ROI DE FRANCE
Fondation de la librairie.
Goûts littéraires de Charles Y. — Son amour des livres.
Beauté des exemplaires qu’il réunit.
Installation de la librairie au Louvre.
La fondation en plein xive siècle, dans un château royal, d une librairie, composée à la fois de livres de luxe ou d’agrément et de livres d’étude, est un fait qui ne saurait passer inaperçu dans l’histoire de la culture intellectuelle de la société française. Tel fut le caractère de la librairie que Charles Y installa à Paris, dans une tour du Louvre, et qui, à côté de livres destinés à charmer les loisirs du souverain et des membres de sa famille et de sa maison, renfermait nombre d’ouvrages rassemblés pour servir aux travaux de théologie, de droit, de science, de littérature et d’histoire. On comprend les nobles sentiments dont le roi était animé quand on le voit déclarer, en 1371, qu’il veut largement subventionner le travail de Raoul de Presles, chargé de traduire en français la Cité de Dieu de saint Augustin, « pour l’utilité publique du royaume et de toute
« la chrétienté1 » . C’est de la librairie fondée par Charles V, premier germe de notre Bibliothèque nationale, que je me propose d’étudier l’origine et les vicissitudes, en recherchant et décrivant les volumes qui, après avoir échappé à la destruction, sont aujourd’hui disséminés dans différentes bibliothèques de la France et des pays étrangers.
Les prédécesseurs de Charles Y avaient possédé des livres ; la plupart d’entre eux, et notamment le roi Jean2, son père, avaient encouragé la culture des lettres, subventionné les auteurs et fait exécuter par d’habiles artistes des livres de grand luxe. Mais aucun n’avait songé à créer ce que nous appellerions aujourd’hui un établissement d utilité publique, destiné à survivre au fondateur. La librairie dont Charles Y arrêta le plan aussitôt après être monté sur le trône, et qu’il lui fut donné de laisser en mourant dans le plus brillant état, émerveilla les contemporains; les historiens sont unanimes à la citer comme une institution des plus remarquables.
Christine de Pisan avait pu l’admirer plus d’une fois; voici le témoignage qu’elle en a porté : « Ne dirons-nous « encore, de la sagece du roy Charles, la grant amour qu’il « avoit à l’estude et à la science? Et qu’il soit ainsi, bien le « demonstroit par la belle assemblée de notables livres et « belle librairie qu’il avoit de tous les plus notables volumes « qui par souverains auteurs aient esté compilés, soit de la « sainte escripture, de théologie, de philosophie et de « toutes sciences, moult bien escrips et richement adornez ; « et tout temps les meilleurs escripvains que on peusttrou- « ver occupez pour lui en tel ouvrage; et se son estude « bel à devis estoit bien ordenné, comme il voulsist toutes
1. Mandements de Charles V, p. vu. Voyez plus loin l’article consacré aux traductions de Raoul de Presles.
2. Les renseignements que j’ai pu recueillir sur les livres du roi Jean seront l’objet d’une notice, en tête de l’Appendice qui est à la fin de cet ouvrage.