‹ Recherches sur la faune malacologique de l'Afrique équatorialeChapitre 9 sur 24 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Aperçu sur l’hydrographie de l’Afrique équatoriale.

Un des principaux caractères du système hydrographique de l’Afrique équatoriale est le peu de netteté des lignes de partage des eaux, les différents bassins communiquant entre eux, d’une manière plus ou moins parfaite, par leurs hauts affluents. Je m’attacherai spécialement, dans ce chapitre, à mettre en relief ces connexions si importantes au point de vue zoologique, en considérant successivement le Niger et le réseau quaternaire du Sahara, le Tchad et le bassin du Chari, le Nil et la région des grands lacs, enfin le vaste bassin du Congo.

Le Niger est, après le Nil et le Congo, le plus grand des fleuves de l’Afrique. Prenant sa source dans le massif du Fouta-Djalon, à une altitude d’environ 850 mètres, il décrit une immense courbe à convexité dirigée vers le Nord, pour venir se jeter dans le golfe de Bénin, presque sous la latitude de ses sources. Sa pente, d'abord assez forte dans son cours inférieur, ne tarde pas à s’atténuer ; à 450 kilomètres de sa source, il s’étale dans un lit faiblement creusé. Ce caractère ne fait que s’accentuer à mesure cpie l’on descend le cours du fleuve qui, vers Ségou, atteint près d’un kilomètre de largeur. Il se divise alors en nombreux bras, se ramifie en ce que Reclus [1887, xn, p. 521] appelle « un delta intérieur » constitué, dit Chevalier [1901, p. 1 ], par un « réseau très complexe de chenaux, répartis sur une largeur de 30 à 50 km, et qui forment un lacis qu’on ne peut s’empêcher de comparer à l’embouchure de certaines rivières du sud du Sénégal, telles que la Casamance ». Le Niger semble ainsi se jeter, par un delta véritable, dans une grande

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dépression située au nord-est de Tombouctou et dont les lacs de la région de Faguibine, situés à 12 mètres au-dessous du fleuve [Villatte, 1907, p. 255, fig. 20] seraient les seuls témoins. Aussi est-il tout à fait logique d’admettre, avec R. Chudeatj [1907, p. 396] et Gautier [1908, p. 55] qu’il existait, pendant le quaternaire, un vaste bassin fermé dans la région de Taoudeni et le Djouf actuel. Le Niger, quittant à Tombouctou la route qu’il suit aujourd’hui, se continuait vers Ouallata, tandis qu’un de ses bras, passant près d’Araouan, allait se jeter dans ce bassin auquel aboutissaient également les rivières, comme l’Oued Tamaur’ asset, prenant leur source sur le versant ouest de l’Ahaggar, et la Saoura descendue du sud algérien. Ce dernier cours d’eau, véritable fleuve, recevait de nombreux affluents (Oued Namous, Oued Segguer, Oued Aflissès, etc.) ; ses traces, qui scus le nom d’Oued Massaoud passent à l’ouest du Touat, ont été relevées avec soin par Gautier [1907 a , p. 53 et suiv. ; 1908, p. 20 et suiv. ]

Descendant de l’Adr’ar des lfor’ass une rivière importante, l’Oued Tilemsi, recueillait les eaux d’un riche éventail d’affluents qui se réunissaient dans la dépression de Tesakant [Cortier, 1908, pl . m et in Schrader, 1908, Sahara méridional] pour se diriger vers le Niger. M. Gautier a, en 1904, suivi et reconnu la vallée du Tilemsi jusqu’à la hauteur de Gao et consigné ses observations sur une très belle carte [ 1907, pl. i]. La même année, Combemorel parcourait les plateaux voisins du Tilemsi. Ses constatations, qui seront publiées en décembre 1908 ou janvier 1909 dans le Bulletin de PAirique française, concordent parfaitement avec celles de Cortier et Gautier.

