CHAPITRE PREMIER
Historique.
L’histoire de la malacologie de l’Afrique tropicale se confond avec celle des explorations de ce vaste continent. Mais, les intéressantes relations dADANSON [1757] au Sénégal et de Forskal [1775] sur le littoral de la mer Rouge (1) mises à part, ce n’est que dans la première moitié du xix e siècle que les voyageurs rapportèrent en Europe des matériaux d’étude de quelque importance. Jusqu’à cette époque, en effet, les éléments connus de la faune africaine se bornaient à quelques coquilles recueillies, au hasard des circonstances, par les capitaines de navires ou les commerçants ayant établi des comptoirs sur la terre d’Afrique. Ce sont ces animaux dont on trouve les descriptions et les figures dans les anciens ouvrages de malacologie, comme la première édition du Conchylien Cabinet de Martini et Chemnitz ou Y Histoire générale et particulière des Mollusques de Férussac et Deshayes.
Bien qu’entreprise dans un but politique, l’expédition
(1) Porskal faisait partie de la mission Xiebulir, patronnée par le comte de Bernstorf, ministre de Frédéric V roi de Danemark. Cette mission avait pour but de visiter la Syrie, l’Arabie et, surtout, d’ëxplorer le littoral de la mer Rouge. Partie en 1761, l’expédition ne rentra au Danemark qu’en novembre 1867. Forskal était mort dès 1763 ; son compatriote Niebuhr publia les manuscrits qu’il avait laissés.
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d’Olivier (1792-1798) ne fut pas sans importance au point de vue zoologique. Malheureusement, le naturaliste de la Mission, Bruguière, mourut à Ancône (1798) en rentrant en France. Aussi la relation d’ Olivier [1801-1807 ] ne contient-elle que deux planches relatives aux Mollusques et un texte ne donnant que de médiocres renseignements. Le naturaliste Savigny avait recueilli, pendant l’expédition d’Egypte, de nombreux matériaux malacologiques dont il entreprit la publication sous forme de planches magnifiques [Savigny, 1817 ]. La mort l’empêcha, lui aussi, de terminer son œuvre ; le texte, plus tard publié par Audouin, renferme trop d’erreurs pour être utilement consulté.
En 1820, la Prusse envoya, à son tour, une expédition dans ces contrées : pendant cinq années, Hemprich et Ehrenberg parcoururent l’Egypte, l’Abyssinie et la Syrie. Hemprich succomba au cours du voyage et Ehrenberg [1828-1831] publia seul les résultats de l’exploration sous le titre de Symbolœ pliysicœ (1).
Le voyageur français Cailliaud parcourut également l’Egypte vers la même époque. Il décrivit et figura, dans la relation de son expédition [Cailliaud, 1823 ], un certain nombre de Mollusques de la Haute-Egypte. Puis Rang [1831-1835] fit connaître les Mollusques qu’il avait recueillis sur la côte occidentale d’Afrique ; Gould [1843 ] ceux récoltés par le D r Perkins sur le territoire de Libéria; enfin Dunker [1853] ceux rapportés de la Guinée par le D r Tams. De son côté, von Martens [1865] publiait le premier travail d’ensemble sur la faune malacologique de la région du Nil, tandis que Morelet [1858-1860 ] mettait en œuvre les matériaux provenant des expéditions de Folin [1846-1847] et E. Vesco (1848-1849). Quelques années après, le même auteur, en étudiant les récoltes du D r F. Welwitsch dans les royaumes d’Angola et de Ben-
(1) Cet ouvrage qui, à partir d’octobre 1828, parut en livraisons iwn paginées, forme deux volumes in-folio. Le second volume (1831), contient une soixantaine de pages consacrées aux Mollusques.
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guella, essayait, pour la première fois, de définir les caractères principaux de la faune africaine [Morelet, 1868 ].
