LUI
Aristote, les Éthiques, traduction par Nicole Oresme.
Musée Méermanno-Westréenien, à La Haye.
Exemplaire de petit format, copié en 1 376 par Raoulet d’Orléans, qui a mis son nom sur la dernière page :
Ci fine le livre d’Ethiques, lequel fit faire très noble, très excel-
1. « De lettre de forme, à deux coulombes, couvert de soye inde et vermeille. »
2. Dans le ms. 493, les premiers mots du dernier feuillet sont : et por trentiex et por anniversaires.
lent et vray catholique prince Charles le quint, par la grâce et loenge de Dieu roy de France, et l’escript Raoulet d’Orliens, l’an M.CCC. LXXVI. Deo gracias.
Il est mentionné dans les inventaires de la librairie du Louvre (A. 249, B. 252, D. 171, E. 167, F. 148). Je copie l’article qui lui est consacré dans celui de l’année 1 41 1 :
Item, un livre nommé Ethiques, couvert de soye blanche et vert à queue, très bel, bien historié et escript, à deux longs fermouers d’or, esmaillez de France, de menue lettre de forme, en françois, et à deux coulombes, commençant ou deuxième fueillet e brief car en grec, et ou derrenier le livre de Polithiques. Et est signé CHARLES.
La signature royale a disparu. — Le livre fut estimé 1 6 livres en 1 425 et adjugé au duc de Bedford. — Il figure dans les inventaires de la librairie des ducs de Bourgogne au xve siècle (nos 917 et 2068 de la Bibliothèque protypographiqué).
Je n’indiquerai que la miniature du fol. 5, laquelle est divisée en deux compartiments. — Dans le compartiment supérieur, Nicole Oresme offre son ouvrage à Charles V, dont le portrait est reconnaissable. Ces paroles sortent de la bouche du roi : « Dedi cor meum, ut scirem disciplinam atque doctrinam. » Celles-ci sont mises dans la bouche de Nicole Oresme : « Accipite disciplinam magis quam pecuniam, et doctrinam magis quam thesaurum eligite. » — Dans le compartiment inférieur est figurée la félicité humaine avec cette devise : « Stans omnium bonorum agregacione perfectus. »
Au bas de cette page, on avait peint l’écu royal, supporté par deux séraphins.
Voir mes Mélanges de paléographie , p. 278, et l’opuscule de M. W. G. C. Bijvanck, Twee frensche handschriften uit de XIV en XV eeuw, [La Haye, 1900], in-4°.
Aristote, les Politiques et les Économiques, traduction par Nicole Oresme.
Bibliothèque royale de Belgique, ms. 2904, jadis 11201.
Exemplaire de petit format, qui est en réalité le tome II du volume précédent. Il est de la main de Raoulet d’Orléans, qui a mis cette note au bas du premier feuillet : « Je, « Raoulet d’Orliens, qui l’escri, ay mis le texte premier, « ainsi signé T ; et après, la glose s’ensuit, ainsi signée O, « qui fait Oresme. »
Ce volume répond aux articles suivants des inventaires de la librairie du Louvre (A. 244, B. 247, D. 170, E. 166, F. 147). Voici ce que porte l’inventaire de 1411 :
Un très beau livre de Polithiques et Iconomiques, très bien escript, en françois, et historié, couvert de soye inde à queue et fermouers d’or, armoiez de France, de lettre de forme, à deux coulombes, commençant ou second fueillet quant ung homme , et ou derrenier homme est naturelment.
Estimé 16 livres en 1425, adjugé au duc de Bedford et passé un peu plus tard dans la librairie du duc de Bourgogne, dont les inventaires nous en offrent la description (nos 913 et 2067 de la Bibliothèque protypographique) .
Deux des miniatures, celles des fol. 36 et 77, sont encadrées de bordures tricolores. — La miniature du fol. 260 a été gravée en tête du tome II du Catalogue des manuscrits de la bibliothèque royale des ducs de Bourgogne. Voir mes Mélanges de paléographie, p. 281.
Aristote, Éthiques, traduction par Nicolas Oresme.
Bibliothèque royale de Belgique, ms. 2902, jadis 9505.
Exemplaire de plus grand format, en assez gros caractères, orné de miniatures à bordures tricolores, dont j’ai donné la description dans mes Mélanges de paléographie , p. 273. Il est ainsi mentionné dans les premiers inventaires de la librairie du Louvre1 (A. 237, B. 240) :
Item Ethiques, en un volume couvert de soie et fermoers d’or, très bien ystorié.
