TABLEAU II
Eléments européens
Eléments
Eléments
Eléments
arabico-syriens
africains équatoriaux
indo-malgaches
Hélix pisanifurwis, Bgt
0 topo ma
Hélix desertella, Jickell
Buliminus
Limicolaria
Oeorgia
Rochebruuia
Limnæa
Melania tuberculata.
Revoilia
Millier
L’étude de ce dernier t ableau montre que le Somal ne possède pas de jaune autochtone , cette contrée s’étant uniquement peuplée d’espèces introduites par migrations successives dont la
MALACOLOGIE DE L'AFRIQUE
plus ancienne provient de la province Indo-Malgache. On peut en conclure que les régions somaliennes sont d’origine plus récente que le reste de l’Afrique tropicale.
Je ferai remarquer l’analogie présentée ici encore avec l’Amérique du Sud : comme l’est africain, le Brésil a vu sa faune autochtone enrichie d’éléments d’introduction (Hélicéens, Operculés terrestres) émigrés de l’Arcliiplata à une époque relativement récente.
II. Migrations de VAfrique équatoriale vers les régions voisines. Ces migrations ont été dirigées : soit vers le système paléarctique (en y comprenant la Syrie), soit vers la région Indo- Malgache, soit enfin vers l’Afrique australe.
a) Migrations vers le système paléarctique. — Comme précédemment, je distinguerai les migrations qui ont eu lieu à l’ouest de celles qui ont eu lieu à l’est de l’Afrique équatoriale.
a) Migrations à Vouest. — Elles ont été peu nombreuses et aucune espèce terrestre équatoriale n’est passée. J’ai précédemment expliqué les causes de ce fait sur lequel il est inutile de revenir. Quelques espèces fluviatiles, grâce au réseau quaternaire Saharien, ont, au contraire, émigré par cette voie. Les conditions de vie n’ont jamais dû être bien favorables car je 11 e puis citer, dans cette partie de l’Afrique, que trois espèces ayant ainsi gagné le système paléarctique : Melania iuberculata Müller, Corbicula saharica Fischer (1), Planorbis salinarum Morelet. Les deux premières ont pénétré jusqu’au sud algérien (2) ; la troisième s’est arrêtée dans le massif de l’Ahaggar. Il est facile de suivre, avec une rigueur suffisante, le chemin parcouru par ces Mollusques. Partis du Niger, ils ont remonté le cours de l’Oued Taffassasset et sont arrivés au plateau de l’Ahaggar. L’un d’eux, le Planorbis salinarum Morelet, émigré de l’Angola,
(1) Le Corbicula saharica Fischer [1878, p. 77* pl, H, flg. 1, 1 a, 1&] est une espèce voisine du Corbicula pusilla Philippi, qui vit dans beaucoup de fleuves et rivières africaines et, notamment, dans le Niger,
(2) Le Corbicula saharica Fischer, e9t inconnu à l’état vivant. Il a été recueilli subfossile à Timasiinin, au sud-ouest de Ghadamès, dans une sebklia voisine de i’oued Igharghar [Fischer, 1878, p. 77].
LOUIS GERMAIN
y est resté [Germain, 1907, p. 270, 1908 ; p. 359] ; les deux autres ont descendu le cours des Oueds — et notamment celui de l’Igharghar —qui, de l’Ahaggar, coulent vers l’Algérie et la Tunisie. Plus robuste, s’adaptant plus facilement aux conditions de vie, le Melania tuberculata Müller, s’est rapidement propagé dans tout le sud de l’Afrique Mineure où il vit encore ; plus délicat, le Corbicula saharica Fischer, a seulement formé quelques colonies qui semblent éteintes aujourd’hui.
b) Migrations à l'est, — Descendant des grands lacs et des lleuves de l’Afrique tropicale, un certain nombre de genres, et d’espèces ont suivi la grande route de la vallée du Nil. Mais les Mollusques terrestres ont été rapidement arrêtés dans leur migration : c’est ainsi que VAchatina panthera de Férussac, ne dépasse pas les bords du lac Rodolphe et que VAchatma Schweinjurtlii Martens, ne se propage pas au delà du Bahr-el- Gazhal. Cependant les Limicolaires sont remontées beaucoup plus haut, les Limicolaria hordofana Parreyss, et Lim. Gailliaudi Pfeiffer, vivant jusqu’aux environs de Khartoum (1). Il en est de même des Subulina (SubuUna Antinorii Morelet, Sub. variabilis Jickeli, Sub. Mabillei Bourguignat, etc.) qui ont, de proche en proche, gagné l’Erythrée italienne [Pollonera, 1898, p. 7 ].
