SONT COMPOSÉES EN L EGLISE DE SAINT -DENIS EN
France. »
Bibliothèque nationale, ms. français 2813.
Exemplaire copié pour le roi Charles Y vers l’année 1 375 et qui semble avoir été terminé en 1379. Il se composait d abord de deux volumes, très élégamment calligraphiés et très richement illustrés de miniatures, la plupart à bandes tricolores1. Les deux volumes ont été réunis de très bonne heure, comme l’atteste l’état des tranches fleurdelisées.
La première partie s’arrête à la mort de Louis VIII. Le livre consacré au règne de Philippe-Auguste se termine (fol. 260 v°) par les deux pièces signalées ci-dessus, p. 309, d’après le ms. 782 de Sainte-Geneviève.
Le dernier chapitre de la seconde partie se rapporte à 1 année 1 379 et est intitule : « Comment le roy manda à Paris pluseurs barons de Bretaigne pour leur dire les choses dont cy après est. » A la fin du volume ont été reliés, dès 1 origine, de nombreux feuillets de très beau parchemin ; les pages en ont été réglées et on se proposait d’y insérer la continuation des Chroniques.
Chacune des deux parties est précédée d’un grand frontispice très soigneusement exécuté.
En tête de la première partie (fol. 3 v°), sur un feuillet intercalé après coup, on a représenté le sacre d’un roi, probablement Charles VI; au bas du tableau, écu d’azur aux
î; ?auf de rares excePtions, toutes les miniatures se rapportant à la période anterieure à l’année 1375 sont bordées de bandes tricolores. C’est aussi à la meme date que s arrête la table des chapitres des règnes de Jean et de Charles V, copiée sur les fol. 389-392. - La miniature du fol. 439, représentant le sacré de Charles V et de la reine Jeanne de Rourbon, est reproduite dans mes FacsimiLe des livres copiés et enluminés pour le roi Charles V, pl. XIV.
fleurs de lis sans nombre; des deux côtés de l’écu, le peintre avait tracé le contour des armes des douze pairs. Les personnages de ce beau tableau, qui occupe une page entière du manuscrit, sont en grisailles.
Le frontispice de la seconde partie du manuscrit (fol. 285) est formé par la réunion de six petits tableaux représentant des scènes de la vie de saint Louis.
Au commencement des deux parties, l’écu royal est supporté par deux anges.
Cet exemplaire des Grandes Chroniques paraît bien être celui qui est ainsi désigné dans un mandement de Charles Y du 23 novembre 1 378 et dans une quittance de Dine Rapponde du 22 avril 1 378 : « Pour les hez et chemises des Croniques de France et celles que a faittes monseigneur le chancellier, pour n volumes pour ledit seigneur, une pièce de baudequin, xxvi frans. »
Sous le règne de Charles VI, il passa entre les mains de Jean, duc de Berry, comme le prouve cet article d’un inventaire des livres et joyaux de ce prince :
Un livre des Chroniques de France, en deux volumes, écrit en françois de lettres de forme, très notablement historié et enluminé au commencement et en plusieurs lieux. Au commencement du deuxième feuillet du premier volume est écrit de tout le monde, et au commencement du troisième feuillet de l’autre volume il vint près 1 .
Voir les Recherches de Lacabane sur les Grandes Chroniques de France, dans la Bibliothèque de l’École des
1. Je cite cet article d’après Lacabane (Bibl. de l’École des chartes, 1840- 1841, t. II, p. 71), qui l’indique en ces termes : «Inventaire conservé à Rourges, qui contient la notice des livres et joyaux ayant appartenu à Jean, duc de Berry, frère de Charles V. » Il en avait dû la communication au comte Auguste de Bastard. — Suivant Lacabane, le manuscrit des Chroniques était mentionné dans les mêmes termes sur un autre inventaire qui se trouvait également à Bourges, intitulé : « Livres qui furent au roi. » Le comte de Bastard disait que l'inventaire dont il avait donné un extrait à Lacabane était écrit en entier de la main du Père Berthier, chanoine à Bourges.
chartes, 1840-1841, t. I, p. 68-74. Conf. la notice de Paulin Paris dans son édit, des Grandes Chroniques, t. VI, p. 491-494. Une page a été reproduite en héliogravure dans Y Album paléographique de la Société de l’École des chartes, pl. 42. Il y en a aussi un fragment en phototypie dans mes Facsimile des livres copiés pour Charles V.
En 1880, j’ai vu chez un marchand de curiosités, rue Pigalle, 35, un feuillet d’un manuscrit des Grandes Chroniques tout à fait semblable au ms. français 2813. Ce feuillet contient une miniature représentant les funérailles de Jeanne de Bourbon, femme de Charles V.
