Bibliotheca hagiogr. latina, t. Il, p
sentation de sainte Osithe sur une verrière de l’église de Long-Melford (Suffolk).
D’autre part, je dois à l’obligeance de M. Sidney G. Cockerell de très judicieuses observations sur la place que sainte Osithe occupe dans les livres de la liturgie de Cantorbéry, et j’ai cru devoir en insérer ici la traduction :
Il semble probable qu’il y avait une relique d’Ositha à Cantorbéry. D’après mes notes, c’est un nom caractéristique des livres de Cantorbéry. On le trouve dans les manuscrits suivants :
Bibl. nat., latin 770. Psautier de Cantorbéry, vers 1220. Dans le calendrier et les litanies.
Musée britannique. Arundel 155. Autre psautier se rapportant à Cantorbéry. Calendrier et litanies.
Collège d’Eton 78. Psautier de Cantorbéry du xme siècle. Litanies.
Bibl. nat., Nouv. acq. latin 1670. Psautier que j’attribue à Cantorbéry. Dans le calendrier seulement.
Collège de la Trinité de Cambridge. Le fameux psautier d’Edwin de Cantorbéry. Dans le calendrier seulement. Il n’y a point de litanies.
Musée britannique. Cotton, Tiberius, B m. Prières de Cantorbéry; rite des Bénédictins, vers 1220. Dans le calendrier.
Il y a une autre série de manuscrits se rattachant à Londres et à laquelle appartient le ms. latin 10433 de la Bibl. nat. Le nom se trouve dans le calendrier et pas dans les litanies.
Le nom d’Ositha se rencontre d’ailleurs rarement dans les calendriers anglais.
Que devint le livre écrit pour une église d’Angleterre, destiné à un personnage qui avait probablement des relations avec l’église de Sainte-Osithe de Chich? Il ne dut guère tarder à tomber entre les mains d’un autre propriétaire qui avait moins souci de la mémoire de sainte Osithe. C’est ce qu’on peut induire du silence gardé sur les fêtes de sainte Osithe. En effet, dans ce calendrier, que j’ai déjà signalé comme ayant été écrit postérieurement au reste du volume, on n’y trouve aucune trace de la fête de sainte Osithe ni de la translation de la même sainte, qui sont marquées au 7 et au 14 octobre dans le calendrier d’un
psautier copié au xive siècle pour le prieuré de Sainte- Osithe deChich1.
Après avoir parlé de saint Thomas de Cantorbéry et de sainte Osithe, je dois appeler l’attention sur un autre saint anglais, dont le nom peut servir à fixer l’époque à laquelle le manuscrit de Nuremberg a été fait. Ce nom est compris dans la liste des confesseurs auxquels s’adressent les invocations des litanies.
Voici dans quel ordre les saints confesseurs y sont énumérés :
Silvester, Marcialis, Hylari, Ambrosi, Gregori, Jeronime, Augustine, Martine, Nicholae, Francisse, Ædmunde, Dunstane, Ricarde, Thoma, Antoni, Dominice, Firmine, Honorate, Bénédicte, Albine, Eligi, Egidi, Judoce, Medarde, Gildarde, Damasce, Augustine cum sociis tuis, Odo, Vulgani, Remigi, Cuthberte, Swithune, Fursee, Wilfride, Pauline, Romane, Maure, Cuthlace, Columbane, Wandfegisile, Leonarde, Ædmunde, Omnes sancti confessores, orate pro nobis.