Quant aux Mollusques fluviatiles, trouvant dans le Nil un milieu éminemment favorable, ils ont émigré jusqu’en Basse- Egypte, dans le delta même du grand fleuve. Les exemples abondent ; je citerai notamment :
Des Pliysopsis (Physopsis Letourneuxi Bourguignat, Phys. Lliotelleri Bourguignat) habitant les environs de Damanhour, dans les bouches du Nil ;
Le Limnœa africana Ruppell, qui se retrouve, dans la Basse- Egypte, sous la forme, à peine modifiée, de sa variété Raffrayi Bourguignat ;
Le Vivipara unicolor Olivier, si commun dans toute l’Afrique tropicale ;
(1) Il est probable que l’aridité des régions de la Nubie a empêché la migration vers le Nord des espèces de Limicolaria.
MALACOLOGIE DE L'AFRIQUE
De nombreux Gleopatra (Gleopatra cyclostomoides Küster, CL bulimoides Olivier, Cl. Raymondi Bourguignat, etc.) très abondants dans tous les ruisseaux et rivières de l'Egypte ;
Des Ampitllaria (Ampullaria ovata Olivier, Amp. lucida Parreyss, Amp. Raymondi Bourguignat, Ampull. kordofana Parreyss, etc.) et des Lanistes (Lanistes boltenianus Chemnitz, Lan. Retourneuxi Bourguignat, etc.) (1), genres si caractéristiques de la faune africaine équatoriale ;
Des Corbicula (Corbicula consobrina Olivier, Corb. fluminalis Müller), des Spatha (Spatha rubens Cailliaud et sa variété Gailliaudi Martens, 8p. Innesi Pallary) et des Mutela (M-utela nilotica de Férussac, Mut. angustata Sowerby) que l'on retrouve dans tout le cours du Nil ;
Enfin YÆtheria elliptica Lamarck, la seule espèce de ce genre, qui habite jusque dans le delta et, aux environs même d’Alexandrie, dans le canal Malimoudicli.
Ainsi l’étude des migrations met en relief et explique parfaitement ce fait remarquable : l’Egypte possède une faune fiuviatile africaine équatoriale et une faune terrestre paléarctique (2).
c) Migrations vers VAsie Mineure. —J’ai déjà dit que certains Mollusques égyptiens s’étaient propagés jusqu’en Syrie. Quelques rares espèces équatoriales ont aussi émigré vers ces régions en suivant la grande dépression jalonnée par les grands lacs, la vallée du Nil, la Mer Morte, le Jourdain et le lac de Tibériade. C’est le cas des Gleopatra cyclostomoides Küster, et Cl. bulimoides Olivier, qui ont gagné la Syrie et même l’Anatolie; du Melania taberculata Müller, qui abonde dans toutes les eaux douces de la Syrie et jusque dans l’Euphrate. Ce fait n’est d’ailleurs pas spécial aux Mollusques. Des Poissons de la famille des Cich - Iklœ ont descendu la vallée du Nil et pénétré en Syrie et en Palestine. On peut notamment citer : le Tilapia nilotica Linné,
(1) Pallary [1903, p. 7] a décrit, sous le nom de Lanistes Innesi Pallary, une espèce du iNil moyen, voisine du Lanistes purpureus Jouas.
(2) Et plus particulièrement syrienne.
AKCU. DE ZOOL. EXP. ET GÉN.
5 e SÉRIE.
LOUIS GERMAIN
très répandu, dit Lortet [1883, p. 41 ] dans les eaux du Jourdain et les lacs de la Syrie ; le Tilapia galilœa Artédi, qui vit à la fois en Palestine, dans le Nil, le Sénégal et le Niger ; le Tilapia Zillii Gervais, habitant du Sahara, de l’Egypte et de la Palestine, etc.
p) Migrations vers Madagascar. — Les phénomènes de migrations de l’Afrique vers Madagascar sont rendus évidents par la présence, dans la population malacologique de cette grande île, d’un certain nombre de types équatoriaux d?introduction récente (1). Il faut tout d’abord signaler, dans cet ordre d’idées, les grandes Achatines (Achatina panthera de Férussac, Ach. acuta Lamarck, Ach. fulica Lamarck, Ach. autour tour ensis Crosse, etc.) (2), espèces africaines dont l’habitat, dans l’île de Madagascar, ne peut remonter à une haute antiquité (3).
