GOUTS LITTÉRAIRES DE CHARLES V
« ses choses belles et nettes, polies et ordennées, ne con- « vient demander : car mieulz estre ne peust1. »
Un contemporain, Pierre Bohier, ne craint pas de comparer Charles V à ce roi d’Égypte qui avait réuni cent mille volumes dans sa bibliothèque, à Jules César, qui saisissait si promptement le sens de toute espèce d’écrits, et à Charlemagne, qui, tous les jours, même quand il devait livrer bataille, se faisait faire trois lectures2. Il n’est pas douteux, en effet, que Charles V ait été animé d’une véritable passion pour les livres ; il leur consacrait la meilleure partie du temps qui n’était, pas réclamé par les affaires publiques. « Vous avés, lui disait Raoul de Presles3, vous « avés tous jours amé science et honoré les bons clers, et « estudié continuelment en divers livres et sciences; se « vous n’avez eu autre occupation. » A l’exemple de son père, il aimait à tracer son nom sur les livres qui étaient 1 objet de ses prédilections. Suivant les anciens inventaires, il avait apposé sa signature sur les ouvrages suivants :
Le Cy nous dit4 (n° lit).
Le Rational de Guillaume Durant (n° 114). — Ms. français 437 de la Bibliothèque nationale.
Le livre des Mouches à miel, de Thomas de Gantimpré (n° 314). — Ce livre est aujourd’hui à la Bibliothèque royale de Belgique; la signature en a été effacée.
Le Songe du Verger (n° 433). — Ce manuscrit, aujourd’hui au Musée britannique, ne contient plus la signature du roi.
Les Ethiques d’Aristote en français (n° 482). — C’est l’exemplaire qui est conservé au Musée Meermanno-Westreenien à La Haye; la signature en a disparu.
1. Faits de Charles V, t. III, p. 12. Je cite ce passage d’après les mss. français 5025 et 10153.
2. Épitre mise en tête d'une édition des Vies des papes ; elle sera publiée à l’Appendice, XIII.