U RECHERCHES
Quanta l'hypothèse des slrobiles exclusivement mâles ou femelles, nous n'avons à alléguer que la preuve Ih-ée de l'analogie. Nous doutons qu'il soit jamais possible de poursuivre les mêmes méduses jusqu'à l'apparition de leurs organes sexuels pour distinguer les mâles des femelles.
A la troisième question, nous répondrons que nous ne voyons aucune ditïérence entre les slrobiles et que, chez eux comme chez les campanulaires et les lubulaires, les colonies des deux sexes sont semblables.
Rhizostome de Cuvier. — Rhizosloma Ciwierii Lamk.
M. MIlne Edwards, Règne animal illustré, pi. XLIX. — Kefeiistein , Unters. iiber nic.il. Setlhinre, Naciirichten; Gotling, ft'b., 1802; p. 64.
Cette grande et belle espèce, reconnaissable à sa couleur bleu de couperose, vient très-irrégulièrement sur la côte d'Ostende. Son apparition ne correspond point à telle ou telle saison. Nous en avons vu souvent en quantité pendant toute l'année, mais jamais nous n'en avons vu autant que l'hiver dernier, pendant les mois de novembre et de décembre. La plage en était littéralement couverte à chaque marée.
On sait que le nianubrium de ces belles méduses est très-développé, el qu'il porte pour ainsi dire deux étages de cirrhes qui donnent un aspect particulier à l'animal.
Ces cirrhes sont si nombreux que la surface des organes qui les portent ont un aspect chevelu.
Ces organes sont généralement allongés et étroits, mais il y en a aussi qui sont aplatis et assez larges, avec le bord garni de fdaments comme un peigne à dents molles; on voit même le liquide se mouvoir dans la portion élargie.
Quatre canaux principaux partent de la cavité de restomac. Vers le milieu de leur longueur, ils sont coupés à angle droit par d'autres canaux circulaires. M. Milne Edwards a donné une magnifKiue figure d'un rhizostome injecté, dans le Règne animal illuslré de Cuvier, Zoophvtes, pi. L.
Tout autour du bord de l'ombrelle, il existe quatre capsules sensoriales correspondant aux quatre vaisseaux droits. On peut les voir facilement â
SUR VHISTOIRE i^ATLlRELLE DES POLYPES. 85
r«'il nu. On dirait des grains de sable jaune doré, enchâssés dans un lobe membraneux.
Autour de chaque otolilhe, on voit des replis réguliers, d'une forme constante et quelques fdets, peut-être nerveux, qui y aboutissent. En tout cas, cet organe de sens est fort bien protégé.
Les ovaires ont une teinte rosée qu'on distingue à travers l'épaisseur du corps. Chaque ovaire se compose d'un corps frangé, qui s'étend tout autour de la cavité de restomac ; il nous a paru formé d'un feuillet double, au milieu duquel apparaissent les œufs.
Nous avons vu des œufs à leur début ne montrer encore que les vésicules germinatives. Nous n'avons pas observé le fractionnement du vitellus; mais nous avons vu le vilellus s'organiser en embryon cilié, s'allonger ensuite et s'effiler, puis décrire dans leurs mouvements des tours de spire comme des embryons de mollusque. Nous n'avons pas suivi plus loin ces Planula.
Ces observations ont été faites au mois de septembre.
Chrysaora hyoscella Esch.
Synoni/mic. — Chuysaora hvsoscei.la, Esch.
— — Esch. Sijst., p. 79 , t. VII, fig. ±
Cyanea chrysaora, Cuv., R. un. illiistr. Zoopli., pi. XLVII. Urtica marina, Borlase,pl. XXV, lig. 7-12. Chrysaora cyglonata , Pérou et Lesueur.
Nous avons souvent observé cette belle espèce , à Ostende , pendant l'aulomne.
Les cirrhes, au nombre de vingt-quatre, sont remarquables parleur excessive extensibilité. On voit un cordon vésiculeux logé dans une gaine, et sur le trajet duquel on aperçoit quelques vésicules gonflées et d'autres affaissées. Il ne nous reste aucun doute que ce ne soit dans la contraction de ces vésicules que réside le mouvement de ces cirrhes en longueur, en brièveté et même en direction.
• Les Chrysaora hyoscella de grande taille seraient hermaphrodites, d'après Slrelhill Wright, tandis que les individus plus petits seraient unisexuels
par suite de la suppression, tantôt de l'appareil mâle, tantôt de l'appareil femelle '.
On compte huit vésicules sensitives; elles occupent la place d'un cirrhe. Le nombre de festons sur le bord de l'ombrelle est de trente-deux. Ceux-ci sont colorés en brun; les vésicules sensitives ont une teinte jaunâtre. Au milieu de l'ombrelle, on distingue des lignes colorées toutes superficielles qui rayonnent autour du disque.
Il y a quatre appendices assez longs et plus ou moins frangés. On voit en dehors autant de bouches, et puis une cinquième au centre de la tige.
Les ovaires étaient chargés de planules en voie de développement. Nous en avons vu de très-peu avancées qui tournaient sur elles-mêmes, et d'aufi-es qui nageaient librement aussitôt qu'on les dégageait de leurs enveloppes.
Nous avons observé cette espèce au mois de septembre.
Aurélia cruciata Linn.
GEK.RtiisïE Zef.-quai, , Bastcr, Natiiurk. uilspann., p. 142, pi. XIV, fig. 3-4.
Différentes fois déjà, nous avons trouvé cette espèce en abondance sur nos côtes. Nous en avons observé une année, au mois de juillet, pendant trois semaines, une quantité prodigieuse. Elle est assez longtemps reconnaissable par suite de la consistance de ses tissus.
Nous avons semé des œufs fécondés de cette espèce, dans notre aquarium, ^^ le 8 mai. Le 21 du même mois, nous trouvons des scyphisi A/ ; ' '} tomes, qui ont les uns six cirrhes autour de la bouche, les autres ^~ // huit. Quatre jours après, nous en voyons qui jettent des stolons
et dont les cirrhes se sont développés en nombre et en longueur. Le 30 du même mois, nous comptons seize cirrhes fort extensibles, et la bouche complètement formée en trompe. On voit les scypiiisiome, cloisous daus l'intérieur.
' Ann. idtd Mu(j. of iiat. Hisl.
Aurélia aurita.
Cyanea AiTiiiTA, Cuvicr, lUgiic animal ilhtsti-é, pi. LVI. Geoorde zee-qual, HouUurjn, XIV, p. 415, pi. CXll, fig. 2.
Celle espèce visite régiilièrenienl noscôles, mais on ne la voil nulle pari en si grande abondance (|iic dans la Baltique. La mer en fourmille véritablement pendant l'été. Quehjucs auteurs ont cru que c'est la seule espèce de la Baltique. M. V. Siebold a fait connaître depuis l'existence de la Cyanea vapillata, qu'il a rencontrée près de Dantzig.
Geryonopsis Forbesii Van Ben.
( Planche 111, liy. 1-7.)