Les Mollusques fluviatiles passés du continent dans File sont nombreux. Je citerai notamment :
De véritables Pliyses africaines appartenant au sous-genre Pyrgophysa [Physa (Pyrg.) Mariei Crosse, Pli. (.Pyrg .) Bavayi Dautzenberg], parmi lesquelles je signalerai, plus spécialement, le Physa {Pyrg.) Wahlbergi Krauss, de l’Afrique australe ;
Le Segmentina angustata Jickeli. espèce de l’Afrique tropicale, retrouvée aux environs de Majunga, par de D r Decorse [Germain, 1905, p. 468] ;
Des Cleopatra dont quelques espèces sont très voisines de celles du continent (4) ;
Le Lanistes Grasseti Morelet, forme représentative du Lanistes
il) Voir plus liant, cliap. V, les éléments anciens de la faune nnlaculogujue de Madagascar.
(2) Ces Achatines, et notamment Achatina fulica Lamarck, Ach. panthera de Férussac, habitent également les îles de la Réunion et de Maurice. Leur introduction est datée. JT Ach. panthera de Férussac, a été apportée à Maurice, par David Barclay vers 1847 [Bexsox, 1859, p. 266J. Il en est de même pour Y Ach. fulica Lamarck, à l’île de La Réunion [Bexson, 1859, p. 268].
(3) M. Thévenin, assistant au Muséum, a eu l’amabilité de me communiquer les coquilles fossiles recueillies dans les dépôts quaternaires à Æpyornis. On y trouve des Cyclostoma, des Helicophanta et des Clavator , mais aucun Achatina. Cette faune, qui est d’ailleurs très récente, ne renfermerait donc pas d’éléments africains; on ne peut, bien entendu, eu déduire que les Achatines n’existaient pas à Madagascar en même temps que ces dépôts et qu’on n’en retrouvera pas dans des couches similaires. Il est cependant intéressant de noter ici l’absence de formes afri-ai îes.
(4) Cleopatra carinulata Daützexbero (1894, p. 105, pl. VI, fig. 4) eV v >idn de ('leopa*ra huh moules Olivier, de l’Afrique tropicale.
MALACOLOGIE DE V AFRIQUE 163
olivaceus Swainson, dont il est sans doute dérivé par adaptation ;
Le Sphœrium madagascariense Smith, espèce représentative du Sph . capense Krauss, de la colonie du Cap ;
Le Limosina ferruginea Krauss, espèce sud-africaine également retrouvée à Madagascar [Smith; 1882, p. 388] ;
Enfin j’ai signalé, dans les rivières du nord-ouest de l’île, l’existence de YÆtheria elliptica Lamarck [Germain, 1907a, p. 225].
Des recherches ultérieures accroîtront sans aucun doute le nombre de ces formes africaines, la faune de Madagascar étant, aujourd’hui encore, fort peu connue (1). En tous les cas, il est impossible d’expliquer ces migrations, pour certains genres du moins (2),par des introductions dues au transport par les oiseaux ou au fait involontaire de l’homme. Il faut donc admettre que des connexions temporaires récentes ont eu lieu entre le continent africain et la grande île de l’Océan Indien. Il est fort possible que tous ces Mollusques aient émigré vers Madagascar en même temps que les Hippopotamus et Potamochœrus , c’està-dire, suivant Lemoine [1906, p. 453], à l’époque mio-pliocène. Cet auteur admet que ces animaux « ont pu passer d’Afrique à Madagascar à un moment où le canal de Mozambique était moins large et moins profond qu’aujourd’hui et où des îles (Comores,etc.) établissaient une communication plus facile ». Mais, ajoute Lemoine [1906, p. 453], l’absence des
(1) La faune de Madagascar a bien plus de rapports avec celle de l’Afrique qu’on ne l’a soupçonné jusqu’ici. Pellegrin [1903, p. 143] contrairement à l’opinion de Sauvage [1891, p. 536] trouve que les Cichlidês de Madagascar se rapprochent beaucoup des espèces africaines. « Quelques-unes, parmi celles-ci, récemment décrites par Boulenger et provenant de la région des grands lacs, offrent d’étroites affinités avec celles de Madagascar » [Pellegrin - , 1903, p. 143].
