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CHAPITRE

La médiumnité mécanique

Sommaire : Le spiritisme est une science dy observation. — Le médium est l'instrument nécessaire pour établir des rapports entre les hommes et les esprits. — Influence de l’organisme sur les manifestations. — Automatisme de récriture. — Le cas du Dv Cyriax . — Les explications des savants : Faine , Dv Carpenler, Cari du Prel, Hartmann , Aksakof. — • Les différents genres d’écriture. — En cercle , en spirale, à rebours. — L’écriture eu miroir. — Différentes écritures dit meme médium. — Les cas du révérend Stainton Moscs, de Mansfield , de Rate Fox, de MlJVi Piper. — Ecritures entremêlées et en langues étrangères. — Il faut étudier les caractères qui séparent récriture automatique de celle produite par les esprits , désignée sous le nom d’ écriture mécanique .

On a souvent accusé les spirites de crédulité invétérée, et si les critiques ont eu parfo's raison dans des cas particuliers, il n’est pas juste d’englober tous les adeptes dans cette réprobation. La vérité, au contraire, c’est que la plupart des partisans du spiritisme ne sont arrivés à la conviction qu’après avoir étudié longuement les phénomènes, vaincu leurs préjugés, et

s’être persuadé expérimentalement que l’existence des esprits est une réalité indiscutable.il en est des spirites comme de toutes les collectivités, il s’y trouve des intelligences à divers degrés de développement ; les uns, faute de discernement et d’éducation scientifique, acceptent sans contrôle les assertions les plus invraisemblables qui leur parviennent par le canal des médiums; les autres cherchent à se rendre compte des faits, en les analysant dans leur mode de production et au point de vue de leur valeur intellectuelle. On peut compter parmi ces derniers les hautes intelligences qui ont été conquises dernièrement au spiritisme, tant par une patiente, investigation que par l’évidence irréfutable des manifestations.

Le moment est venu de mettre à profit les nombreux travaux que nous possédons sur le sujet, et de tenter un essai d’explication scientifique de la médiumnité, en utilisant les documents fournis par tous les chercheurs. Nous aurons donc recours aussi bien aux études des psychologues, des membres de la Société des recherches psychiques ou des hypnotiseurs, qu’à celles des spirites proprement dits.

Essayons d’abord de bien comprendre ce qu’est un médium. Dans les sciences d’observation, on est très vite arrêté lorsqu’on ne dispose que de ses sens pour étudier les phénomènes. C’est grâce à l’invention d’instruments particuliers à chaque ordre de faits que l’homme est arrivé à connaître d’une manière plus précise l’univers et ses lois. La lunette, le télescope, l’analyse spectrale ont fondé l’astronomie positive. Le microscope a permis de découvrir les infiniments petits et de suivre la nature organique jusque dans ses intimes profondeurs. La physiologie doit ses progrès à un outillage délicat et toujours plus perfectionné, de même que la physique et la chimie sont arrivées à réaliser des merveilles, par l’emploi de moyens mécaniques d’une puissance véritablement prodigieuse.

Le domaine philosophique a été élargi à son tour dans de notables proportions par la psychologie expérimentale, c’est-à-dire par une méthode qui adjoint au sens intime, à l’analyse introspective, l’étude des phénomènes de la vie qui ont en même temps un aspect physiologique et un corrélatif psychique. Parmi les procédés employés, te somnambulisme hypnotique adonné le moyen de procéder à des expériences ; toutes les modalités de la sensibilité, de la mémoire ou de la volonté ont pu être soumises, ensemble ou séparément, à des investigations variées,

SUR LA MÉDIUMNITÉ

à de véritables manipulations, de manière à jeter un jour tout nouveau sur leur mécanisme et sur leurs relations réciproques. Le sujet hypnotique est l’instrument qui a rendu possibles ces découvertes.

Pour l’étude du monde spirituel, il nous faut également un instrument, un intermédiaire entre l’humanité terrestre et l'humanité posthume, nous l’avons trouvé : c'eSL le médium. Comme il possède un âme et un corps, il accède par l’une à la vie de l’espace, et par l’autre il se rattache à la terre, il peut servir de truchement entre ces deux mondes. Nous avons évidemment le plus grand intérêt à bien connaître ce transmetteur, afin de pouvoir en utiliser toutes les propriétés. Il est urgent de spécifier ce qu’il est capable de faire par lui-même, afin de ne pas confondre son action avec celle qui est exercée sur lui. Nous devons donc définir dans les phénomènes de la médiumnité : i°la part qu’il faut faire à l'organisme matériel du sujet; 2°celle qui ëst attribuable à son propre esprit ; y celle qui lui est étrangère, et dans ce cas, savoir si elle provient des assistants ou d’une intervention complètement indépendante.

Dès l’origine du spiritisme, ces distinctions ont été faites; on les trouve très nettement indiquées dans l’œuvred’ Allan Kardec.

Influence de l’organisme

Nous savons que l’âme n’est pas une abstraction, un être immatériel, qu’elie est toujours associée à un substratum physique extrêmement subtil appelé périsprit. Mais précisément à cause du degré de raréfaction de son enveloppe, l’esprit ne peut agir directement sur la matière terrestre, il lui faut un intermédiaire. Pendant la vie, la force nerveuse est cette forme de l’énergie qui permet à l’esprit de mouvoir le corps, et par laquelle les sensations arrivent à l’âme.