Plus à l’est encore, descendant du versant et du massif de l’Ahaggar, coule POuedaTaffassasset.il suit une direction nordsud, à peu près sur le 3° de longitude est. Après avoir quitté In-Azaoua, l’Oued Taffassasset suivait, aux temps quaternaires, la vallée actuellement marquée par les « dallol » de PAdr’ar’ de Tahoua, puis se continuait par ce qui est « aujourd’hui le cours inférieur du Niger » jusqu’au golfe de Bénin

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[Chudeau, 1907, p. 396]. Des phénomènes de capture, parfaitement étudiés par Chudeau [1908, 1909], ont dérivé le cours du Taffassasset vers son affluent rin-Azaouak, en isolant les « Dallol ». Sur le versant nord de l’Ahaggar, prolongeant en quelque sorte l’Oued Taffassasset, coulait l’Igharghar dont le cours est suffisamment connu maintenant depuis les voyages de Duveyrier, Roudaire, Foureau et surtout Voinot [1908] . Ce fleuve important, qui recevait de nombreux affluents dont le plus considérable est l’Oued Mia, venait se jeter dans le bassin fermé constitué par les Cliotts tunisiens (Melr’ir, Djer’id) qui n’ont jamais communiqué avec la Méditerranée pourtant si proche.

Ainsi, à l’époque quaternaire, le Sahara était traversé, principalement dans la direction nord-sud, par un réseau de fleuves importants établissant de multiples lignes de verdure et de vie à travers le désert actuel et qui, presque tous, aboutissaient à des bassins fermés. Les alluvions amenées par ces fleuves ont peu à peu comblé ces bassins. La pente diminuant, le lit des rivières s’est de plus en plus obstrue ; « les cours étaient arrêtés de moins en moins loin de la source, et toute la vallée, en aval du dernier barrage, était frappée de mort » (Chudeau, 1907, p. 368]. Tout ce réseau fluvial quaternaire du Sahara me permettra d’expliquer les migrations malacologiques que j’étudierai plus loin.

Des communications lacustres ont dû exister entre le Niger et le bassin voisin du Sénégal. Entre la source du Kolimbiné, affluent du Sénégal qui se jette à Kayes,et le Niger, il existe une dépression jalonnée par une série de lacs qui s’étendent jusqu’à la limite actuelle des inondations du Niger. D’autre part, une autre dépression marécageuse a été découverte par Gallieni (1880-1881) entre le Niger et le Ba-oulé, affluent du Bakoÿ ; dépression qui, pendant la saison des pluies, mettrait les deux bassins en communication. Le croquis de ces régions, publié récemment par Desplagnes [1907, fig. 21 ], n’apporte pas ici une confirmation absolument certaine*

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Le plus gros affluent du Niger est la Rénoué, qui coule vers l’est. Ici nous observons, avec le bassin du Chari voisin, des communications qui existent encore aujourd’hui. Entre la Bénoué et le Logone, affluent du Chari, est une vaste dépression jalonnée par le Mayo-Kabi, le lac Toubouri et une vallée longue d’une vingtaine de kilomètres, large d’environ 3 kilomètres, au fond de laquelle coulent de petites rivières traversées par une série d’étangs (fig. 46). Le commandant Lenfant 11905 ] a pu, par cette vallée, gagner le Logone en chaland ca~

Fig. 40. Croquis de la région de Toubouri, d’après les travaux du colonel Lenfant.

lant deux pieds, montrant ainsi que le Tchad communique directement, par l’intermédiaire du Chari et du Logone, avec le Niger, si bien que les eaux de ce grand lac « se déversent durant plusieurs semaines chaque année dans le golfe de Bénin ». [Lenfant, 1904, p. 332].

Le lac Tchad est une vaste nappe d’eau douce (1) d’environ 20.000 kilomètres carrés, mais sans profondeur. Ce n’est plus « qu’une grande marc ». [Chudeau, 1908, p. 37] pestilentielle, dont la longueur atteint 200 kilomètres et la largeur 180. La forme générale du lac est celle d’un triangle rectangle irrégulier dont l’hypothénuse est fortement incurvée vers son milieu, de

(1) L’eau du Tchad est douce, sauf eu quelques points et pendant la saison sèche, oû elle est légèrement saumâtre.

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manière à diviser la masse liquide en deux parties nettement séparées, réunies par une sorte de chenal étroit situé un peu au nord de Kouka. Cet aspect si particulier, déjà visible sur la carte du lieutenant-colonel Destenave [1903, pl. i], est parfaitement net sur celles de Tilho [1906, pl. n] et surtout de Boyd Alexander [1907, n, pl. i] (1). Le Tchad est ainsi divisé en deux régions de profondeur inégale : celle du sud, qui est la plus profonde, est la poche du Bornou, le iY ’Ki Boni des indigènes (eauxblanches et libres); celle du nord est parsemée d’îles, au nombre de plus de trois cents, de hauts-fonds sablonneux et vaseux, souvent recouverts d’une végétation herbacée.