En ce qui concerne les Mollusques, il est d’ailleurs probable qu’on trouvera des Mutelklœ à Madagascar et, notamment, des Mutelùui et des Spatha. C’est sans doute le cas de VUnio maditgascariensis signalé par Sgàxzin [1841, p. 8], mais décrite d’une manière tellement brève qu’on ne peut se faire uue idée de cette espèce : « Cette coquille, que je crois inédite, est de la grandeur de la mulette littorale ; elle est verte et d’une contexture très fragile ; elle se trouve abondamment dans le Mahoupa, rivière située près de Tamatave, île de Madagascar » [Sgaxzin, 1841, p. 8], Il s’agit peut-être ici d’un individu jeune de Spatha appartenant au sous-genre Spatkella. En tous les cas, les Æthéries se propageant beaucoup plus difficilement que les Spatha , il y a beaucoup de chances pour que ces derniers animaux aient pénétré à Madagascar.
(2) Notamment les Lanistes et les Ætheries,
LOUIS GERMAIN
Poissons d’eau douce de la famille des Cyprins » (1) indique qu’il « n’a pas dû y avoir de communication continentale complète depuis le début du Miocène ». Cet arguement a, évidemment, une grande valeur. Cependant, pour que des Poissons comme les Cyprins puissent émigrer, il faut des communications fluviales complètes et faciles , analogues à celles que j’ai indiquées dans l’Afrique tropicale. Il n’est pas besoin d’une telle hypothèse pour les Mollusques : des mares, des ruisseaux, des rivières dont l’éloignement n’est pas par trop considérable se peuplent rapidement, les espèces gagnant, de proche en proche, la marc ou le ruisseau voisin (2). On peut donc admettre une communication terrestre mio-pliocène complète, mais de peu de durée, entre l’Afrique et Madagascar. Les Hippopotamus , Potamochœrus , Achatina , etc., ont émigré par cette voie. Un réseau fluvio-lacustre, sans connexions complètes, permit aux Mollusques africains de gagner Madagascar tandis que l’insuffisance de ces communications fluviales interdit aux Poissons de suivre la même route. J’arrive ainsi, par des données purement zoologiques, aux mêmes conclusions que celles indiquées par Gbandidier [1905, p. 139], Boule et Thévenin [Boule et Thévenin, 1906, p. 59 ; Boule, 1906;/, p. 21 ] en partant de l’étude des Mammifères et des Mollusques fossiles de Madagascar.
y) Migrations vers VAfrique australe . — Nous observons ici un phénomène absolument comparable à celui qui s’est passé en Egypte. L’Afrique australe possède une faune fluviatile équatoriale, tandis que sa faune terrestre est absolument spéciale. C’est aux migrations fluviatiles qu’il convient d’attribuer cette particularité. Les espèces fluviatiles équatoriales ont gagné le Zambèse par le Shiré ; elles se sont propagées, par le système du Kassai-Zambèze, jusque dans les régions du N’Gami et du fleuve Orange. La colonie du Cap s’est, de cette manière,
(1) Le Cyprin doré [ Carassius auratus Linné] a été récemment introduit à Madagascar.
(2) Je me conUnte de rappeler avec quelle facilité les mares et fonds de carrières abandonnés se peuplent, en France, de nombreuses espèces appartenant aux groupes les plus divers. Les nombreux exemples cités par Locard sont trop connus pour que je les rapporte ici.
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peuplée de Physopsis , de Physa du sous-genre Pyrgophysa , de Spatha etc. ; mais, fait très curieux, les Ætheries n’ont pas émigrées vers le sud comme nous les avons vues gagner, vers le Nord, le delta du Nil .