La méduse que nous faisons connaître ici est une vraie géryonidée par le développement de son manubrium, et c'est de la Geryonopsis delicalala de Forbes qu'elle se rapproche le plus. Nous avons même cru que c'est celte même espèce que Forbes a pochée sur la côte sud de l'Angleterre. Une autre méduse des côtes de Shetland, pêchée par Forbes et Goodsir, qui n'a pas reçu de nom, diffère par ses cirrhes plus longs et plus nombreux, et par quelques autres particularités '. Il n'est pas impossible que celte méduse de Shetland appartienne à l'espèce de nos côles; nous la dédierons à l'illustre auteur de tant d'ouvrages remarquables, dont tous les amis de la science regrettent si profondément la perte.
N'est-ce pas la même espèce que MM. Frey et Leuckarl ont observée à Helgoland, et qu'ils indiquent avec doute sous le nom de Geryonia pellucida '. Il faudra voir aussi si la Thaumantias muUicirrata n'est pas la méme^.
C'est une des plus gracieuses espèces que l'on puissq^ voir. Nous l'avons observée un jour du mois d'avril , nageant librement dans le réservoir d'une dos huîtrières d'Ostende.
Le corps est d'une transparence parfaite. On dirait une ombrelle en cristal.
' Forbes, Bril. nak. mediisae, p. 40.
"- Beitiiuje p. 158.
^ Sars, Beskrivelser , p. 20, pi. V, lig. 12.
L'ombrelle est assez fortement bombée, et le manubrium dépasse la moitié de son étendue, son bord est garni d'une soixantaine de cirrbes comparativement peu extensibles. Ces cirrbes sont tous semblables ; à la base ils sont un peu élargis et se touchent de manière qu'il n'y a pas de bord libre. On voit distinclement le canal circulaire charrier son liquide incolore et granuleux.
Nous n'avons pas vu de capsules sensoriales.
Le manubrium est terminé à son. extrémité libre par des cirrbes membraneux formant des franges autour de la cavité de la bouche. Ces franges sont d'une mobilité de formes très-grande. Nous les avons représentées, mais il est diflicile d'en donner une idée exacte à cause de leur extrême délicatesse.
Ces franges ne sont pas transparentes et hyalines comme le corps de l'animal ; leur opacité l'ait contraste avec le reste du corps.
On voit à travers l'ombrelle les quatre canaux gastrovasculaires, mais au lieu de naître directement du fond du manubrium, ces quatre canaux naissent le long des parois de cet organe, et on les aperçoit distinctement jusqu'à la naissance des corps frangés. C'est une disposition qui mérite d'être signalée. Le Tima flavilabris , figuré par Eschscholz, montre ces canaux beaucoup plus développés. Il est à remarquer que noire animal est adulte, puisque les organes sexuels sont développés '.
Nous n'avons vu que le mâle. Les testicules sont assez volumineux et se développent sur chacun des quatre ca-naux parlant de l'estomac. Ils élaienl pleins de spermatozoïdes , sauf un seul , qui venait d'êlre vidé au moment où nous avons pris l'animal.
ThAUMANTIAS CVMBALOIDES Aut.
Le 13 juillet 1768 Slabber pécha une petite méduse de la grandeur d'un noyau de pêche; il s'extasia devant sa beauté de forme et d'organisation. Au moment même où il la prit, l'acalèphe avait avalé un poisson; la tète était encore hors de la cavité digestive , et il put aisément reconnaître l'appareil de la digestion. Cet animal est très-bien décrit et figuré, comme tout ce que nous a légué cet habile observateur. Toutefois des organes ont élé impar-
' Eschscholz, Syslemde Acaleph., pi. VllI, 11g. 3.
SUR LHiSTOIHE NATURELLK DES POLYPES. 89
failcnienl observés, et comme personne depuis ne semble avoir retrouvé cet animai , on ignore encore (luelques-uns de ses véritables caractères. La cavité gastrique est dépourvue de tout appendice labial , et se termine en dessous par quatre prolongements llollants qui conslituent le manubrium. Slabber le compare à une sonnette.
C'est à tort, à notre avis, que plusieurs naturalistes ont pris cette figure de Slabber connue inexacte, et prétendent (pie ce dessin a été fait d'après la T/iaitmaiilias liemisp/ierica. Slabber a représenté, dans cette occasion comme dans toutes les autres, les objets avec la plus scrupuleuse exactitude. Ce n'est pas comme on l'a dit a bad ■représentation of T. heniisp/wrica.
Syiio)ii/mie. — Oce.\m\ cvmb.vloïdea? Pcron et Lcsuciir, Tableau des caracl., p. 340. TiiAUJiANTHiAS CYMiiALOÏDEA , Esclisclioltz , S(y.s(. ikr Acaleplicii , p. 102. Belgelykende kwal, Slabber, Natmirk. verlusl., p. !t9, pi. XII, fig. 1-3. — Encyclop. mélhod., pi. XCIII, fig. 2-4.
Nous n'avons observé celte espèce qu'au mois d'août.
L'animal est complètement transparent et on ne voit, quand il nage, qu'une croix formée par les canaux gastrovasculaires.
Dans son état babiluel, cette méduse nous a offert une forme un peu différente de celle que Slabber a figurée; son ombrelle est plus élargie, moins élevée, et par là ressemble moins à une sonnette de table. La cavité gastrique est assez spacieuse. Il n'y a qu'une seule bouche, située au milieu du manubrium. Cet appendice se divise en quatre branches très -contractiles, que Slabber n'a point observées, soit que son exemplaire fût mutilé, soit qu'il fût dans un état de contraction forcée.
La forme et la grandeur de la bouche varient à cause de la grande con- Iractilité des organes qui la conslituent: nous l'avons observée largement ouverte. Dans un exemplaire placé sur le dos , elle avait pres(|ue une forme carrée; quelquefois aussi nous l'avons vue circulaire et formant une croix grecque. Cette cavité gastrique peut en grande partie s'effacer et se rapprocher de la forme que nous voyons dans les équorées.
De la cavité gastrique, on voit partir quatre cordons assez larges, qui se rendent en ligne droite au canal circulaire qui entoure le bord du disque.
Vers le milieu de chacun de ces canaux esl appendu un organe formanl des replis, el qui se détache ensuite pour constituer un appendice flottant. C'est comme un intestin adossé au vaisseau gastrique.
Au microscope, on reconnaît dans les parois el dans Pintérieur de cet organe des cellules adossées les unes contre les autres, montrant fort distinctement leur noyau et leur nucule. Nous ignorons si ce sont des œufs ou des spermaloc) stes en voie de développement. Nous n'avons pu les observer assez longtemps pour nous en assurer.
Dans l'espace compris entre les quatre canaux , les parois de la cavité gastrique sont teintes en rouge , comme la base des appendices.
La circulation esl très-distincte : on voit un liquide chargé de globules assez réguliers, se mouvoir dans lïnlérieur des quatre canaux, el se rendre de là sur le bord du disque dans le canal circulaire. Dans quelques appendices nous avons vu aussi le liquide du canal se rendre dans Fintérieur des cirrhes qui bordent le disque. Nous ne pensons pas que le liquide puisse se répandre au dehors, par le bout de ces appendices, du moins à l'état normal.
