Ibid., p
Quand on a sous les yeux le ms. 1 052, on comprend que le Dauphin ait éprouvé le désir de s’approprier un aussi beau livre. Le parchemin en est d’une finesse exquise; l’écriture, disposée sur deux colonnes, ne laisse rien à désirer, soit pour l’élégance, soit pour la netteté et la régularité. C’est à bon escient que les clercs du xive siècle le déclaraient très noblement historié et enluminé1. Sans parler des miniatures du calendrier, qui représentent les occupations de chaque mois et les signes du zodiaque, on y compte 59 tableaux de 50 millimètres de hauteur sur 45 de largeur et 1 30 tableaux de moindres dimensions, environ 30 millimètres sur 24. De plus, la marge inférieure de plusieurs pages du Psautier renferme huit délicieuses peintures absolument semblables à celles qui ornent les passages correspondants du Psautier dans chacun des deux volumes du Bréviaire de Belleville ; elles représentent l’opposition des vices et des vertus et le Jugement dernier.
Pour plus de détails, je dois renvoyer à ma Notice sur douze livres royaux (p. 89-93), où se trouve (pl. XVIII) reproduite la page sur laquelle est représenté le Jugement dernier.
Le bréviaire n° 1 052 est à coup sûr l’un des plus beaux livres parisiens du milieu du xive siècle. Beaucoup des 207 « images enluminées » dont il est orné doivent être classées parmi les chefs-d’œuvre sortis à cette époque des ateliers parisiens. Il est aussi très curieux à étudier pour l’histoire de la liturgie de l’église de Paris. Il abonde en renseignements utiles pour l’iconographie hagiographique. Je n’en citerai qu’un exemple.
Au fol. 529 v°, en tête de l’office de saint Denis, se lit cette rubrique : « A la procession que l’en fait à Saint-
1. Inventaire de l’année 1416. Ms. de la bibliothèque Sainte- Geneviève, art. 512, éd. Guill'rey, t. II, p. 298.
« Denis du Pas, on chante cest R. 0. Constancia. . . » Au-dessous est une miniature qui représente saint Denis dans sa prison recevant la communion des mains du Seigneur accompagné d’un petit ange qui sert d’enfant de chœur.
Les artistes se sont bien rarement inspirés de cette légende, comme l’a remarqué le Père Cahier1, qui cite à ce propos deux strophes d’une prose d’Adam de Saint- Victor :
Seniore célébrante Missam, turba circumstante.
Christus adest, comitante Celesti militia.
Specu clausum carcerali Consolatur, et vitali Pane cibat, immortali Coronandum gloria.
Pour plus de détails, je me permets de renvoyer à ma Notice sur douze livres royaux (p. 89-93), où se trouve (pl. XVIII) reproduite la page sur laquelle est représenté le Jugement dernier.
Bréviaire a l’usage de Paris.
Bibliothèque nationale, ms. latin 13233.
Volume de petit format (0m!35 sur 0m085). 691 feuillets de parchemin d’une extrême finesse. Écriture très soignée, disposée sur deux colonnes, pouvant dater du milieu du xiv6 siècle.
Ce Bréviaire a dû être à l’usage de la maison du roi; il
1. Caractéristiques des saints, p. 54. — La même scène est représentée dans le beau livre d’heures du château de Windsor, connu sous la dénomination de Heures de Sobieski, et qui paraît bien avoir été fait vers 1425 pour Marguerite de Rourgogne, femme d’Arthur de Bretagne, comte de Richemont. La page qui contient cette peinture a été reproduite dans le recueil de la New Palæographical Society, pl. XCVI.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU’A NOUS, me paraît répondre à l’article suivant de l’inventaire d’objets divers trouvés en 1380 dans la grand chambre du roi à Vincennes :
Ung petit Bréviaire, très bel et très noblement escript, sans note, à l’usaige de Paris, dont le bref est en françoys. A deux fermouers d’or, à deux boutons de perles. Et est la pippe d’une grosse perle ou mylieu, ung saphir et ung ballay ou mylieu, couvert d’un camocas de plusieurs sortes. Et se commance le second fueillet gitacionibus suis*.