Ce volume fut remis le 7 octobre 1380 à Louis, duc d’Anjou. Il se trouva à Dijon en 1420 dans la librairie de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, comme nous l’apprenons de cet article d’inventaire :
Item ung autre livre nommé Ethiques, escript, historié et enluminé semblablement2, commençant ou ne fueillet très qui très et ou derrenier la puissance 3, couvert d’un drap de soye ouvré, à deux fermouers d’argent dorez, esmailliez aux armes de mon dit seigneur.
La miniature, qui sert de frontispice, est divisée en quatre compartiments dans lesquels sont représentés : 1° Nicole Oresme offrant son livre au roi ; 2° le roi et la reine assis, une fille auprès de la reine, deux garçons derrière le roi; 3° un professeur en chaire, avec des auditeurs parmi lesquels se trouve le roi; 4° un maître enseignant à des écoliers.
Aristote, les Politiques et les Économiques, traduction de Nicole Oresme.
1. Article 25 de l’Inventaire relié à la fin du ms. 127 de la Collection des Cinq Cents de Colbert. — Édit. G. Doutremont, p. 51, n» 91. — Cf. les art. 912 et 1613 de la Bibliothèque protypographique.
2. C’est-à-dire : « De lettre ronde, grosse et menue, à quatre colonnes. »
3. Tel est bien le commencement du deuxième et du dernier feuillet du ms. 9505.
Cabinet de M. le comte de Wasiers.
Volume du même format et du même caractère que le précédent, dont il forme en quelque sorte le tome second et dont il a suivi les vicissitudes pendant le xive et le xve siècle.
Ainsi mentionné dans les premiers inventaires de la librairie du Louvre (A. 211 , B. 208) :
Un livre nommé Polithiques et Yconomiques, couvert de soie à queue, à deux fermouers d’argent, haschiez des armes de France.
Remis le 7 octobre 1380 à Louis, duc d’Anjou.
Ainsi inventorié en 1420 dans la librairie de Dijon1 :
Item ung autre livre nommé Politiques, escript en parchemin, de lettre ronde, grosse et menue, à quatre colonnes, historié et enluminé, commençant ou ne fueillet mais se ce estoit et ou derrenier bien mes2, couvert de satin vermeil, à deux fermouers d’or.
Parmi les miniatures à bordures tricolores qui ornent le volume, il faut citer celle du fol. 4 : présentation du livre au roi par Nicole Oresme.
Voir mes Mélanges de paléographie, p. 275.
Aristote, les Éthiques, traduction par Nicole Oresme.
Bibliothèque nationale, ms. français 542.
Copie de la fin du xive siècle ou du commencement du xve, inscrite dans les inventaires de la librairie du Louvre sous les cotes suivantes : A. 919, D. 930, E. 907 et F. 907.
Décrite comme il suit dans l’inventaire de 1411 :
Item Ethiques en françois, de lettre de note et à deux coulombes,
1. Article 24 de l’Inventaire relié dans le ms. 127 des Cinq Cents de Colbert. — Éd. G. Doutremont, p. 50, n“ 90. — Cf. l’article 911 de la Bibliothèque protypographique.
2. Ces mots sont exactement aux places correspondantes dans le manuscrit de M. le comte de Wasiers.
le tieste d’une part, et la glose d’autre ; commençant ou ne foillet ceste science estoit, et ou derrenier subget aucune foiz; couvert de cuir vermeil à empraintes, à bouillons et deux fermoirs de laton.
On lit sur la dernière page, outre la souscription du copiste (Nomen scriptoris Hamonicus Plenus amoris), une note ainsi conçue : « Des livres de Marcoussis mis au Louvre « pour monseigneur de Guyenne : J. D’ARSONVAL. » C’est un des manuscrits qui furent confisqués après la disgrâce de Jean de Montaigu et que Gilles Malet prit en charge le 7 janvier 1410 (n. st.).
Ce volume, estimé 4 livres en 1425, a plus tard appartenu à Charles, duc d’Orléans, qui l’avait sans doute recueilli en Angleterre.
Épîtres de Sénèque a Lucilius, traduites en français.
Bibliothèque royale de Belgique, ms. 9091 .
Exemplaire ayant l’apparence des livres faits pour le roi Charles Y, et dont le frontispice a une bordure tricolore.
Ce peut être la réplique d’un des deux manuscrits des Épîtres de Sénèque que possédait Charles Y :
Les Espitrez de Seneque à son ami Lucile, et en la fin du livre est la table de ce qui contenu y est, escript de plus menue lettre. — A monseigneur d’Angiou, vie de mars IIIIXX. (A. 65, B. 66.)