Les grands appendices qui ornent le bord du disque sont au nombre de vingt-quatre. Ce nombre ne correspond pas exactement avec celui qui esl indiqué, mais il y a eu probablement erreur dans rénumération. Au bout de chaque canal droit on voit un de ces appendices; puis on en distingue cinq entre ces premiers, ce qui élève le nombre à vingt-quatre. Ils sont exlraordinairement contractiles el peuvent s'étendre fort loin. La base esl renflée el de couleur rougeâtre. Comme nous l'avons dit plus haut, nous avons vu le liquide pénétrer dans son intérieur, mais nous ne l'avons pas observé jusqu'au bout de l'appendice ; il nous a paru cependant qu'ils sont creux dans toute leur longueur. Dans l'intérieur nous avons observé des cils vibratiles à la base.
Sur toute l'étendue on aperçoit des nématocystes.
Entre ces longs appendices on en voit un certain nombre de petits et de fort irréguliers, dont les formes varient surtout à cause de leur grande contractililé.
Les capsules de sens sont assez volumineuses et au nombre de huit. On voit dans chacune d'elles un liquide transparent, au milieu duquel se trouve une cellule plus grande que les autres et de couleur brune , adossée à une
SUR L'HISTOIRE NATURELLE DES POLYPES. 9i
cellule transparente. De chaque côté sont logées trois autres vésicules plus petites et transparentes , serrées les unes contre les autres. Ne sont-ce pas des organes qui font fonction à la fois d'ceil et d'oreille?
Thaumantias iiemispiieuica O.-F. Millier.
Le même jour que nous avons observé les Thaximantias cymbuloïdes dans Parrière-port d'Ostende, nous avons observé une autre petite méduse, transparente comme le cristal, ayant vingt-quatre cirrhes marginaux fort longs et très-rétractiles, s'entortillant les uns dans les autres, de manière à simuler un fdet. Nous croyons que c'est la même méduse que O.-F. Miiller a décrite et figurée sous le nom de Médusa hemisplierica.
Sijnonymie. — ? Thaumantias hemispherica, Eschscholtz, Syst. d. acalcpli., p. 103. ? Encyclop. method., pi. XCIII, fig. 8-11. ? — Frey et Lcuckart, 5ej7rngie...., p. 1.58.
? Médusa hemispherica, Millier, Zool. dan., pi. Vil. OcEANiA DANicA? Pcron et Lcsueur, Tableau des caract., p. 348.
Cette espèce a la grandeur d'un fort noyau de cerise.
Le corps est vraiment hémisphérique et le bord de l'ombrelle porte vingtquatre cirrhes longs et fort rétractiles également développés. Ils sont tous légèrement renflés à leur base. Il n'élait pas possible de les séparer les uns des autres.
Mesonema henleana.
iEQL'OREA HENLEANA, KôU., Frcy ct Lcuckart, Beilrage ztir Keiiln., p. 138.
Nous avons observé cette espèce aux mois d'août et de septembre sur la côte d'Oslende, et quelquefois en assez grande abondance.
Une équorée de la côte d'Amérique [jEquorea dilata Esch.) semble avoir assez de ressemblance avec cette espèce, et sans la présence des cirrhes buccaux et le petit nombre de canaux gaslro-vasculaires, on serait tenté de les réunir.
L'animal présente la forme d'un disque légèrement bombé; il est hyalin.
92 UECHERCHES
tout à fait incolore; le bord de rombrelle esl garni loiil autour de lilamenls trop nombreux pour être comptés. Ces filaments sont tous de même l'orme, également gros à leur base et à leur sommet; sous ce rapport ils diiïèrent des appendices que Ton trouve ordinairement chez les animaux de cette classe. Ils ne peuvent guère s'allonger. Leur situation est très-régulière; ils sont serrés à leur base les uns contre les autres, et nous ne trouvons pas dans cette acalèphe les capsules sensilives qui garnissent habituellement le bord marginal du disque. Ces filaments appendiculaires sont pleins et dépourvus de cils. Le dis(|ue en dessus est lisse et uni.
En dessous on voit flotter une membrane attachée circulairement au centre et circonscrivant une cavité qui occupe un peu plus du tiers du diamètre du disque : c'est la cavité gastrique. Elle n'est point creusée dans la substance même du disque, et disparaîtrait entièrement avec la bordure membraneuse dont nous venons de parler. Celte membrane circulaire pend en dessous du discpie et finit brusquement comme l'ouverture d'un tube. Les bords ne peuvent point se rapprocher de manière à clore cette cavité, aussi Teau entre et sort librement en tout temps.
Tout autour de celte cavité circulaire on découvre, à la base de la bordure, à son point d'insertion sur le discpie, des ouvertures de canaux droits disposés en forme de rayons à la face inférieure de l'ombrelle. Ces canaux ne sont pas anastomosés entre eux ; le liquide qui circule dans rintérieur doit revenir sur ses pas pour se renouveler. Nous n'avons pas vu d'organes sexuels.
La bordure membraneuse qui circonscrit la cavité gastrique est garnie, sur son bord libre ou son bord inférieur, d'appendices très-mobiles et très-variables en longueur. C'est sur leur présence que Eschscholtz a établi le genre Mesonema. Ce sont des équorées avec des filaments marginaux sur le bord de la cavité gastrique.
Ces appendices ou cirrhes se conlraclenl et s'étalent, en montrant dans leur longueur comme dans leur diamètre une infinité de modifications.
C'est au mois de septembre, en IS/tS, que nous avons observé cette espèce pour la première fois ; depuis nous Pavons vue à la même époque à dilTérenles reprises, quelquefois en grande abondance sur la plage, mais sans y avoir distingué d'autres organes que ceux que nous venons de signaler.
OcEANiA G;î:dii (Océanie de Gaëile.)
Plusieurs espèces de ce genre sont fort incomplélemenl décrites ; nous ne doutons cependant pas, d'après les caractères indiqués par les auteurs, que locéanie de Gaëde n'ait échappé aux recherches des naturalistes, et nous croyons cette espèce réellement nouvelle pour la science. Le nond)re des cirrhes cl des canaux, la disposition de la cavité gastrique et la taille la distinguent suffisaiument des océaniés connues.
Nous avons vu celle espèce en quantité prodigieuse, pendant une haute marée, dans Tarrière-port, près de récluse de Slykens. Il y en avait un si grand nomhre qu'un sceau d'eau pris au hasard pour un a(|uarium , en renfermait des centaines. C'était au mois de septembre.
Ces méduses ne nous semblent pas avoir subi leur évolution complète, el elles portent encore les traces, au milieu du disque, de leur récente séparation du strobiie. Elles ont la grosseur d'une aveline.
Le corps est d'une transparence complète. Le manubrium seul est opaque et a une teinte rougeàlre. Le disque est un peu plus élevé qu'il ne l'est communément. Son bord est garni de douze cirrhes fortement extensibles, tous de même longueur et placés à la même distance les uns des autres. Pendant la contraction , on les voit s'enrouler en tire-bouchon.