Entre temps, l’est africain recevait la visite de nombreux explorateurs. Aussi dès 1S59, Woodward [1859] publiait les premiers Mollusques connus du lac Tanganyika et, quelques années plus tard, Dohrn [1864] faisait connaître les trop rares matériaux recueillis par Speke. Le baron allemand Cari Claus rentrait en Europe après une laborieuse expédition au pays des Masaï (1861). Il rapportait une petite collection de Mollusques qui furent étudiés par le D r E. von Martens [1869].
Le D r Gerhard Rolilfs, au cours de sa célèbre traversée du Sahara (1847-1867), séjourna quelque temps à Ivouka. Il en profita pour recueillir les premiers Mollusques du lac Tchad parvenus en Europe. Le I) r E. von Martens (1877 a] les publia dans une note malheureusement trop brève. Nous devons au même auteur une étude sur les Mollusques rapportés du pays des Niam-Niam par le D r Schweinfurth [1869-1874] [Martens, 1873Jet un mémoire plus considérable [Martens, 1878 ] sur les espèces trouvées dans l’Oukambi et au Ivénia par le D r Hildebrandt. A la même époque, le D r E.-A. Smith [1877], du British Muséum, coordonnait dans un travail d’ensemble, les Mollusques du centre africain provenant des récoltes de ses compatriotes et, notamment, de Stanley, sir Samuel Baker, lieutenant Verney Howett Cameron, D r Kirk et F.-A. Simons.
A partir de 1878, les études de zoologie africaine vont prendre un nouvel essor. C’est, en effet, à cette époque que sont fondées les stations scientifiques établies, dans la région des grands lacs, sous les auspices des Etats européens. Ainsi pourvus d’un poste fixe, de tels voyageurs vont pouvoir rayonner autour de leur résidence et former des collections zoologiques autrement importantes que celles, toujours recueillies un peu à la hâte, par des explorateurs qui traversent rapidement des régions inconnues. C’est ainsi que les Belges Cambier,
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Dutrieux et Wauthier (1) fondent une première station à Karéma, puis sous la direction du D r Van der Heuvel et du capitaine Popelin, une seconde à Kouihara, dans l’Ounyanyembé. A leur tour, des Anglais Thomson, Hore, Hutley et Mullens, envoyés par la « London Missionary Society » se fixent à Oudjiji le 23 août 1878. Bientôt après (1880), une mission, sous les ordres de la Société africaine d’Allemagne, et composée du capitaine von Schôler, de Bôhm, Kayser et Reichard, s’établit à l’extrémité sud du lac Tanganyika au moment même où Flegel explorait le cours de la Benoué et les régions inconnues de rAdamaoua. La France prend également part à ce grand mouvement. Deux expéditions, organisées par le séminaire des Missions d’Afrique fondé à Alger en 1876, gagnent la première Kadjei, sur les rives du lac Nyassa [Janvier 1879]. la seconde le Tanganyikaoù elle est rejointe, en 1881, par une troisième mission comprenant quinze personnes. Les récoltes de ces missionnaires, fixés pendant de longues années dans des résidences choisies avec soin, furent extrêmement fructueuses. La plupart furent étudiées par Bourguignat [1883 a, 1885, 1885 a, 1888, 1890], ainsi d’ailleurs que les matériaux amassés par le capitaine Bloyet dans l’Ousagara et par Victor Giraud au cours de sa longue exploration dans la région des lacs.
Cette région des lacs, par suite des multiples problèmes géographiques dont elle était la clef, fut, en quelque sorte, le point de mire des explorateurs. Elle suscitait aussi, de plus en plus, l’intérêt des zoologistes. La faune du Tanganyika surtout, par son aspect étrange, son faciès marin plus apparent que réel, fixait l’attention des naturalistes. Aussi le professeur Rey Lankester organise-t-il, avec le concours de la Royal Society , une première expédition au lac Tanganyika (1895-1896), bientôt suivie d’une seconde (1899-1900) placée sous le commandement de J.-E.-S. Moore et composée de sir
(1) Plus tard, uue autre expédition belge, composée de Beudo, lloger, Blandain et Caden* liead se dirige égaleme nt sur Karéma, où elle arrive en avril 1880.