Les affluents du Tchad sont peu nombreux. A l’ouest, se jette le Komadougou-Yobé, d’une largeur de 80 à 100 mètres et dont la profondeur atteint parfois 2 mètres (2). Il est à peu près certain, qu’à une époque encore peu éloignée, les tributaires du Komadougou rejoignaient les affluents du Niger inférieur qui arrosent les territoires du Sokoto, établissant ainsi une communication directe entre le Tchad et le Niger.

Le plus gros des affluents du Tchad est le Chari, véritable fleuve qui reçoit un nombre considérable de tributaires dont quelques-uns comme le Logone et le Bahr-Sara sont aussi importants que lui (3). D’ailleurs le Logone et le Chari communiquent entre eux par des chenaux d’importance variable. L’un [d’eux, découvert par la mission Chari-lac Tchad, est le Ba-Bo qui réunit le Logone au Bahr-Sara, puis au Chari.

Enfin le Bahr-el-Ghazal apparaît comme un vaste fleuve desséché depuis peu de temps. Barth [1860, ii, p. 302] rapporte en effet, qu’un siècle avant son passage [1851], les indigènes allaient en pirogue du Tchad au Borkou. C’est actuellement une vaste vallée qui se prolonge pendant plus de 500 kilomètres

(1) Cette forme du lac Tchad avait été indiquée, dès 1905, par le lieutenant Boyd Alexander [1905, p. 535] dans une courte communication sans représentation cartographique.

(2) En juin, le fleuve est presque à sec et ne forme plus qu*un chapelet de mares.

(3) Le Chari atteint, par endroits, 900 à 1.000 mètres de largeur ; sa profondeur, de 2 mètres environ, atteint 4 à 5 mètres en temps de crue.

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vers le nord-est. Elle est aujourd’hui jalonnée de nombreux points d’eau qui, d’après le capitaine Mangin (1), se rencontrent également entre l’Ennedi et le Tibesti alors qu’ils manquent dans le reste du pays. Il semble qu’il y ait là le tracé d’un ancien oued qui aurait prolongé le Bahr-el-Ghazal et qui, toujours d’après le capitaine Mangin, aurait rejoint le Nil à l’est, établissant une communication directe entre ce dernier fleuve et le Tchad. Ainsi une voie d’eau ininterrompue aurait existé, entre le Nil et le Niger à travers tout le continent comme le veut la « tradition constante des Nigritiens ». [Reclus, 1887, p. 511, fig. 85] et comme le supposaient les anciens géographes. Mais il est tout aussi logique d’admettre, avec R. Chudeau [1908, p. 38], que le Bahr-el-Ghazal arrive à un bassin fermé, dans le désert libyque, dont l’exploration est à peine ébauchée (2).

Un fait absolument certain est le dessèchement considérable et progressif de toute cette région. De l’avis unanime des indigènes, le pays à l’est du Tchad devient de plus en plus aride. Le Tchad lui-même est en voie de disparition ; Nachtigal [1881, p. 495 et suiv. ] rapporte, à ce sujet, des indications précises et, pour le capitaine Tilho [1906, p. 207], « de ce qui était autrefois la grande mer centre-africaine, il ne reste plus qu’un immense marais pestilentiel, quelque chose comme un cadavre de lac en pleine corruption ». Mais des inondations périodiques, que l’on soupçonne à peine encore aujourd’hui, retarderont peut-être la déchéance finale du Tchad. Enfin, le bassin du Chari tout entier est dans le même cas : le Chari est encore un grand fleuve, mais en pleine décadence et qui ne parvient plus que rarement à remplir son ancien lit. [Chevalier, 1907, p. 415 et suiv. ]. Le processus est le même que celui mis en lumière par Chudeau et Gautier (3) pour les oueds sahariens. En dehors

(1) Renseignements communiqués par le capit. Mangin à R. Chudeau [1908, p. 38].

(2) C’est cette hypothèse que j’ai acceptée en dressant la carte (pl. II) jointe à ce mémoire.

