AVANT-PROPOS
Il y a cinq ans, alors que je n’étais pas encore officiellement attaché à son laboratoire, M. le Professeur Louis Joubin me confiait l’étucle des matériaux que l’explorateur français du Bourg de Bozas venait de rapporter d’Afrique. Depuis, M. le Professeur Joubin ne cessa de me témoigner la plus affectueuse bienveillance et de m’aider de ses conseils éclairés. Il me chargea d’étudier les nombreux documents concernant les Mollusques terrestres et d’eau douce qui parvenaient à son service du Muséum et, plus spécialement, ceux se rapportant à la faune africaine. Enfin, il m’encouragea vivement à entreprendre le travail que je publie aujourd’hui.
Ce mémoire se compose de deux parties. La première est purement anatomique et morphologique. J’y étudie le genre Chelidonojms, dont l’anatomie était entièrement inconnue, et l’évolution de la charnière chez les différents genres africains composant la famille des Muteliclœ. J’ai utilisé, pour le genre ClielidonopsiS) les matériaux que M. Roubaud, membre de la mission française pour l’étude de la maladie du sommeil, a recueillis dans le Congo. Ils sont malheureusement bien peu nombreux, aussi ai-je dû, à mon grand regret, laisser quelques
MALACOLOGIE DE L'AFRIQUE
points dans l’ombre (1). D’autre part, la non fixation de ces animaux, simplement conservés dans l’alcool, en rend l’étude histologique particulièrement pénible, et si les tissus externes sont relativement bien conservés, ceux des organes internes sont, trop souvent, presque inutilisables (2).
La deuxième partie est un essai de coordination embrassant toute la faune malacologique de l’Afrique tropicale. Après avoir défini et précisé les caractères de cette faune, j’ai étudié ses relations avec les autres régions du globe, et posé des conclusions paléozoogéographiques qui, presque toujours, concordent avec les faits géologiques. J’ai enfin essayé d’indiquer la marche des multiples migrations d’animaux terrestres et fluviatiles qui ont eu lieu, soit des contrées étrangères vers l’Afrique tropicale, soit inversement de l’Afrique équinoxiale vers les régions voisines, soit à travers le domaine équatorial luimême.
Pour mener à bien ce travail, il me fallait de très nombreux matériaux. Je les ai trouvés, dans les collections du Muséum, parmi les envois des anciens voyageurs dont beaucoup n’avaient pas encore été étudiés. D’autre part, les nombreuses explorations françaises qui ont parcouru, dans tous les sens, le continent africain, m’ont.fourni une riche moisson de documents me permettant de combler de grosses lacunes dans la connaissance faunique de l’Afrique.
Je tiens à apporter ici l’expression de ma bien vive reconnaissance à M. le Professeur Louis Joubin qui n’a cessé de me prodiguer les témoignages de l’affectueux intérêt qu’il m’a toujours porté.
Je remercie mon excellent collègue et ami J. Guérin, pour les utiles conseils qu’il m’a si souvent donnés au cours de mes
(1) La méthode des coupes macroscopiques m’a douné d’excellents résultats. J’ai, pendant cinq jours, plongé mes animaux dans l’alcool foriuolé à 5 %, puis, pendant un jour, dans l’alcool absolu. J’ai ensuite laissé séjournei le3 pièces de 2 à 3 heures dans un mélange d’alcool absolu et d’éther sulfurique (en parties égales) auquel j’ai, peu à peu, ajouté du collodlon très dilué jusqu’à ce que mes animaux soient entièrement enrobés dans un bloc de collodion. Il ne reste plue qu’à débiter l’animal ainsi préparé en tranches minces qui sont conservées dans l’alcool à 80°.
(2) J’ai employé, comme colorants, l’hématoxyline acide d’Erlich et la picrofuchsine acide.
LOUIS .'GERMAIN
recherches histologiques. Mon compatriote et ami Chudeau, le géologue-explorateur Lien connu, m’a fourni de nombreux renseignements, encore inédits, sur les régions qu’il a parcourues. Je dois également à M. Courte!, membre de la mission Charilac Tchad, d’importants documents sur l’hydrographie du bassin du Chari. Que tous deux veuillent bien accepter mes plus vifs remerciements. Je tiens encore à remercier bien sincèrement ici, MM. le Professeur G. Pruvot et E.-G. Racovitza, directeurs des Archives de Zoologie experimentale et générale, qui ont bien voulu publier ce travail dans leur magnifique recueil ; M. A. Thévenin qui m’a obligeamment communiqué les fossiles quaternaires d’Afrique que possède le service de Paléontologie du Muséum ; VAssociation française pour Vavancement des sciences à laquelle je dois une généreuse subvention ; et, enfin, MM. de Nussac et Vautier, bibliothécaires au Muséum, dont l'inépuisable complaisance ne m’a jamais fait défaut au cours de mes longues recherches bibliographiques.