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Recherches sur la maison où Blaise Pascal est né et sur la fortune d'Etienne Pascal, son père

Parmi les noms dont s'honore la Fiance , il en est peu, il n'en est pas, peut-être, qui brillent d'un plus grand , d'un plus pur éclat que celui de Pascal. Quelle ville n'envie à Clermont l'honneur d'avoir donné naissance au grand géomètre , au philosophe sublime, à l'illustre et incomparable écrivain?

L'étranger lettré qui visite Clermont, demande à voir la maison, berceau d'un si grand homme, et s'estimerait heureux de fouler le seuil et le sol que foulèrent les pas de Pascal enfant. — Les grands hommes , ceux surtout qui se sont communiqués à nous par leurs ouvrages , qui nous ont ouvert des horizons nouveaux , à qui nous devons tant de précieuses jouissances du cœur et de l'esprit, inconnues du vul-

gaire , sont pour nous des parents , des bienlaiteurs, des amis. L'admiration qu'excite leur génie, nous intéresse , nous attache à eux ; tout ce qui se rapporte à leur personne éveille nos sympathies les plus vives, et, ainsi que d'une personne aimée, rien de ce qui les concerne, ne nous est indifférent.

Après vingt siècles, on montre encore, à Rome, la maison où naquit Marc-Aurèle ; à Frascati , l'habitation de Cicéron ; dans la \ allée de Licenza, les restes de la villa d'Horace (1).

En Angleterre , la maison où Shakspeare est né , à Stratfort, vient d'atteindre, dans une vente aux enchères, trente fois sa valeur intrinsèque (2).

Dans presque toutes nos >illes de France, des marbres apprennent à l'habitant et au voyageur qu'ici naquit MoHère, là Bossuet, ailleurs Racine ou Vaucanson.

A Glermont, la maison où Pascal naquit, le 19 juin 1623, est restée inconnue jusqu'à ce jour. Le dixseptième siècle, œtas incuriosa suorum, n'a point conservé ce souvenir au dix-huitième; et des vieillards interrogés par moi, il y a plus de trente ans.

1) Découverte de la niiiison de campngne d'Horoce , par l'abbé Capmartin de Chaupy. Rome, 1767. 3 vol. in-S". pi.

(2) CeUe maison , estimée 100 livres st. (2500 fr.), s'est vendue 3000 livres st. (75000 fr.) V. journaux de Londres , du Hi septembre 18'j7; Journal des Débats, du 19.

n'ont pu me transmettre que des opinions incertaines et sans fondement.

Les uns croyaient que Pascal était né à Bien-Assis, château situé à 500 mètres environ au nord-est , et hors des murs de Clermont. Or, ce château appartenait en propre à Florin Perier, qui ne devint le beaufrère de Pascal qu'en 1641 , lorsque celui-ci avait déjà dix-huit ans (1 j. Cette tradition n'est qu'un souvenir altéré d'un voyage que Biaise Pascal fit en Auvergne, en 1660, deux ans avant sa mort, pour y rétabHr sa santé ruinée; époque à laquelle il logea et demeura trois mois chez son beau-frère.

D'autres, par une confusion moins pardonnable , et parce que la famille Perier possédait une maison dans la rue du Terrail , dépendant alors de la paroisse du Port , y supposaient le berceau de Pascal.

La plupart aujourd'hui le mettent dans la maison actuellement appartenant à M. Thibaud-Landriot , rue Saint-Genès, 10, et que feu M. Landriot, mon beau-père, avait achetée en 1807 d'un M. Potière, qui se prétendait un des héritiers de Pascal (2).

Ce qui a pu, jusqu'à un certain point, autoriser cette croyance, c'est un acte de 1636, où l'on voit (|ue la maison dont nous parlons appartenait à noble Martin Pascal, conseiller du roy et général en la

(1) Recueil d'Utrecht, p. 238.

(2) V. ci-après, Pièces justificatives , II , noie *.

eour des aydes (Ij. — On a pris ce Martin Pascal pour le grand-père de Biaise, qui, en eflet, portait ce prénom , mais qui était trésorier de France à Riom ; tandis que le conseiller du roi, général en la cour des aides, mentionné dans l'acte de 1636, était cousingermain d'Etienne Pascal , et oncle à la mode de Bretagne de l'immortel Biaise (2).

Ces opinions diverses qui font naître Pascal ou hors de Clermont, ou sur les paroisses du Port ou de Saint-Genès , tombent devant son acte de baptême constatant qu'il l'ut baptisé en l'église de la paroisse Saint-Pierre. — Car, dirait-on que Pascal, né dans la maison paternelle le 19 juin, a pu être porté dans celle de quelque parent et être baptisé sur une paroisse étrangère? Explication toute conjecturale que déconcerte complètement l'examen des registres de naissances de la paroisse Saint-Pierre, oii l'on trouve tous les enfants d'Etienne :

Au 24 décembre 1617, baptême d'Anthonia;

Au 3 janvier 1620, naissance de Gilberte;

Au 25 juin 1623 , baptême de Blaise;

Au 5 octobre 1625, naissance de Jacquette (3).

