments ridés qui permettent au Ver de s'allonger et de se distendre selon le développement de sa progéniture.

Ces Vers sont enkystés à l’âge adulte et se transforment à la fin en gaine à œufs.

FILAROÏDES MUSTELARUM. (PL. XXIII.)

Redi, parait avoir trouvé le premier ce Ver dans les poumons des fouines ; plus tard, Werner le trouva dans la martre, renfermé dans un kyste de la grosseur d’une noisette; il le nomma Gordius bronchialis.

Rosa dit l'avoir trouvé à Pavie sous la peau de la fouine; le corps avait de 50 à 150 millimètres de longueur.

A Greifswald, ce même Ver a été observé par Rudolphi sur la martre; à Vienne, sur la martre et la fouine.

Nous avons disséqué un grand nombre de putois dans toutes les saisons, et pas un seul individu n’en était exempt.

Sxnonymie. Filaria mustelarum, Rud., Syrops., p. 8 et 216. Filaria mustelarum , Dujardin, Hist. r. Helm., p. 47. Filaria mustelarum , Diesing, Syst. Helm., vol. II, p. 380.

Ce Ver forme ordinairement un petit sac faisant saillie à la surface du . poumon sous l'aspect d’un tubercule. Dans ce sac sont logés plusieurs individus de différents sexes, entortillés et contournés de manière à ne pas pouvoir isoler facilement un individu complet. Ils tiennent si étroitement ensemble, que nous n’avons réussi que rarement à les séparer. Ce ne sont souvent que des fragments que l'on parvient à étudier.

Dans ces derniers temps, nous avons réussi à en découvrir avant le développement complet des organes sexuels; ils se prêtent alors beaucoup mieux à l'observation.

Le corps de ces Helminthes est très-long, tres-grèle, et montre sur toute la longueur une bande noire à l’intérieur qui est formée par le tube digestif.

Sous un grossissement de 60, on voit le corps terminer assez brusquement en pointe en avant.

De

( 268) La peau est remarquable par les replis transverses que l’on distingue sur le bord comme si elle était frangée. On voit surtout ces plis en avant. Quand on observe des individus assez jeunes, ces replis représentent des segments distincts qui se distendent et même dégainent comme une lunette d'approche. Sur chaque segment, on aperçoit ensuite des rides fines qui permettent aux segments de se dilater aussi en largeur. Au grossissement de 300 et en étudiant des Vers jeunes bien conservés, le corps ressemble à une tour flexible dont chaque étage correspond à un segment et qui ont tôus une galerie circulaire. Le corps étant gonflé par les œufs et les jeunes, devient fort gros, et prend la forme d’un boyau ou d'un tube.

La bouche est terminale; le tube digestif consiste dans un tube droit que

l’on peut fort bien suivre des yeux à travers les parois, dans toute la lon-«

gueur du Ver, à cause de sa couleur noire et de sa teinte jaunâtre au centre. La couleur noire paraît provenir de la graisse qu'il contient. En

avant, on voit un œsophage assez court, à parois musculaires, un peu «

plus gros en arrière qu’en avant. Le tube digestif est grêle, droit et se termine à l'extrémité postérieure du corps.

L'ovaire consiste en deux tubes qui se replient plusieurs fois dans l'intérieur du corps et qui occupent toute la place qui reste autour du canal intestinal. On voit vers le milieu du corps, à la même hauteur, jusqu’à trois et quatre replis de l'appareil sexuel, tous remplis d’œufs ou d’embryons à différents degrés de développement. On voit des embryons de tous les âges dans des anses différentes les uns à côté des autres.

L'appareil femelle s'ouvre en avant, non loin de l’orifice de la bouche; on voit, en effet, à côté de l’œsophage, le tube unique ou le vagin auquel vont aboutir les deux oviductes.

Nous ne connaissons de l'appareil mâle que le pénis, qui est très-court, recourbé et proportionnellement gréle. Il s'ouvre près de la pointe. Nous n'avons pu nous assurer s’il est double. En tout cas nous n’en avons vu qu'un seul.

Ce Ver nématoide est vivipare. Nous avons vu des embryons avant et pendant le fractionnement du vitellus jusqu'au développement complet dans l'œuf, puis nous en avons vu éclore.

Le développement n'offre rien de particulier dans sa marche. Apres le fractionnement du vitellus, le blastoderme apparait simultanément sur toute Ja surface ; l'embryon s’allonge, se replie et enfin éclôt sous la forme de l’adulte.

( 269 ) Si des Vers peuvent se développer quelque part sans transmigration,

c'est dans ce cas.

Genre PROLEPTUS.

M: Dujardin a établi ce genre dans lequel il met deux espèces, L'une de la Raia clavata, Vautre de l'intestin d’un Scillium catulus. Le Ver qui nous occupe nous semble devoir se rapporter à ce genre par la forme amincie du corps en avant, par la bouche, ainsi que par la disposition de l'œsophage ; nous avons observé une demi-douzaine d'individus femelles.

mais pas un mâle.

PROLEPTUS GORDIOIDES, Van Ben.

Cette espèce a de 15 à 20 centimètres de long. Elle a tout au plus r millimètre d'épaisseur.

Nous avons trouvé ce Ver dans les parois de la matrice et le chorion des œufs d’un Galeus canis femelle pleine d’une vingtaine d’embryons sur le point de naître.

Le corps est tres-effilé en avant; la têtehe présente rien de particulier si ce n’est qu'il n'y à aucune apparence de papilles ni d’armure et qu'elle est très-légèrement échancrée au bout. La bouche est située tout au sommet. Tout le corps est d’un blanc mat ; la peau est lisse et unie.

En le mettant dans l’eau, la peau se déchire chaque fois et l'appareil sexuel fait hernie pour se rompre bientôt et laisser échapper les myriades d’embryons qu'il renferme.

D'après la place où la hernie se fait régulièrement, la vulve est située vers le tiers antérieur du corps.

On distingue le tube digestif dans toute la longueur du Ver.

Ils sont ovo-vivipares.

Embryogénie. — On trouve des œufs à tous les degrés de développement, et dans un seul Ver on peut étudier toute l’évolution de Fembryor..