Par contre, les Mollusques terrestres de VAfrique australe ri ont pas rayonné vers V Afrique équatoriale. Je crois qu’il faut en voir la raison dans l’existence d’une aire désertique très ancienne occupée aujourd’hui par le Kalahari. L’Afrique australe est ainsi symétrique de l’Afrique Mineure par rapport à la région tropicale : des deux côtés de la province équatoriale nous observons, grâce au système d’irrigation des grands fleuves, de nombreux échanges de faunes fluviatiles ; les échanges de faunes terrestres restent, au contraire, l’exception, le Sahara opposant, au nord, une barrière infranchissable aux testacés du système paléarctique, le Kalahari empêchant, au sud, les espèces de gagner l’Afrique tropicale.
III. Migrations intérieures au système équatorial. — Je viens de montrer, dans les deux paragraphes précédents, les échanges de faunes, qui ont eu lieu entre l’Afrique tropicale et les régions voisines ; je vais maintenant étudier les migrations qui se sont produites à l’intérieur même du vaste domaine équatorial. Ce sont encore les Mollusques fluviatiles qui nous fourniront les faits les plus nombreux et les plus intéressants.
a) Mollusques terrestres. — J’ai dit, au premier paragraphe de ce chapitre, que des espèces d’origine indienne avaient essaimé le long des côtes de l’est africain en remontant jusqu’à Somal. Un certain nombre ont pénétré vers l’intérieur, mais l’immense faille jalonnée par les grands lacs a été, pour la majorité d’entre elles, une barrière absolument infranchissable. C’est le cas de tous les Operculés terrestres qui ne sont arrivés, que d’une manière tout à fait exceptionnelle, dans le bassin du Congo [ Cyclophorus intermedius Martens .Cycl.rugosus Putzeys ]. Les Helixarionidœ d’origine asiatique, comme les Sitala et les Kaliella sont dans le même cas ; je n’y reviendrai donc pas
LOULS GERMAIN
Cependant, quelques Trochonanina , originaires de la côte orientale, ont traversé, de l’est à l’ouest, toute l’Afrique équatoriale. Telles sont les espèces appartenant au groupe du Trochonanina ibuensis Pfeiffer (1), que d’AiLLY [1896, p, 41 ] a signalées au Cameroun. Après avoir remonté la côte, ces animaux ont pénétré dans le Nyassaland, contourné le Victoria- Nyanza, suivi le cours du Chari et de ses tributaires ; ils sont enfin parvenus sur les rives du Logone (2).
Les espèces des contrées de l’ouest ne se sont que peu déplacées vers l’est. C’est ainsi que les Aehatines ne nous montrent pas de migrations absolument complètes, bien que parfois, les espèces spéciales à l’Afrique occidentale soient venues en contact avec les espèces particulières à l’Afrique orientale. C’est ce qui est arrivé dans le bassin du Chari où les Aehatines du groupe de YAchatina marginata Swainson, empiètent sur le domaine des Achatina Schweinfurthi Martens, Ach. Foureaui Germain, etc. De même YAcliatina balteata Reeve, originaire de l’ouest africain, s’est propagé fort loin et se retrouve, à peine modifié {Achat, rugosa Putzeys), sur les bords du Loualaba.
P) Mollusques fluviatiles. — Les migrations de ces animaux ont été excessivement nombreuses et les connexions fluviales que j’ai indiquées, au chapitre II, expliquent la facilité avec laquelle elles ont dû s’effectuer, aussi bien de l’ouest à l’est que de l’est à l’ouest. Elles donnent la clef de la remarquable uniformité faunique de l’Afrique tropicale où les mêmes espèces se retrouvent dans le Sénégal, le Niger, le Congo ou le Nil.
Ces migrations devaient être singulièrement facilitées autrefois quand les communications de bassin à bassin étaient encore plus largement développées. Une grande partie de l’Afrique tropicale est, en effet, en voie d’assèchement. Ereyden-
(1) Trochonanina ibitemis Pfeiffer, et variété tumidahis Martens ; Troch . reticulata d’Ailly Troch. percarinata d’Ailly, etc.
(2) Le Trochonanina rctieulata d'AUly, forme représentative du Troch. ibuentû Pfeiffer,a été retrouvé, par le Br. Becorse, dans le bassin du Chari (Germain, 1007, p. 014).