Les capsules de sens sont fort simples : on en voit régulièrement deux entre les cirrhes; elles ne sont formées que d'une simple cellule renfermant un noyau; elles sont incolores et on ne voit aucun mouvement dans leur intérieur. Ce nombre deux est la règle entre les cirrhes, mais cependant on en voit (pielquefois trois ensemble , el quelquefois seulement une.
La cavité gastrique a les parois assez épaisses; la bouche est divisée en plusieurs lobes que nous n'avons pas comptés exactement. A la surface du disque, celle cavité se prolonge par un pédicule, qui pourrait bien n'appartenir qu'au jeune âge et disparaître plus tard. On voit, en effet, souvent des l)rolongements semblables au moment où les jeunes méduses se séparent.
9i RECHERCHES
OcEANiA SANGUINOLENTA. — Océaiiie sanguinoleute.
Kermin beroë, Slabber, Naturk. Verlust., p. 110, pi. XIII, fîg. 5. OcEANià SAKGUiNOLENTA ? Pcron et Lesueur, Tableau des caract., j), 347.
Celle espèce a été observée par Slabber, à Middelburg.
LizziA ocTOPUNCTATA Sars.
C'est dans des Lizzia que Sars a vu eh premier lieu ce phénomène curieux cl imprévu d'une méduse adulte produisant, non des organes sexuels, mais des gemmes qui se transforment directement en de nouvelles méduses. IJ a observé également ce phénomène dans le Thaumanlias muUicirrata , et le célèbre observateur de Christiania a même pensé qu'il pouvait être commun ù toute la famille des Océanides.
Celte singulière reproduction a été observée depuis par un grand nombre de naturalistes, et sur des genres fort divers.
C'est au mois d'avril ISi? que nous avons vu, pour la première fois, ces Cytels à Ostende, au milieu de tubulaires et de campanulaires.
La même année Forbes signalait cette remarquable espèce sur la côte d'Angleterre , et lui assigna sa place dans le genre Lizzia , qu'il avait créé en 1846.
Si/nonjjviie. — Cyteis octopunctata, Sars, Beskrivelser o(j Jagttag, p. 28, pi. VI, fig. 14, a-g. ;
yViegmaiin's Arcltiv, 1837, p. 400; Fuuna lill. Norvegia, p. 10, pi. IV,
HiPPOCRENE OCTOPUNCTATA , Forbcs, AiiH. of iiut. lu'st., vol. VII, p. 84 (1841). BouGAiNviLLEA ocTOPu.-vcTATA , Lcsson , Aculèplies, p. 292 (1843). Lizzia octopii:vctata, E. Forbes, Brit. naked.-eyed Médusa. London, 1848,
p. 64, pi. XII, fig. 5.
Nous trouvons cette intéressante espèce assez communément, au printemps, à Ostende. Nous avons toujours vu les parois de l'estomac chargées de gemmes.
Un individu s'est retourné sur lui-même, de manière que le manubrium est couvert de gemmes. Nous avons vu sortir de l'estomac des crustacés et des navicelles.
SIR 1;HTST01RE WTIRELLE des polypes. 9?)
ClRCE HYALINA Vail BcM.
Celte petite méduse a de la ressemblance, au premier abord, avec la Lizzia ociojnmctata de Sars, mais elle porte huit vaisseaux gastrovasculaires au lieu de quatre, et elle n'a pas de gemmes sur le manubrium.
Ce nombre de vaisseaux nous oblige en même temps de la placer dans im autre genre, et, sans connaître d'une manière certaine la situation des organes sexuels, nous ne pouvons nous empêcher de la placer dans le genre Circe.
Nous ne connaissons (pie le téléon. Il est probable que c'est une tubulaire quelconque qui produit celte espèce.
Elle a la même taille, la même forme et la même transparence que la Lizzia octopunclala de Sars; mais, outre la différence dans le nombre de canaux et Fabsence de gemmes sur Pestomac , chaque groupe de cirrhes est au moins de trois et quelquefois de quatre. Dans la Lizzia octopunclala, ils sont de trois et quelquefois de deux, jamais de quatre.
Elle a une forme hémisphérique; tout le corps est hyalin , à l'exception de l'estomac et des cirrhes tentaculaires. On distingue à la surface huit côtes qui correspondent aux canaux gastrovasculaires. Au bout de chaque côte on voit un gros tubercule un peu opaque, eu égard à l'excessive transparence du reste du corps , et sur chacun d'eux s'élève un groupe de cirrhes très-rétractiles.
Nous n'avons pas vu d'organes de sexe. Le haut de l'estomac est divisé en lobes très-mobiles, et l'animal pourrait au besoin les montrer au dehors et s'en servir comme d'une trompe.
Rien n'est coloré dans cette méduse.
LUCERNAIRES.
Keferstein, Gattung Luceruuria, Zeit. f. Wiss. Zoologie, vol. XII, p. \ , pi. I.
C'est 0. Fr. Millier qui a découvert les Lucernaires. Ce sont des animaux dont les affinités semblent bien douteuses, à voir la place qu'on leur a tour à tour assignée. Cuvier en fit d'abord des acalèphes fixes et les rapprocha des
acliiiiesolcleszoanlhes. Celte opinion semble encore parlagée par MM. Milne Edwards et Haime. Lamarck en fit des acalèphes mollasses, de Blainville el Ehrenberg, des polypes voisins des actinies. Erey et Leuckart les placent parmi les anlhozoaires '. C'est aussi l'opinion de Sars, qui reconnaît cependant qu'ils se rapprochent des acalèphes par les organes sexuels. Huxley, Allman el Keferstein en font de véritables acalèphes, et ce dernier en fait un ordre à part à côté des Acrospeda et des Craspedola , sous le nom de Lucernariada.
Johnston place aussi les lucernaires à côté des actinies dans un seul et même groupe. Il cite trois espèces observées sur les côtes d'Angleterre :
Luceriiaria fascicularis Flem.
— aurkula Aut.
— campanulula Lamx.
La lucernaire est un scyphislome en permanence; c'est sans doute ce que Agassiz a voulu exprimer en comparant une figure de scyphistome, de slrobile et de jeune téléon avec un lucernaire. D'après Keferstein, c'est une méduse en arrêt de développement.
Le genre Carduella de Allman est voisin des lucernaires '.
Les lucernaires sont des polypes du Nord plutôt que du Midi : on les trouve, d'après Sars '', sur la côte du Groenland sous le 65°, et même en Norwége jusqu'au 70° près de Nardôe; Keferstein * en a observé plusieurs espèces sur la côte de Normandie, et Quoy et Gaimard l'ont reconnu dans la Méditerranée '".
LUCERNARIA AURICULA Mùll.
MiiLLER, Zool. Dun , l. IV, p. 55, pi. CLII, fig. l-ô.
M. Meyer nous a fait voir, à Hambourg, des points oculaires à la base des tentacules.
Ce polype arrive accidentellement sur nos côtes et peut-être, comme tant d'autres, plus communément qu'on ne le pense.
' BeitriUje , p. 9.
-' Allman, Quarlerly Journal of microscopical Science. April, 1860.
■■ Fmnia liltorulis Norvegiae. . . , p. 20 , pi. 5.
' Gutlintj iXachridilen , 1862, ii° 4 , p. 61.