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John Kirck, sir William Thomson-Dyer, D r Slater et M. Boulenger. Les résultats en furent considérables: au point de vue malacologique, Moore [1903] put fixer les véritables affinités d’un grand nombre de Mollusques ( Tiphobia , Limnotrochus , Bcithamlia, Syekia, etc.). Depuis, une troisième expédition, sous les ordres du D r W.-A. Cunnington, parcourut à nouveau le Tanganyikaet ses environs (1904-1905) et recueillit encore d’intéressants documents malacologiques qui furent étudiés par E.-A. Smith [1906].
Mais la faune des régions situées au nord des grands lacs restait inconnue. Les importants travaux de Jickeli [1874] et Bourguignat [ 1883 ] sur l’Abyssinie, laissaient, en effet, dans l’ombre toute la malacologie de ces contrées. L’expédition du comte Teleki et de von Hôhnel [1892] au Kilima- N’djaro, au Renia, aux lacs Baringo et Rodolphe ne nous fournit que de trop rares documents zoologiques. Il en est de même des voyages entrepris par le Français J. Borelli et par les Italiens Vanutelli et Citerni [1899] dont les résultats sont surtout d’ordre géographique. De toute autre importance sont les explorations des Français du Bourg de Bozas (1902) [de Rochebrune et Germain, 1904 &], Ch. Alluaud (1903-1904) au nord du Kilima-N’djaro [Dautzenberg, 1908 ] et Mau rice de Rotschild (1904) dans la région des lacs Rodolphe, Stéphanie et Marguerite [Neuville et Anthony 1908, a). Un peu plus tard, l’Anglais Douglas W. Freshfield tentait l’ascension du Ruwenzori (1905) en compagnie de R.-B. Woosnam [1907] qui publia d’intéressantes notes biologiques sur l’expédition [1907]. Enfin, en 1906, le duc des Abbruzes [1907 ] parvint à escalader les sommets de ce pic célèbre et rapporta d’importants matériaux que mon ami Carlo Pollonera [1906, 1906 a] étudie en ce moment.
Les régions de l’ouest africain étaient également parcourues par de nombreux voyageurs. Le Sénégal, la Gambie, le Cameroun, fournissent de précieux documents publiés par Jousseaume [1886], Dautzenberg [1890a ] et d’AiLLY [1906 J.
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Le bassin du Congo est traversé en tous sens par les expéditions françaises de Savorgnan de Brazza, de Rhins, Mizon, D r Ballay, Taburet, Fourneau, de Cliavanes, Paul Crampel, Dybowsky (1), etc. Plus récemment, le lieutenant belge Dupuis recueillit, dans les régions du Haut-Congo, de très importantes séries malacologiques qu’il publia, de 1899 à 1902, en collaboration avec le D r Putzeys. Tout dernièrement, M. Roubaud, membre de la mission française pour l’étude de la maladie du sommeil, utilisa les loisirs que lui laissaient ses travaux pour récolter, dans le Bas-Congo, un important matériel zoologique dont j’ai entrepris l’étude.
