RÉSUMÉ
Les phénomènes que nous venons de passer en revue nous conduisent à l'affirmation de l’automatisme graphique naturel, résultat de la distraction, del’auto-suggestion et du somnambulisme partiel de l’état de la veille. Les matériaux intellectuels utilisés par cette écriture sont très inégaux en valeur. Parfois rudimentaires, incohérents, mensongers, ils sont des fragments d’une vie psychologique élémentaire, à peine consciente d’ellemême. Dans d’autres conditions, les éléments psychiques sont systématisés dans une personnalité qui se donne un nom. Sous cette forme sont extériorisés des pensées, des raisonnements, des inventions de l’imagination. Des résultats précis de l'activité de l’âme pendant le sommeil : travaux de longue haleine ou solution de problèmes, sont aussi mis au jour par ce procédé d’écriture automatique. Enfin la mémoire latente fournit les éléments de ces faits qui apparaissent comme des révélations de
SUR LA MÉDIUMNITÉ
l’au-delà, mais qu’une étude approfondie nous montre comme nous appartenant, dissimulés, enfouis dans les profondeurs de la conscience. Résumons : L’automatisme de l'écriture, l’oubli immédiat des idées énoncées qui donne à l’écrivain l’illusion d’être sous l’influence d’une volonté étrangère, la personnification des idées, les notions qui gisent dans la mémoire latente, les impressions sensorielles inconscientes, tous ces faits se comprennent et s’expliquent par des raisons tirées de l’étude plus complète de l’intelligence humaine et ne supposent aucunement la nécessité de l’intervention des esprits .
La conclusion pratique à tirer de ces observations, c’est que nous devons récuser comme communications de l’au-delà les écrits qui ne renferment que des renseignements qui pourraient se trouver dans la conscience de l’écrivain, alors même qu’il ignore actuellement ce que sa main écrit, et qu’il ne se souvient pas d’avoir connu les détails qui sont donnés. Ce critérium pourra sembler trop absolu à beaucoup de spirites, mais ceuxlà ne doivent pas oublier que la méthode scientifique a des règles immuables et que chacun doit s’y soumettre. Il existe des principes méthodologiques qu’on ne peut impunément transgresser sans tomber dans l’erreur. Or la logique enseigne qu’il ne faut pas multiplier les causes sans nécessite, c’est-à-dire chercher une seconde hypothèse lorsque celle que l’on a vérifiée suffit à l’explication de tous les cas. C’est ce qui arrive pour les' messages qui ne contiennent que des faits contenus dans la conscience de l’automatiste. Les enseignements d’Allan Kardec, de Davis, de Hudson Tuttle et autres, nous invitent à suivre cette ligne de conduite ; elle sera adoptée, sans aucun doute, par tous les chercheurs qui veulent avant tout ne pas se leurrer et prendre l’apparence pour la réalité. Nous y gagnons de pouvoir jeter par dessus bord, tout le fatras des communications ridicules signées des plus grands noms, et les emphatiques et creuses révélations qui ont été élaborées dans la conscience somnambulique des écrivains. Cette épuration indispensable nous affranchit aussi, en partie, de l’explications des esprits farceurs, dont on avait positivement abusé.
La plupart des écrivains qui ont traité incidemment de l’écriture automatique ont borné leur étude aux phénomènes que nous venons de passer en revue. Il n’ont pas osé aller plus loin, parce que devant certains résultats, il aurait fallu faire intervenir pour l’explication, des facultés nouvelles de l’esprit telles que : la clair-
voyance, la transmission de pensée, la télépathie, etc. qui n’ont pas reçu encore l’estampille officielle; alors ils ont trouvé plus simple, et surtout plus aisé, de passer sous silence les cas embarrassants, de sorte qu'ils n’ont fait qu’effleurer la question sans entrer dans l’examen des véritables difficultés qui accompagnent l’étude du spiritisme.
Nous qui n’avons pas les mêmes préventions et qui ne sommes ligottés par aucun des préjugés d’école, nous allons entreprendre ce travail, sachant parfaitement qu'il peut nous attirer les critiques des spirites intransigeants et bornés, et celles des savants ignorants et prétentieux, qui s'imaginent naïvement que l’on n’osera pas aller au delà des bornes, qu’ils ont fixées, comme si c’étaient les limites exactes du savoir humain. La tâche est ardue, car le terrain est tout à fait neuf ; mais nous avons bon courage ; si nous nous trompons, ce ne sera peut-être pas complètement et il faut espérer qu’il restera quelque chose de notre effort, ne fût-ce que l’exemple d’avoir entrepris une œuvre tout à fait indépendante.
SUR LA MÉDIUMNITÉ