Le ms. 1 32S33 répond bien à cette description ; c’est bien un petit bréviaire à l’usage de Paris, dans lequel le deuxième feuillet après le calendrier commence par gitacionibus suis ; il n’est point noté. Les miniatures y sont en assez petit nombre et d’une assez petite taille pour que le rédacteur de l’inventaire n’en ait pas tenu compte ; mais il a pu dire sans exagération que le livre est très beau et noblement écrit. A la vérité, le bref copié au fol. 71 est en latin ; mais beaucoup de rubriques, qui sont l’équivalent d’un bref, sont en français.
L’ensemble de l’exécution matérielle rappelle à certains égards la partie du Bréviaire de Jeanne d’Évreux, dont il a été question dans l’article précédent.
Voici dans quel ordre se succèdent les différentes pièces du Bréviaire :
Fol. 1-6. Calendrier parisien.
Fol. 7-69. Psautier, à la fin duquel sont des litanies renfermant des invocations à beaucoup de saints particulièrement honorés à Paris.
Fol. 71-88. « Sequitur breve... pro tempore adventus Domini, ubi primo sciendum est, et secundum dicte ecclesie Parisiensis observandum... »
Fol. 89-300. Propre du temps. Premiers mots : « Le premier samedi de l’Avent aus vespres... »
Fol. 301-554. Propre des saints. Premiers mots : « Il est à savoir
1. Art. 127 de mon édition des Inventaires de la librairie de Charles V.
que en toutes les festes qui sont dedens l’Avent, Fen fait mémoire de l’Avent par les antenes au jour appartenans... »
Fol. 555-572. Commun.
Fol. 573-635. Supplément au Propre des saints. Premiers mots : « In festo concepcionis beate Marie virginis debet fîeri sicut in nativitate ejusdem... »
Fol. 637-659. Second supplément, contenant les offices de saint François (fol. 637), de saint Dominique (fol. 642 v°), des saintes reliques (fol. 645), de la translation de la sainte Couronne (fol. 650), de sainte Elizabeth (fol. 653 v°), de saint Eutrope (fol. 655).
Fol. 661-671. « Ci commence l’office du corps Nostre Seigneur. »
Fol. 673. « Ci commence les Heures monseigneur saint Loys, roy de France. »
Fol. 679. « Ci commencent les Heures de monseigneur saint Loys, evesque de Marceille, confesseur, de l’ordre des Frères Meneurs. »
Fol. 685 y0. « De la Crois. »
Fol. 687 v°. « De Saint Esperit. »
Dans le supplément on remarque, au fol. 585 v°, des règles arrêtées par le chapitre de Paris pour la célébration des fêtes du temps pascal en 1329, année dans laquelle Pâques tomba le jour de saint Georges, c’est-à-dire le 23 avril : « Anno Domini M° GCC° XXIX0, accidit Pascha in « festo sancti Georgii, et fuit ordinatum in capitulo Pari- « siensi de festis celebrandis modo qui sequitur... »
La copie du Bréviaire est un peu postérieure à la date de cette décision.
Bréviaire franciscain.
Bibliothèque du Vatican, n° 603 du fonds d’Urbin.
A côté du Bréviaire n° 1 052 du fonds latin de la Bibliothèque nationale, je dois citer deux autres bréviaires qui sont bien du temps de Charles V et qui paraissent avoir été faits, sinon pour le roi, au moins pour la maison du roi. Tous deux présentent les caractères de manuscrits
sortis des mêmes ateliers que des livres reconnus, d’après des documents authentiques, avoir appartenu à Charles Y.
Le premier, que je connais seulement par une notice, encore inédite, de monseigneur Stornaiolo et par une photographie due à l’obligeance de monseigneur Stanislas Le Grelle, est conservé au Vatican, sous le n° 603 du fonds d’Urbin, est un bréviaire romain suivant l’usage des Franciscains : « Ordo breviarii Fratrum Minorum secundum « consuetudinem Romane curie. »
L’écriture et l’enluminure dénotent bien l’époque du roi Charles V.