Seneque, couvert de soye à queue, à cignes blans, et deux fermouers d’argent dorez, esmaillez de France, à tixuz vers, escript en françois de très parfaitement belle lettre, et bien historié et enluminé, commençant ou ne foillet des rebriches le XXXVII de mananimité, et ou derrenier sont amonestez; à une pipe d’argent dorée. (A. 229, B. 232, D. 169, E. 165, F. 146.)
Le R. P. Van den Gheyn a bien voulu m’avertir que le ms. 9091 de Bruxelles répond aux articles 920, 1646
et 2195 de la Bibliothèque protypographique de Barrois :
Un g grant livre en parchemin, couvert de velours vermeil, cloué de cloutz d’argent dorez, intitulé au dehors Les Epistres Senecque, comançant au second feuillet tout est a ceulx, et au dernier ton bien.
La traduction française des Épîtres de Sénèque avait été faite par un Italien qui, sans se nommer, s’est fait connaître par ces mots du prologue :
... Et pour ce que celui qui les translata (les épîtres de Sénèque) ne fu pas de la langue françoise, ne de si haut enging, ne de si parfonde science comme à la matière affert, il s’escuse à tous ceuls qui l’oeuvre verront, que il ne le blasment se il a failli en aucune part à la propriété d’un langage ou aus sentences de l’aucteur, et leur prie humblement que, par leur bonté et par leur franchise, l’en vueillent corrigier et amender en l’un et en l’autre ; car il confesse bien que ce fu presumpcion trop grande de comprendre si haute chose à translater; mais il ne le flst de gré, car messires Berthelemi Siginulfe de Naples, conte de Casserte et grant chambellant du royaume de Sezile, l’en pria et lui commanda'.
Le livre de l’Enseignement des princes attribué a Guillaume Perrault; le livre du Gouvernement des
1. Marchai, Catalogue des manuscrits de la bibliothèque royale des ducs de Bourgogne, t. II, p. 57 et 58. — La Bibliothèque nationale (fonds français 12235) possède de cette traduction une copie faite en Italie; le nom du seigneur auquel l’ouvrage est dédié y est ainsi défiguré : « Misire Bartholomy Singnileyfe de Naples. »
Une copie, de main française, du commencement du xive siècle, provenant de la vente des manuscrits de Sneyd faite à Londres, a été acquise en 1904 par la Bibliothèque nationale (n° 20545 du fonds français des Nouvelles acquisitions). Sur cette traduction, voir P. Meyer, De l’expansion de la langue française en Italie, p. 39. ( Actes du Congrès historique de 1903, vol. IV.) — Je dois encore citer ce qu’en a dit M. Mario Schiff à propos d’un exemplaire du xiv° siècle de la Bibliothèque nationale de Madrid, qu’il a décrit dans le livre intitulé La Bibliothèque du marquis de Santillane, p. 104-111 ( Bibliothèque de l'École des Hautes-Études, fascicule CLIII).
2. Dans le Prologue, l’auteur se dit religieux de l’ordre des Frères Prêcheurs ; dans la table mise en tête du volume, le traité est ainsi indiqué : « Le Gouvernement des roys et des princes selonc un frère Cordelier. »
princes de Gilles de Rome ; le Jeu des échecs moralisé, traduit par Jean de Yignai; la Consolation de Boèce, traduite par Jean de Meun ; les Moralités des philosophes, rÉtablissement de sainte Église ; le Miroir de l’Église, de Hugues de Saint- Victor ; le Livret d’Ésope ; le livre de la Misère humaine, d’innocent III.
Bibliothèque de Besançon, ms. 434.
Volume copié en 1 372 pour Charles V ; ce prince a tracé sur la dernière page une note, qu’a ainsi déchiffrée le regretté Auguste Castan :
En ce livre moral sont conteneus pluseurs notables et bons livres, et est à nous Charles le Ve de notre nom roy de France, et le limes escrire et parfere l’an mil CCC LXXII.
CHARLES
Castan a signalé le mérite des 49 miniatures à bordures tricolores qui ornent le volume, et dont il attribue l’exécution à quatre artistes différents, dont deux très habiles; il a indiqué les armes de France à fleurs de lis sans nombre, posées entre deux lions, qui sont au bas des feuillets 1 et 103; il décrit comme il suit la miniature qui sert de frontispice au volume et celle qu’on voit en tête des Moralités sur le jeu des échecs (fol. 245) :
Les deux compartiments supérieurs de la première miniature représentent le roi entendant la messe, ainsi que le clergé qui la célèbre et la chante; les deux compartiments inférieurs montrent d’une part le roi conversant avec des évêques mitrés et des nobles en manteaux longs, tandis que, d’autre part, s’agitent des plébéiens en jaquettes.