Les œufs au bout de l'ovaire consistent en fines granulations qui plus loin se montrent sous la forme de deux vésicules emboîitées, et plus loin encore montrent brusquement tous les caractères d’un œuf; ce sont deux vésicules germinatives entourées d’un liquide contenu par une membrane.

Le fractionnement du vitellus à lieu en deux, en trois et en un grand nombre de sphères; puis le vitellus, s'organisant dans le cours du fraction vement, prend plus de consistance, se condense et bientôt une échancrure se forme vers le milieu qui indique l'apparition de l'embryon. Cet embryon, assez gros d'abord, s’allonge, se replie dans sa coque, s'enronle,

( 270 ) comme un serpent qui se ramasse, puis les péfois se crévent et l'embryon vient au jour; en naissant, il est gros et arrondi à l’un des bouts, tandis qu'à l’autre bout il est tres-effilé. C'est presque incalculable le nombre

d'embryons que l’on observe daus une seule femelle. Le développement est en tout semblable au précédent.

Genre SPIROPTERINA.

Nous avons hésité longtemps avant de créer un genre pour le Ver que nous décrivons ici; nous l’avions placé avec un signe de doute dans le genre Spiroptere : mais, après un examen rigoureux, nous nous voyons forcé de former pour lui un nouveau groupe. On sait qu'il n’y a qu'une seule espece de Spiroptere observée dans les Poissons et qui se rapporte avec doute encore à ce genre.

M. Dujardin a vu, dans l'épaisseur des tuniques de l'estomac d'une raie, un Ver nématoïde rougeàire, ayant une tête semblable à celle des Spiropieres de la taupe, etc. Une espèce douteuse est également indiquée par M. Bellingham dans l'estomac*et dans l'intestin de la raie blanche.

Nous avons trouvé ce Ver, la première fois dans le Scillium canicula, la seconde fois dans l'estomac d’une raie (Raia radians) où nous l'avons trouvé solidement attaché aux parois internes.

Ces Nématoides sont remarquables surtout par la couronne membraneuse qui entoure la tête, ainsi que par la maniere dont la partie postérieure du corps des femelles rentre par invagination.

SPIROPTERINA CORONATA, Van Ben.

La femelle est longue de 60 à 65 millimetres; le mâle, de 25 à 30 milmetres. Ilest en général plus ou moins enroulé, surtout lorsqu'on en laisse pendant quelques instants plusieurs réunis; ils s’entortillent au point de ne pouvoir les séparer qu'en faisant quelque effort. Dans l'estomac, ils offrent l'aspect de l’ascaride ordinaire des Poissons; aussi les avions-nous pris d'abord pour cette espece. Ce n'est qu'au microscope que nous avons pu reconnaître la couronne membraneuse de la tête.

Le corps est parfaitement arrondi; en avant, ils s'amincissent insensiblement ainsi qu'en arrière chez le mâle; mais la femelle se termine assez brusquement, du moins si on l’examine à l'œil nu ou à un faible grossissement. Le corps, du reste, s’envagine en arrière.

Sur toute la longueur du corps, on aperçoit distinctement des anneaux disposés avec une grande régularité.

' (tazri)

La bouche est terminale. Nous n'avons pas vu de papilles. On distingue l'œsophage par sa couleur plus claire. On voit dans sa longueur une lien au milieu, comme cela s’observe chez plusieurs de ces animaux. Le pharynx s'abouche dans la cavité gastrique qui, dès son origine, est un peu plus large et opaque. L'anus est situé non loin de l'extrémité postérieure; dans la femelle, un peu plus près de la pointe que dans le mâle.

L'appareil sexuel mâle consiste en un long boyau replié autour du canal intestinal, et s'étendant en avant jusqu'à la hauteur du pharynx; en coupant le corps en deux vers le milieu, on voit quatre cordons distincts à Galibre inégal.

Le mâle a deux pénis inégaux dont nous n'avons vu qu'un seul faire saillie ; il est recourbé assez fortement; sur sa face convexe on remarque, vers le milieu, une petite éminence; le court pénis est situé à côté. Ils sont tous les deux effilés et sans aucune aspérité à la surface.

L'extrémité postérieure du corps chez le mâle est arrondie. A droite et à gauche, ou distingue une aile membraneuse très-mince et transparente. soutenue par six ou sept rayons.

La femelle a le corps terminé brusquement en arrière, du moins quand l'animal est contracté. Il porte un appendice demi-transparent au milieu duquel s'ouvre l'anus. Cet appendice peut rentrer dans le corps qui s'enroule comme un doigt de gant et disparait momentanément.

La membrane circulaire de la tête est aussi mince et transparente que les ailes postérieures. Ordinairement elle forme un capuchon, mais elle peut se retourner et, dans ce cas, représente une couronne. Elle peut se contracter aussi dans différents sens et n'affecter ni l’une ni l’autre de ces formes.

Genre DACNITES, Duij.

M. Dujardin à séparé avec raison des Cucullans plusieurs Helminthes qui forment un groupe trés-naturel sous le nom de Dacnités, et dont nous avons eu l’occasion d'étudier quelques espèces. Hs n'ont point cet appareil buccal si remarquable des Cucullans, et ils ne sont point rouges. Les spicules du male sont doubles et d’une longueur égale. Les mäles portent au devant de l’anus une ventouse.

Ils vivent dans le tube digestif de divers Poissons et adhèrent fortement aux parois des intestins par leurs épaisses lèvres.

DACNITES HETEROCHROUS.

Sxnoxvuis. Cucullanus platessæ et soleæ, Rud., Syn., p. 22, n°* 13 et 14. Cucullanus heterochrous, Dujardin, Hist. nat. d. Helminth. Dacnites esuriens, Dujardin, Hist. nat. d. Helminth., p. 270. Cucullanus heterochrous, Diesing, Syst. Helminth., vol. Il, p. 244.

Longueur de la femelle, 12 à 14 millimètres; du mâle, 10 à 11 millimetres.

Il habite les intestins de la plie, attaché fortement aux parois; il faut quelque effort pour lui faire lächer prise.

Il est tout blanc, cylindrique, grèle et effilé en arrière; tronqué et assez large en avant.