Lorsque l’esprit, après la mort, habite dans l’espace, s’il veut déplacer un objet physique ou agir sur un être incarné, il doit emprunter cette énergie dont il est dépourvu, à un organisme vivant, capable de la lui fournir : le médium est ce générateur. Tout être humain apte à extérioriser sa force nerveuse, pourra servir de médium (i;. La médiumnité n’est donc pas une faculté surnaturelle, un don miraculeux, elle dépend simplement d’une

(1) Voir sur ce sujet les recherches de William Crookes, et le livre de M. de Rochas : Y Extériorisation delà motricité.

propriété physiologique du système nerveux, elle n’a aucun rapport nécessaire avec la moralité ou le degré d’intelligence du médium On ne doit pas plus être surpris de rencontrer parfois des médiums indignes, que l’on est étonné de voir une bonne vue à des malfaiteurs, de fadresseaux filous ou de l’éloquenceà certains hommes politiques. Les esprits ont très souvent appuyé sur ce caractère physique de la médiumnité. A la demande faite par Allan Kardec, si le développement de la médiumnité est en rapport ' avec le développement moral du médium, il est répondu : (i)

« Non ; la faculté proprement dite tient à l'organisme ; elle est indépendante du moral ; il n’en est pas de même de l’usage, qui peut être bon ou mauvais, suivant les qualités du médium ».

A un endroit, l’esprit Eraste dit aussi :

« Nous l’avons déjà dit : les médiums, en tant que médiums, n’ont qu’une influence secondaire dans les communications des esprits ; leur tâche est celle d’une machine électrique qui transmet les dépêches télégraphiques, d’un point éloigné à un autre point éloigné de la terre. Ainsi, quand nous voulons dicter une communication, nous agissons sur le médium, comme l’employé du télégraphe sur son appareil... »

Dans la suite, nous verrons que l’émission de la force nerveuse est en relation directe avec l’état de santé du médium, et nous étudierons les variations qui résultent de cette cause, pour l’obtention des communications.

Influence de l’esprit du médium. - Depuis quelques années, des psychologues anglais et français ont prétendu expliquer l’écriture automatique des médiums par faction de la subconscience du sujet, agissant à l’insu de la personnalité ordinaire. Ii existerait ainsi, chez les médiums et les hystériques, une seconde conscience, inconnue de la première, qui aurait un caractère particulier et des connaissances ignorées du sujet à l’état normal.

Ce moi désagrégé serait le seul auteur de l’écriture, et l’ignorance de l’écrivain relativement aux caractères que sa main trace, ne témoignerait nullement de l’intervention d’une intelligence étrangère. Nous étudierons en détail ces observations, pour en retenir ce qu'il y a d’intéressant au point de vue du mécanisme automatique de l’écriture, mais nous montrerons

(i) Allan Kardec. Livre des médiums, page 282.

que le caractère essentiel de la médiumnité mécanique ne réside pas dans l’action involontaire d’écrire, mais dans le contenu intellectuel du message ainsi obtenu.

Nous allons décrire d’une manière générale le phénomène de l’écriture mécanique, puis nous passerons en revue les particularités spéciales qui ont trait, soit au mécanisme de la communication, soit au contenu intellectuel des messages.

Automatisme de l’écriture

Parmi les nombreuses manifestations spirites, une des plus convaincantes pour celui qui en est l’objet, est sans contredit l’écriture mécanique, appelée aussi automatique. Sentir son bras agité de mouvements dont on n’est pas le maître ; voir sa propre main écrire sous l’influence d’une volonté que l’on sent n’ètre pas la sienne ; tracer sans interruption des pages entières dont on ignore le sens, c’est un fait bien propre à faire croire que l’on est sous l’influence d’une puissance étrangère, avec laquelle on désire faire plus ample connaissance. On n’arrive pas instantanément à ce résultat, il faut parfois de nombreux essais avant de pouvoir écrire couramment. Voici une instructive narration qui retrace fidèlement les phases par lesquelles on passe généralement. Elle est due au Dr Cyriax, directeur du Spiritualistische Blaelter (i).

L’auteur raconte que voulant se mettre à l’abri de toute supercherie, il avait résolu d’étudier en famille les tables tournantes. Il tint vingt séances sans obtenir de résultats, et il était sur le point d’abandonner son enquête, lorsqu’à la vingt et unième fois, il constata quelques mouvements. Cédons-lui la parole :

« Dans cette vingt et unième séance, je ressentis à l’improviste une sensation toute particulière, tantôt de chaleur, tantôt de froid; je perçus ensuiteune sortede courantd’.ir froid qui passait sur mon visage et sur mes mains, puis il me sembla que mon bras gauche s’endormait, comme on l’a dit ; mais l’impression était toute différente de celle de fatigue que j’avais ressentie dans les autres séances, et que je pouvais faire passer, soit en changeant la position, soit en remuant le bras, les mains ou les doigts. Actuellement, mon bras était pour ainsi dire paralysé, et ma volonté était impuissante à le faire bouger, pas plus que mes doigts; j’eus ensuite le sentiment que quelqu’un

(i) Voir Gardy. Cherchons } page 164.

mettait mon bras en mouvement et, quelle que fût la rapidité avec laquelle il s'agitait, je ne parvenais pas à l’arrêter.

