‹ Recherches sur la faune littorale de BelgiqueChapitre 7 sur 39 · SIPHONOPHORES · texte numérisé non relu

SIPHONOPHORES

Il n'est pas bien constaté que des siphonophores aient été vus dans la mer du Nord, et si par hasard on avait constaté leur présence, ce ne serait en tout cas que d'une manière accidentelle.

D'après Sars, il faudrait cependant excepter Y Agalmopsis elegans Sars, (|u'il a observé vers la fin de septembre et au commencement d'octobre partout autour des Iles Féroé '.

Autour des mêmes îles Sars a vu, en outre, deux espèces nouvelles de dipliyes : Diphyes Iruncala Sars, et Diphyes biloba Sars.

Il avait cru d'abord que ces diphyes appartenaient à une même espèce ".

DISCOPHORES.

C'est le groupe le mieux représenté.

Cy.\nea capillata.

.Straal-Qual, Slabbcr, Nuluur. nUspann., t. II , p. Cô, pi. V, fig. 1.

— Van Beneden, La strobilulion des Scij})liistomes , Bull. Acad. r. de Belgique,

2"'=scr., t. VII, n° 7.

Celte grande et belle espèce, aussi remarquable par sa forme que par ses cirrhes et sa taille, ne se montre guère par bandes sur nos côtes. Du moins nous n'en avons jamais observé que des individus isolés.

' Sars, Fauna littoralis Norwegiœ, pp. 41 et 43, pi. VII. 2 Ibid., pp. 41 et 43, pi. VII.

Il est assez rare d'en trouver qui ne soient complètement développés. — Quand ils paraissent, ils ont habituellement tous la même taille. Nous n'avons vu qu'une seule exception sous ce rapport. Nous avons observé, au mois d'avril, un individu qui n'avait pas plus de quatre centimètres de diamètre.

Nos pécheurs, dit Baster, qui prennent le Kabilyauw non loin du Rif, près de Jutland, voient souvent par un temps calme et serein, une grande quantité de ces méduses, dont quelques-unes atteignent jusqu'à deux pieds de diamètre. Ces pêcheurs assurent tous qu'ils aperçoivent constamment, en dessous de ces méduses, une quantité de jeunes poissons, des Gadus morrinia [lenyelies) , Gadus carbonarius [Kooltjes), Gadus wglefmus [Schelvisjes) , qui se mettent sous ces méduses à l'abri de l'attaque des grands poissons , jusqu'à ce qu'ils aient atteint environ trois pouces de longueur '.

Nous avons retiré des œufs d'une femelle, pendant le mois de septembre, et nous avons pu voir distinctement le fractionnement du vitellus.

Des scyphistomes ont surgi dans notre aquarium, qui ne contenait pas plus d'un litre d'eau, peu de temps après le dépôt des œufs. Ces scyphistomes sont même restés en vie pendant plusieurs semaines dans un verre à montre. On voit par là qu'ils ont la vie très-tenace.

Nous avons déjà fait connaître les principaux résultats de ces observations. Quelques-uns de ces scyphistomes sont restés assez longtemps en vie. Nous les nourrissions régulièrement. Ils sont carnassiers et très-voraces. Appendus à un corps solide, leurs cirrhes, pleinement étalés, font fonction de fdet qui arrête tout animalcule sur le passage. C'est comme une toile d'araignée dressée pour les mouches. Aussitôt qu'un petit crustacé ou un ver est louché par le scyphistome, les bras l'enlacent et la proie paralysé est portée à la bouche par les mêmes cirrhes qui ont servi à l'arrêter. On les voit s'attaquer à des proies qui ont plusieurs fois leur volume. Nous avons vu des vers vivants, des Capilella capilata entre autres, saisis par deux scyphistomes à la fois , et tous les deux dévorer

Deux scyphistomes avalant uii ^ " . ,

cnpiieiia capitaïa. Gu mcmc tcHips uuc partie du ver.

• Baslev, A'atuursk. nitspaiin., part. II, pag. 60.

Dans quel ordre les bras se développent-ils? Nous avons vu le plus souvent six tentacules surgir sinuillanément autour de la bouche, et entre chacun d'eux paraît ensuite successivement une seconde couronne (|ui en élève le nombre à douze. On en voit ensuite seize, puis ce nombre augmente toujours.

Nous avons pu suivre tout le développement de strobiles que nous avons vus surgir dans un a(|uarium dont les

Scyphistonio nionliant le . . , . , , i • i •

mode d'aiipaiitioii dos objels , auisi quc Icau, n avaient pas ete renouvelés depuis ''™^- trois ans.