Le quatorzième nom de cette liste est celui d’un Thomas, bien distinct de Thomas Becket mentionné dans ces litanies au premier rang des martyrs ; il s’agit ici de Thomas de Cantelou, évêque de Hertford, qu’on invoquait en compagnie des archevêques de Cantorbéry saint Dunstan et saint Edmond, et de saint Richard, évêque de Chichester. Or, Thomas de Cantelou, évêque de Hertford, mourut en 12821 et fut canonisé en 1320. Le manuscrit de Nuremberg a donc été écrit après 1 320, et très vraisemblablement à une époque assez rapprochée de cette date. Il dut passer en France dans la seconde moitié du xive siècle. Témoin la note tracée sur la dernière page par une main anglaise et qui est ainsi conçue : Le liver du roy du Fraunce Charles. Doné à madame la r oigne d’Engleterre. Ce roi
1. Ms. 1935 du fonds Sloane au Musée britannique. J’en dois la connaissance à M. S. Cockerell.
Charles ne peut guère être que Charles VI. Il n’y a rien d’étonnant à voir dans le mobilier de Charles VI un livre d’origine anglaise-. Nous savons que, du temps de Charles Y et de Charles VI, la librairie du Louvre renfermait le beau psautier venu de l’abbaye de Peterborough qui est aujourd’hui à la Bibliothèque royale de Belgique.
S’il n’est guère permis de douter que le roi Charles mentionné dans la note du livre de sainte Osithe est Charles VI, il est plus difficile de déterminer à quelle reine d’Angleterre le don en a été fait. J’avais d’abord pensé à Isabelle de France, fille de Charles VI, que son père fit épouser à Richard II, roi d’Angleterre, en 1396, alors qu’elle avait à peine sept ans, et qui rentra en France en 1401, après avoir perdu son mari, assassiné en 1399. Nous savons que le trousseau de la petite reine renfermait « un livre d’heures couvert de drap d’or, à deux fer- « moirs dorés, garnis de deux petits balais1 ». Mais il paraît bien difficile de s’arrêter à cette conjecture quand on a lu une pièce insérée après coup par une main anglaise dans le livre de Sainte-Osithe, au fol. 229. C’est une série de conseils hygiéniques en distiques latins, dont le deuxième, ainsi conçu :
Feniculus, vervena, rose, celidonia, ruta :
Ex hiis fit aqua que lumina reddit acuta,
est accompagné, dans la marge, de cette annotation : Pro clarificatione visus regine. Isabelle n’était plus en Angleterre, et, dans tous les cas, n’y était plus considérée comme reine de ce pays. La reine dont on se préoccupait d’améliorer la vue devait être, ou Jeanne de Navarre,
1. Document des Archives nationales publié par M. Mirot dans les Mémoires de la Société de l'histoire de Paris, 1903, t. XXIX, p. 139, et cité dans le travail du même auteur, Isabelle de France, reine d’Angleterre, p. 47.
qui épousa Henri IV en 1403 et mourut en 1437, ou bien Catherine de France, mariée en 1420 à Henri V et morte en 1438.
Le livre de sainte Osithe resta longtemps en Angleterre , comme le prouvent les grattages pratiqués dans le calendrier du temps de Henri VIII, pour faire disparaître en différents endroits le titre de pape et le nom de Thomas de Cantorbéry, comme aussi la façon dont on a cancellé plusieurs passages relatifs à ce prélat (fol. 52 et fol. 157).
L’existence de ce manuscrit à Nuremberg m’avait été révélée par V Index de Fr.-Guil. Ghillanii publié en 18461. Il porte à la bibliothèque de Nuremberg le n° 4 dans le fonds de Solger et a figuré sous le n° 1 606 à l’Exposition jubilaire de l’année 1 906 2.
J’ai rédigé la présente notice d’après les photographies qu’a bien voulu me procurer M. le docteur Mummenhoff, Archivrat, et je l’ai complétée après avoir étudié le manuscrit lui-même à Paris,' grâce à la puissante intervention de S. A. le prince Radolin, ambassadeur d’Allemagne en France.
Heures de Savoie, ou Très belles grandes Heures de Charles V3.
Jadis à la bibliothèque de l’Université de Turin, coté E. V. 47 (détruit dans l’incendie de janvier 1 904).
Ce volume, jadis coté F. I. 54, est incontestablement le
1. Index rarissimorum aliquot librorum manuscriptorum sæculoque XV typis descriplorum quos habet bibliotheca publica Noribergensis. Noribergæ 1846, in-4°.