La bouche s'ouvre sur le côte au milieu de deux lèvres fortement charnues. L'œsophage a des parois très-épaisses. L’estomac et l'intestin n'ont pas de ligne de démarcation. Les parois sont très-minces. L’anus s'ouvre au devant de l’organe mâle. Nous avons observé l’évacuation des feces.

Le testicule ne paraît pas offrir des dispositions particulières. En avant, on le voit très-distinctement former une anse; en arrière, il se rétrécit tout d'un coup, et les spermatozoïdes sont accumulés dans cet organe comme des œufs dans leur matrice; nous en avons vu s'étendre de là jusqu’à la base de l'ouverture du pénis. Les spicules sont doubles, également longs et assez solides.

La vulve de la femelle est située vers le tiers postérieur du corps. Nous avons vu évacuer des œufs. L'ovaire montre de nombreuses circonvolutions. Nous en avons vu un bout en cul-de-sac en arriere. Près de la vulve, on voit les œufs grands, complets et séparés les uns des autres. En avant, l'ovaire ne recouvre aussi qu'une partie de l'estomac comme le testicule.

A peu de distance au devant de l'anus, on distingue sur la ligne médiane de la face ventrale un organe d’un aspect particulier: d’une surface arrondie partent, en rayonnant, plusieurs fibres qui forment une rosace : c’est un organe qui fait, pensons-nous, fonction de ventouses. Il n’est point entouré d'ailes membraneuses.

DACNITES SPHÆROCEPHALA, Rud.

SYNONYMIE. Ophiostoma sphærocephalum , Rud., Syn., p. 61 et 305. Dacnites sphærocephala, Dujardin, Hist. Helm., p. 271. Ophiostomum sphærocephalum , Diesing, Syst. Helm., t. Il, p. 244.

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Il habite le gros intestin de l’Accipenser sturio. Nous l'avons vu au mois de juin.

Le mâle diffère peu de la femelle; celle-ci est longue de 30 à 35 millimètres. Le corps est entièrement blanc; dans trois ou quatre endroits du corps, on apercoit une teinte rouge. Cette couleur vient de l'intérieur. On dirait une goutte de sang en traînée. Elle ne paraît cependant point se trouver dans Je tube digestif. Nous l’avons vue en dehors de la cavité gastrique dans un conduit isolé.

Ce Ver est effilé en arrière, arrondi et un peu plus large en avant. Le nom spécifique qu'il porte est parfaitement justifié.

Près de l’anus chez le mâle, on voit une ventouse; on n’en voit pas de trace chez la femelle.

La vulve est située vers le milieu du corps.

La bouche est très-difficile à découvrir: nous avons eu beaucoup de peine à nous en faire une bonne idée. Elle consiste dans une fente longitudinale tout au bout de la tête, entourée de deux lèvres mobiles qui peuvent complétement l’oblitérer. Dans certaines positions, on distingue nettement une couronne de fibres musculaires transverses, semblables à celles qui entrent dans la composition des parois de l’œsophage ; aussi cette couronne qui produit l'effet d’une ventouse n’est-elle que la continuation des parois œsophagiennes. Cet organe avec l'œsophage doit produire une forte succion. Nous n’avons pas vu de pièces particulièrestdans la cavité de la bouche.

Il y a en arrière une division dars le tube digestif que l’on pourrait bien prendre pour la ligne de démarcation entre l'estomac et l'intestin. Celui“ci dans ce sens serait très-court et droit. Il ne s'ouvre pas loin de l'extrémité.

Le testicule comme l'ovaire avec leurs canaux excréteurs sont tres-longs, flexueux et entourent le tube digestif dans toute sa longueur. Nous avons vu, pas loin de l’œsophage, les viscères faire hernie, et nous avons compté au dehors six anses de cet appareil, de manière que cet organe dans le mâle serait six fois replié sur lui-même.

Le pénis est formé de deux spicules également développés et assez courts; dans chacun d’eux, on voit une partie basilaire assez large et un peu courbée: la partieterminale est plus régulière et ressemble à une quille. Nous avons dû comprimer l’animal et le presser dans différents sens pour les découvrir.

Les spermatozoïdes nagent librement, offrent un mouvement de vaet-vient, et ressemblent par la forme à des Bacillaires. L'appareil femelle

Suppl. aux Comptes rendus, . I. à 35

(274 ) . s A. di entoure plusieurs fois le canal intestinal. C'est vers le milieu du corps que nous voyons les œufs les plus développés. Ils sont grands, ont 5 centièmes de millimètre de longueur. On en voit deux ou trois rangés dans un tube.

DACNITIS GADORUM, Nob.

Nous avons trouvé cette espèce dans l'intestin du Gadus morrhua; nous ne la trouvons pas mentionnée dans les auteurs.

Les caractères distinctifs sont tirés surtout des spicules; ils sont comme dans les deux espèces précédentes, doubles et également développés, mais leur courbure est complétement différente, et nous avons pu reconnaître une souttière sur toute leur longueur. Nous avons également observé la ventouse chez le mâle.

GUCULLANUS ELEGANS, Zeder.

Ce Ver a été étudié par un grand nombre d’helminthologistes, comme on peut le voir par la synonymie donnée par les auteurs. C'est Leeuwenhoek qui l’a observé le premier, et le nom qu'il porte encore aujourd'hui lui a été donné par O.-Fr. Muller. SyNONxm1E, Cucullanus eleganrs, Blanchard, Ann. sc. rat., et Voyage er Sicile, p. 255, PI. XXIIT, fg-4 et PI. XX, fig. 4.

Cucullanus elegans, Dujardin, Hist. nat. Helm., p. 247. Cucullanus elegans, Diesing, Syst. Helm.,t.1II, p. 238.

Il habite communément le tube digestif de la perche, surtout les appendices pyloriques.

Le tube digestif présente d’abord une sorte de casque ou de euirasse pourvu sur le côté d'une double anse; la surface en est régulièrement striée ; ce casque se distingue du reste du tube digestif par sa couleur d’un jaune doré et par sa consistance. Par la pression, ôn brise les parois.