L’emploi du français pour les rubriques permet de croire que le livre a été fait pour servir soit dans l’église d’une communauté de femmes, soit dans un oratoire princier ou seigneurial : « L’en doit savoir que, quant feste « d’apostre ou d’evangeliste... — Et en ceste nuit met on « le livre des Rois... Li offices de la nouvelle sollempnité « du cors Notre Seigneur... »
Le livre devait être destiné à un établissement parisien : on y trouve mentionnée la translation du chef de saint Louis.
La beauté de l’écriture, la richesse de l’exécution et le nombre des peintures (il n’y en a pas moins de 92, sans compter les grotesques et les sujets de fantaisie qui sont sur les marges), tout concourt à autoriser l’attribution du livre à un personnage ou à un établissement de premier ordre. Ce n’est pas tout. L’initiale du fol. 24 v° nous offre un écusson parti de France et d’Aragon. De plus, le calendrier contient deux notes relatives à la croisade de saint Louis, comme on en rencontre dans des livres destinés à la Sainte- Chapelle et au couvent de Poissi, églises fréquentées par les membres de la famille royale : « Nonis [junii]. Hic arri- « puitrex Ludovicus eundi trans mare anno MCCXLVIII. « — vu idus. Hic M CC XLIX, die dominica per dictum « regem capta fuit Damieta. »
Voilà pourquoi j’ai cru pouvoir citer ce psautier à côté de l’incomparable bréviaire, le n° 1052 de la Bibliothèque nationale, qui a incontestablement été à l’usage de Charles V.
Bréviaire dont il ne subsiste plus que les peintures.
Bibliothèque nationalè, .ms. latin 887 des Nouvelles acquisitions.
Le second manuscrit que j’ai cru devoir rapprocher du très beau bréviaire de Charles V n’est représenté que par la découpure de 64 petites miniatures et d’un grand nombre d’initiales historiées ou de bordures de pages, le tout monté sur des cartons ou feuillets de bristol, au nombre de 76, formant un charmant album haut de 180 millimètres et large de 125. Cet album a fait partie de la bibliothèque de M. Albert de Naurois. Il est aujourd’hui à la Bibliothèque nationale, par suite d’un don généreux de la veuve de ce bibliophile aussi sagace que libéral.
11 ne reste du texte que les lignes tracées au verso des petits carrés qu’une main barbare a découpées pour isoler les miniatures. C’est à l’aide de ces lignes que j’ai pu m’assurer que le livre ainsi sacrifié était un bréviaire, dont les rubriques étaient en français. Il était écrit à deux colonnes, d’environ 40 millimètres de longueur. Le manuscrit devait être incomplet quand il a subi une si déplorable mutilation. Aucun des fragments conservés ne paraît avoir appartenu à un calendrier.
Comme exemples du texte, je citerai ce que j’ai pu déchiffrer au revers des miniatures qui sont fixées sur les cartons XXIV, XXV, XXXI, XLVIII et L.
XXI Y. Au revers d’une image représentant saint Louis debout, tenant le sceptre et la main de justice :
Vigille, la ime leçon.
Post modum eciam per totum adventum et quadragesimam, certis quoque diebus qualibet septimana, in festis solempnibus et eorum vigiliis, precipue quandocunque communicare
XXY. Au revers d’une image de saint Louis tenant la sainte Couronne dans ses mains :
. cujus
immensa bonitas oculis consuete misericordie scelera nostra respiciens, hujus mundi et vite nostre vesperam celestis gracie fulgore perfudit terram nostram incomparabili thesauro dicavit, genti
XXXI. Au revers d’une image de saint Denis debout entre deux anges, tenant sa tête dans ses mains :
paulatim sociabat Deo quos dyabolo subtrahebat. P. Domibe dominasti. Tantas (A.) per ilium Dominus dignabatur excercere virtutes ac rebellium corda non minus miraculis quam predicationibus obtineret. P. Domine quis habi. V.
Exultent justi in conspectu Dei. La un leçon.