Deux de ces strobiles étaient unis par la base; l'un était un peu plus âgé que l'autre. Voici ce qu'une observation attentive nous a fait connaître :

Un slrobile «, pi. I, fig. l, formé de sa base et de onze segments, montre le 6 mars quelques restes des bras sur le bord du segment terminal, tandis qu'au pédicule il n'y a aucune trace de ces organes. Il y a une gradation entre les divers segments, de manière que celui qui est terminal, ou le plus âgé, a les lobes avec ses capsules sensorielles complètement développés, tandis que le segment opposé ou le plus jeune, montre seulement des échancrures indiquant la place des lobes.

Le pédicule de ce strobile est conligu à un autre slrobile un peu moins avancé b et dont l'étude comparative n'est pas sans intérêt. On peut conclure de leur adhérence qu'ils sont nés l'un de l'autre par voie gemmipare , c'est-à-dire par stolons.

Il en résulte que le scyphistome, qui a donné des stolons, comme celui qui en provient, peuvent également se slrobiler.

Ce second strobile montre un assez grand pédicule, sans aucune apparence de bras, puis huit segments en voie de formation, dont le dernier, terminal, porte les longs bras, en tout semblables à ceux des scyphistomes, ainsi que la trompe. Aucun des segments ne montre encore dans ce second strobile de traces d'échancrure pour la formation des lobes.

Le 7 mars, les derniers débris des bras de a ont disparu, et les derniers segments s'approchent de leur maturité.

Le strobile 0 a beaucoup changé au bout de vingt-quatre heures; les bras

(lu segnienl terminal ne s'étalenl plus en lanières, el nionlrenl des renflements ou des nœuds sur leur trajet; le dernier segment est encore plus volumineux que les autres, et les échancrures qu'on découvre à la base des bras n'indiquent aucunement qu'il se métamorphose. Rien n'indique qu'il s'apprête à une séparation et à la continuation de la vie de scyphistome.

Les autres segments qui suivent commencent à s'échancrer régulièrement pour prendre la forme de méduse.

Le 8 mars, le strobile a montre sur le bord de son pédicule les premiers rudiments d'une nouvelle couronne de bras; ils sont encore très-courts et surgissent successivement dans un ordre déterminé. Les uns sont déjà un peu plus longs que les autres.

Pendant la nuit la première méduse s'est détachée.

Le strobile b présente un vif intérêt : les bras du segment terminal se raccourcissent encore plus, les nœuds deviennent plus volumineux et le bord libre commence à s'échancrer régulièrement, comme dans les autres segments. On s'aperçoit même que ces échancrures sont régulièrement formées d'après l'insertion des bras.

Une nouvelle méduse s'est détachée le 9 mars du premier strobile et une autre encore est prête à la suivre. Les tentacules du segment basilaire ont gagné en longueur. Le strobile ressemble à une robe à volants élargie surtout à la base par un luxe de crinoline.

Le strobile b change sensiblement d'aspect; les bras perdent presque toute leur mobilité et semblent se flétrir sur le dernier segment. Les lobes commencent à se dessiner nettement.

Le segment basilaire montre en avant un rebord qui est l'indice de la formation d'un nouveau segment.

Avant le soir, deux nouvelles méduses se sont détachées du strobile a, de manière qu'il n'en reste plus que sept.

Jeudi matin, 10 mars, le strobile a a perdu encore deux méduses, et les tentacules ont sensiblement gagné en longueur.

Le strobile b s'est notablement allongé ; des segments nouveaux ont surgi , de manière que leur nombre s'élève à onze, comme il était dans le strobile a. La disposition des bras est très - curieuse , comme on peut le voir

dans la figure ci-jointe , qui représente les deux slrohiles à cette période de leur évolution. Ces bras se résorbent très-régulièrement : ceux qui se trouvent au fond de Téchancrure des lobes, à la place qu'occuperont les capsules de sens, disparaissent les premiers et sont en effet sensiblement plus courts que les autres. La résorption s'opère sous les yeux de l'observateur.

Il ne reste plus, le 11 mars, que quatre méduses. Le segment basilaire montre des bras presque aussi longs que ceux qu'il avait d'abord, et qui sont d'une longueur fort inégale.

Le strobile h montre distinctement ses onze segments et les bras du milieu des lobes du segment terminal sont complètement résorbés, sauf un dernier vestige qu'on découvre encore sur un des lobes.

Le strobile rt montre, le 12 mars, encore trois méduses; les tentacules du segment basilaire ont notablement gagné en longueur.