2. Katalog der historischen Ausstellung der Stadt Nürnberg auf der Jubilüums Landesausstellung. Nürnberg, 1906, p. 333.
3. Cette notice, à l’exception des passages ajoutés entre crochets [], a été rédigée à la suite d une visite faite à la bibliothèque de Turin en 1885.
livre d’Heures mentionné au n° 3066 de l’inventaire du mobilier de Charles V1.
Item ou dit estude du Roy, [en la tour du boys de Vincennes], estoient les très belles gratis Heures du dit seigneur, très bien escriptes et très noblement enluminées et historiées. Et au commencement des dites Heures, tantost après le kalendrier, est le Psaultier, les Heures de la Trinité, de Nostre-Dame, de la Passion, de saint Jehan-Baptiste, des angelz, oroisons de Nostre-Dame, Heures de saint Jehan l’evangeliste, celles de saint Loys, roy de France, saint Loys de Marceille, de la Magdalene, mémoire de plusieurs saints, vigiles de mors, sept pseaulmes et letanie et plusieurs mémoires de saints et saintes. Toutes les choses dessus, escriptes et enluminées, comme dit est. Et se commance le second fueillet portatus sum. Lesquelles Heures sont couvertes de brodeure à plusieurs ymages à lozenges et à rondeaulx de perles.
Et sont les courroyes des fermouers couvertes chascune de sept fleurs de lys d’or, à compter le clou qui tient aus aiz des dites Heures, et en chascune fleur de liz a quatre perles. Et sont les fermoers des dites Heures d’or, garny chascun de deux balaiz, deux saphirs et deux grosses perles, et les tirouers d’un laz de soye à or, en chascun ung gros bouton de perles. Et est la pippe desdites Heures garnye de deux balais et ung saphir et quatre grosses perles. Lesquelles sont en ung estuy de cuir bouilly, pendant à ung large laz de soye azurée, semée de fleurs de lys d’argent doré.
Le manuscrit de Turin renferme un grand nombre de miniatures encadrées d’une bordure tricolore. Il y a au moins une trentaine de petits tableaux sur lesquels la figure de Charles Y est parfaitement reconnaissable. Je citerai notamment les peintures des p. 441, 448 et 458, où. l’on voit Charles V à genoux devant les Reliques du palais, Charles V recevant la bénédiction de saint Remi, Charles V adressant ses prières au roi saint Louis et à saint Louis de Marseille. L’écriture est tout à fait celle de plusieurs des volumes que, d’après des indices certains, nous savons avoir été exécutés pour Charles V. La rubrique
1. Voir l’Inventaire des livres de Charles V, art. 247. Cf. Van Praet, Inventaire de l’ancienne bibliothèque du Louvre, p. 197, n" 1183.
de la p . 263 convient parfaitement à un livre royal : « Ci « commencent les Heures monseigneur saint Loys, roy de « France, convenables à dire touz les jourz à ceulz qui ont « especial dévotion à luy, mesmement à personnes qui a sont de si sainte et de si très noble lignie comme est « celle de France. »
Le manuscrit dont il s’agit a subi de très regrettables mutilations. Il a notamment perdu le psautier qui était copié en tête, ce qui a fait disparaître le feuillet commençant par les mots portatus sum, relevés dans l’inventaire de 1380. Malgré ces mutilations, le livre n’en reste pas moins un merveilleux manuscrit.
Il y a un certain nombre de prières qui semblent avoir été composées pour servir, sinon à Charles Y, au moins à un roi de France. Telle est celle qui se lit au fol. 1 76 :
Misericors Deus et miserator, consolator et defensor, in te, Domine, confido. Servo tuo auxilium et consilium Francorum régi tribue, quia bella michi video, bella parantur meis. Hostium meorum animos et errores constringe mortalium, ne contra me debellare valeant, sed propter inobedienciam suam et eorum nequiciam tibi, Christe, devote supplico, ut per tuam graciam obtinere valeam victoriam viriliter cum honore seu pacem. Amen b
Telle est encore la prière à saint Louis, qu’on trouve à la p. 495 :
Oratio ad sanctum Ludovicum, regem Francie. Sancte et pie Ludoviee, unus de gloriosis confessoribus Dei, unus de regibus magnis amicis Dei, iste peccator, iste indignus, iste successor tuus,
1. La même prière, avec de légères variantes, se trouve dans un recueil de prières, fait probablement ou du moins approprié pour le duc de Berry, et conservé à la bibliothèque de l’Université de Turin (K. IV. 29, jadis D. VI. 23), au fol. 76 v*.