XLVIII. Au revers d’une image représentant une châsse en forme d’église, portée par quatre religieux :
l’autre teste du .
premiers respons de matines qui sont teles. Le premier respons après la première leçon : Locutus (R.) est ad me unus ex septem angelis dicens : Veni, ostendam tibi novam in vitam sporisam agni et vidi Jherusalem descendentem de celo ornatam monilibus suis
L. Au revers d’une image sur laquelle sont figurés deux clercs portant une châsse en forme d’église :
Inter preclara igitur munera primo delata est co rona spinea quo quondam sacrilegorum manibus capiti Salvatoris in signum illusionis imposita, cujus duplex benefîcium ex ea nobis
Les miniatures conservées sont au nombre de 64; les dimensions en sont fort exiguës ; c’est à peine si le champ sur lequel on a peint chacune d’elles occupe un carré de 40 millimètres ; la plupart sont cernées de bordures tricolores. L’exécution en est exquise. Ce sont de petits chefsd’œuvre; toutes se font remarquer par l’harmonie et la douceur des tons. Plusieurs sont traitées en grisaille. La plupart sont enfermées dans des cadres quadrilobés à bordure tricolore. L’agencement rappelle tout à fait celui des médaillons quadrilobés du portail des Libraires à la cathédrale de Rouen1.
Dans les encadrements ainsi formés, on ne compte pas moins de 317 initiales historiées, la plupart occupant à peine un centimètre carré. Il y en a 21 1 qui renferment dans leurs panses ou à leurs côtés de charmantes petites
1. Voir le travail de MIle Louise P illion dans la Revue archéologique, 4* série, t. VI, p. 71-96 el 385-417, pl. VIII-X et XX-XXIII.
têtes, d’une étonnante variété, la plupart très correctement dessinées, beaucoup avec des physionomies très expressives.
Sur les douze derniers cartons de l’album, cotés LXV- LXXVI, ont été très adroitement fixés et ajustés 383 petits morceaux de parchemins provenant les uns des ornements des marges, les autres du commencement des paragraphes du manuscrit.
Sur ces 383 morceaux, on ne compte pas moins de 66 fragments ayant fait partie des encadrements ou des marges inférieures de différents feuillets.
Les encadrements sont assez uniformes, peu compliqués et du meilleur goût, avec fort peu d’oiseaux.
Les sujets traités sur les marges inférieures des pages sont généralement des grotesques plus bizarres les uns que les autres, tous parfaitement dessinés. Ce sont le plus souvent des animaux fantastiques à têtes humaines. Sur les cartons LXVI et LXXI, étranges musiciens. Sur le carton LXVII, acrobate faisant la culbute, les pieds en l’air, appuyé à terre sur les coudes, tenant un verre d’eau sur ses mains, la tête entre les bras. Au même endroit, un homme volant dans les airs. Sur le carton LXXIII, une sirène très élégante. Sur le carton LXVIII, un magnifique brochet sorti de l’eau. Ailleurs des lièvres ou des lapins.
XXYII-XXVIII.
Bréviaire de la Sainte-Chapelle.
Bibliothèque royale de Belgique, n° 516.
Je rattache à la série de manuscrits dont je m’occupe ici un magnifique bréviaire de la Sainte-Chapelle, sorti des ateliers parisiens, dont les enlumineurs travaillaient pour les princes de la maison royale au commencement du xve siècle. C’est le manuscrit de la Bibliothèque royale de Belgique,
n° 516, consistant en deux volumes jadis cotés 9511 et
Dans le calendrier de chacun des volumes on remarque les articles suivants :
Au 8 février : Obitus Roberti, comitis Atrebatensis.
26 avril : Dedicatio Sancte capelle Parisiensis.
15 juillet : Obitus Philippi, regis Francorum (Philippe- Auguste).
11 août : Sollempnitas sancte Corone.
8 novembre : Obitus Ludovici, regis Francorum (Louis VIII).
26 novembre : Genovefe virginis de miraculo.
27 novembre : Obitus Blanche, regine Francorum (Blanche de
Castille).
4 décembre : Parisius susceptio Reliquiarum.
