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Monuments de la monarchie française, t. III, p

ceux dont il vient d’être question : c’est un gros et grand volume in-folio, sur parchemin très pur, en 380 feuillets, écrit en lettres bâtardes, à deux colonnes, des premières années du xve siècle, et orné, au commencement des livres, de belles miniatures, dont j’indiquerai les sujets, pour venir en aide à qui essaiera de classer les exemplaires d’un ouvrage fort recherché, aux xiv° et xve siècles, par les grands bibliophiles.

I. Frontispice de l’ouvrage, en quatre compartiments, dont le quatrième ne contient pas la légende relative à la présentation.

II (fol. 16). Les mauvais anges précipités dans l’enfer par les bons.

III (fol. 27). Figure de l’âme que Dieu fait entrer dans le corps humain.

IV (fol. 40). Un homme nu, debout au-dessus de la mer, entre une masse enflammée et un globe terrestre, sous un ciel étoilé et éclairé par le soleil et la lune (illustration du chapitre traitant des qualités des éléments qui composent le corps humain et celui des bêtes).

V (fol. 50). Un médecin s’adressant à un groupe, à la tête duquel on remarque deux estropiés, l’un ayant un bras en écharpe, l’autre marchant sur des béquilles.

VI (fol. 90 v°). Les quatre âges : un enfant, un jeune homme, un homme de l’âge mûr et un vieillard.

VII (fol. 106). Leçon d’un professeur de médecine.

VIII (fol. 137). La Trinité entourée de sept anges, sur un ciel bleu.

IX (fol. 158 v°). Un professeur d’astronomie.

X (fol. 169 v°). Grand globe terrestre soutenu par quatre anges.

XI (fol. 173). Un professeur de météorologie.

XII (fol. 181). Groupes d’oiseaux sur un fond de rinceaux d’or.

XIII (fol. 195 v°). La mer peuplée de poissons, et dans le haut du tableau, au-dessus d’un nuage bleu, le Tout-Puissant entouré d’anges dorés sur fond d’or.

XIV (fol. 206 v°). Un professeur faisant une leçon sur un globe terrestre.

XV (fol. 217 v°). Vue d’une ville.

XVI (fol. 245 v°). Un professeur dans un tableau à fond rouge, semé de pierres précieuses accrochées à des rinceaux d’or.

XVII (fol. 261 v°). Des arbres et des herbes.

XVIII (fol. 310). Des quadrupèdes.

XIX (fol. 355). Leçon d’un professeur qui parle des couleurs, des odeurs, des saveurs et des liqueurs.

XX (fol. 374). Conférence de trois docteurs sur la différence des nombres, mesures, poids et sons; un quatrième frappe avec deux marteaux sur deux petites cloches.

Le deuxième feuillet du texte (fol. 9, à la suite d’un cahier de table) commence par les mots de cuer royal.

Sur la dernière page se lit cette souscription :

« Ce livre des Proprietez des choses fu translaté de latin en françois l’an de grâce mil CCC LXXII, par le commandement de très puissant et noble prince Charles le quint de son nom régnant en ce temps en France puissanment, et le translata son petit et humble chappellain frère Jehan Corbechon de l’ordre saint Augustin, maistre en théologie, de la grâce et promocion dudit prince et seigneur très excellent.

« Cy fine le livre des Proprietez des choses, que translata de latin en françoiz frere Jehan Corbechon, de l’ordre saint Augustin, docteur en théologie.

« Escript par Fremin de Reuelle. »

L’écrivain qui a copié ce beau volume, Firmin de Revelle, ou peut-être Reuelle, nous est connu pour avoir fourni en 1 409 au duc de Rerry un psautier qui avait appartenu à Jean de Montaigu, grand maître d’hôtel du roi1.

Le ms. d’Iéna est revêtu de son ancienne reliure en bois recouvert de velours rouge. Il est encore muni de la chaîne qui l’attachait jadis à un meuble de bibliothèque.

« Ce livre est des Voies de Dieu », traduction par Jacques Rauchans des Visions de sainte Élisabeth.

Ribliothèque nationale, ms. français 1792, venu de la librairie du château de Rlois.

Exemplaire original, en tête duquel une miniature représente le traducteur offrant le livre au roi. En marge de la

1. Inventaires de Jean, duc de Berry , éd. Guifïrey, t. I, p. 260.

page initiale, trois écussons : le premier, armes royales à trois fleurs de lis ; le deuxième, écartelé de France et de Dauphiné; le troisième, d’Orléans1 à fleurs de lis sans nombre. La transcription, en grosses lettres de forme, peut être rapportée à la première période du règne de Charles V.