Les anses, sur le côté, sont terminées en dessous par trois apophyses qui semblent fournir des attaches aux muscles. La couleur de ces anses est la mème que le casque lui-même.

Derrière cette cavité, qui correspond à la cavité de la bouche, on voit un œsophage à parois fort épaisses, à cavité très-distincte et qui agit sans aucun doute comme un gésier sur les aliments, à moins qu'il ne serve à. la succion, ce qui est plus probable ; il est un peu plus enflé en avant qu'en arrière.

Derrière le bulbe œsophagien, il y a encore une partie distincte qui a, à peu pres, la: même longueur et dont les parois conservent une certaine épaisseur; on pourrait désigner cette partie sous le nom d'estomac, Sa cavité

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(275) est séparée de la cavité de l'intestin par un repli pylorique. Les parois sont assez transparentes et centrastent avec la couleur opaque du reste du canal intestinal. Celui-ci est à peu près droit, opaque et va s'ouvrir à la partie postérieure du corps, non loin de la pointe. Il n’y a pas de circonvolutions, et on voit à peu près le même diamètre sur toute la longueur.

Le testicule consiste dans un tube simple, assez large, bifurqué au bout et qui longe toute l'étendue du corps; j'ai cru voir des cellules sur la longueur, comme des œufs, et entassées dans son intérieur. M. Blanchard regarde le testicule comme un canal flexueux, mais entier, Le pénis a la forme d’une lame

: courbée, très-effilée vers le bout et qui s'ouvre au dehors entre deux pro-

longements ailés. Ce pénis est accompagné à sa base d’une ou deux petites palettes, mais que nous n'avons pas vues saillir.

Les spermatozoïdes sont bien distincts; au milieu de globules arrondis d’une extrême petitesse et qui sônt dans un mouvement continuel de trémulation, on voit de petites tiges cylindriques droites qui se meuvent plus rapidement que les globules et qui sont douées d’un mouvement de va-etvient assez brusque.

On voit vers le milieu du corps des femelles un large sac rempli d’embryons vivants, se remuant avec une certaine vivacité : c'est la matrice; elle s'ouvre vers le milieu du corps, et la vulve se reconnaît aisément à une saillie très-prononcée; vers la partie postérieure, cette matrice se termine en cul-de-sac facile à distinguer. A côté de cette matrice, on voit l'ovaire sous forme d’un long tube assez grêle qui se termine en avant par un tube plein de globules et d'œufs en voie de développement.

On voit des œufs avec leurs embryons, à tous les degrés de développement, dans l’intérieur du corps.

Les œufs les plus jeunes sont formés d’un amas de granules entourés d’une membrane.

Ces œufs augmentent d’abord de volume sans changer d'aspect; puis les globules se condensent, la segmentation s’opere, le blastoderme se forme, et l'embryon, d’abord semblable à un boudin, s’enroule dans son enveloppe, puis il sort pourvu d’un canal digestif complet. Le corps du Ver, au moment de la ponte, est très-effilé en arriere.

PROSTHECOSACTER INFLEXUS, Diesing. (PL XXI, fig. 1-9.)

Ce Ver est décrit depuis longtemps, et plusieurs helminthologistes en ont fait une étude particuliere. Il n’est cependant encore que très-imparfaite-

EAN

(276) Je ment connu, ce que nous attribuons moins à l'habileté de ceux qui l'ont observé, qu'à la difficulté de se le procurer frais ou vivant. Nous avons été ÉNorisé sous ce rapport, ayant pu, à un court intervalle, étudier deux marsouins, immédiatement après leur sortie de la mer et pendant que le cadavre était encore chaud.

Camper l’a connu, et il en parle dans ses Leçons sur les maladies des bêtes à cornes (1). |

Tout récemment, Rud. Leuckart à décrit un Ver de ce genre provenant du Monodon monoceros ; quoique conservé dans la liqueur, ce Ver a fourni à ce savant l’occasion de faire connaître les principaux détails de son organisation. Nos observations s'accordent pleinement avec les siennes, surtout au sujet de la terminaison du tube digestif et des organes sexuels (2).

Ce Ver habite les bronches du marsouin. Il y en avait, dans les deux individus que nous avons examinés, de ving-cinq à trente dans chaque bronche; ils doivent gèner sensiblement la circulation de l'air, puisqu'ils obstruent en partie le passage. Le corps est droit, étendu, avec la bouche dirigée vers le poumon; ils sont réunis en faisceau qui se divise en pénétrant dans les ramifications bronchiales. Les mäles sont à peu près en même nombre que les femelles et se trouvent pêle-mèle avec elles.

Chaque Ver est plus où moins attaché aux parois de la bronche par la bouche, et il faut un certain effort, jusqu’à le rompre quelquefois, pour le détacher. ù

Le male a le corps bifide en arrière ; sur le bord de la région péniale, il y a deux voiles membraneux assez longs, sans rayons : le corps de la femelle se termine en avant, comme chez le mâle, par une tête arrondie; mais en arrière, il est obtus et montre immédiatement au devant de la pointe caudale l’orifice vulvaire. La bouche, sans lèvres ni papilles, s'ouvre au milieu de la tête; l'œsophage est court, fort simple et à parois, minces; l'intestin est droit. Le mâle a deux spicules sembiables, assez courts, légèrement courbés avec des bords filamenteux qui s'ouvrent au milieu à la base des deux tubes terminaux.

Ils sont vivipares.

Longueur du mâle, 5o millimètres; de la femelle, 150 millimètres.

Le corps est assez raide, presque droit, cylindrique et terminé assez brusquement aux deux bouts.

(x) Lessen over de veeziekte.

(2) Erichson’s Archiv., 1848, tab. IF, fg. 3, A-D.

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La tète est obtuse, régulièrement arrondie, et, comme le reste du corps, à surface entièrement lisse.

Le corps du mâle présente un aspect particulier en arriere, à cause de la double aile membraneuse qui le termine.

L'appareil digestif de ce Ver consiste en un tube droit, noir par son contenu, très-visible à travers les parois et qui s'étend d’un bout du corps à l'autre. Il est fort grêle relativement au volume du corps. L'œsophage est distinct par une légère échancrure et se montre plus étroit que le tube digestif. Les parois n’offrent rien de particulier.