On le voit, rien de mieux établi que le domicile réel et permanent d'Etienne Pascal, père de Biaise,

(1) V. ci-après, Pièces justificalives , I.

(2) V. ci-après , Pièces justificatives, II. (3i} V. ci-après , Pièces justificatives, 131.

sur la paroisse Saint-Pierre, avant et après la naissance de son fils. Il sera établi plus loin d'une manière encore plus péremptoire.

Jusqu'en 1846 il ne m'a pas paru possible d'aller plus loin dans cette recherche , et je pensais que nous étions condamnés à ignorer à toujours ce point intéressant de notre histoire locale. Mais , en cette année, une nouvelle lueur m'est apparue.

M. de Varennes, possesseur d'un vieux plan de Clermont, manuscrit, et levé en 1740, a bien voulu me le communiquer, etm'autoriser a en faire une copie pour la Bibliothèque de la ville.

Ce plan était accompagné d'une légende indicative de quelques maisons particulières, et j'y lus avec une bien vive satisfaction , maison de M. Pascal , à la lettre J du plan , à la tête de l'île formée par les rues de l'Ente et de la Coifferie, et dans la paroisse Saint- Pierre ; à côté était la maison Potière , I , et plus haut, à l'endroit qui sert aujourd'hui de passage de communication entre la rue des Gras et la place de la Bourse, passage ouvert seulement en 1794, H, maison Montorcier (1).

Vivement excité par cette espèce de révélation, je m'empressai d'aller visiter M"*^ Chopard, propriétaire de la maison désignée dans mon plan sous le

(1) Voir le plan joint au présent Mémoire.

nom de Pascal, et lui demandai communication de ses titres de possession , pour voir s'il serait possible de remonter, de possesseurs en possesseurs , jusqu'au temps d'Etienne Pascal. Les papiers de la maison étaient aux mains de M. Chopard , son fils, alors à Paris , dont j'ai du attendre le retour à Clcrmont. Ces papiers dont j'ai eu enfin communication ne m'ont rien appris, sinon qu'en 1824, M. Jacques Bompart vend à M. Chopard la maison de la rue de la Coifferie, comme provenant de la succession de M'"'' Françoise Adrian , sa mère ; par conséquent , pour moi toujours espérance vague , toujours incertitude.

La maison Potière , contiguë à la maison de ^/. Pascal, dans le plan précité, fut aussi l'objet de mes investigations, et M. Laurent, actuellement propriétaire de cette maison , qui porte encore dans son ornementation extérieure et intérieure les caractères d'une maison construite au seizième siècle , mit obligeamment à ma disposition les titres constatant que cette maison , qui avait passé par les mains de M. Alligier, son prédécesseur immédiat, avait appartenu à M. Joseph Potière jusqu'en 1769. Ce qui confirmait les indications du plan de 1740, et me laissait encore espérer ; mais pas de confins qui pussent m'éclairer.

Alors , me rappelant un passage des Mémoires sur Pascal, renfermés dans le Recueil d'Utrecht, où Marguerite Perier, nièce de Pascal, nous dit que

« Etienne Pascal, étant devenu veuf, vendit sa charge à son frère, et mit la plus grande partie de ses biens en rentes sur riiôtel-de-ville de Paris, oiî il se retira pour vaquer uniquement à l'éducation de ses enfants.... (1) » , je résolus de consulter toutes les minutes des actes de notaires de la ville de Clermont, depuis l'année 1626, date de la mort d'Antoinette Begon, femme d'Etienne Pascal, jusques et y compris 1631 , année de son départ pour Paris. J'espérais y trouver la vente ou cession de ses biens ; je n'y ai pas rencontré un seul acte oii figurât Pascalou quelqu'un des siens (2).

Ce désappointement ne m'a pas ôté tout courage : une voie nouvelle d'investigation s'est présentée à mon esprit, et m'a enfin conduit au but désiré.

Dans les archives de la ville , dont la direction est , depuis quelque temps, confiée aux soins éclairés de M. Desbouis, toujours empressé de communiquer les richesses dont il est dépositaire, on conserve les re-

(1) V. Recueil dit d'Utrecht, p. 239. — Et. Pascal habitait, à Paris, la rue de la Tisseranderie , paroisse de Saint- Jean-en- (irève. C'est là qu'il faudrait chercher la maison et le cabinet où furent tracés les ronds et les barres qui ont révélé le grand géomètre. Acte du 25 mai 1633 ; Garon, not. à Paris.

(2) Il est vrai que les minutes de plusieurs notaires de cette époque, de MM. Chazelles, Bard, Crozat, Mazerat, etc., ne sont point venues jusqu'à nous, et que celles de MM. Moron et autres, ne sont point complètes.

gisires des deniers communs et de la capitation. Ces registres remontent jusqu'à 1619 (il y en a même un de 1580) , et vont presque sans interruption jusqu'en 1785. Là les habitants sont recensés par paroisse, par quartiers et par rues.

En ouvrant le registre de 1619 , je lis :

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