La seconde représente l’hospitalier Jean de Vignai offrant sa traduction au duc Jean de France : la figure ridée et la tête chenue de ce traducteur sont caractérisées comme sur un portrait.
Le manuscrit figura jusqu’en 1 41 3 sur les inventaires de la librairie du Louvre (A. 238, B. 241, D. 149, E. 145). Voici la notice qui lui est consacrée dans celui de l’année 1411 :
Item ung livre, couvert de soye à queue, où sont le Gouvernement des roys et princes, le livre des Moralitez, Boèce de Consolacion, la Moralité des philozophes, l’establissement de saincte Eglise, le Miroir de la messe, Ysopet, de la Misère de l’omme; escript de lettre formée, en françois, à deux colombes; commençant ou ne foillet du texte Veue estre haulte, et ou derrenier ment et euz, à ii fermouers d’argent dorez.
Il était sorti de la librairie du Louvre avant l’année 1 424.
Voir la notice de Castan dans Bibliothèque de l’Ecole des chartes , 1 882, t. XLIII, p. 211-21 8, et le Catal. des manuscrits de la bibliothèque de Besançon, t. I, p. 250-253.
Le livre du Gouvernement des rois et des princes1, le Jeu des échecs moralisé, traduit par Jean de Vignai, et la version française de la Consolation de Boèce, par Jean de Meun.
Bibliothèque nationale, ms. français 1728.
Ce manuscrit est, à vrai dire, une réplique partielle du ms. 434 de Besançon. On y trouve, en effet, dans le même ordre, le Gouvernement des rois et des princes, les Échecs moralisés et la Consolation de Boèce. Quoiqu’il ne soit pas mentionné dans les inventaires de la librairie du Louvre, je crois bien qu’il a été copié pour le roi Charles V.
Les particularités d’après lesquelles je suis porté à voir dans le ms. 1 728 un livre apparenté de très près à plu-
1 . C’est le même traité que celui par lequel débute le manuscrit de Besançon dont la notice précède, c’est-à-dire le traité attribué à Guillaume Perrault.
sieurs de ceux que nous savons avoir fait partie de la librairie du Louvre sont les suivantes :
1° La peinture qui sert de frontispice au premier traité (fol. 1) offre la même disposition et rappelle bien la facture des frontispices de plusieurs livres de Charles Y , et notamment celle du manuscrit de Besançon que Castan nous a fait connaître. Cette peinture1 se compose de quatre tableaux quadrilobés, à bordures tricolores; le premier et le quatrième tableau à fonds échiquetés d or et d azur, les deux autres à fonds de rinceaux d’or sur rouge; sujets de ces tableaux : 1 . Le roi et la reine assis reçoivent un groupe de prélats mitrés; — 2. Le roi et la reine assis, deux garçonnets auprès du roi ; deux fillettes auprès de la reine2; — 3. Le roi rendant la justice; — 4. Le roi à cheval avec des gens d’armes.
2° Le frontispice du second traité (fol. 157) est un grand tableau quadrilobé, à bordure tricolore, sur lequel est représenté Jean de Vignai offrant son livre à Jean de France, duc de Normandie, absolument comme sur le fol. 245 du ms. de Besançon.
3° Le troisième traité se termine (fol. 270 v°) par cette souscription : « Ci fenist le livre de Boèce de Consolacion, « et l’escript Henri du Trévou. » On connaît d’autres copies faites par cet écrivain pour Charles Y3.
Telles sont les raisons qui m’ont amené à penser que le ms. français 1 728 peut être rattaché à la série des livres de Charles Y : s’il n’a pas été incorporé dans la librairie du Louvre, il a dû être fait dans les mêmes ateliers que
1. Cette peinture est reproduite dans mes Facsimilés de livres copiés et
enluminés pour le roi Charles V, pl. XI. ......
2. Ce sujet doit se trouver sur le fol. 46 du ms. de Besançon. Castan décrit ainsi le tableau de cette page : « Il représente un roi et une reine, avec leurs « enfants, trois garçons et deux filles en bas âge, revêtus de petits costumes « de damoiseaux et de damoiselles. »