(3) Je dois les Intéressants renseignements qui suivent à l’aimable obligeance de M. Courtct, l’explorateur bien connu, que je suis heureux de remercier ici.

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des agents atmosphériques, des apports considérables ont obstrué peu à peu et de plus en plus près de leur source un grand nombre de rivières dont toute la partie basse a été, de cette manière, vouée à une disparition certaine. C’est ainsi que le Ba M’ Bassa, cet ancien bras du Cliari, est aujourd’hui complètement mort : ce n’est plus que dans des années absolument exceptionnelles et à des intervalles presque séculaires que les eaux du Cliari sont refoulées jusqu’à Tcheckna. Seuls, les fleuves roulant un gros volume d’eau (Chari, Logone, etc.) ont, jusqu’ici, vaincu ces importantes causes de destruction.

Le Nil est, avec le Congo, le plus grand des fleuves africains. A la hauteur de Faschoda, un peu au-dessous du 10 e parallèle, il reçoit le Bahr-el-Ghazal venu du Dar Four, et qui draine les eaux d’un riche éventail d’affluents coulant, dans une direction sud-nord, à travers le Pays des rivières. La branche orientale du Nil (Barh-el-Djebel) s’alimente dans le Victoria-Nyanza, le plus vaste et le plus oriental des grands lacs africains. Ces grands lacs occupent, du sud au nord et à des altitudes différentes, le fond d’une immense faille. Le plus méridional est le Nyassa, nappe d’eau de 30.000 km. carrés, située à une altitude de 480 m. au-dessus du niveau delà mer. Long de 600 km., large de 24 à 100 km., la profondeur du Nyassa dépasse, en certains endroits, 200 m. A environ 350 km. au nordouest s’étend le Tanganyika situé, entre les 3° et 9° de latitude sud, à une altitude de 830 m. au-dessus du niveau de la mer. D’une superficie de 39.000 km. carrés, sa longueur maximum est de 600 km. et sa largeur varie entre 50 et 90 km. La profondeur du Tanganyika est considérable; ses eaux,fort agitées,sont, à ce point de vue, conqparables à celles de l’Océan [Giraud, 1885, p. 27 ] ; enfin ses rives sont fort accidentées et, sur toute la moitié sud notamment, les montagnes tombent à pic dans les flots. Encore plus au nord se rencontrent d’abord les masses lacustres moins importantes du Kiwu, de l’Albert-Edouard-

(1) Les relations des affluents du Bahr-el-Ghazal avec les hauts affluents du Congo seront précisées plus loin,

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Nyanza et de l’Albert-Nyanza à l’est desquelles s’étend, a une altitude de 1.100 m. et sous l’équateur, le vaste lac Oukéréwé ou Yictoria-Nyanza qui n’a pas moins de 66.500 km. carrés et dont les côtes possèdent, d’après Stanley, un développement total de plus de 1.800 km. (1).

Ces différents lacs ne sont pas isolés, et nous allons maintenant noter les principales connexions qu’ils présentent, soit entre eux, soit avec les bassins voisins. Le lac Nyassa est en communication directe avec le Zambèse par l’importante rivière Shiré. D’autre part, quelques tributaires (notamment le Roukoussi) de l’Aroangoua, affluent du Zambèse, prennent leur source dans une plaine marécageuse à pente insensible d’où sort également le Boua, affluent du Nyassa. Ce dernier lac est, au moins actuellement, isolé vers le nord. Le Tanganyika est étroitement relié au Loualaba, c’est-à-dire au Congo, par le Loukouga, large rivière, découverte par Cameron, dont le courant est souvent rapide, mais cpii semble subir des baisses périodiques. Une partie de son lit est, de plus, encombrée de plantes aquatiques. Au sud-est du Tanganyika se trouve le lac Rikoua ou Hikwa qui reçoit, venant du sud, la petite rivière Seissi. Le voyageur allemand Lenz ayant remonté le cours de cette rivière put voir, tout à côté de sa source, trois petits ruisseaux qui sont la naissance de la Tcliambési, c’est-à-dire du grand affluent du lac Bangouéolo. E. Foà a, plus récemment, visité ces contrées. De ses observations, il résulte qu’il n’y a pas de ligne de partage des eaux entre la Seissi et les hauts affluents de la Tcliambési ; un plateau marécageux, coupé de vallonnements, s’étend entre les deux bassins et se continue, d’ailleurs, tout le long de la ligne de partage Nyassa-Tanganyika. [E. Foa, 1908, Carte pl. 4].