■• Voyage de l'Astrolabe de Dumont dUrville.
Mailland cite la Lucernaria mirkula, la même que Ot. Fr. Hliiller a observée et décrite, au Veerscheyal (côte de Hollande). Nous no Tavons jamais observée, mais il ne nous parait pas douteux qu'on la découvrira sur nos côtes.
Metlenheimer a péché une lucernaire à Helgoland, qu'il croit former une espèce nouvelle '.
Sars cite les espèces suivantes de la côte de Norwége :
Lucernaria quudricornis iMiilI.
— auricula Ralhkc (non Fabricius).
— cyathiformis Sars.
Ce dernier doit évidemment former un genre à part. Keferstein a observé, à Saint-Vaast, la Lucernaria ocloradiata, et la Lucernaria campanulata Lamk.
TUBULARIDES.
Historique. — Des travaux remarquables ont été publiés, dans ces dernières années, sur ce curieux groupe de polypes; nous donnons ici l'énumération de ceux que nous connaissons :
KoLLiKER, Zeils. /'. wiss. Zoologie, 1855, p. 500.
JosHUA Ai.Diiu, A notice of soine new geiieru and species of british hgdroid Zoophytes , A^n.
AND MAC. NAT. HisT., iiovcmbre 1850.
JosiiuA Aldeu, a catalogue of the Zoophytes of Northumberland und Durham , Newcasti.e-
upon-Tyne, 1857 (genres Vorticlava, /fijdractinia, Coryne, Eudendriinn, Tubularia, cory-
morpha).
' Abhand. senck. nul. Gesels., ISîii.
Allman, On the structure of ilie reproductive organs in certain lujdroid Polypes, Phocee».
OF THE Rov. SociETv. Session 1857-58.
Chbist. LovÉM, Till utvickeUngen of hydractinie7i. (Sur le développement des Hydraetinies),
Bl'llet. Acad. se. DE Stockholm , -1857, p. 507. Prof. Allman. Observât, on the morphol. of the reprod. org. in the hydroid Polypes. (Euden-
drium ramosum.) T. Stuethill Wright, Observations on brit. Zoophytes. Edi>'d. New phil. .lounNAL; neic séries.
July 1858.
T. Stiiethill WniGHT, Observations on brillsh Zoophytes. Eur.\n. New puil. Joijii.mal; new
séries. Janv. 1859. A ftevieiv of the slate of our knowledge of the brilish Tubuluriadae,
Rotal phys. SoriETV of Ed^'ourgh.
Sars, Oni ammesloegten corymorpha Forh. Vidensk. Se/.s/i. Christiania, 1859.
Allman (genres Hydructinie et Pudocorygne), Akn. nat. hist., 1859, p. 51.
Rév. Thom. Hincks, A Monograph on the british Hydrozoa,
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En publiant, il y a vingt ans, notre RIcmoire sur les campanulaires, les observations d'Ellis et de Cavolini non-seulement n'étaient pas comprises, mais elles avaient à peine attiré l'attention de quelques savants. Nous avons été le premier à signaler que ces naturalistes, Ellis surtout, avaient vu le commencement de la forme médusaire. Du Jardin a reproduit ce que nous
avions dit à ce sujet. Ce dernier avait en portefeuille, depuis longtemps, des observations sur ces polypes, et c'est la connaissance de mon travail qui l'a décidé à livrer ses recherches à l'impression.
II n'est pas douteux que plusieurs naturalistes observateurs du siècle dernier n'aient connu, comme Ellis et Cavolini, la phase médusaire des polypes, mais ils n'ont pu donner à ce phénomène ni son rang ni son importance. De Jussieu parle de mamelons ou grains ronds, de couleur rouge, attachés à un pédicule au-dessus des premières cornes (tentacules) , et dont il avoue ne pas connaître encore l'usage'; Donati a vu des hydatides rondelettes, très-petites, moitié transparentes, jaunâtres, au bas du ventre de quelques polypes ; le lieu où elles se trouvent et leur figure lui font croire (jue ce sont des œufs du polype ^.
Baster a fait la même observation : il a vu sur les plus grands des tubulaires, au mois d'octobre et de novembre , des vésicules arrondies, attachées à leur base , jusqu'au nombre de sept ou huit, à une seule branche '.
Depuis Baster, on n'a plus guère fait d'observations importantes sur les animaux de cette classe ; c'est tout au plus si quelques naturalistes se sont occupés du polypier. Aussi, quand il fut annoncé en 1842 que les polypes deviennent méduses et les méduses polypes, il y eut parmi les zoologistes une explosion de sentiments divers, et plusieurs d'entre eux ne voulaient voir dans ces résultats que le fruit d'observations hasardées.
Peu de temps après la publication de mon Mémoire sur les campanulaires, j'en ai publié un autre sur les tubulaires, et dans ces deux publications les polypes sont envisagés de la même manière, c'est-à-dire que la forme adulte et sexuelle est considérée comme le jeune âge et non comme l'animal arrivé au terme de son développement complet. C'est le téléon que je prenais pour l'embryon.
Nous avons reconnu depuis que nous interprétions mal les phases d'évolution de ces animaux, et nous l'avons reconnu déjà dans plus d'une circonstance.
' Mémoires de l'Académie , 1742, p. 297.
- Histoire naturelle de la mer Adriali'jae, p. 49.
•' Ba.slcr, A'atuiirk. iiilspaiin., p. 34, pi. III, fig. 2-4.
Depuis longtemps, avant la publication même de nos recherches sur les cesloïdes, nous avons reconnu que la phase médusaire est le dernier terme, et non, comme nous l'avions cru d'abord , le premier de leur évolution.
Il y a des tubularides qui engendrent des méduses et d'autres qui ne produisent que des avortons à divers degrés de développement, c'est-à-dire des atrophions. Mais ces atrophions, tout en étant frappés d'arrêt de développement, tout en conservant, selon les genres, les uns la livrée du premier âge, les autres celle de l'enfance ou de l'adolescence, n'en produisent pas moins des spermatozoïdes ou des oeufs; ils sont mâles ou femelles sous l'apparence d'une capsule.
Ce développement plus ou moins avancé de Tatrophion dépend -il de circonstances extérieures, ou de la nature de l'espèce?
Du Jardin pensait que l'apparition d'une méduse complète ou incomplète est subordonnée aux circonstances extérieures , et nous avons vu d'autres naturalistes, comme M. Claparéde, pencher fortement de ce côté. D'après le savant naturaliste suisse, le même animal pourrait, en effet, engendrer, selon les circonstances extérieures , des formes médusaires ou des polypes ^ Nous ne le pensons pas.
Lorsque nous eûmes publié le résultat de nos premières recherches sur ces polypes, un jour nouveau commença à luire sur ces organismes, mais plus d'un point restait obscur et entouré de mystère. Parmi ces points obscurs se trouvait la question de reproduction sexuelle de chaque espèce. Selon les circonstances, une espèce donne-t-elle des méduses complètes ou incomplètes, ou peut-on s'appuyer sur ce caractère de l'évolution pour distinguer les espèces de tubulaires entre elles? Pour le moment, nous croyons pouvoir répondre, comme nous l'avons déjà dit, que chaque espèce engendre constamment l'une ou l'autre forme et se reproduit de la même manière.