Les notes nécrologiques semblent prouver que le calendrier a été copié sur un exemplaire du xm6 siècle affecté au service d’une église où était particulièrement honorée la famille du roi Louis VIII. Cet exemplaire avait peut-être été fait par les soins de saint Louis pour assurer à ses parents et à son frère le comte d’Artois une part privilégiée dans les prières du clergé de la Sainte-Chapelle. La copie en deux volumes que possède la bibliothèque de Belgique a été faite avec luxe pour Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Les peintures en sont exquises, on y remarque des architectures à teintes claires qui rappellent les miniatures des apôtres exécutées par André Beauneveu dans le psautier du duc de Berry. Le duc de Bourgogne y est représenté deux fois : dans la partie d’hiver (fol. 308), agenouillé devant saint André; et, dans la partie d’été (fol. 258), en adoration, avec sa femme, devant le Saint-Sacrement.
Heures de l’église de Sainte-Osithe.
Volume en parchemin, de 229 feuillets, hauts de
240 millimètres et larges de 170. Généralement 16 lignes à la page. Très grosse écriture d’une parfaite régularité, présentant assez constamment des particularités qu’il est bon de noter.
La diphtongue Æ, au commencement des mots (Ædmunde , Æduuarde ), est formée par un A et un E conjoints, ce qui me paraît être resté au xive siècle un caractère propre à l’écriture anglaise.
Les traits verticaux des petites lettres a, i, m, etc., se terminent brusquement à la partie inférieure sans avoir reçu le moindre délié et sans s’être infléchis du côté droit.
Le sommet des hastes des b, d, h, l est très légèrement fourchu.
Les e redoublés ( Matthéé , Bartholoméé ) sont accentués.
Les i seuls ou redoublés sont assez souvent surmontés d’accents très légèrement tracés.
La capitale M est souvent employée au commencement et dans le corps des mots concurremment avec la minuscules, sans que la capitale dépasse en hauteur les petites lettres a , e, i, m.
Les n sont toujours parfaitement distingués des u : les traits supérieurs des u sont nettement séparés, tandis qu un délié unit les traits inférieurs.
Les r affectent tantôt la forme ordinaire de la minuscule ordinaire, tantôt celle qui ressemble au 2 ou au z. Parfois, dans le corps des mots, la majuscule M ne dépasse pas la hauteur des minuscules. On voit souvent les lettres AR réunies en monogramme, le second trait de l’A formant en même temps le premier trait de l’R.
Les s à la fin des mots ne dépassent pas le niveau des petites lettres dépourvues de hastes ; au commencement ils ont de grandes hastes montantes.
La tête des t ne dépasse pas ordinairement la hauteur
des petites lettres dépourvues de hastes; mais souvent ils dépassent plus ou moins le niveau quand ils font suite à la lettre c.
Les y sont munis d’un gros point en forme de losange; semblable point, soit seul, soit surmonté d’un autre point se terminant en haut par une sorte de crochet, sert pour la ponctuation.
Il faut distinguer dans le livre douze morceaux bien tranchés :
I (fol. 1-8). Cahier ajouté au xve siècle contenant de courtes prières latines précédées d’une introduction en anglais.
II (fol. 9 v°-15). Calendrier écrit en caractères un peu plus fins que le corps du manuscrit et à une époque probablement postérieure. Il n’y a pas les Æ anglais qui seront signalés plus haut (p. 199) et un peu plus loin (p. 206) dans les litanies des saints.
III (fol. 16-20). Cinq feuillets sur lesquels sont peintes les images de quelques saints ou saintes, savoir :
1° Quatre pages, sur chacune desquelles sont représentés quatre saints sous des arcades trilobées, avec les noms des sujets écrits en blanc au-dessus de l’arcade :
Fol. 16 v°. Saint Pierre. — Saint Pol. — Saint Jehan Baptiste.
— Saint Jehan l’evangeliste.
Fol. 17. Saint Thomas le martir. — Saint Edmont de Pontegni.
— Saint Nicholas. — Saint Jake.
Fol. 18 v°. Saint Edmont le roi. — Saint Lorens. — Saint Dominique. — Saint François.
Fol. 19. La Magdalaine. — Sainte Anne. — Sainte Marguerite.
— Sainte Katerine.
2° (fol. 20). Page divisée en deux compartiments, dont chacun est rempli par l’image en pied d’une sainte : « Sainte Clare. — Sainte Ussie. »
J’aurai à revenir sur le nom d’Ussie, qui nous aidera à découvrir l’origine du manuscrit.