« Comme ces mouvements avaient de l’analogie avec ceux que nous faisons pour écrire, ma femme alla chercher du papier et un crayon, qu’elle mit sur la table; tout à coup ma main s’empare du crayon et, pendant quelques minutes, trace des signes dans le vide avec une incroyable rapidité, en sorte que mes deux voisins étaient obligés de se jeter en arrière pour ne pasêtre atteints ; après quoi ma main s’abat brusquemment sur le papier, le frappe violemment et brise la pointe du crayon. A ce moment, ma main reposait sur la table, je comprenais fort bien que ma volonté avait été tout à fait innocente des mouvements que je venais d’exécuter, de même qu’elle n’était pour rien dans la phase actuelle de repos ; le fait est que je n’avais pas pu arrêter mes gestes et qu’à présent je ne pouvais pas davantage remuer le bras, qui restait insensible et comme s’il ne m’appartenait plus.

« Mais, lorsque le crayon taillé de nouveau fut remis à ma portée, ma main s’en saisit et commença à abîmer plusieurs feuilles de papier, le couvrant de grandes barres et de déchirures ; puis elle se calma et, à notre profond étonnement, se mit à faire des exercices d’écriture tels qu’on en fait faire aux enfants : des traits d’abord, des jambages, puis des N, M, A, C, etc., puis enfin l’O, sur lequel je restai longtemps, jusqu’à ce que la force qui animait mon bras fût parvehue à le faire mouvoir en cercle, toujours le même, avec une grande rapidité. Après cela, la force paraissant épuisée, l’agitation de mon bras cessa; je sentis un nouveau courant d’air froid passant de nouveau à travers et sur ma main, et bientôt toute fatigue et toute douleur avaient disparu ».

Bien que le Dr Cyriax habitât l’Amérique au moment où il tentait ses premiers essais, sa description est tout à fait semblable à celle que fait Allan Kardec, des débuts de l’écriture mécanique. Voici, en effet, ce que dit le grand initiateur : (i)

« Le premier indice d’u e disposition à écrire est une sorte de frémissement dans le bras et la main ; peu à peu la main est entraînée par une impulsion qu’elle ne peut maîtriser. Souvent elle ne trace d’abord que des traits insignifiants; puis las caractères se dessinent de plus en plus nettement, et l’écriture finit par acquérir la rapidité de l’écriture courante. Dans tous les cas, il faut abandonner la main à son mouvement naturel, et n’apporter ni résistance, ni propulsion.

« Certains médiums écrivent couramment et avec facilité dès le début, quelquefois même dès la première séance, ce qui est assez

(i) Allan Kardec. Livre des Médiums , page 249.

SUR LA MÉDIUMNITÉ

rare ; d’autres font pendant assez longtemps des barres et de véritables exercices calligraphiques ».

Eugène Nus raconte aussi comment la médiumnité de récriture se développa chez son ami Brunier : (i)

Brunier devint plus tard ce qu’on appelle, dans le langage spirite, médium écrivain. Nous vîmes naître et se développer en lui cette faculté automatique : il prenait un crayon et laissait aller sa main, qui commença par tracer des lignes informes. Peu à peu, elle arriva à former des caractères à peu près nets, et enfin à écrire couramment... ^

Quand il prenait un crayon pour se livrer à ces exercices, sa main devenait une véritable machine, aux mouvements nerveux, saccadés, rapides, rapides surtout.

Je me rappelle ce crayon posant parfois une question à l’un de nous, et, quand la réponse n’arrivait pas prompte comme la pensée, s’agitant avec impatience, frappant convulsivement le papier qu’il maculait de petits points, et écrivant forcément : Mais répondez donc, Nus... réponds donc, Meray, je m’ennuie...

J’ai retrouvé tout récemment dans de vieux papiers martelés par son crayon, plusieurs pages ainsi écrites sans que son esprit en eût conscience, et qu’après les avoir tracées, il lisait avec autant de curiosité que nous.

Nous venons de constater que c’était aussi le cas du Dr Cyriax. Nous lui rendons la parole :

« Le calme s’étant rétabli, nous levâmes la séance, heureux d’avoir constaté la manifestation d'une force indépendante de notre volonté propre et à laquelle il ne nous était pas possible de résister ; que cette force fût magnétique ou spirite, ou qu’elle provînt de l’activité inconsciente du cerveau, c’était une question réservée jusqu’à nouvel ordre ».

Nous remarquons par cette dernière phrase, que l’observateur était au courant des théories qui expliquent l’écriture automatique par la subconscience, qu’il nomme l’activité inconsciente du cerveau ; nous allons voir comment il acquit la conviction que l’influence qui le dirigeait lui était complètement étrangère.

« Quelque mince que fût le résultat obtenu, nous ne fûmes pas tranquilles avant d’avoir tenté d’autres expériences. Le lendemain soir, nous nous remettions à l’œuvre et, cette fois, l’attente 11e fut

(1) Eugène Nus. Choses de Vautre monde , p. 123.

pas longue. A peine cinq minutes s’étaient-elles écoulées, que' déjà je sentais l’air froid, et que la même sensation était éprouvée par mes collègues : puis survinrent des mouvements brusques et souvent douloureux de ma main gauche, qui frappait parfois, pendant plusieurs minutes de suite, le bord de 'la table à coups précipités avec une telle violence que je croyais devoir être écorché ; à ma surprise, je ne découvris pas ensuite la moindre blessure, et toute trace de douleur disparut comme par enchantement.

« Dès ce jour, ma médiumnité se développa rapidement. Je commençai à écrire de la main gauche, d’abord comme exercice ; puis vinrent des communications de différents esprits, et un soir je dessinai une corbeille de fleurs. Je dois dire que je suis très maladroit de la main gauche à l’état normal, ne sachant pas seulement m’en servir pour manger, à plus forte raison pour écrire; quant au dessin, je m’y entends fort peu, même avec la main droite.