La bouche est située au milieu; elle forme un simple orifice sans aucune apparence d’organes de succion.

Le mâle à le testicule simple et montre près de son orifice deux spicules d'un jaune doré, qu'on distingue facilement à travers l’épaisseur de la peau. Ces organes sont assez forts, très-légèrement écartés l’un de l’autre, et au lieu d’être terminés en pointe, ils sont semblables à un pinceau. Ils ressemblent plutôt à une plume qu’à un pénis. L’orifice sexuel mâle se trouve au bout au milieu de la bifurcation.

Le corps de la femelle se termine brusquement en arrière par un tubercule arrondi au devant duquel on aperçoit une éminence qui correspond à la vulve. Nous avons vu pondre des embryons vivants par cet orifice.

L'appareil femelle consiste en un réservoir simple ou une matrice qui se bifurque à une courte distance de sa terminaison et dont les deux branches remontent simultanément dans l’intérieur du corps. Ces organes sont pleins aussi de jeunes vivants.

Le développement n'offre rien de particulier.

MERMIS NIGRESCENS, Duj. (PL. XXI, fig. 10-23.)

Dans une nuit du 31 mai au 1° Juin, il parut une si grande quantité de Vers, de quatre à cinq pouces de longueur, sur les plates-bandes des jardins dans l'intérieur de la ville (Louvain), que l’idée vint à presque tout le monde qu'il y avait eu une pluie de Vers pendant la nuit. La veille au soir on n’avait rien aperçu.

Après une assez grande sécheresse, un orage avait éclaté sur la ville pendant cette nuit et il avait été suivi d’une forte pluie.

Ces Vers provenaient du corps des hannetons sur lesquelsils avaient vécu en parasites, et c’est sans doute à cause de la pluie qu'ils avaient quitté leur hôte.

Sur 150 à 200 individus que nous avons examinés, il n’y avait pas un seul mâle. Toutes ces femelles étaient chargées d'œufs.

Toute la peau, depuis la tête jusqu'à la q'êue, est régulièrement couverte de stries fines croisées.

A la tête, on voit distinctement un tube membraneux qui semble s'ouvrir par plusieurs orifices et qui correspond au tube digestif. ILest droit et s'étend dans toute la longueur du corps sans présenter des circonvolutions. Il ne semble pas s'ouvrir en arrière et nous paraît incomplet.

L'appareil femelle consiste en canaux étroits couchés sur le tube digestif et qui renferment dans leur intérieur des œufs à divers degrés de développement. Ces œufs sont libres dans l'ovaire et dans l’oviducte depuis le moment de leur apparition. La ponte s'effectue par un orifice qui est situé vers le milieu du corps, et non pas près de la tête, comme on l’a cru.

Nous avons vu des œufs à toutes les phases de leur développement; les plus simples sont formés d’un amas de globules vitellins autour desquels on aperçoit d’abord une enveloppe unique mince et délicate, puis une coque.

Ce vitellus se condense comme dans tous les Nématoïdes; la surface s’organise rapidement ; le blastoderme, qui est d’abord tout le Ver, se forme, grandit, s’allonge aux deux pôles et, en continuant à s'étendre, finit par s’enrouler sur lui-même dans l’œuf.

La coque, d’abord de forme ovale, devient sphérique et, tout en s’épaississant, montre une petite ampoule aux deux pôles au bout desquels naît un filament qui s’allonge successivement, se divise au bout et prend l’aspect d’un fouet. C’est un œuf à deux lanières et qui n’a jamais d’adhérence avec les parois de l'organe qui les renferme.

Ce sont les œufs qui donnent au Ver la couleur noire, qui lui a valu le nom spécifique de nigrescens.

En écrasant les œufs avec quelque précaution, on met les embryons à pu et on les voit se mouvoir dans le liquide au milieu des débris de leurs coques.

Ces embryons sont déjà tres-allongés au moment de l’éclosion; ils ressemblent complétement à des Nématoïdes et ne subissent plus aucun changement de forme pour devenir adultes.

Ces Vers sont donc vivipares.

Ils ne présentent rien de particulier dans leur développement.

Anciennement, on croyait que ces Vers pénétraient à l’état adulte dans le corps des Insectes, et ceux que l’on trouvait libres étaient censés être dans l'attente de s’introduire. C’est l’inverse qui a lieu. Les Mermis sont pleins d'œufs quand ils quittent le corps des Insectes. Il est probable que les mâles des Mermis quittent leur hôte plus tôt, et comme ils sont plus petits que les femelles, on doit les découvrir plus difficilement.

( 279 ) ECHINORHYNCHUS ACUS, Rud.

Syxonymre. Zenia lombricoides, Pallas, Nord., Beitr., t. 1, p.107, PL. III, fig. 56. Echinorhynchus acus, Dujardin, Hist. nat. Helm., p. 540. Echinorhynchus acus, Diesing, Syst. Helm., t. II, p. 40.

Longueur, de 10 à 15 millimétres.

Il est commun dans l'intestin de diverses espèces de Gadus; nous en “ avons vu jusqu’à six individus réunis.

Tout le Ver est d’un jaune légèrement rougeûtre; les Jeunes sont tous pales.

La trompe est longue, droite, portant une dizaine de rangées de crochets dans le sens longitudinal et une douzaine de crochets dans chaque rangée. On voit les deux organes de couleur jaune, à la base de la trompe, à travers l'épaisseur de la peau.

L'œuf présente trois enveloppes; il est long de 0"%®,16 sur 0"%,03 de large.

Le vitellus est si clair et les globules vitellins si petits, que l'on croirait les œufs vides.

On voit de petits globules frétiller autour des œufs; sont-ce des sperma- … tozoïdes introduits par l’accouplement? En tout cas, la fécondation doit - avoir lieu dans l’intérieur du corps.

| Nous exposons plus loin quelques observations au sujet du développe- » ment des Echinohrynques.

DÉVELOPPEMENT

Nous réunissons ici, comme nous l’avons fait pour les Trématodes et Cestoides, après les descriptions spécifiques, les principaux faits de leur développement. Leur organisation est trop bien connue pour nous y arrêter.