IV (fol. 22). Heures de Notre-Dame.
Les Heures de Notre-Dame comprennent : les matines, les laudes (fol. 40), prime (fol. 58), tierce (fol. 63), sexte (fol. 67), none (fol. 70), vêpres (fol. 73) et complies (fol. 79).
Y (fol. 47). A la suite des laudes s’intercalent les Suffrages, c’est-à-dire des antiennes, versets, et oraisons, se rattachant à diverses fêtes et au culte rendu à différents saints : la sainte Vierge, tous les saints, le saint Esprit, la Trinité, la sainte Croix, les saints anges, Jean-Baptiste, Pierre, André, les apôtres, Étienne, Laurent, Thomas de Cantorbéry (fol. 52), Nicolas, Martin, François, les saints confesseurs, Marie-Madeleine, Marguerite, Catherine, les bienheureuses vierges.
VI (fol. 83 v°). Heures du saint Esprit.
VII (fol. 1 04). Heures de la Trinité.
VIII (fol. 139). Heures de saint Thomas de Cantorbéry, intitulées : « Matutinas de sancto Thoma. » Un supplément à ces heures, copié sur les fol. 154-157, qui ont été intercalés après coup dans le manuscrit.
IX (fol. 158). Psaumes de la pénitence.
X (fol. 169 v°). Les litanies.
XI (fol. 179 v°) . Psaumes : « Ad Dominum cum tribularer clamavi... (CXIX). Levavi oculos meos... » (CXX).
XII (fol. 191). Vigiles des morts.
Outre les peintures ci-dessus signalées sur les fol. 16-20, et outre d’assez nombreuses initiales richement historiées, le manuscrit renferme quatorze feuillets peints, savoir :
Fol. 22. La Mort de la sainte Vierge. (En tête des Heures de Notre-Dame.)
Fol. 39 v°. Noël. « Gloria in excelsis ». — La trahison de Judas. Jésus devantCaïphe. (Dans les Heures deNotre-Dame, avant Laudes.)
Fol. 57 v°. Cinq scènes de la Passion. [Ibid., avant prime.)
Fol. 62 v°. La Flagellation, etc., — et la Descente du Saint Esprit sur les apôtres. [Ibid., avant tierce.)
Fol. 66 v°. L’Annonciation, — la Visitation, — la marche et l’arrivée au Calvaire. [Ibid., avant sexte.)
Fol. 69 v°. Le Calvaire — et l’Ascension. [Ibid., avant none.)
Fol. 72 v°. La Descente de Croix — et la Cène. [Ibid., avant vêpres.)
Fol. 78 v°. L’Ensevelissement de Jésus, - — les saintes femmes au tombeau, — Jésus en prières dans le jardin des Oliviers. [Ibid., avant complies.)
Fol. 83 v°. Image de la Trinité. (Avant les Heures du Saint Esprit.)
Fol. 104. La Résurrection des morts. (Avant les Heures de la Trinité.)
Fol. 139 v°. Le Martyre de saint Thomas de Cantorbéry. (Avant les Heures de saint Thomas.)
Fol. 158. La Présentation de Jésus au vieillard Siméon. (Avant les psaumes de la Pénitence.)
Fol. 179 v°. La Prière d’une femme montant des degrés et s’adressant au Tout-Puissant, qui apparoît dans un nuage : « Ad Dominum cum tribularer clamavi. »
Fol. 191. Cérémonie de l’enterrement.
C’est en somme dix-neuf pages peintes qui contiennent près de 50 sujets traités avec habileté et qui doivent prendre place parmi les bonnes œuvres d’art de la première moitié du xive siècle.
On voit la composition et l’importance du manuscrit de Nuremberg. Il faut essayer d’en déterminer l’origine. Les caractères de l’écriture permettent d’y reconnaître une œuvre anglaise de la première moitié du xive siècle. L’examen du texte contenu dans le volume conduit encore plus sûrement au même résultat. Si la façon dont sont écrits les noms Ælfege, Ædmunde, Æduarde, dans les litanies, dénote une main anglaise, il suffit de parcourir le livre pour être convaincu qu’il a été fait pour servir dans une église anglaise.