« J’avais maintenant acquis la plus entière certitude que la force qui écrivait et dessinait par mon entremise était indépendante de moi, et qu’elle devait résider dans une intelligence autre que la mienne, car, pendant ces manifestations, je conservais toute ma lucidité ; je ne ressentais aucun inconvénient, sauf en ce qui concerne mon bras gauche, qui, pendant toute la séance, ne semblait plus m’appartenir, et me faisait l’effet d’être utilisé par quelqu’un d’autre, à mon insu et contre ma volonté même. Mon esprit y était pour si peu de chose que, tandis que ma main écrivait, je pouvais faire tout à' mon aise la conversation avec les autres personnes du cercle. Un collègue, qui assistait un jour à la séance, ayant voulu arrêter le mouvement de ma main et ayant, pour cela, placé ses m uns de manière à faire porter sur la mienne tout lé poids de son corps, n’y réussit pas du tout ; ma main poursuivit son travail avec force et régularité, tandis que c’est à peine si je sentais le poids des mains posées sur la mienne ».

Nous voyons par ce récit que le Dr Cyriax, d’après ses propres paroles, avait acquis la plus entière certitude que la force qui écrivait et dessinait par son entremise lui était absolument étrangère. Cet automatisme du bras et de la main, cette ignorance de la pensée qui s’inscrivait sur le papier, lui semblent une démonstration irréfutable de l’intervention d’une autre intelligence que la sienne. Eh bien ! si l’on en croit certains psychologues qui ont étudié cette question, ces deux caractères ne démontrent nullement qu’il y ait en jeu un autre agent que le Docteur lui -même, car c’est un personnage caché en lui, une seconde personnalité dont il ne soupçonne pas l’existence, qui

est la cause qui fait mouvoir sa main, et l’intelligence qui se distingue de la sienne. Voici quelques remarques de ces observateurs sceptiques.

Les Savants

D’après Taine, il peut parfaitement arriver qu’il se produise chez certains sujets un dédoublement mental spontané qui crée deux personnalités distinctes, lesquelles s’ignorent, tout en existant simultanément. Voici comment il expose cette curieuse hypothèse : (i)

« Les manifestations spirites elles-mêmes nous montrent la co-existence, au même instant, dans le même individu, de deux volontés, de deux actions distinctes, l’une dont il a conscience, l’autre dont il n’a pas conscience et qu’il attribue à des êtres invisibles.

«J’ai vu une personne qui, en causant, en chantant, écrit sans regarder son papier, des phrases entières, sans avoir conscience de ce qu’elle écrit. A mes yeux, sa sincérité est parfaite; or, elle déclare qu’au bout de la page elle n’a aucune idée de ce qu’elle a tracé sur le papier : quand elle lit, elle en est étonnée, parfois alarmée. L’écriture est autre que son écritare ordinaire. Le mouvement des doigts et du crayon est rai ,e et semble automatique. L’écrit finit toujours par une signature, celle d’une personne morte, et porte l’empreinte de pensées intimes, d’un arrière-fond mental que l’auteur ne voudrait pas divulguer. Certainement on constate ici un dédoublement du moi, la présence simultanée de deux séries parallèles et indépendantes, de deux centres d’action, ou, si l’on veut, de deux personnes morales juxtaposées dans le même cerveau ; chacune aune œuvre et une œuvre différente, l’une sur la scène, l’autre dans la coulisse ».

11 nous serait facile de montrer que l’écrivain fait une pure hypothèse qui ne s’appuie sur aucune démonstration. Il semble avoir considéré que la croyance aux Esprits ne méritait pas même une discussion, aussi donne-t-il son argument d’une seconde personnalité, sans prendre la peine de la justifier autrement que par son affirmation. Si d’autres faits tirés de l’étude du magnétisme et de l’observation des cas de personnalités multiples n’étaient venus donner un appui à cette manière de voir, nous l’aurions passée sous silence, car il existe un grand nombre de cas qu’elle n’explique pas, comme nous le

(i) Taine. De l'intelligence . Tome I, p. 16.

verrons par la suite; mais elle a pris un caractère sérieux, depuis que des recherches très nombreuses sont venues lui donner une apparence de vérité, c’est pourquoi nous avons le devoir d'étudier attentivement ce que l’on a appelé l’automatisme psychologique, la sub-conscience, le moi subliminal, etc.

En Angleterre, le Dr Carpenter (i) a formulé une théorie sur ce qu’il nomme la cérêbration inconsciente, laquelle a été employée souvent pour expliquer les communications spirites ; malheureusement, comme le fait remarquer Alfred Russel Wallace(2),le savant docteur n’a pas cité un seul des phénomènes bien attestés de clairvoyance qui établissent l’insuffisance de son hypothèse.

En Allemagne, Cari du Prel et Hartmann sont partisans de l’inconscient, c’est-à-dire d’un second moi, différent de la personnalité ordinaire, lequel reste inconnu pendant la durée de notre vie et possède, par la clairvoyance et le dédoublement, des connaissances que nous ne pourrions jamais acquérir par les sens. Avec la théorie de ce second moi , il nous faut supposer que cette moitié cachée de nous-même, tandis qu’elle a des facultés supérieures aux nôtres, ne sent même pas qu’elle fait partie de nous ; ou, si elle le sait, elle ment avec persistance, puisque, dans l’immense majorité des cas, elle adopte un nom distinct et se donne pour une individualité ayant vécu ici-bas.