Jusqu'à présent, nous avons vu toujours les espèces franchement médusipares donner des méduses complètes, les autres des formes plus ou moins atrophiées.
Les travaux ultérieurs décideront si nous nous sommes trompé.
' Claparéde, Zei(s. /«)• IFtss. Zoo/o(/., vol. X, p. 404.
Joli. Millier, en 1853, eut roccasion de voir des tiibiilaires véritables, avec des capsules pleines de spcrnialozoïdes; mais il ne pouvait découvrir de femelles, m'écrivail-il. Il considéra ces tubulaires comme des colonies d'individus, avec des bourgeons libres dans les capsules ^ C'est la Tubularia coronata qu'il a observée. La capsule, comme nous le verrons plus loin, est l'individu sexué, c'est-à-dire le téléon, qui représente l'animal adulte et complet.
Pendant les mois d'août et de septembre de la même année, M. Kolliker a vu des embryons mobiles de campanulaires se développer dans les capsules, les quitter pour mener une vie vagabonde et se fixer ensuite dans un lieu convenable; mais il n'a pas vu, dit-il, des tubulaires méduses. Ces embryons me rappellent, dit M. Kolliker avec beaucoup de raison, les Aruchnactis albida de Sars.
On ne connaît pas précisément la durée de la vie des tabulaires pendant leurs diverses phases d'évolution , mais on a vu déjà , et nous en avons fait l'expérience, des tiges de tubulaires et de campanulaires vivre plusieurs années dans des aquarium, sans que le pouvoir de reproduction agame semblât toucher à son terme ou diminuât même de puissance. Il n'en est pas de même des tubulaires méduses. Nous n'avons jamais pu en conserver longtemps, même celles qui venaient de naître sous nos yeux.
Dans les plantes comme dans les animaux, la vie est généralement longue et la ténacité grande, dans les individus agames; éphémère et délicate, au contraire, dans les individus sexués. L'analogie entre la méduse et la fleur se confirme de plus en plus.
Je dis que non-seulement la durée de la vie est longue et la ténacité trèsgrande pour les formes agames , mais il n'est pas rare de voir des tubulaires dont toutes les tètes, ou plutôt les individus agames sont tombés, repousser de nouvelles têtes; quelquefois même au bout de plusieurs mois, on voit de nouveaux individus, avec tous les caractères de leurs prédécesseurs, sur des tiges anciennes.
• Colonien von Individu en mit innern Knospen {fret in den Capseln) sehr liiiiifig. (J. Millier, lettre du 4 janvier iSSi.)
Nous avons eu roccasion de faire quelques observations sur des tubulaires conservés dans Taquarium , qui , après avoir perdu leurs polypes , ne continuent pas moins à vivre par le sarcosarc.
Tubulan'a coronala , nées dans l'aquarium au bout de tiges flétries.
Si on ne prend pas les plus grands soins en détachant les tubulaires de leur gîte naturel, toute la tète, c'est-à-dire le polype, se flétrit et tombe, et il ne reste que les tiges telles qu'on les voit après une complète dessiccation. La vie n'est pas éteinte cependant. Baster avait déjà fait cette observation que les têtes, qu'il prenait pour tout le polype, tombaient très-facilement, et il en avait conclu que les têtes et les tubes sont des êtres difterenls, vivant les uns sur les autres. En replaçant ces polypes dans des conditions favorables, soit dans un aquarium, soit dans la mer, au bout de quelques jours on voit la partie molle de l'intérieur du tube s'élever sous forme de bouton, dépasser la hauteur du tube, se renfler légèrement et montrer bientôt, vers le milieu du renflement, une première couronne de tentacules. Il en apparaît une vingtaine à la fois. Ces organes s'allongent et se développent complètement avant qu'une nouvelle rangée apparaisse. La nouvelle tubulaire a d'abord les caractères des Eiuleiulriuni.
Plus lard apparaît de la même manière la seconde couronne de tentacules tout autour de la bouche, formant un second verlicille, et dès ce moment le caractère propre des tubulaires apparaît.
Ce sont ainsi de nouvelles lubulaires développées sur des tiges anciennes,
Tubulaires nées au bout de liges flétries.
c'est-à-dire, qu'au bout du sarcosarc, a repoussé une nouvelle tète, comme dans la grenouille il repousse un doigt ou une patte, si Fun ou l'autre de ces organes est coupé.
Nous avons vu un tube unique, comme une des figures ci-dessus l'indique, qui n'avait porté qu'un seul polype, se bifurquer et donner même naissance à deux individus distincts.
Des tubulaires sans tête, placées dans un aquarium au mois de mai, portaient de nouvelles tètes avec tous leurs tentacules au milieu du mois de juin.
Nous devons faire remarquer aussi que les nouvelles têtes comme les nouveaux tubes qui se développant dans les aquarium, n'ont pas la vigueur de ceux qui se développent en pleine mer, et nous y voyons une preuve de l'influence qu'exerce le milieu ambiant sur le calibre du polypier.
Ne trouverait-on pas dans cet appauvrissement des nouveaux polypes, en des tiges plus grêles et des formes plus délicates, l'explication de la pro-
duction de (luelques formes voisines dont on a fait des espèces distinctes? Il est évident que si ces tiges avec leurs polypes ne naissaient pas sous nos yeux de l'ancien sarcosarc, l'on serait tenté de les regarder comme des espèces distinctes.
M. Kirchenpauer a fait quelques observations fort curieuses sur les tubulaires qui apparaissent sur les bouées, à remboucliure de TElbc, et qu'il répartit en quatre régions : dans la première, qui est en pleine mer, il trouve la Serlularia argentea, YEchinus esculenlus et VActinia mescmbryanthemum; dans la seconde section, les bouées se couvrent de Tubularia coronala, calamaris, et larynx, de jeunes astéries et de Campanularia gclatinosa; dans la troisième région des Tabidan'a larynx, mais seulement dans les profondeurs, jamais sur les bouées, et la fin de la région des moules; les Cordylophores apparaissent dans la quatrième région, la plus éloignée de l'embouchure, en même temps que les balanes {Balanus crenatus).
On peut donc dire que les Cordylophores caractérisent la dernière région, les moules la fin de l'avant-dernière, les tubulaires, la seconde et la Serlularia argentea la pleine mer ou la première.
Genre TUBULAIRE.
Ce genre est parfaitement caractérisé par les deux verticilles de tentacules ainsi que par la place que les méduses, téléons ou atrophions, occupent en dedans des tentacules inférieurs.
La méduse est sphérique, et porte quatre cirrhes également développés. Mais ce n'est pas toujours un téléon complet qui se développe ; dans certaines espèces, c'est un téléon avorté, c'est-à-dire un atrophion qui contient tantôt des embryons, tantôt des œufs ou des spermatozoïdes.
Il y a en effet , d'après les espèces , des différences fort grandes dans le mode de reproduction ; et c'est ici surtout que l'on voit combien on a tort de ne voir que des organes dans ces formes médusaires avortées.