(1) Plus au nord, vers le 5° de latitude nord, existe toute une série de lacs constituant autant de bassins fermés. Les uns, comme le Basso-Xarok (lac Noir) ou Rodolphe, le Baringo et le Naïwaclia, renferment de l’eau douce ; les autres, tels que le Basso-Ebor (lac Blanc), le Nakoura- Sekelaï, le Vaou et le Mangara, ont des eaux saumâtres ou franchement salées. Le territoire de ces lacs est bordé d’une chaîne de montagnes qui l’isole du bassin du Nil ; une autre chaîne, dominée par le Keuia et le Kilima-N’djaro sépare, de l’Océan indien, le bassin des lacs fermés de l’Afrique orientale.

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Le lac Kiwu communique également avec le Tanganyika par le Rusisi (voir Carte, pi. n). Une autre connexion fort intéressante a pu exister autrefois entre le Taganyika et le Victoria-Nyanza. Le Malagarazi, gros affluent de l’ouest du Tanganyika (il se jette un peu au-dessous d’Udjiji, par 5° de latitude sud) prend sa source, ainsi que ses principaux affluents (Gombe, Nurhunguru, etc.), tout près du bord sud du Victoria- Nyanza, dans une contrée située à un niveau inférieur à celui du lac, d’où naissent également quelques tributaires de l’Oukéréwé (le Simiju notamment). La belle carte publiée par Os. Baumann [1894] met ces faits parfaitement en évidence et montre qu’un léger changement de niveau de la rive sud du Victoria-Nyanza inonderait l’Ounyamouesi et mettrait en communication directe cet immense réservoir avec le Tanganyika.

Le Victoria-Nyanza est la principale masse d’eau d’où sort Je Nil qui, après avoir franchi les chutes Ripou, rejoint une autre branche du grand fleuve, descendue des lacs Albert- Edouard et Albert-Nyanza pVIwoutan-Nzigué). Ces deux derniers lacs sont réunis par une large rivière : l’Issango (le Semliki de Stanley). Ainsi, la chaîne des lacs possède toute une série de communications qui en mettent plusieurs en relations directes et qui n’en laissent aucun entièrement isolé des bassins voisins du Nil, du Congo et du Zambèze.

L’immense bassin du Congo, en grande partie découvert par Stanley, possède un très riche réseau d’affluents qui, sur la rive gauche, sont tous orientés de l’est à l’ouest (1). Ils sont moins nombreux sur la rive droite, mais quelques-uns, comme TOubanghi et la Sangha par exemple, sont très importants.

Au nord, les communications entre les bassins du Congo et du Chari d’une part, entre ceux du Congo et du Nil d’autre part, sont faciles à saisir. La haute Sangha et ses affluents prennent leur source au voisinage presque immédiat de celles

(1) On remarquera l'analogie avec le bassin de l’Amazone qui est, comme je l’expliquerai au chapitre V, homologue du bassin du Congo.

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du Logone et de ses tributaires, dans une plaine où la ligne de partage des eaux des deux bassins n’est pas indiquée. Plus à l’est, il existe entre l’Oubanghi (bassin du Congo) et le Gribingui, affluent du Chari, une dépression dans laquelle coule la Kémo vers le Congo, la Nana vers le Gribingui. Il est évident, me dit M. Courtet chargé des relevés topographiques de la mission Chari-Lac Tchad et à qui je dois tous ces renseignements, qu’aux environs de Dekoua notamment, il suffisait d’une dénivellation de quelques mètres pour établir une communication entre les deux bassins. La Kémo et la Nana ne sont, en effet, séparés que par une distance de 1.200 m. au plus et coulent au milieu de petits marais. Il semble probable que cette communication a existé autrefois et qu’un faible mouvement géologique a donné naissance à la petite ondulation n’atteignant que quelques mètres qui, actuellement, sépare le bassin du Chari de celui du Congo. D’ailleurs, d’après Chevalier et Courtêt, s’étend à l’est du Tchad, au-dessus du 9° parallèle, une vaste région jadis en majeure partie lacustre et qui est aujourd’hui devenue une zone d’accumulation et de dépôt. [Chevalier, 1907, p. 236, 308, 336]. La pente est partout presque nulle et toute cette plaine sans montagnes, semée seulement par endroits de Kaga ou mamelons isolés et toujours peu élevés, est sillonnée, en dehors de rares cours d’eau réguliers, de «rivières fossiles » (Chevalier 1907, p. 236), chenaux ensablés qui aboutissent à des sortes de grandes mares ( rohoiit) où les eaux s’accumulent pendant la saison des pluies.