Jusqu'ici personne ne semble s'être fait une idée exacte de la formation des œufs dans les Nématoides; on connait leur ovaire, on sait comment cet ovaire est conformé, on sait même que les œufs présentent assez brusquement une différence de volume dans l’intérieur mème de cet organe, mais on ne possède pas l'explication de ces phénomènes.

Depuis longtemps M. Von Siebold a remarqué diverses particularités

à ce sujet, particularités qu'il a consignées dns son remarquable article sur le développement des Vers (1), sans pouvoir se rendre compte de diverses dispositions en apparence exceptionnelles.

Il est reconnu maintenant que dans les Vers turbellariés, les Cestoïdes comme les Trématodes, les vésicules germinatives se forment d’un côté dans un organe à part et que les globules vitellins se forment de l’autre; ilen est de même des Nématoides. Ce ne sont cependant pas deux organes distincts, séparés l’un de l’autre comme dans les deux derniers groupes; c'est le même organe, qui donne naissance à ces deux produits : l’ovaire produit d’abord, les vésicules germinatives dans une région, puis les globules du vitellus plus loin dans une autre région. C’est ce qui nous explique comment les œufs, dans l'ovaire, sont formés tout d’un coup et prennent brusquement un certain volume, quand ils ont franchi telle partie de l'appareil.

Nous avons observé ce fait d’abord sur une espèce provenant des Poissons; depuis nous l’avons observé dans plusieurs genres, de manière que nous le croyons général dans cette division de Vers.

M. Schulze a signalé une disposition curieuse dans quelques Turbellariés, qu'il n’est pas sans importance de rappeler ici; c'est que le Wesostomum obtusum et le Mesostomumn marmoratum ont l’un et l'autre un organe propre pour le vitellus et les vésicules germinatives, tandis que le Macrostomum hystrix et le Macrostomum auritum n’ont qu’un seul organe pour produire dans des régions distinctes ces mêmes vésicules et les globules vitellins (2).

Nous ne connaissons rien sur la formation des œufs des Échinorhynques, si ce n’est que dans ces derniers les œufs se développent dans un ovaire flottant dans la cavité du corps avant leur développement complet, et que cet organe alors est libre comme les œufs eux-mêmes.

Des œufs. — Les œufs des Nématoïides sont très-peu variables dans leur

forme comme dans leur volume; ils sont généralement elliptiques, quel-*

quefois ronds, rarement un peu allongés aux deux bouts, ou bien prolongés en deux goulots. L’enveloppe est en géneral simple, quelquefois double.

Nous connaissons peu d'œufs à filaments dans ce groupe. M. Von Siebold a vu des filaments décomposés aux œufs d’Ascaris dentata (3), disposition qui a été reconnue ensuite par M. Külliker dans la même espèce (4).

f1) Physiol. de Burdach.

{2) Beitrâge zur Naturgeschichte d. Turbellarien, Greifswald, 1851, PL. P. (3) Burdach's Physiologie.

4) Müller's Archiv., 1843.

Ces œufs sont généralement pondus et s'accumulent dans l'intérieur du corps en prodigieuse quantité; un certain nombre de ces Vers sont ovovivipares, et on voit des embryons dans l’intérieur à tous les degrés de développement; toute l’'embryogénie se déroule souvent sous les yeux de l'observateur en examinant un seul animal.

Dans les Gordius, les œufs sont simples, arrondis et incolores, agglutinés ensemble à l'extrémité postérieure de l’utérus, par une substance albumineuse, et sont pondus, disposés en un cordon très-allongé, dit M. Von Siebold (1). Les œufs des Mermis sont tout différents: ils ont aux deux pôles des filaments allongés, assez semblables à ceux de l’Ascaris dentata, mais ils ne s’attachent pas, à l’aide de ces appendices, dans l’intérieur du corps, comme le suppose M. Dujardin (2).

Les œufs des Échinorhynques flottent librement dans la cavité du Corps ; leur forme est généralement allongée et la coque est composée de plusieurs enveloppes.

$ II

Peu de groupes, parmi les animaux inférieurs, présentent aujourd’hui un intérêt moins grand que celui des Nématoïdes, sous le rapport de leur développement; ils se forment directement, n’ont que la génération sexuelle, et on en connaît assez pour avoir peu d’espoir de trouver chez eux quelques phénomènes imprévus. Depuis longtemps déjà on a recueilli quelques observations sur leur embryogénie.

En 1829, Nitzsch a vu les premiers phénomènes du développement dans la Spiroptera strumosa (3), et il a représenté l'embryon dans trois œufs différents en voie de développement.

M. Von Siebold a consigné dans la Physiologie de Burdach (4) un article fort étendu, et d’un haut intérêt encore aujourd'hui, sur l'embryogénie des Nématoides.

Ce savant fait connaître les œufs d’un grand nombre d'espèces; il parle pour la première fois du fractionnement du vitellus dans ces Vers, et reconnait déjà les phases principales de l’évolution des Nématoïides. Il à

(1) Anat. compar.

(2) Ann. Sc. nat., t. XVIII.

(3) Brevis Societat. nat. curios. Halens. historia, 1829, fig. 9. (4) Physiologie de Burdach, traduct. française, t. III.

Suppl. aux Comptes rendus, T. II. 36

( 282 ) méme vu, sans pouvoir bien s’en rendre campte, la division du travail dans l’ovaire de ces animaux.

C’est en 1840 qu’un helminthologiste annonça qu’il venait de découvrir la transformation de la Filaire des Poissons en Trématode; c’est une ressemblance grossière de l’appendice de quelques Trétrarhynques avec le corps de la Filaire et leur réunion quelquefois dans le même kyste, qui a induit ce savant en erreur. Bagge (1) a publié ensuite, en 1841, une thèse dans laquelle il décrit avec soin le développement du Strongylus auricularis et de l’Ascaris acuminata, en faisant connaître avec détail les premiers phénomènes de cette évolution.

Dans la même année, 1841, M. Mayer, de Bonn, publie ses recherches sur l'anatomie de quelques Entozoaires et fait connaitre les principales phases du développement de l'Oxyuris nigro-venosa (2).