El si on s'est mépris sur la véritable signification de ces diverses formes , on ne s'est pas moins trompé en prenant de jeunes tubulaires libres pour des formes génériques nouvelles. C'est une erreur qui a été commise par plusieurs naturalistes.
SUR L'HISTOIRE NATURELLE DES POLYPES. i05
Le genre Arachnactis de Sars n'est autre chose qu'une jeune lubulaire, née dans une mère méduse, frappée d'arrêt de développement; c'est-à-dire une jeune tubulaire, provenant d'un atrophion. Si nous ne nous trompons, cet Arachnactis est le jeune âge de la Tubidaria coronata.
M. A. Agassiz a trouvé à Nahant (Massachusetts) un polype flottant qu'il rapporte au genre Arachnaclis de Sars. Il l'a observé comme le savant naturaliste norwégien , au commencement de septembre. Ce polype est trèscommun dans ces parages, dit 31. Agassiz, et tous les soirs il en prenait en quantité en péchant au petit fdet.
Cet animal n'a que quatre tentacules , et il ressemble, dit le savant naturaliste, à la larve de VAsteracanlht'on berylinus. Il nage le gros du corps en avant; les tentacules sont couverts de cils vibratiles, et ils ne sont pas rétractiles ; ils ne peuvent que se replier.
Depuis longtemps on s'accorde généralement à ne voir, dans ce genre Arachnactis de Sars, que déjeunes tubulaires. En est-il de même de V Arachnactis brachiolata d' Agassiz? Nous sommes fort disposé à le croire.
La forme singulière que M. Busk a décrite sous le nom de Dianthca nobilis est également, selon toute probabilité, une jeune tubularide; nous en dirons autant encore du Nereus hydrachna de Tilesius; Job. Midier l'avait déjà soupçonné.
M. Claparède a péché à Saint- Vaast, dans un petit filet, déjeunes tubulaires qu'il suppose appartenir à la Tubidaria indivisa.
Il croit avoir vu l'embryon se fixer par la partie du corps qui représente la bouche et les tentacules buccaux surgir du côté opposé. Par conséquent, les tentacules devraient se porter en avant après avoir été dirigés en arrière.
M. Claparède pense que Dalyell a vu le même phénomène sur la Tubularia indivisa.
Nous croyons qu'il y a erreur de sa part; la bouche apparaît au pôle opposé.
Parmi les travaux les plus récents sur le développement des tubulaires, il faut citer un travail du professeur Henry-James Clark, qui annonce la découverte des œufs véritables dans les tubulaires, et qui se prononce pour l'existence d'un type unique dans les polypes hydroïdes.
Une autre note, qui a pour objet l'élude d'un animal de ce groupe, sort de la plume du professeur Allman, d'Édimi)Ourg; elle est insérée dans les Annals of nalural history du mois de juillet, et c'est un travail fort intéressant.
M. Kirchenpauer a vu les Tabularia coronala et calamaris se développer sur les bouées de l'embouchure de TElbe, dans la seconde région où ne vit plus la Sertuluria argentea.
Des trois espèces de ce genre qui habitent nos côtes, la Coronala, qui est la plus commune, porte des atrophions et peut être considérée, jusqu'à un certain point, comme ovo-vivipare; la deuxième, la Tabularia calamaris, et la troisième, la Tabularia Dumorderii , produisent l'une et l'autre des téléons complets.
TUBULARIA CORONATA.
(Planche IV.)
11 n'est pas douteux que celte espèce ne soit celle que Baster a observée et dont il donne plusieurs figures (pi. H, fig. 3, et pi. HI, fig. 2 à i). Ce consciencieux naturaliste a observé des individus vivants, et comme les têtes tombent au bout d'un court séjour dans l'eau de mer, il a pensé que ces têtes et les tubes qui les supportent n'appartiennent pas à un même animal : {...dat de polypus en de corallina tubularia, dat is hel pypje daer hy inwoont, Iwee versclieide lichamen zyn... que le polype et la coralline tubulaire, c'est-à-dire le tube dans lequel il vit, sont deux corps différents) '.
Baster a bien vu les corps médusiformes à la base des tentacules, et il en a vu sortir de jeunes polypes; mais il les prend, comme on le pense bien; pour des œufs.
Abildgaard" a vu et dessiné la même espèce; il prend, comme Baster, les pédicules médusipares pour des ovaires et représente un jeune polype.
C'est encore le même polype que MM. Koren et Danielsen ont eu sous les yeux, et dont ils ont vu les capsules donner naissance à de nouveaux
' Basier, JVatinirk.vitspami., i" part., p. 5ô, - Fuuna Danica, pi. CXLI.
individus libres. Ils ont même vu éclore deux individus dans une seule capsule. Ils n'ont pas reconnu de spermatozoïdes, disent-ils; tandis que Krolin en a observé dans la Tubularia indivisa et Rathke dans la Coryna squantata.
M. Gegenbaur croit avoir observé le même polype dans la i^léditcrranée. Il décrit la formation de l'œuf de la Tubularia coronata, à queUpies légères différences près, comme nous l'exposons ici, et il prétend que l'évolution des œufs des tubulaires a lieu de la même manière.
Le professeur Allman a fait les mêmes observations sur la Tubularia coronata.
Synonymie. — Incarnaat poLvrus, Baslcr, NaVuurk. idlspann., 1" pai't., pi. Il, fig. 3 et 4, et
pi. III, fig. 2-4.
Tubularia coronata, Abildgard, Zoolof). Van., pi. 141, p. 25. Tubularia larynx, Koren et Danielsen, Nyt magazin fur natiirvidenskaberne.
Christiania, 1847. Isis, heft III, 1848, p. I9'J, pi. II. Tubularia gracilis Johnslon.
Tubularia , Gegenbaur, Zur Lehre vom Gencrationswecltsel , pi. I,
lig. 10-14.
Tubularia coronata , D' Allman , On llie structure nf ihe rejiroductive organa
in certain hydroid polypes. Proceed. of the roy. Soc. Session 18.57-58.
M. Kirclienpauer établit la Tubularia larynx, comme espèce distincte, tandis que M. Sars pense qu'elle est identique avec la coronata que nous avons décrite.
Celle espèce se développe avec une très-grande rapidité le long de la côte, dans les eaux peu profondes, sur les corps solides, pieux, fascines, débris de navires, etc., que la mer recouvre à chaque marée. Nous en avons vu, développées en grand nombre, sur des fascines qui étaient à sec pendant la marée basse des vives eaux.
Cette tubulaire est une des plus remarquables et des plus instructives à cause de son mode de reproduction. Les téléons apparaissent par grappes , mais ils ne parviennent jamais, pensons-nous, jusqu'à leur développement complet; c'est un vrai atrophion très-voisin de l'état de sporosac. Le seul caractère propre qui Irabissc sa nature médusaire est la présence des quatre cirrhes rudimentaires entre lesquels le produit sexuel mâle ou femelle
d08 RECHERCHES
s'échappe. Ces atrophions sont développés au même degré pour les deux sexes.
