‹ Recherches sur la faune malacologique de l'Afrique équatorialeChapitre 20 sur 24 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Résumé et Conclusions

Entre les 17° de latitude nord et 19° de latitude sud s’étend la province équatoriale peuplée d’une faune malacologique que j’ai précédemment essayé de caractériser. Cette faune est remarquable par sa grande homogénéité, plus accentuée encore chez les Mollusques fluvio-lacustres que chez les terrestres. Tandis que ces derniers ne dépassent nulle part, d’une manière sensible, les limites de la province équatoriale, les premiers s’étendent, d’un côté dans le bassin du Nil jusqu’aux bouches mêmes du grand fleuve égyptien, de l’autre dans le bassin du Zambèse et une bonne partie des fleuves et rivières de l’Afrique australe.

L’Afrique se trouve ainsi divisée, au point de vue malacologique, en trois grandes provinces: une province septentrionale appartenant au système paléarctique ; une province équatoriale dont les affinités s’établissent avec l’Amérique tropicale et, moins nettement, avec l’Inde péninsulaire ; enfin une province, que j’ai nommée australo-africaine, dont la faune, très archaïque, doit être rapprochée de celle de la Patagonie, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande.

De ces faits, développés dans les pages précédentes, il est naturel de conclure à l’existence, à une époque très reculée, d’un vaste continent qui englobait l’Afrique australe, une partie de l’Amérique du Sud, l’Inde et Madagascar. Ce continent, peuplé d 'Endodontidœ et d eRhytidœ, se divisa de très bonne heure. Le creusement du canal de Mozambique, qui existait dès le commencement de la période jurassique, isola d’abord le continent Australo-Indo-Malgache (Continent de Gondwana) sur lequel les grands Helicidœ [Acavus> Stylodonta , Ampelita , Panda , etc. ] évoluèrent très largement. Le morcellement de ce continent s’opéra peu à peu (1) ; il se réduisit d’abord à

(1) Je me limite ici aux oontrées voisines du continent africain.

LOUIS GERMAIN

une longue péninsule Indo-Malgache qui s’effondra, ne laissant plus subsister, au début du tertiaire, qu’une chaîne d’îles assez rapprochées. Madagascar est complètement isolé et n’aura plus, par la suite, que des communications temporaires avec l’Afrique.

Un immense continent unissait alors l’Amérique équinoxiale et l’Afrique tropicale (Continent Afrieano-Brésilien). U donnait asile à une riche faune de Stenogyrinœ , de Cœliaxinœ , de Streptaxidœ et d 'Ennœidœ, tandis que ses fleuves, ses rivières et ses lacs étaient peuplés de Melaniidœ , d ’Ampu 1 lariidœ et de Mutelidœ. Mais, vers l’époque de la grande transgression sénonienne, cette aire continentale s’abîma sous les flots de l’Atlantique sans laisser d’autres traces que des îles de faible étendue comme Sainte-Hélène, l’Ascension et l’Archipel du Golfe de Guinée. L’Afrique tropicale est, dès lors, complètement isolée, sauf au nord du 17° parallèle, et sa faune évoluera dans un sens particulier. C’est à partir de cette époque que vont se développer les Achatininœ qui donnent à sa faune terrestre son aspect si original. Seul, Madagascar fut de nouveau réuni temporairement à l’Afrique aux temps mio-pliocènes, ce qui permit aux Mollusques terrestres et fluviatiles, aux Hippopotamus et Potamochœrus d’émigrer vers la grande île.

Plus au nord, et en dehors de l’Afrique tropicale, une aire continentale miocène ou pliocène unissait les Iles du Cap Vert, les Canaries, Madère et les Açores au Portugal et à l’Afrique septentrionale. Ces divers archipels se peuplaient d’une faune terrestre paléarctique qui, après leur individualisation, évoluait séparément et cl’une manière différente sur chaque groupe d’îles.

Sur la faune autochtone de l’Afrique se sont alors superposés, à des dates différentes, des apports venus des régions voisines par migrations successives. Ce qui précède permet d’entrevoir que ces nouveaux éléments sont presque entièrement originaires du système paléarctique et de la région malgache, seules contrées ayant eu des connexions récentes avec les régions

équatoriales. Aussi, tandis qu’à l’ouest, mais surtout à l’est, une série de migrations peuplent, d’espèces européennes, syriennes et arabiques, une partie du domaine tropical, d’autres éléments, plus anciennement émigrés des régions indo-malgaches, ont essaimé le long des côtes de l’Océan Indien, atteignant le Clioa au nord, la colonie du Cap au sud. Inversement , quelques Mollusques africains se sont dispersés vers les régions voisines. Un certain nombre ont pu gagner Madagascar ; mais, arrêtés au nord comme au sud par les zones désertiques du Sahara et du Kalahari, ils n’ont pu pénétrer qu’exceptionnellement dans les contrées paléarctiques ou dans celles de l’Afrique australe.

Les bassins fluviaux de l’Afrique tropicale étaient, pendant le quaternaire, beaucoup plus puissants et plus étendus qu’aujourd’hui. De nombreuses connexions établissaient entre eux des communications larges et faciles. Il s’en est suivi, dans presque tous les groupes d’animaux fluviatiles, d’importantes migrations qui ont intimement mêlé les faunes des différents bassins. L’uniformité du milieu aidant, la faune fluvio-lacustre a pris ce remarquable caractère d’homogénéité que j’ai maintes fois signalé. Mais un dessèchement graduel, dû à des causes multiples, gagne tous les grands fleuves africains. Il se poursuit sans arrêt, méthodiquement, et les quelques communications que nous constatons aujourd’hui entre bassins différents ne tarderont pas à disparaître. Un grand nombre de rivières et même de fleuves sont voués à une prochaine et irrémédiable décadence. Les animaux fluviatiles se trouveront alors entièrement isolés au sein de milieux différents, moins favorables à leur développement. Il est donc permis de supposer que la faune fluviatile africaine équatoriale ira continuellement en s’appauvrissant. En même temps, les conditions de milieu variant de plus en plus suivant les localités, les animaux se sélecteront des caractères spéciaux, donneront de nouvelles espèces qui, dans un avenir encore lointain, rompront la monotonie faunique de l’Afrique équatoriale.

LOUIS GERMAIN

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