M. Vogt a étudié diverses phases du développement d’une Filaire qui vit dans le sang des grenouilles et dont M. Valentin avait vu déjà les kystes dans le péritoine de ces mêmes Batraciens (3). S'il y a des Filaires, dit M. Vogt, qui ne sont que des états de transition à d’autres formes, il y en a aussi qui conservent pendant toute leur vie la même forme.

Dans un article assez étendu, M. Küôlliker publie en 1843, dans les Archives de J. Muller, ses observations sur les premiers phénomenes embryogéniques des Nématoïdes. Ces Vers se développent, d’après M. Kôlliker, de deux manières: chez les uns, des cellules, qu'il appelle embryonnaires, se forment et se multiplient au centre de l’œuf; chez les autres, le vitellus lui-même se fractionne jusqu’à ce qu'il ait une forme framboisée. Ces observations portent principalement sur l’Ascaris dentata et le Strongylus auricularis (4).

Une opinion plus neuve que vraie a été émise dernièrement au sujet du développement des Nématoïdes. M. F. Leydig prétend avoir vu des Grégarines, provenant de l'intestin d’une Térébelle, se transformer en un Ver nématoide, et les Grégarines d’après lui forment une étape dans le cours de l’évolution des Helminthes. Nous ne doutons pas qu’il y ait ici une erreur d’observation. Que des Grégarines se soient allongées jusqu’au point de prendre

1) Harozn Baccr, De evolut. Strongrli, in-4; Erlangæ, 1841. 2) Mayer, Beitrâge zur anat. der Entozoenr ; Bonn, 1841, PI. III, fig. 11. 3) Muller’s Archiv., 1842.

4) Muller's Archiv., 1843, p. 68, PL. F'et VI.

( 283) la forme d’un de ces Vers, cela n’a rien que de très-naturel; mais que cette Grégarine allongée soit un âge d’un Nématoïde, voilà ce que nous ne croyons pas; les Grégarines ne sont évidemment pas une phase dans le cours du développement des Helminthes (ein glied in der Entwickelingsreihe der Helminthen) (x), comme ce savant le suppose.

M. Nelson a communiqué en 1851, à la Société royale de Londres, le résultat de recherches sur la reproduction de l’Ascaris mystax ; il résulterait de ces recherches, que les vésicules spermatiques s’enchâtonnent dars la substance même du vitellus et que le chorion, sécrété ensuite par l’oviducte, entoure l’œuf, dans lequel les spermatozoïdes sont enfermés.

M. Nelson a vu les vésicules germinatives se former à l'extrémité cœcale de l’ovaire, s’entourer ensuite de vitellus; mais des naturalistes soupconnent que l’auteur aura pris des globules vitellins pour des particules spermatiques (2).

Sauf les dernieres opinions, celles de MM. Nelson et F. Leydig, les auteurs s'accordent parfaitement entre eux; les Nématoïdes présentent à peu près les mêmes phénomènes dans tout le cours de leur développement, et ce groupe est aussi naturel par les phénomènes embryogéniques que par les caractères tirés de leur organisation.

NÉMATOÏIDES. — Dans tous ces Vers, les premiers phénomènes se manifestent de la même manière. Voici les principaux d’entre eux que nous avons généralement observés.

Au début du fractionnement du vitellus, nous voyons dans quelques œufs la petite sphère transparente échapper de l’intérieur du jaune et se perdre dans le liquide blanc qui Fentoure. Le vitellus est divisé en deux globes : l’un contient une sphère transparente au centre ; l’autre n’en à pas: c’est à côté du dernier globe que la sphère transparente est logée.

Nous ne doutons pas que ce ne soit la vraie signification de ce globule limpide, que de le considérer comme la sphère liquide, produite par la condensation et l’organisation des éléments organiques; ce globule occupe le centre de chaque sphère, ce qui l'avait fait regarder comme le noyau d’une cellule, et souvent il échappe, sous les yeux de l’observateur, de l’intérieur de la sphère pour se loger dans le blanc.

Comme dans d’autres classes, le vitellus prend, à la fin du fractionnement, un aspect framboisé, et alors une autre série de phénomènes commence.

Le vitellus est entouré à cette époque d’une couche membraneuse qui

1) Muller’s Archiv., 1851, t. XII, p. 221.

2) Journal l’Institut, février 1852, p. 39.

( 284 ) l’'emprisonne entièrement; cette couche membraneuse est le blastoderme. Ce blastoderme se forme simultanément tout'autour du jaune, et au lieu de présenter d’abord la forme d’une calotte, il est, dès le principe, un sac sans ouverture. ‘

Le blastoderme n’a qu’à subir de très-légères modifications pour prendre la forme du Ver adulte ; il s’allonge aux deux pôles, et, commeles enveloppes de l'œuf offrent de la résistance, les bouts se replient sur eux-mêmes et l'embryon s’enroule.

Ce développement en longueur continue; l'embryon s’e nroule quelquefois en spirale pour mieux se loger dans sa coque, et le Ver n’a plus qu'à déchirer les enveloppes qui le tiennent enfermé, pour naître sous la même forme qu'il conserve toute sa vie.

Au moment de l’éclosion, le tube digestif seul est formé; comme la peau s’est étendue aux deux pôles, la couche muqueuse ou interne s’est développée dans le même sens et a suivi la peau; aussi les parois du tube digestif semblent former une doublure à l'enveloppe de l'animal.

Au moment de la naissance, on voit souvent un étranglement en avant du tube digestif, indiquant les limites de l’œsophage sur le trajet de cet appareil.

Les changements de forme sont donc extrèmement bornés; c'est une sphère qui devient ellipsoïde, puis cylindrique, et enfin s'étire à l'un ou à l’autre bout, quelquefois à tous les deux. Si on pouvait admettre l’existence d’un groupe d'animaux sans métamorphoses, les Nématoïdes se trouveraient à la tête, tant ils subissent peu de changements dans l’intérieur de leur œuf comme après leur éclosion.

Il y a dans les Gordiacés quelque différence entre les embryons et les adultes ; mais jusqu'où cette différence va-t-elle ? Est-elle dans les limites des variations que l’on observe dans un ordre? Nous le croyons, et nous ne doutons pas que les Gordiacés ne fassent partie d’un même ordre avec les Nématoides.