Le strobile h ne possède plus sur le segment terminal que quatre ou cinq bras courts et flétris, partant du fond des échancrures interlobaires. Il s'est formé encore un nouveau segment aux dépens de la portion basilaire, ce qui élève le nombre de segments à douze.

Le strobile a ne porte plus que deux méduses, le 13 mars, et toutes les deux sont développées de manière à pouvoir se séparer prochainement.

Les bras du capitule se sont encore toujours allongés ; on dirait que ce sont les bras primitifs.

Le strobile b se compose maintenant de quatorze segments; le dernier a perdu complètement ses bras et ressemble tout à fait aux autres. Le capitule n'en montre pas encore de nouveaux.

II ne reste plus, le 14. mars, qu'une seule méduse à l'un des strobiles et l'autre afïecte la forme d'un long feston , presque également large à ses deux bouts.

Le strobile a a donné, le 13 mars, toutes ses méduses. La portion basilaire a les bras aussi longs et aussi nombreux qu'avant la strobilation. H n'y a pas de différence dans la mère avant et après la parturition des méduses.

Le strobile b cbange notablement : les derniers segments s'élargissent et ne sont pas loin de prendre leur élan. Pour la première fois nous voyons des rudiments de bras sur la mère scypbistome. On voit qu'ils correspondent à la division quaternaire; on en compte huit.

Le 16 mars, le strobile a s'accroît et prend le même volume que ses voisins ; il étale comme eux ses bras pour saisir la proie au passage.

Le strobile b est prêt à donner la première méduse.

Le 17 mars, je suis parti de bonne bcure ; je ne doute pas que la première méduse ne soit née pendant la nuit. Elle puisait fortement la veille au soir.

Le 22 mars, ce strobile a jeté toutes ses méduses, à l'exceiilion de deux qui ne larderont pas à suivre les autres.

Le 23 mars, le strobile est redevenu scypbistome; toutes les méduses se sont détachées et nagent librement dans l'aquarium.

Pendant plusieurs mois, j'ai toujours tenu en vue ce même scypbistome qui avait complètement strobile, dans l'espoir de le voir strobilcr de nouveau l'année suivante. Un accident l'a détruit.

11 résulte de ces observations :

1» Que le corps du scypbistome se segmente lui-même pour devenir strobile ;

2° Que le segment terminal ne se sépare pas avec les bras, comme on l'a supposé, pour continuer ailleurs la vie de scypbistome;

3" Que les bras s'atropbient et se résorbent sur le dernier segment ;

lk° Que tous les segments deviennent des méduses semblables et sexuées;

5" Que lafornialion des segments a lieu successivement, et qu'il en apparaît même quand les derniers segments sont déjà assez avancés;

G" Que les méduses se détachent des slrobiles en six ou sept jours;

7" Que le capitule acquiert des bras pendant que les segments adhèrent encore ;

S" Qu'on ne trouve pas de dilTérences entre la mère scyphislome qui s'est stroi)ilée et le capitule qui a repris ses bras ;

9" Qu'un scyphislome, après avoir donné un stolon, peut encore seslrobiler;

10° Que les méduses ne sont pas seulement la progéniture de la mère scyphistome, mais aussi la Iransformaùon de sa substance. H y a métamorphose et mélagenèse à la fois ;

1 1° Que les méduses n'ont pas toutes une origine exactement semblable , puisque le premier segment seul a porté des bras, qui se sont résorbés, et que sa trompe est celle de la mère, qui doit en faire une nouvelle.

Il reste les points suivants à élucider :

I. Que devient le nouveau scyphistome après avoir slrobilé? Hecommence-t-il?

li. Les mêmes scyphistomes produisent-ils des mâles et des femelles ou n'engendrent-ils que des individus de l'un ou de l'autre sexe ?

III. Dans cette dernière supposition, existe-t-il des différences entre les scyphistomes qui engendrent des mâles et ceux qui engendrent des femelles?

Nous ne pouvons répondre à ces questions par des observations directes; nous ne savons même si on pourra jamais le faire. Nous énoncerons simplement ici notre avis.

Nous pensons que les scyphistomes continuent à vivre après avoir strobilé, et qu'à la saison suivante ils engendrent de nouveau des méduses. Ceci est basé sur celte observation , que nous avons vu des strobiles apparaître dans un aquarium au moins trois années de suite et engendrer des méduses , sans que l'eau ou les objets eussent été renouvelés pendant ce temps. Nous supposons que les mêmes animaux ont donné ainsi des méduses pendant plusieurs années. Sans cela, il faudrait admettre que des scyphistomes sont restés pendant au moins trois ans à l'état latent.

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