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berg [1908, p. 75] a signalé, dans l’Egueï, des débris de coquilles et des écailles de Poissons. L ’Arundo phragmites L.,se rencontre fossile dans tout le Kanem. Cette région est couverte de travertins pétris de débris végétaux (1), et de carapaces de Diatomées. On retrouve ces travertins jusqu’à 50 kilomètres du Tchad ; ils atteignent 0 m. 50 d’épaisseur et leur surface est actuellement scoriacée par les agents atmosphériques (2). J’ai signalé, entre les Pitons de l’Hadjir-el-Hamis, à 15 mètres au-dessus du niveau actuel du Tchad, l’existence de Mollusques subfossiles [Planorbis sudanicus Martens, Plctnorbula tchadiensis Germain, Physa ( Isodora) tcliadiensis Germain, etc. ] qui vivent, actuellement encore, dans les eaux du lac [Germain, 1905^, p. 486 et s., 1906, p. 223 et suiv. ] Tous ces faits sont des preuves directes de l’ancienne extension du Tchad qui, à l’époque quaternaire, devait couvrir une immense surface communiquant largement avec les pays qui « s’étendant depuis le Bar-Salamat et l’Iro jusqu’au bas Bahr-el-Ghazal, sur plus de 300 kilomètres de largeur, étaient à une époque qu’il est impossible de préciser, mais vraisemblablement peu reculée, couverts d’innombrables canaux communiquant entre eux par une infinité de bras, tantôt enserrant autour des pics granitiques des aires exondées fort étendues, tantôt venant déboucher dans de vastes lagunes dont les lacs Iro et Fit tri sont les derniers vestiges » [Chevalier, 1907, p. 336 et s. ]
C’est par ces communications fluviales que l’Afrique s’est peuplée d ’Unionidœ vrais venus, selon toute vraisemblance, du système paléarctique par la grande vallée du Nil. Ces animaux ont ensuite essaimé dans toutes les directions, mais surtout dans les pays de l’est. Us ont remonté le cours du Chari et peuplé le Tchad [Unio muteîœformis Germain, et variété chariensis Germ. ] mais leur migration a été moins complète dans le bassin du Congo où elle semble encore en voie d’exécution (3).
(1) Avec empreintes d 'Arundo.
(2) Ces renseignements m’ont été obligeamment communiqués par M. A. Chevalier.
(3) Les Unio vrais sont très rares dans le Congo où Ils sont remplacés par des types réellement africains de la famille des MtUelidœ.
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Les Galcitea et Fischer ici (1), qui sont des Cyrena complètement adaptés à la vie fluviatile, n’ont que très peu rayonné vers l’Afrique tropicale. Les Fischeria ont, cependant, émigré d’une façon plus complète et pénétré jusque dans les tributaires du moyen Cliari d’où j’ai décrit le Fischeria centralis [Germain, 1904 a , p. 471, 1907, p. 582, pl. litli., fig. 6-7].
Les migrations les plus complètes ont eu lieu parmi les Pulmonés et les Prosobranches. Les Isodora venus d’Europe, les Limnœa , les Physa du sous-genre Pyrgophysa , les Physopsis , les Planorbis , les Vivipara , les Cleopatra , les Ampullaria , etc., ont suivi, aussi bien de l’est à l’ouest que de l’ouest à l’est, le réseau fluvial équatorial, passant d'un bassin au bassin voisin, se mêlant partout intimement et fondant partout des colonies d’espèces ou identiques ou fort voisines.
Les mêmes migrations s’observent chez d’autres animaux fiuviatiles. Cii. Gravier [1907, p. 218, 1908, p. 601] a parfaitement mis en évidence le chemin suivi par la Méduse du Tanganyika [Limnocnida tanganyieœ Günther ], successivement retrouvée dans le Victoria Nyanza [Ch. Alluaud] le Niger aux environs de Bamakou [D r Tautain ] et de Assay [Budgett) enfin signalée, tout dernièrement par Günther dans les eaux du Nil.
L’homogénéité de la faune ichthyologique du Nil, du Chari, du Tchad, du Sénégal et du Congo, signalée par Pellegrin [1903, 1904 a, p. 221, 1904 6, p. 309], ne peut s’expliquer que par une série de migrations semblables à celles que je viens d’indiquer pour les Mollusques. Les autres animaux d’eau douce ont, sans doute, émigré de pareille manière ; nous connaissons encore trop peu leur distribution géographique pour hasarder des comparaisons.
y) Migrations transshaariennes. — Il me reste enfin à dire quelques mots d’espèces, très rares, ayant complètement traversé l’Afrique de Y est à V ouest en empruntant la zone désertique
(1) Il a été autrefois signalé, en Egypte, un Galatea œgyptiana Chemnitz, 'mais Bernard I [1860, "p. 13 et p. 41] conteste' avec raison, l’exactitude de cette indication.