C’est vers le nord-est de cette région si spéciale que se dirigent certains affluents du Chari comme le Bahr-Salamat et le Boungoul. Ils viennent, dans le Dar-Four, prendre leur source au voisinage de celles des tributaires les plus occidentaux du Bahr-el-Ghazal (Bassin du Nil). L’absence de pente dans ces pays a dû permettre des communications multiples et nombreuses entre les deux bassins à une époque sans doute récente. Peut-être même en subsiste-t-il aujourd’hui que nous révéleront les prochaines explorations dans oes contrées encore inconnues.

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La séparation des bassins du Nil et du Congo n’est pas mieux marquée. Aucune crête montagneuse n’existe ; « 1 identité est complète entre les plateaux ferrugineux des hauts affluents de la rivière des Gazelles (Bahr-el-Ghazal) et de 1 Oubanghi qui forment un tout » [H. Dyé, 1902, p. 318]. La carte de Dyé [1902, pi. xi] et celle, plus récente, du lieutenant Boyd Alexander [1907, i, pl. n) mettent parfaitement ces faits en évidence.

Ainsi, dans ces régions, nous assistons à la pénétration de

trois bassins (Chari-Nil-Ccngo) qui n’ont pas, en réalité, de ligne de partage des eaux et qui, très vraisemblablement, communiquaient largement entre eux à une époque qu’il est impossible de préciser, mais qui ne peut être éloignée de nous.

Au sud, le bassin du Congo n’est pas davantage isolé. La ligne de partage des eaux entre le Tcliambesi, affluent du lac Bangouéolo (bassin du Congo) et le Loangoua ou Aroangoua affluent du Zambèse, est tout à fait imperceptible, même pour des instruments délicats. Mais c’est surtout aux sources du Kassaï, cet énorme affluent du Congo dont le cours a un développement de plus de 1,500 km., que les faits sont intéressants. Cette rivière naît sur un plateau marécageux (plateau de Tchb

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foumadji ou Ivifoumadji), parfaitement horizontal (1), sillonné de nombreux cours d’eau, parmi lesquels le Loumedji qui est Tune des sources même du Zambèze. Or, le Kassaï et le Loumedji sont réunis par le Lo-Temboua qui s’élargit sur le milieu de son parcours pour former le lac Dilolo [fig. 47 ]. Le cours du Lo-Temboua, rivière paresseuse au lit peuplé de joncs et de papyrus, grossit considérablement pendant la saison des pluies. L’eau envahit alors tout le plateau de Tehifoumadji qu’il couvre d’une nappe de 50 cm. à 1 m. d’épaisseur s’étendant sur toute la ligne de faîte qui sépare le Kassaï du bassin du Zambèse. [Cameron, 1881, p. 411]. A cette époque, le Lo Temboua déverse ses eaux d’un côté dans le Zambèse, de l’autre dans le Kassaï.

De tout ce qui précède, il résulte, je pense très nettement, que tous les grands bassins fluviaux de l’Afrique tropicale ont, à une époque relativement récente et probablement historique pour quelques-uns, communiqué largement entre eux, leurs hauts affluents s’intriquant en lacis souvent très compliqués. Un dessèchement général, auquel nous assistons aujourd’hui, a détruit un certain nombre de ces connexions, mais en laissant des traces suffisantes pour qu’il soit permis de les reconstituer avec une grande certitude. Quelques autres subsistent encore ; elles ne tarderont pas à disparaître devant le dessèchement progressif et continu qui désole l’Afrique. Quoi qu’il en soit, cet aspect si particulier de l’hydrographie africaine est d’une importance capitale au point de vue zoologique puisqu’il nous permettra d’expliquer, d’une manière simple et logique, à l’aide de migrations multiples, la dispersion si spéciale des êtres à la surface du continent noir.

(1) Il serait, d’après ^Livingstone, à 1.200 mètres d’altitude*

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