Ce sont les très belles Heures de Jean, duc de Berry, dont les peintures ont été étudiées en 1902 par M. le comte Durrieu, qui a fait reproduire en héliotypie la page où se trouve la prière Misericors Deus, pl. XLIII du volume intitulé Heures de Turin : Quarante-cinq feuillets à peintures provenant des Très belles Heures de Jean de France, duc de Berry. Paris, 1902, petit in-fol.
licet ineptus, licet nimis inconveniens heres tuus, dubius, nescius, sollicitus et anxius de populo tuo commisso regimini suo, ego scilicet inutilis persona, nullis bonis ornata, sed profunda ignorantia tenebrata, innumeris viciis deformata, immensis peccatis onerata, ego inquam, quem Deus et tu post Deum voluisti fieri regem in populo tuo...
Il n’est pas douteux que la partie principale du volume ait été exécutée pour Charles Y, mais plusieurs cahiers, sur les pages desquels on voit dans beaucoup d’initiales les armes de France alterner avec celles de Savoie et de Bourgogne, doivent dater de la première moitié du xive siècle. On trouvera un peu plus loin comment peut s’expliquer la présence des armes de Savoie et de Bourgogne et se justifier le titre de Heures de Savoie sous lequel le livre était déjà connu en 1409. Il est ainsi dénommé dans la note que Jean Flamel a calligraphiée à la fin du volume :
Ces Heures furent au roy Charles le quint, et sont appellées les Heures de Savoye. Et donna les dittes heures le roy Charles le siziesme, fils du roy Charles le quint devant dit, à son oncle le duc de Berry, le vne jour de juillet, l’an de grâce mil quatre cens et neuf. FLAMEL.
A cette note, Jean Flamel a joint la table des morceaux contenus dans le volume, table qui concorde parfaitement avec l’article de l’inventaire de 1380 cité un peu plus haut.
Cy après s’ensuyvent les choses qui sont escrites en ces Heures.
Premièrement le kalendrier. — Item le Psaultier. — Item les Heures de la Trinité. — Item les Heures du Saint Esperit. — Item les Heures Nostre-Dame à l’usaige de Paris. — Item les Heures de la passion de Nostre-Seigneur. — Item les Heures de saint Jehan-Baptiste. — Item les Heures des angres. — Item pluseurs oraisons de Nostre-Dame. — Item les Heures de saint Jehan l’euvangeliste. — Item les Heures de saint Loys de France. — Item les Heures de saint Loys de Marsaille. — Item les Heures de la Magdeleine. — Item pluseurs mémoires de la Passion, des anges, de Toussams et de la
Trinité. — Item vigiles de mors. — Item les sept pseaumes et la letanie. — Item les xv pseaumes. — Item pluseurs mémoires de Dieu et de Nostre-Dame, des appostres, de pluseurs martirs, de pluseurs confesseurs et de pluseurs vierges. — Item mémoire du pape et des personnes de l’Eglise. — Item pour les roys et pour les princes de terre. — Item pour les laboureurs. — Item pour ceulz qui sont en pechié mortel. — Item pour ceulz qui sont en péril de mer. — Item pour les prisonniers. — Item pour ceulx qui font aumosnes. — Item pour parens et pour amis. — Item pour soymesmes. — Item pour ceulz qui sont en purgatoire. — Item de rechief mémoires de Dieu, de Nostre-Dame, de pluseurs martirs, appostres, confesseurs et d’autres sains et vierges et sainctes. — Item des Reliques. — Item de la paix. — Item pluseurs oroisons à Dieu. — Item oroisons quand on dit la messe. — Item oroisons qu’on dit quant on se lieve et couche. — Item oroisons de la Croix. — Item oroisons de saint Denis. — Item oroisons de saint Loys de France. — Item oroisons quant on doit escommunier L — Item oroisons à la Trinité. — Item autres oroisons à Dieu. — Item autre oroison quand on se lieve. — Item l’euvangille saint Jehan. — Item une autre messe de la Trinité. — Item une messe de saint Denis. — Item une messe de Requiem. — Item une messe de saint Loys de France. — Item une messe des angres. — Item une messe du Saint Esperit. — Item une messe de la Croix. — Item une messe de Reliques. — Item une messe de Nostre-Dame. — Item mémoire de saint Pierre et de saint Pol. — Item le psautier saint Jheroisme.