Les Grandes Chroniques de France.
Manuscrit appartenant au Très honorable marquis de Bute, d’Eccleton Square.
Cet exemplaire des Grandes Chroniques a tant de traits de ressemblance avec les manuscrits faits pour le roi Charles V qu’il m’a semblé légitime de le considérer comme ayant été destiné, sinon au roi, du moins à un membre de la famille royale1 et comme sorti des ateliers dont les copistes et les enlumineurs travaillaient pour le roi. C’est un frère cadet de 1 exemplaire qui porte à la Bibliothèque nationale le n° 281 3 du fonds français et qui est un des morceaux les plus authentiques et les plus précieux de la librairie du Louvre. Les peintures en sont encadrées de bordures tricolores, et la plupart des pages sont ornées de bandes de demi-fleurs de lis, alternativement d’or et d’azur. Au bas de la première page se voient deux béliers affron-
1. Je ne saurais dire les raisons qui ont fait croire que le manuscrit a été fait pour le duc de Berry : « From internai evidenee, the volume appears to hâve been executed for John, duke of Berry. » Third report of the Royal Commission of historical manuscripts. Appendice, p. 202.
tés, d’un dessin qui rappelle tout à fait les lions du frontispice de beaucoup de livres de Charles Y ; chacun de ces béliers porte, attaché autour du cou, une sorte de manteau semé de fleurs de lis et soulevé par le vent. Le manuscrit du Très hon. marquis de Bute n’est point déplacé dans le groupe de livres dont je m’occupe ici.
Les détails que je puis donner sur ce volume sont en grande partie empruntés à une notice que M. Warner, conservateur des manuscrits du Musée britannique, avait bien voulu me communiquer en 1903. J’ai pu la compléter, grâce à l’obligeance du Très hon. marquis de Bute, qui a très gracieusement mis son manuscrit à la disposition de la Bibliothèque nationale pour être placé à l’exposition des Primitifs, en 1904, à côté du splendide exemplaire de Charles V.
C’est un volume de moyen format, composé de 274 feuillets de parchemin, deux colonnes à la page, quarantequatre lignes à la colonne. Il contient la première partie des Grandes Chroniques, jusqu’à la mort du roi Louis VIII. Voici la première et la dernière des rubriques :
Ci commence le noble livre appelle les Croniques de tous les roys de France.
Ci fine du roy Loys qui mourut à Montpancier. Ci commence saint Loys.
Les mots Ci commence saint Loys sont une réclame d’après laquelle il paraît bien certain qu’il a existé un second volume, contenant la suite des Chroniques depuis 1 avènement de saint Louis jusqu au règne de Charles V inclusivement.
Je relève les premiers mots du deuxième feuillet pour le cas où se rencontrerait un ancien inventaire dans lequel serait enregistré un exemplaire des Chroniques ayant un deuxième feuillet commençant par nonnes il faisoient . Il y
aurait là un point de repère pour suivre les destinées du manuscrit dont il est ici question.
On ignore quand ce volume est passé en Angleterre; il y était déjà au xvie siècle, et paraît avoir appartenu à Thomas Wriothesley, qui fut créé comte de Southampton en 1547. C’est probablement vers cette époque que 1 76 feuillets en furent détachés; recueillis dans la bibliothèque Cottonienne1, ils sont arrivés au Musée britannique après avoir été gravement atteints par l’incendie de 1731 .
Le texte du manuscrit m’a paru être celui du ms. 2813. Il s’en distingue cependant par une particularité bien caractéristique : on n’y trouve pas, à la fin des chapitres consacrés au règne de Philippe-Auguste, les deux pièces de vers, l’une en français ( Phelippe roy de France...), l’autre en latin (Ut bene régna regas...) qui sont copiées dans le ms. 2813, d’après le ms. 782 de Sainte-Geneviève.
L’illustration du manuscrit de M. le marquis de Bute fournit des arguments pour établir la parenté de cet exemplaire avec le ms. 2813; cette illustration est assurément moins riche; le nombre des miniatures est moindre et l’exécution n’en constitue pas une œuvre d’art de premier ordre ; mais il est intéressant de constater que le choix des sujets est généralement conforme au programme qu’ont suivi les artistes chargés de décorer le ms. 2813. On en pourra juger en jetant les yeux sur la liste des miniatures se rapportant dans les deux exemplaires aux événements du règne de Philippe-Auguste :
Ms. 2813. Ms. de Bute.
Songe dans lequel apparaît au roi un enfant
tenant un calice d’or rempli de sang . . 223 232
Couronnement du roi . 223 v° 233
Les messagers d’outre -mer réclament le
secours du roi . 227 v° 238 v°