A son tour, notre cher défenseur Aksakof, adoptant en partie ces idées, écrit : (3)

1) Il existe dans l’homme une conscience intérieure, en apparence indépendante de la conscience extérieure et qui est douée d’une intelligence et d'une volonté qui lui sont propres, ainsi que d’une faculté de perception extraordinaire ; cette conscience intérieure n’est ni connue de !a conscience extérieure ni contrôlée par elle ; elle n'est pas une simple manifestation de cette dernière, car ces deux consciences n’agissent pas toujours simultanément (d'après M. Hartmann, c’est une fonction des parties moyennes du cerveau ; suivant l'expérience d’autres personnes, c est une individualité, un être transcendantal. Nous laisserons de côti ces définitions ; il nous suffit de dire que l’activité psychique de l'homme se présente comme double : activité consciente et activité inconsciente, — extérieure et intérieure, — et que

(1) Carpenter. The principles of mental physiology .

(2) Wallace. Les miracles et le moderne spiritualisme , pp. 99 et

(3) Aksakof .Animisme et spiritisme . p. 472.

SUR LA MÉDIUMNITÉ

les facultés de cette dernière surpassent beaucoup celles de la première).

2) L'organisme humain peut agir à distance, en produisant un effet non seulement intellectuel ou physique, mais plastique même dépendant, selon toutes les apparences, d’une fonction spéciale de la consscience intérieure. Cette activité extra-corporelle est indépendante, semble-t-il, de la conscience extérieure, celle-ci n’ena pas connai ssance, ne la dirige pas.

Nous verrons, 'après avoir étudié les faits, que toutes ces hypothèses peuvent se concilier parfaitement en admettant que l’àme, dégagée de l’organisme, jouit de pouvoirs plus grands — clairvoyance, dédoublement, etc. que dans l’état ordinaire, et que c’est en rentrant dans son corps que le souvenir de ce qu’elle vient de faire est perdu ; mais au moment où elle exerçait ses facultés elle était consciente, et c’est l’oubli de ce qui se passe pendant le dégagement qui a fait croire à deux individualités distinctes et indépendantes.

Nos savants français ne vont pas si loin que Cari du Prel et Hartmann ; ils se bornent à l’étude des phénomènes observés chez les hystériques, soit à l’état normal, soit pendant l’hypnose, et encore en négligeant volontairement tout ce qui n’a pas une explication strictement matérialiste, de sorte qu’ils concluent à une désagrégation de la conscience qui se fractionnerait en personnalités secondaires-, co existantes avec le moi normal, et produisant tous les phénomènes que l’on ne peut pas attribuera la conscience ordinaire. Avant d’analyser leurs travaux, il n’est pas inutile de connaître les formes multiples de l’écriture mécanique ; en observant toutes ces bizarreries, on comprendra mieux la complexité du problème.

Les différents genres d’écritures

On ne doit pas ignorer que l’on peut écrire inconsciemment soit en tenant une plume ou un crayon comme d’habitude, soit en posant la main sur une petite planchette supportée, par trois pieds, dont l’un est remplacé par un crayon. Alors, sans intervention volontaire de la part de l’opérateur, le léger instrument se met en mouvement et trace des lettres ou des dessins compliqués. Ce procédé a été très en usage il y a une quarantaine d’années et il est encore fort usité en Angleterre et en Amérique. Voici un récit qui décrit bien le phénomène : (1)

(1) Revue Spirite. 1878, p. 248. Nous connaissons l’auteur de ce récit, professeur de haute valeur et d’une sincérité absolue.

Je tiens à rappeler que je ne m’étais décidé à recourir au Spiritisme qu’en désespoir de cause et à bout d’hypothèses raisonnablement permises, me semblait-il, sur la nature et la provenance des phénomènes dont j’ai parlé (Mouvements d’objets sans contact). Je n’étais donc rien moins que disposé, en tentant l'aventure d’expériences médianimiques, à me payer de résultats équivoques. La planchette qui devait nous servir était disposée de façon à ce qu’il tut à peu près impossible à la main, légèrement appuyée sur le bord inférieur, de ramener en arrière le crayon fixé à l’autre bout. Or, dès que ma femme l’effleura du doigt, elle se mit en marche, débutant par des zigzags et des courbes tn tous sens, comme exercices préparatoires, eût-on dit, puis bientôt se mit à écrue couramment. Quant à moi, je n’en obtins Jamais une panse d’a. Particularité h noter, les réponses demandées, étaient le plus souvent tracées en spirales ou circulai renient, parfois en lettres renversées. L’auteur, quel qu’il fût, semblait se plaire à vaincre les obstacles et à donner des preuves de sa dextérité graphique. Mais prenons que cela ne prouve rien et mettons ces tours d’adresse sur le compte de l’électricité (ou de l’inconscient) développant chez le médium un talent qu’il ne soupçonnait pas. Toutefois une difficulté se présente. Si en pareil cas l’électricité (ou l’inconscient)combiné avec le désir du médium joue le rôle que lui attribuent les incrédules, comment expliquer, par exemple, l’arrêt immédiat et définitif de la planchette après des réponses comme celles-ci :

« A demain, au revoir, assez pour aujourd’hui ; je suis obligé de vous quitter ». Comment expliquer les refus catégoriques de répondre à certaines questions ? II n’y a alors désir qui tienne, instances ou dépit des questionneurs qui fassent, la planchette ne fonctionne plus, et si une heure leur a été fixée pour la reprise de l’entretien, ce n’est qu’à l’heure dite qu’elle se décide à se remettre en mouvement, j’ai constaté cela nombre de fois dans le cours de nos expériences à deux personnes.