Les œufs de Mermis forment des capsules que soutiennent, à leurs deux pôles, deux funicules fibreux, disposition qui a déjà été observée ailleurs. Mais ces œufs se forment librement dans la cavité commune sans adhérer à un raphé.

ÉCHINORHYNQUES. — De tous les Vers, ceux que l’on connait le moins sous le rapport de leur développement, ce sont les Echynorhynques.

M. Von Siebold, dans son article remarquable que nous avons déjà cité plusieurs fois, après avoir exposé avec beaucoup de lucidité la disposition

( 285 ) de l'appareil sexuel des Échynorhynques, fait l’aveu de n’avoir jamais pu voir d’embryons vivants, etil pense que ces embryons se développent seulement après la ponte (1).

Plus tard M. Von Siebold (2) a vu les embryons d’Echinorhynchusgigas; il a réussi à les faire sortir des œufs : et à les voir armés de quatre crochets qui ressemblent par leur forme et leur position à ceux des embryons de Cestoides. Il parait cependant qu'ils n'existent pas chez tous les Échinorhynques, dit le savant professeur de Breslau, puisque M. Dujardin, ajoute-t-il, ne les à pas aperçus dans l'Echinorhynchus transversus et VE. globocaudatus (3).

M. Blanchard a fixé également son attention sur ce sujet; il n’a jamais réussi à rencontrer de tres-jeunes individus: ces Vers lui paraissent être des animaux dégradés ou atrophiés par les progres de l’âge (4).

Ainsi on ne possède, au sujet de l’embryogénie de ces Vers, que des notions extrêmement vagues sur le premier âge embryonnaire et aucune indication sur le développement après l’éclosion.

Nous avons vu plus haut que si, avec M. Steenstrup, on prend l'ovaire pour une nourrice, les Échinorhynques sont des Vers à génération alternante ; personne, toutefois, n’a suivi ce savant dans cette voie d'interprétation.

Nous avons quelques mots à ajouter à ces faits.

Au mois de novembre 1847, cherchant les Vers d’une barbue ( Pleuronectes rhombus), nous trouvämes sur les parois de la cavité branchiale un kyste, arrondi comme un œuf, long de 5 millimètres, dont nous fimes sortir par la compression un jeune Échinorhynque. Occupé d’un autre groupe de Vers, nous nous contentämes de faire un croquis, et d’y ajouter une note portant : Echinorhynque en chrysalide. Depuis lors nous n’avons plus eu l’occasion d’en observer de cet âge.

Ce kyste avait une forme ovale; il était long de 4 millimètres; les parois se sont déchirées par une faible pression, et il en est sorti un Échinorhynque très-reconnaissable par sa trompe hérissée; le corps avait 3 millimètres de longueur : tout le Ver n’est qu’une vésicule, armée d’une trompe couverte de crochets.

Dans l'Échinorhynque aiguille du cabillaud, nous avons vu des œufs à divers degrés de développement, et dans les œufs les plus mürs nous avons

(1) Physiologie de Burdach, t. IT.

(2) Anat. comp., trad., t. I, p. 157.

(3) Dusarnin, Hist. nat. Helm., PI. VII.

(4) Bzancmaro, Voyage en Sicile, p. 56.

trouvé des embryons, sur le point d’écloge, se mouvant dans leur étroit espace et sans aucun rudiment de crochets. Ils ressemblent à une Planaire se mouvant dans un œuf. L'Echinorhynchus strumosus, des intestins grêles de Phoca vitulina, porte au contraire six crochets de diverses grandeurs à l’âge embryonnaire; deux d’entre eux dépassent de beaucoup les autres en grandeur et en force. Au-dessous d'eux, on voit un bulbe qui rappelle le rostellum des Cestoïdes. Ils sont complétement immobiles, et ils n’ont rien de commun avec les six crochets des embryons de ces derniers. Cette espèce est assez commune dans le phoque et offre un haut intérêt pour l'étude. L’œuf présente une triple enveloppe, et c’est la moyenne qui est la plus forte.

Nous n’avons pu découvrir les crochets dans les embryons de plusieurs autres espèces.

Il n'y a pas de fractionnement du vitellus.

Dans une jeune plie (Pleuronectes platessa) prise sur la côte au mois d’avril, l'intestin était plein d'Échinorhynques de tout âge : les uns n'avaient encore aucune apparence d'organes sexuels, les autres, mais en plus petit nombre, montraient déjà des œufs en pleine voie de formation. C’est par les Crustacés (Gammarus, etc.) dont on trouve souvent des débris dans leur estomac, que ces jeunes Échinorhynques ont été introduits. Nous pensons que ce Poisson pouvait avoir de six semaines à deux mois d’äge.

Enfin, dans l'intestin d’une tanche, nous avons trouvé un jeune Échynorhynque, très-petit, ayant l'aspect d’un Scolex avec sa trompe engaînée ; l'intérieur du corps renfermait une gaine membraneuse incomplète, semblable à un canal digestif déchiré. Nous supposons que c’estun appareil sexuel en voie de développement. Ce Ver avait aussi déjà la forme de l'adulte.

C’est à cela que se borne tout ce que nous savons sur l'embryogénie de ces Vers! Y a-t-il là des éléments suffisants pour juger la valeur de leurs affinités ?

La présence de ces crochets est un point d’une certaine importance dans la question, et, sans montrer une extrême hardiesse, on peut inférer de ce que nous venous de dire qu'une première forme sort de l'œuf et devient, par développement direct, véritable Échinorhynque dans un nouvel hôte.

Il nous parait toutefois plus prudent d'attendre de nouvelles recherches, que d'émettre une opinion qui ne repose pas sur un nombre de faits suffisants et assez complétement constatés.

C'est peut-être de la question de savoir si les Échinorhynques sont monogénèses ou digénèses, que dépend l'arrêt des zoologistes au sujet du rang

qu'ils doivent occuper dans la série.

( 287) Si nous avions à nous prononcer toutefois sur les affinités de ces Vers, nous inclinerions fortement pour les rapprocher des Nématoïdes, et à ne voir par conséquent dans leur évolution qu’un développement simple.

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