On n’a qu’à parcourir le calendrier pour constater dans quelle immense proportion y dominent des noms anglais qu’on ne rencontre point dans les calendriers français :
Jan. 5. Octave sancti [Thome] martiris.
Marcii 18. S. Edward! regis et martiris.
— 20. S. Cuthberti episcopi et conf.
Aprilis 19. S. Elphegi episcopi et mart.
— 24. S. Wilfridi episcopi.
Maii 19. S. Dunstanni episcopi.
— 26. S. Augusti [sic), Anglorum episcopi.
Junii 20. Translatio s. Edwardi regis, et mart.
— 22. S. Albani prothomartiris Anglorum.
— 23. Sancte Ethelrede virginis.
Julii 7. Translatio sancte [Thome] martiris.
— 8. Translatio sancte Withburge virginis.
— 15. Translatio s. Swithuni sociorumque ejus.
— 17. S. IAenelmi martiris.
Aug. 5. S. Oswaldi regis et martiris.
Sept. 4. Translatio s. Chutberti episcopi et conf.
Oct. 12. S. Wilfridi episcopi et conf.
Nov. 20. S. Eadmundi regis et mart.
Dec. 29. S. [Thome] martyris.
On peut faire la même observation quand on relève dans les litanies des saints les invocations suivantes :
Ælfege, Edmunde [martyr], Albane, Oswalde, Dunstane, Ricarde, Cuthberte, Swithune, Cuthlace, Ædmunde [confessor '], Mildritha, Andrea, Sexburga, Edeldritha, Ositha, Adelburga.
La place d’honneur qu’occupe saint Thomas de Cantorbéry n’est pas moins significative : il est invoqué dans les litanies au second rang des martyrs (fol. 170), immédiatement après saint Étienne, et il n’a pas trouvé place seulement dans la série des suffrages (fol. 52), ilest le seul saint dont l’office soit entré dans le livre, à côté des heures de Notre-Dame, du saint Esprit et de la Trinité; il n’y occupe pas moins de 38 pages, y compris un supplément ajouté après coup. Deux miniatures y sont consacrées à représenter saint Thomas, l’une dans la série des tableaux qui
1. Les deux Edmond figurent dans la série des saints dont limage est peinte à la suite du calendrier : Saint Edmont de Pontegni, saint Edmont le roi.
suivent le calendrier (saint Thomas debout, avec les ornements pontificaux), l’autre en tête des Matines du saint pontife (saint Thomas martyrisé au pied de l’autel).
Mais un nom beaucoup moins célèbre que celui de Thomas Becket doit fixer notre attention d’une façon toute particulière : celui d’une sainte qui est invoquée à la fin des litanies : Sancta Ositha, or a pro nobis, et dont l’image est peinte à côté de celle de sainte Claire, au verso du fol. 20, avec cette inscription en français : sainte Ussie. Cette sainte, qui, quoique mariée à un roi d’Essex, resta vierge et fut massacrée par des pirates, a été particulièrement honorée dans le comté d’Essex, à Chich, lieu de sa première sépulture, où fut fondé un prieuré dont les ruines sont figurées dans la nouvelle édition du Monasticon anglicanum 1 et qui est appelé ecclesia Sancte Osithe de Chiche dans une charte de Henri II, et abbatia Sancte Osithe de Chiche dans une charte de Jean Sans-Terre1 2. M. Paul Meyer3 a récemment signalé dans la bibliothèque du duc de Portland à Welbeck une ancienne vie de sainte Osithe en vers français, dérivant sans doute d’une des vies latines indiquées par sir Thomas Duffus Hardy4 et par les Bollandistes5. M. Montague Rhodes James a bien voulu m’indiquer, dans la bibliothèque de lord Toltmache à Helmingham (Suffolk), plusieurs manuscrits du prieuré de Chich, et dont un, renfermant des traités de saint Augustin, contient cette note : « Liber monasterii Sancte Osithe, virgi- « nis, martiris et regine, ordinis canonicorum sanctissimi « doctoris Augustini. » Le même savant connaît une repré-