Les voyages embrassant à la fois plusieurs régions, ceux dont le but était la traversée complète du continent, apportèrent également des données importantes et chaque expédition revint en Europe, avec un matériel zoologique plus ou moins considérable, mais toujours intéressant. C’est ainsi que les Anglais L. Cameron (1874-1875) ; Thomson (1883) ; O’ Neill’ (1885); Weiss, Jiihlkc et le D r Hannigton (1883); le célèbre Stanley (1887-1888); J.-T. Last (1885-1886); Sharpe (1890) ; H.-H. Johnston (1890, puis 1896-1897) ; etc. ; les Allemands Boehm, Reiehard et Kaiser (1883-1884) ; Wissmann (1885) ; D r Junker (1875-1886) ; le D r Oscar Lenz (1884- 1886) ; le comte Teleki et von Hohnel (1887-1888) ; Baumann (1890), le D r Stuhlmann (1890-1892); etc., les Italiens Pellegrino Matteuci et A.-M. Massari (1879-1885) ; les Portugais Capello et Ivens (1884-1885) ; les Français L. Jacob (1887- 1888), F. de Meuse (1892), Ed. Foà (1891-1893, puis 1902) [Germain, 1908 a), parcoururent en tous sens d’immenses territoires. Tandis qu’en Angleterre, le D r E.-A. Smith fait connaître, dans une série de publications (2), les découvertes de ses compatriotes, Furtado [1886] étudie les récoltes por-
(1) Les matériaux recueillis par Savorgnau de Brazza et Dybowsky font partie des Collections du Muséum de Paris, mais n’avaient jamais été étudiés jusqu’ici, J’en ai fait état au cours de ce mémoire; quant à leur étude descriptive, elle sera publiée ultérieurement.
(2) Les travaux de Smith se trouvent disséminés dans les Proceedings of the zoological Society of London (1880, pp.-, 844-352, pl. XXXI; 1881, pp.: 276-300, pl. XXXII-XXXIV; 1883, pp.:
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tugaises, Sturany [1894] celles de Baumann, et le D v E. von Martens [1898] résume, dans un excellent ouvrage, la faune malacologique de tout l’Est africain.
Les régions du Tchad et du Chari étaient, à leur tour, parcourues par des explorateurs qui, là du moins, sont presque tous Français.
Pendant un séjour à Kouka (1902), le lieutenant allemand Glauning recueillait quelques Mollusques du Tchad qui furent décrits par le regretté D r E. von Martens [1903], alors directeur du Muséum de Berlin. Deux années plus tôt, la mission française Foureau-Lamy était parvenue sur les bords de la rivière Komadougou-Yobé [10 janvier 1900] et campait, un peu au delà d’Arégué, sur les rives mêmes du Tchad. [Foureau, 1904, 1905]. Mais ce n’est que quelques années plus tard que j’eus entre les mains les matériaux recueillis par Foureau [Germain, 1905 ]. Entre temps, Lenfant parvenait à son tour au Tchad [Germain, 1906 a] et de nombreux officiers exploraient cette partie de l’Afrique tropicale : les capitaines Dubois et Truffert ; l’enseigne de vaisseau d’Huart ; les lieutenants Lacoin, Hardelet et Aïoli parcourent et reconnaissent les nombreux archipels du lac, tandis que les capitaines Bablon, Duperthuis. Clérin, et le lieutenant Dliomme explorent le Kanem et atteignent, dans leurs reconnaissances, Kologo, Bol et Kanassarom, sur la rive orientale. Beaucoup de ces officiers, tout en se livrant aux levés topographiques dont ils sont plus spécialement chargés, ont eu ridée de recueillir de nombreux matériaux zoologiques que j’ai fait précédemment connaître dans une série de publications [Germain. Voir l’Index].
La très importante expédition Chari-lac Tchad, conduite par MM. A. Chevalier, Courtet, Decorse et Martret, si fructueuse au point de vue géographique, rapporta les documents de beaucoup les plus nombreux que nous possédons sur la faune
52-60; 1890, pp.: 478-485, pl. XLVIII; 1890. pp.: 146-168, pl. V-VI, etc.) et dans les Annals t and Magaz. of natural history (5* série, VI, 1880, pp.: 425-430; 6 e série, IV, 1889, pp*: 173-175; VI,1890, pp.: 93-96; VIII, 1891. pp.: 317-324; X, 1892, pp.: 121-128, pl. XII, etc.).
ARCH. DE ZOOL. EXP. ET iTÉX. — 5 e SÉRIE. — T. I. — (l).
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de ces régions [Germain, 1907 J. Enfin, les explorations de MM. Chudeau et Gautier (1906), puis de MM. Ohudeau et Gruvel (1907) m’ont procuré un matériel malaeologique considérable que je compte publier prochainement.