M. Aksakof, quia une si grande expérience en ces matières, arrive aux mêmes conclusions (1).

« Toutes les conditions étant absolument les mêmes, il arrive souvent qu’à une séance donnée, alors qu’on ne souhaite que d’assister aux phénomènes obtenus dans la séance précédente, on n’obtient aucun résultat, pas le moindre mouvement de la table ou du crayon que tient le médium, il est notoire que souvent un désir intense ne fait que nuire aux manifestations.

« Les manifestations, s’il s’en produit, ne peuvent se conti-

(1) Aksakof. Animisme et Spiritisme , p. 281 .

SUR LA MEDIUMNITE

nuer au gré des assistants. Ainsi lorsque l’esprit qui se' manifeste par une communication écrite annonce qu’il a fini, le crayon s’arrête, — ou il tombe de la main du médium, si celuici est entranse, — et vous renouvellerez vainement vos questions, la main ne remue plus. De même dans une séance à effets physiques, dès que la fin est annoncée (par exemple par les mots c est fini, comme c’était l’usage dans la famille Fox (Mining Link p. 53), la table redevient immobile, et c’est en vain que vous y resterez, que vous tenterez de la faire mouvoir : plus un son, plus un mouvement ne se produit. »

M. William Howitt, un des écrivains estimés de l’Angleterre, dit dans une lettre adressée au R. B. H. Forbes : (1)

Je connais plusieurs personnes qui écrivent, dessinent ou peignent, sans aucun effort de leur part, quelques unes n 'ayant jamais appris le dessin. J’ai écrit un volume entier sans avoir besoin d’y penser, et d’une façon toute mécanique ; j’ai exécuté une série de dessins circulaires remplis de petits sujets, tous diffé'.ents les uns des autres, les cercles étant formés aussi régulièrement qu’un compas aurait pu le faire; pourtant ils étaient simplement faits au crayon. Des artistes auxquels je les fis voir déclarèrent qu’une faculté nouvelle se révélait en moi ; mais hélas, la faculté a disparu, comme pour prouver qu’elle n’appartenait pas à moi. Les dessins subsistent, mais je ne serais pas capable d’en faire une seule, copie, même si ma vie en dépendait.

Un de nos parents a dessiné des choses charmantes et très extraordinaires, ainsi que des légendes écrites de la même façon mécanique et involontaire ; de sorte que la plupart de ces dessins sont accompagnés de notes explicatives dont chaque ligne a un sens profond. J’ai vu la plus grande partie des manifestations produites par MM. Home, Squire et autres. J’ai vu des mains d’Esprits, je les ai touchées à plusieurs fois. J’ai vu de l’écriture tracée par les Esprits sur du papier posé avec un crayon sur le parquet.

Un M. Salgue, d’Angers, écrivait aussi en 1868 (2) :

Nous avons, dans un cercle privé, une jeune dame, médium écrivain de la plushaute puissance, dont nous aimons à faire usage la moitié du temps, car ce qu’elle écrit, au moyen de la corbeille, avec une rapidité effrayante, est incontestablement le produit des Esprits, surtout quand les écrits ^e fond en rond, en spirales ou commencés par la dernière lettre du dernier mot d’une phrase, allant de droite à gauche.

(1) Spiritual Magazine, septembre 1862. Traduction française dans la Revue Spiritualiste , 1862, p. 296.

(2) Revue Spiritualiste , 1858, p. 401.

Les caractères de l'écriture ne sont pas toujours tracés normalement comme nous venons de le constater, et c’est un fait qui se produit assez fréquemment pour avoir attiré l’attention des observateurs. MF. W. H. Myers dit à ce sujet : (i)

Quelquefois le mot ou message qui est écrit devient inintelligible; il peut être abandonné alors comme non sens, mais un minutieux examen postérieur montrera qu’il y a une méthode dans cette confusion apparente : le mot est simplement épelé à rebours . Par exemple tiun pour nuit, etc.

Dans la Revue Spirite (2) nous avons un témoignage analogue de M. le colonel Devolluet, observation qu’il fit avec son sujet Amélie :

Pendant que nous causons avec ces dames, Amélie tient toujours le crayon et appelle notre attention sur une phrase en langue étrangère qu’elle vient d’obtenir. Notre surprise est extrême, mais bientôt nous remarquons le mot cuq et cj qui se répètent, le premier trois fois, le second deux fois, et nous sommes sur la voie : c' était de récriture unversée dont Amélie n’avait jamais entendu parler. La traduction était «Que voulez-vous que je vous fasse pour vous faire plaisir ? Chers amis, que je vous aime! »

Revenons maintenant à M. F. W. H. Myers :

A côté de l’écriture à rebours déjà décrite, l’automatiste produira quelquefois une forme d'écriture renversée, d’une manière beaucoup plus complexe, c’est-à-dire quepour la lire il faudra regarder à travers le papier devant une lumière ou le tenir devant un miroir. Je connais une dame qui faisait de grossiers dessins automatiques, de grossières figures égyptiennes (intéressantes à un autre point de vue, mais étrangères à mon sujet immédiat). Parmi ces figures, se trouvait nn cartouche avec ce qui semblait une inscription hiéroglyphique. Cette dame et ses amis prenant la chose très au sérieux, se donnèrent beaucoup de mal pour déchiffrer ces caractères d’après les analogies égyptiennes, sans pouvoir y parvenir. Quelques mois plus tard, une personne au courant de l'écriture automatique tint le papier devant la fenêtre et lut facilement ce qui était un nom anglais en ccnture an miroir .