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saharienne. Il s’agit de Mollusques particulièrement robustes, auxquels une maigre végétation suffit amplement, et qui ne craignent ni le jeûne prolongé, ni l’influence des chauds rayons solaires. Je ne connais actuellement que deux exemples. L 'Hélix desertorum Forskal, si commun en Egypte, a traversé le Sahara et se retrouve sur la côte de Mauritanie, depuis le cap Blanc jusqu’au sud marocain, Il s’est légèrement modifié dans son nouvel habitat pour devenir, après son adaptation à son nouveau modus vivendi , Y Hélix Duroi Hidalgo.
Le deuxième exemple est celui du Zootocus insularis Ehrenberg. Cette coquille, abondante en Abyssinie, sur la côte érythréenne, se retrouve d’abord autour du lac Rodolphe, dans le Tourkana [de Rochebrune et Germain, 1904 b, p. 17], puis en Sénégambie et enfin aux îles du Cap Vert, sous la forme, à peine modifiée, de la variété subdiaphana Iving (1). Bien peu de points permettent, actuellement, de jalonner la marche de cette espèce. Cependant, Bourguignat [1876, p. 21] a décrit, des environs d’In-Salah, par 27° de latitude nord, c’est-à-dire en plein Sahara, un Bulimus Soleilleti qui n’est autre chose que le Zootocus insularis Ehrenberg.
On pourrait objecter que ces deux espèces sont passées soit au nord, soit au sud du désert ; mais la traversée saharienne est rendue évidente par ce fait que Y Hélix Duroi Hidalgo, et le Zootocus insularis Ehrenberg, sont inconnus, aussi bien en Algérie en Tunisie ou au Maroc (2),que dans les régions équatoriales du Soudan. La seule voie par laquelle ces animaux se sont propagés, de l’est à l’ouest, est donc bien le Sahara central.
Ainsi, d’une manière générale, l’Afrique équatoriale nous apparaît comme peuplée d’une faune très ancienne qui, au point de vue terrestre, n’a subi que peu de modifications
(1) La présence de cette espèce aux îles du cap Vert est une preuve de plus en faveur de la réunion probable et relativement récente de ces îles avec la partie septentrionale du continent africain.
(2) La faune de ces régions est actuellement trop connue pour que des espèces aussi prolifiques aient échappé aux recherches des naturalistes.
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tandis qu’elle a été influencée, au point de vue fluviatile, par des apports plus considérables. Aussi, le continent africain, individualisé de bonne heure, a-t-il vu sa faune évoluer toujours dans le même sens. Seules, les régions de l’est ont été enrichies de migrations plus nombreuses indiquant une communication temporaire et récente (peut-être pliocène) avec Madagascar. Mais les apports se sont, dans cette région de l’Afrique orientale, si nettemnet superposés à la faune primitive que l’analyse permet toujours de les déceler facilement. Il est cependant probable que les espèces ainsi introduites, actuellement arrêtées dans la région des grands lacs, se propageront de plus en plus vers l’ouest et envahiront, dans un avenir lointain, toute la province éqnatoriale.
C’est aux barrières opposées par les aires désertiques : Kalahari au sud, Sahara au nord, que nous devons la survivance de cette faune autochtone, et nous pouvons dire que l’Afrique tropicale donne asile à une faune bien plus voisine de celle de l’ancien continent Africano-Brésilien que l’Amérique du Sud où les migrations de l’Archiplata vers l’Archamazonia ont été beaucoup plus complètes.
Quoique plus considérables, les apports de Mollusques fluviatiles n’ont pu parvenir à modifier, d’une manière profonde, l’allure générale de la faune. C’est que le grand facteur de ces introductions, le Nil, est un fleuve d’origine toute récente. Il a permis, néanmoins, à des séries de formes européennes de pénétrer dans l’Afrique tropicale où elles ont, grâce à un riche système hydrographique aujourd’hui en voie d’assèchement, essaimé dans toutes les directions et donné, à la faune fluviolacustre équatoriale, cette remarquable homogénéité que nous avons maintes fois constaté.