[Les auteurs de Y Atlante paleografico-artistico1 2, intrigués par la note de Flamel et par la présence des armes de Bourgogne et de Savoie, ont supposé que le livre avait été donné par le duc de Berry à sa nièce Marie de Bourgogne, femme d’Amédée VIII, comte de Savoie, et que les armes de Bourgogne et de Savoie avaient été ajoutées au moment de la donation3. Il vaut mieux accepter l’explica-
1. Le manuscrit porte escomrcher, avec un signe d’abréviation sur la lettre o. Il s’agit évidemment de la communion. Le passage correspondant du texte nous donne cette leçon : ante sacrarn communionem.
2. P. 38 et 39 du volume in-folio publié à Turin en 1899 par MM. Carta, Cipolla et Frati à l’occasion de la « Mostra d’arte sacra » qui avait eu lieu l’année précédente à Turin.
3. Voici les termes mêmes de l’explication proposée par les savants italiens :
« Siccome poi in più luogbi del codice (cc. 129 b, 135 a, 137 a, 137 b, 1 16 b, ecc.)
tion de M. le comte Durrieu. Suivant lui, la partie primitive de ce beau manuscrit aurait été faite pour Blanche de Bourgogne, dont le mari Édouard, comte de Savoie, mourut en 1 329, et qui vécut jusqu’en 1 348 1.]
[La seule page des Heures de Savoie qui, à ma connaissance, ait été publiée est celle sur laquelle saint Louis est représenté portant la châsse des reliques de la sainte Couronne2. M. Cockerell a reproduit cette miniature dans son mémoire sur les Heures d’Yolande de Flandre ; il l’a rapprochée des miniatures consacrées au même sujet dans le Bréviaire de la reine Jeanne d’Évreux et dans les Heures de Jeanne de France, reine de Navarre, comme exemple des analogies qu’on remarque entre ces manuscrits, sortis, paraît-il, du même atelier parisien dans la première moitié du xive siècle.]
[Gomme il importe de tenir compte du jugement des critiques auxquels il a été donné de pouvoir examiner les Très belles Heures de Charles V, je me fais un devoir d’indiquer ici les pages que Monseigneur Dehaisnes a consacrées à ce manuscrit, en même temps qu’aux Heures de Turin, dans son mémoire intitulé Les Œuvres des maîtres de l’École flamande 'primitive conservées en Italie et dans l’est et le midi de la France. Paris, 1891 , in-8°, p. 24-28.]
« vedesi aggiunti anticamente in parecchie iniziali, ora da sola, ora partita con « quella di Savoia, un’ arme (bandata d’oro e d’azurro), che è quella degli anti- « chi duchi di Borgogna, non par dubbio che il codice passasse poi dal duca di « Berry, cui fu offerto nel 1409, ai duchi di Savoia al tempo di Amedeo VIII, « che nel 1401 aveva sposato appunto Maria di Borgogna (f 1422). Puô quindi « supporsi che la nota del Flamel e il titolo di Heures de Savoye fossero apposti « nell’ atto di consegnare il codice al duca Amedeo VIII; e che contempora- « neamente si aggiungessero in alcune iniziali le armi di Savoia e di Bor- « gogna. »
1. Les Manuscrits à peintures de la bibliothèque incendiée de Turin, dans la Revue archéologique, 1904, t. I, p. 394-406. — M. Cockerell a adopté l’attribution des Heures de Savoie à Blanche de Bourgogne dans le fascicule intitulé The book of Hours of Yoland of Flanders.