Un de nos amis, bien connu, me cite un cas où la première expérience d’écriture automatique était de cet ordre ; le voici : Une de nos sœurs, mariée à un clergyman, essayait de me persuader que toute écriture dite automatique, n’était d’une façon inconsciente quelconque que Pacte du médium par la main duquel elle s’obtenait et pour preuve elle dit : « Si je tenais un crayon, ma main n'écrirait jamais

(1) Myers, Procccdings. Automatic writting , 1885.

(2) Revue Spirite, 1878, p. 365.

SUR LA MÉDIUMNITÉ

rien, à moins que je ne le veuille ». Elle prit un crayon et du papier ; bientôt sa main commença à se mouvoir en dépit de tous ses efforts pour la retenir, et après' nombre de griffonnages en cercles et en zigzags, produisit quelque chose qui ressemblait à de l’écriture, mais que personne 11e put déchiffrer. Elle ne s’en occupa plus, mais au bout de quelque temps l’un de nous suggéra qu’elle pouvait avoir écrit à rebours et tenant le papier devant une glace on vit ces mots très lisibles: « l’as bon, mon nom est Herman ». Avant que ce fut écrit, elle avait demandé au supposé esprit de dire son nom et s’était moquée de son apparente inhabilité à répondre. Aucun de nous 11e se rappelle avoir connu un vivant ou un mort de ce nom. »

Algernon Jay.

De son côté, M. Aksakof signale le même phénomène : (1)

Voici un fait, dit-il, que je tiens de première main, de notre écrivain bien connu Wsevolod, Solovioff qui me l’a donnée par écrit :

C’était au commencement de l’année 1882. Je m’occupais à cette époque d’expériences de magnétisme et de spiritisme, et clepuis quelque temps, j’éprouvais une étrange impulsion qui me poussait à prendre un crayon dans la main gauche et à écrire ; et invariablement, l’écriture se faisait très rapidement et avec beaucoup de netteté, en sens inverse , de droite à gauche, de sorte qu’on ne pouvait la lire qu’en la tenant devant une glace ou contre le jour...

Parfois l’écriture mécanique, sans présenter ces étrangetés graphiques, varie chez le médium de manière à se différencier profondément de sa propre écriture, suivant les individualités qui se servent de ce moyen pour nous transmettre leurs idées. De bons exemples nous en sont fournis par le révérend Stainton Mosès dans son livre Enseignements Spiritualistes. (2)

Le Révérend Stainton Mosès (A. Oxon) était un des écrivains les plus remarquables du spiritisme anglais, et l’on peut dire que par son élévation de pensée, la rectitude de son jugement, ses connaissances scientifiques et la pureté de sa vie, il a su inspirer une sympathie universelle.

Dans son ouvrage, nous assistons à la lutte qui s’établit, dès l’orig ne, entre le médium et les intelligences qui se manifestaient par son intermédiaire. Tout imbu des enseignements étroits de la théologie protestante, l’écrivain s’élève d’abord énergiquement contre les idées nouvelles

(1) Aksakof. Animisme et Spiritisme , p. 476.

(2) Stainton Mosès. Enseignements Spiritualistes , p. 21 et suiv.

qu’il reçoit. 11 discute, il ergote, il tente de réfuter ses instructeurs spirituels ; mais insensiblement il est obligé de convenir que la raison, la logique ne sont pas de son côté, et après bien des luttes, il finit par adopter le nouveau credo, plus conforme à la justice et à la bonté de Dieu, que lui apportent ses invisibles correspondants. Il exista entre l’esprit du révérend Stainton Mosès et les êtres qui signent : Doctor, Impérator, Prudens, etc., de telles différences, que l’on ne peut scientifiquement attribuer ces personnalités distinctes à des dédoublements inconscients de la personnalité du médium. D'ailleurs, à différentes reprises, ces intelligences lui ont révélé des faits absolument inconnus de lui et de tous les assistants, lesquels ont été ensuite reconnus absolument exacts. Nous y reviendrons plus tard (i). Chacun ces interlocuteurs spirituels se caractérisait par une écriture spéciale, qui était sa marque propre, son cachet d’individualité.

Les premières communications, dit-il, furent toutes de style uniforme, écrites en petits caractères et signées Doctor (l’instructeur). Pendant les années qui ont suivi, la forme de ces messages n’a jamais varié. N’importe où ni quand il écrivait, son écriture restait identique, subissant moins de changements que la mienne dans la dernière décade . Le tour de phrase restait le même, bref, on se sentait en présence d’une individualité bien déterminée . Pour moi, il est quelqu’un, avec ses particularités mentales et morales aussi nettement définies que celle des êtres humains avec lesquels je suis en contact, si, en vérité, je ne lui fais pas tort en le comparant à eux.

Après un certain temps, des communications vinrent d’autres sources : elles se distinguèrent chacune par sa propre écriture et des traits personnels de style et d’expression, qui, une fois assumés, restèrent invariables. J’en arrivais à pouvoii dire de suite qui écrivait, en jetant les yeux sur la calligraphie.