Ce volume figure sur tous les inventaires de la librairie du Louvre (A. 174, B. 174, D. 1 14, E. 1 12, F. 95). L’article de l’inventaire de 1 41 1 auquel il s’applique exactement est ainsi conçu :

Item un livre appellé les Voyes de Dieu, que translata ung sergent d’armes du roy nommé Jacques Bauchant, de Saint Quentin, couvert de veluau inde; escript de lettre formée, à deux coulombes, commençant ou second foillet et ainsy, et ou derrenier maint ou pere ; à n fermouers d’argent dorez.

Estimé 1 livre en 1425.

Le frontispice a été reproduit dans mes Facsimilés de livres copiés et enluminés pour le roi Charles F, pl. III.

La Somme le Roi, par frère Laurent.

Bibliothèque nationale, ms. français 938, provenu de la librairie du château de Blois.

La Somme le Roi, du dominicain frère Laurent, achevée en 1 279 à la requête du roi Philippe le Hardi, est le manuel de morale religieuse qui a eu le plus de vogue pendant les trois derniers siècles du moyen âge2. Au moment même de

1. Au premier abord, on pourrait supposer que les deux derniers écussons se rapportent aux deux enfants de Charles V : le dauphin Charles, qui fut depuis Charles VI, et Louis, qui devint duc d’Orléans ; mais ce dernier prince n’eut pas le titre de duc d’Orléans du vivant de son père.

2. Voir l 'Histoire littéraire de la France, t. XIX, p. 397-405, et les articles de M. Paul Meyer dans la Romania, t. XXIII, p. 449, et t. XXVII, p. 109 > ainsi que dans le Bulletin de la Société des anciens textes français, 1892,

la publication, il fut complété par l’addition d’une quinzaine de tableaux composés d’après un programme arrêté ou du moins agréé par l’auteur. Ces tableaux formaient un véritable commentaire du texte, dont ils facilitaient l’intelligence aux fidèles illettrés1; ils contribuèrent au succès de l’ouvrage ; on les reproduisit fidèlement dans la plupart des exemplaires illustrés de la Somme le Roi, dont ils devinrent une partie intégrante.

L’un des plus anciens, peut-être le plus ancien des exemplaires connus de la Somme le Roi, est celui dont je dois parler ici, puisqu’il a authentiquement appartenu à Charles V. Il date de l’année 1294, comme l’annonce la souscription suivante :

Cest livre copila et parfit uns frères de l’ordre des Prescheors, à la renqueste dou roy de France Phelipe, en l’an de l’incarnacion Jhesu Crist mil deus cenz sexante dex et nuef. Deo gratias. Et fu escripz de Perinz de Falons, clerc, ou mois d’octambre que li meliaires nostre (sic) corroit mil IIe IIII vinz et XIIII.

Il figure sur tous les inventaires de la librairie du Louvre (A. 432, R. 454, D. 305, E. 346 et F. 324). Celui de l’année 1 41 1 le mentionne en ces termes :

Item les Dix commandemens de la loy, vices et vertuz, historié, escript en françois, de lettre de forme, commençant ou ne foillet du texte qui sont establies, et ou derrenier encia dicitur2, couvert de cuir rouge, à deux fermouers de laton.

1. On s’est plu de tout temps à illustrer de peintures les livres relatifs aux Vices et aux vertus. Un ouvrage de ce genre, à peu près contemporain de la Somme le Roi, dont tous les feuillets étaient ornés d’images, est ainsi indiqué sur une liste de manuscrits dont Yves, abbé de Cluni (1256-1275), enrichit la bibliothèque de son monastère : « Summa de viciis et virtutibus, in duobus voluminibus, cum ymaginibus in quolibet folio. » Delisle, Calai, des mss. du fonds de Cluni, p. 378.

1. Le dernier feuillet du ms. 938 commence par son qui set bien. Il est probable que le manuscrit, dans son état primitif, contenait à la suite de la Somme le Roi quelques feuillets d’un texte latin qui a disparu. Le feuillet de garde relié au commencement se termine par les mots : Unde de sapi; il est bien probable qu’il était suivi d’un feuillet commençant par entia dicitur.

Estimé 2 livres en 1425.

Voici la liste des peintures que nous trouvons dans le ms. 938 :

I. Mojse reçoit les tables de la loi. — Moyse brise ces tables. — Adoration du veau d’or. — Fol. 2 v°.

II. Les apôtres inspirés par le Saint-Esprit et rédigeant les articles du Symbole. — Fol. 6.

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