2. PI. LVII de T Atlante paleografico arlistico dont il vient d’étre question.
Heures d’Yolande de Flandre, comtesse de Bar.
Bibliothèque de M. Henry Yates Thompson, à Londres.
Ce ravissant petit livre d’heures, malgré les déplorables accidents dont il a été la victime, doit encore être cité comme l’un des plus précieux produits de l’art français du milieu du xiv6 siècle. Quand il était complet, ou du moins quand Ruskin en devint propriétaire, vers l’année 1 864, il se composait de 1 76 feuillets, dont 1 39 ont été recueillis par M. Henry Yates Thompson, de Londres; l’École de peinture d’Oxford en possède 13; un lot de 17 appartient à une dame dont on ne donne pas le nom ; le sort de sept est inconnu. La part échue à M. Thompson n’est pas seulement le morceau de beaucoup le plus considérable ; il est aussi le plus important comme œuvre d’art : il comprend, en effet, tous les feuillets ornés de grandes peintures. Il est malheureusement dans un lamentable état de conservation, par suite d’une inondation de la Tamise qui a atteint et souillé le volume quand il était encore dans son état primitif.
Les armes peintes sur une cinquantaine de pages en indiquent l’origine : parti, au 1 de Navarre au lambel d’argent, coupé de Longueville; au % de Flandre. Ce sont là les armes d’Yolande de Flandre, dame de Cassel1, qui épousa en premières noces Henri, comte de Bar, mort en 1 344 ou 1 345, et en secondes noces Philippe de Navarre, comte de Longueville. Ce second mariage est de l’année 1 353. Le livre a donc été fait après 1 353. La vie d’Yolande, qui se prolongea jusqu’en 1395, a été traversée par bien des vicissitudes, que M. Philippe-Emmanuel de Smyttere a exposées dans son Essai historique sur Yolande de Flandre,
1. Douët d’Arcq, Inventaire des sceaux, t. I, p. 392 et 393r.»n°“ 806 et 807.
comtesse de Bar et de Longueville...1. A un moment, cette dame encourut par ses violences la disgrâce du roi Charles V, qui se vit obligé de la faire emprisonner (1391). Quand elle s’échappa en 1 372 de la tour du Temple, une partie des objets qui étaient à son usage furent confisqués au profit du roi, et dans l’inventaire2 qui en fut dressé les 7 septembre 1 372, nous remarquons :
Unes heures de Nostre-Dame, à un fermouers d’or, prisiée xlviii s. p.
Selon toute vraisemblance, c’est le volume qui figure comme il suit sur l’inventaire des objets trouvés en 1 380 à Vincennes, en la chambre du roi :
Unes très parfaitement belles heures, très noblement escriptes d’or et d’asur et très richement ystoriées et enluminées partout; et y sont les sept pseaumes. Et sont couvertes de orfrayes d or, semé de grosses perles, à quatre arbressaulx. Et sont les fermoers d or, en façon de crochet, et a en chascun ung ballay et quatre grosses perles. Et a une très belle pippe d’or, où sont ung saphir, deuz ballaiz et quatre grosses perles. Et se commance le second feuillet annunciabit, lesquelles sont en ung estuy couvert de veluiau, semé de fleurs de lys d’argent dorées.
Le manuscrit de M. Thompson remplit toutes les conditions indiquées dans les deux inventaires qui viennent d’être cités. Il a été fait, comme on l’a déjà vu, pour Yolande de Flandre, et il suffit de l’ouvrir pour constater que ce sont de très parfaitement belles heures, très noblement écrites d’or et d’azur (particularité dont les exemples sont extraordinairement rares) et très richement historiées et enluminées partout; qu elles renferment les sept psaumes de la pénitence, et que le second feuillet commence par le mot annunciabit.