Mais malgré ces différences graphiques et intellectuelles entre les diverses communications, le révérend Stainton Mosès n’était pas homme à se contenter d’un examen superficiel ; son esprit méthodique le portait à rechercher la part que son intelligence pouvait prendre au phénomène, et il nota ses impressions de la manière suivante :

Il est intéressant de savoir si mes propres pensées n’ont pu exercer une influence quelconque sur les sujets traités dans les communica-

(i) Voir: Troisième partie, chapitre IV.

SUR LA MEDIUMNITE

fions. J’ai pris une peine extraordinaire pour prévenir une telle éventualité. Au début, l’écriture était lente et je devais la suivre des yeux, mais dans ce cas même, les idées n’étaient pas miennes. Du reste, les messages prirent bientôt un caractère sur lequel je ne. pouvais avoir de doutes, puisque les opinions énoncées étaient contraires à ma façon de penser. Je m’attachai à occuper mon esprit pendant que l’écriture se produisait : j’en arrivais à lire un ouvrage abstrait, à suivre un raisonnement serré, tandis que ma main écrivait avec une régularité soutenue. Les messages ainsi donnés • couvraient de nombreuses pages, sans corrections ni fautes de composition, dans un style souvent beau et vigoureux. Je 11e suis cependant pas embarrassé de convenir que mon propre esprit était utilisé, et que ce qui était dicté pouvait dépendre dans la forme, dés facultés mentalesdu médium. Autant que je le sache, on peut toujours retrouver la trace des particularités du médium dans les communications ainsi obtenues.il ne peut guère en être autrement. Mais il reste certain que la masse des idées qui passèrent par moi était hostile, opposée dans son ensemble à mes convictions établies; de plus, en plusieurs occasions, des informations auxquelles j’étais assurément étranger, me furent apportées, claires, précises, définies, faciles à vérifier et toujours exactes. A beaucoup de nos séances, des esprits venaient et frappaient sur la table des renseignements sur eux-mêmes, très nets, que nous vérifiions ensuite. J’en ai reçu tfusssi, à plusieurs reprises, par l’écriture automatique*

Comme il est facile de le voir, le révérend Stainton Mosès est un investigateur méthodique dans lequel on peut avoir confiance, et puisqu’il déclare être sur que les communications ne sont pas de lui, soit pour l’écriture, soit pour le fond ; qu’il affirme que les intelligences qui ont dirigé sa main lui ont indiqué des choses exactes qu’il ignorait, il faut admettre que les esprits se manifestent, malgré l’ennui que cela peut causer à ceux qiu voient ainsi tomber leurs négations fantaisistes.

La théorie d’un dédoublement du moi, donnant naissance à un personnage secondaire, est ici manifestement insuffisante, car ce n’est plus une seule individualité qui se montre, mais plusieurs, dont chacune a son caractère spécial, lequel s’accuse non seulement par une écriture particulière, mais encore par un style qui.se maintient pendant des années, toujours identique à lui-même. Peut-on concevoir la coexistence de tant de personnalités séparées et si différentes chez un individu jouissant de 1 intégralité de ses facultés normales ? Pour expliquer tous les faits que nous devons à l'observation spirite, il faudrait étendre encore davantage les pouvoirs de cette subconscience et supposer qu’elle est capable d’agir, simultanément et sans le savoir,

en dehors et en dedans de l’organisme du médium. En voici une preuve que nous devons à W. Crookes : (i )

11 a été déjà prouvé que ces phénomènes spirites sont gouvernés par une intelligence.il est très important de connaître la source de cette intelligence. Est-ce celle du médium ou bien celle d’une des personnes qui sont dans l’appartement, ou bien cette intelligence est-elle en dehors d’eux? Sans vouloir me prononcer positivement sur ce point, je puis dire que, tout en constatant que dau.s bien des cas la volonté et l’intelligence du médium ont paru avoir beaucoup d’action sur les phénomènes, j’ai observé aussi plusieurs cas qui semblent montrer d’une manière concluante l’action d’une intelligence extérieure et étrangère à toutes les personnes présentes. (2) L’espace ne me permet pas de donner ici tous les arguments qu’on peut mettre en avant pour prouver ces assertions, mais parmi un grand nombre de faits, j’en citerai brièvement un ou deux.

En ma présence, plusieurs phénomènes se sont produits en même temps, et le médium ne les connaissait pas tous. 11 m’est arrivé de voir Mlle Fox écrire automatiquement une communication pour un des assistants pendant qu’une autre communication sur un autre sujet lui était donnée pour une autre personne au moyen de l’alphabet et par coups frappes , et pendant tout ce temps le médium causait avec une troisième personne, sans le moindre embarras, sur un sujet tout à lait différent des deux autres....

Nous pouvons rapporter encore quelques témoignages de la même catégorie, empruntés à différents auteurs dignes de toute créance.

Je me souviens très exactement, dit le Dr \Volfe (3) qu’un jour M. Mansfield, tandis qu'il écrivait des deux mains en deux langues, me dit : « Wolfe, connaissez-vous en Colombie un homme qui a

(1) W. Crookes, Recherches sur le Spiritualisme . p. 160 et suiv. Cas particuliers semblant indiquer V action d'une intelligence extérieure.

(2) Je désire que l’o 1 comprenne bien le sens de mes paroles : Je ne veux pas dire que la volonté et l’intelligence du médium s emploient activement d’une manière consciente ou déloyale a la production des phénomènes, mais bien qu’il arrive quelquelois que ces facultés semblent agir d’une façon inconsciente.

(Note de W. Crookes).

(3) Dr Wolfe, Startlings facts in modem spiritualism. Cincinnati 1874. p. 48, cité par Aksakof.

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