Des opinions très-diverses ont été exprimées au sujet de la signification de ces atrophions ; voici comment s'exprime le professeur Allman :
In the présent species, dit-il, the embryo is not the resull of a transformation of the entire ovum; puis il ajoute : the embryo ilself is cleveloped on an entirely différent plan froin that of the sertularidans. Le savant naturaliste d'Edimbourg a raison, à son point de vue, mais en prenant l'atrophion pour une partie de l'ovaire, il n'est pas possible qu'il se rende compte des phénomènes.
M3I. Koren et Danielsen ont vu comme moi des capsules donner naissance à de nouveaux individus libres, et ils en ont vu jusqu'à deux dans une capsule; mais ils prennent les capsules elles-mêmes, si je les ai bien compris, pour de jeunes individus.
C'est 31. Krohn, je crois, qui a le premier reconnu le sexe mâle. MM. Koren et Danielsen n'ont pu découvrir des individus de ce sexe.
Merhviirdig ist es jedoch, disent ces savants, das ivir bestamUy Eyer und niemals Spermatozoen fanden , ivelche doch M. Krohn, bey Tubularia indivisa und Rathke bey Coryna squamata imhrgenomen haben.
Il y a eu une année que, pendant tout le mois de juillet, nous n'avons observé que des colonies mâles, et qu'il nous a été impossible de trouver des femelles, du moins parmi celles qui portaient des grappes de méduses. Les femelles avaient-elles pondu leurs méduses alors?
Cela n'est pas impossible, d'autant plus que les femelles sont communes pendant tout le mois d'avril et une grande partie du mois de mai.
Il est inutile de donner la description du mâle ou de la femelle, puisque l'une et l'autre ne consistent que dans un simple sac, portant â son pôle libre quatre tubercules correspondant aux quatre cirrhes des méduses. Il n'existe aucun autre organe.
L'alrophion mâle renferme dans son intérieur un sac qui recouvre le bulbe rouge de la cavité commune comme une calotte, et se remplit complètement de spermatozoïdes. A leur maturité ceux-ci s'échappent par un orifice situé au milieu des quatre cirrhes. L'évacuation a lieu par conséquent, comme chez les méduses adultes.
Nous appelons Jemclles les atrophions dans lesquels se monlrenl déjeunes inbulaires sous Tapparence de bulbilles. Toul autour du pédicule rouge, à la même place où se forme le testicule dans les mâles, apparaissent de même
Jeunes tul)iilaires.
un ou plusieurs œufs. Ces œufs se montrent sous la forme d'un sac, et leurs bords, en se rapprochant, les font ressembler à une calotte grecque. Bientôt les bords se découpent, et des becs apparaissent tout autour; on les voit surgir au nombre de six, de dix ou de douze; ces becs s'allongent ensuite, deviennent des rayons, et le jeune animal, vu de face, a, sauf le nombre de rayons, l'aspect de VAsterias papposa. Après cela, les rayons continuent à s'étendre, prennent la forme d'autant de lanières, se gonflent ensuite légèrement au
bout, et la jeune lubulaire prend une forme parliculière qu'elle conservera jusqu'à sa mise en liberté.
Nous avons vu quelquefois à côté de la jeune tubulaire, des œufs destinés à former de nouvelles générations. Chaque atrophion peut engendrer ainsi plusieurs jeunes tubulaires.
Dans ce développement, une période de révolution est entièrement sautée : c'est la première période />/«/a/fo«Ve; tandis que la dernière, ou la période téléonaire, n'est sautée qu'aux trois quarts. On reconnaît le téléon à sa place et à ses cirrhes.
A la naissance, ces polypes ont communément douze bras, qui sont conformés comme les tentacules des (ubulaires adultes. Nous en avons vu aussi venir au monde portant seulement six bras.
La ressemblance est Irès-grande entre ces polypes et les Éleulhéries de M. de Quatrefages, sauf les tentacules qui ne sont pas ramifiés.
Cette jeune tubulaire, devenue libre, est le jouet des vagues et des courants. Elle n'a aucun moyen de locomotion. Abandonnée ainsi pendant quelque temps, elle se dépose et se fixe si elle rencontre un corps solide; peu importe si c'est une pierre, du bois ou un corps vivant.
Le jeune animal se fixe par sa base; puis, le corps s'allonge un peu, de nouveaux tentacules apparaissent entre les autres, et après trente-six heures, nous avons déjà compté quatorze tentacules.
Nous ferons remarquer que nous avons observé, avec un soin particulier, les tentacules d'un grand nombre de jeunes tubulaires, et que nous en avons trouvé 4., 5, 6, 8, 10, 12 et même 24.
Au bout de trente-six heures de vie libre , nous avons vu débuter la seconde couronne tentaculaire autour de la bouche, et là aussi nous avons vu d'abord quatre tubercules apparaître simultanément, puis cinq et successivement jusqu'à seize.
Il ne reste plus au polype qu'à s'étendre et à engendrer, par voie agame, quelques générations autour de lui, pour former les touffes de colonies que l'on trouve attachées aux corps marins.
SUR L'HISTOIRE NATURELLE DES POLYPES. Hl
TuBUL.vniA cALAMARis Pallas.
Les tubes du polypier sonl simples et droits, tortueux au bout et irrégulièrement ramifiés à la l)ase; ils forment toujours des toulïes. Le téiéon est porté sur un pédicule court.
Il liabite toujours de grandes profondeurs.
J'ai trouvé une jolie espèce d'Eudendrium étalée sur ce polype.
Triiii.ARiA INDIVISA, JInmiTierv, Qiialevli/ journal of Diirroftcopical science , 18u2.
— Slretliill Wright, Observai, oh brit. Zoophijtes, 1838, p. 8.
— Allraan, A nu. of nul. hist.; july, 1839, p. 48. TuiiULARiA CALAMARIS, Kirehciipaiici', Die See Tonnen, p. 15.
Van Bcnedcn, Recherches sur Veinbnjoijénie des lubulaires, pi. IV, p. 88.
M. Strethill Wrigbt a fait des observations intéressantes sur la circulation dans les tiges, et le professeur Allmana étudié avec le plus grand soin la nature des téléons et leur valeur morphologique.
De jeunes tubulaires ont été pris par M. Claparède dans un petit filet à Saint- Vaast, et sont rapportés à la Tubularia indivisa. M. Claparède pense, comme nous l'avons déjà dit, que l'embryon se fixe par la partie qui représente la bouche, et que les tentacules buccaux surgissent au côté opposé à celui par lequel ces jeunes polypes s'attachent. Il en résulte que les tentacules véritables changeraient de direction dans le cours de leur développement. Cela nous paraît fort douteux, et nous nous demandons s'il ne faut pas rapporter ces embryons plutôt à la Tubularia cownata?
Tubularia Dumortierii V. B.
Van Beneden, Recherches sur l'embryogénie des lubulaires, pi. V, p. 92.
Cette belle et élégante espèce, que nous avons dédiée à notre savant confrère et ami, B. Du Mortier, est aujourd'hui une des mieux établies. Elle vit plus ou moins isolée sans jamais former de touffes, et produit des téléons médusaires complets qui se détachent et continuent leur évolution à l'état de liberté.