SUR LA MED1UMNITK
nom Jacobs ?> Je répondis affirmativement, il continua : « Il est ici et désire vous annoncer qu’il a quitté sa dépouille mortelle ce matin. » J’eus la confirmation de cette nouvelle. Le fait s’est passé à une distance de quelques centaines de milles. Quelle explication peut-on donner de cette triple manifestation intellectuelle ?
Le révérend J. B. Fergusson témoigne d’un fait semblable, (i) Un cas analogue qui s‘est produit en Angleterre est rapporté dans les Proceedings de la Société de recherçhes psychiques. En Amérique, R Hodgson, l’un des membres les plus éminents de cette société, en expérimentant avec Mrs Piper, a pu suivre avec elle le développement de la médiumnité automatique. Nous donnons ici un extrait de son’mémoire paru dans les Proceedings, (2) il nous familiarise avec les phases diverses que peut présenter le phénomène.
Observations de M. R. Hodgson sur la médiumnité de Mmr Piper
Le premier cas d’écriture automatique qu’il me fut donné d’observer par moi-meme se produisit le 12 mais 1S92.
L’assistant, qui était une dame, avait apporté, comme moyens d’épreuve, divers objets, entre autres une bague qui avait appartenu à Annie D***.
Phinuit (3) donna des renseignements sur cette dame et prononça le nom d’Annie, puis, au moment où la séance allait se terminer, la main droite de Mme Piper se mit doucement en mouvement jusqu’à ce qu’elle se fût élevée au-dessus de là tète. Le bras sembla se fixer avec rigidité dans cette position, comme contracté par un spasme, tandis que la main était agitée d’un tremblement rapide. Phinuit s’écria à plusieurs reprises : « Elle tient ma main » et ajouta : « hile veut écrire. » Je plaçai un crayon entre les doigts et un block-notes sur la tête, au-dessous du crayon. Aucune écriture ne se produisit jusqu’à ce que sur l’indication de Phinuit de prendre la main, je la saisis avec fermeté, à son point de jonction avec le poignet, arrêtant ainsi ses tremblements ou vibrations, hile écrivit alors : « Je suis Annie-D*** (le nom fut exactement donné). .. Je ne suis pas morte...
Je ne suis pas morte, mais vivante . je ne suis pas morte.... le
monde... au revoir... je suis Annie D***. » Les doigts lâchèrent le
(1) Rev. Fergusson. Supra mundene Facts. Londres 1865, p. 57. cité par Aksakof.
(2) Proceedings . 1887. P- 222 •
(3) Phinuit était une personnalité invisible se manifestant par la voix de Piper et se donnait pour un docteur français, mort au milieu du xixe siècle.
crayon et Phinuit commença à murmurer : « Abaissez ma main. Abaissez ma main. » Le bras resta encore contracté quelques instants dans la même position, puis enfin, doucement et comme avec une certaine difficulté, il retomba sur le côté, et Phinuit sembla bien en avoir repris possession .
Avant ce fait, j’avais bien vu Phinuit écrire un peu, mais je ne savais pas qu’un autre agent se fût jamais emparé de la main, tandis que Phinuit se manifestait en même temps. Depuis cette époque, j’ai appris de Miss A. M. R., dont j’ai décrit dans mon premier rapport quelques expériences avec Mmu Piper, que son ami H***, dont elle parle comme ayant écrit pendant qu’il possédait le corps du médium, en l’absence de Phinuit, écrivit plusieurs pages, le 23 mai 1891 et Miss R*** a retrouvé la note qu’elle avait rédigée à ce sujet : « Ecrit tandis que Phinuit occupait le corps ; mais H*** dit qu’il a saisi, dirigé la main et écrit ceci »:
Les semaines suivantes, pendant plusieurs autres séances, beaucoup d’écriture fut obtenue tout à fait par le même procédé, en tenant toujours le block-notes sur le sommet de la tête et iî était évident que Phinuit éprouvait beaucoup moins de difficultés. Le 29 avril 1892, j’approchai une table sur laquelle le bras droit de Mme Piper put se poser sans fatigue et j’émis l’opinion que la main pourrait écrire sur la table au lieu de le faire sur la tète. Cependant le bras reprit encore sa position avec la main au-dessus de la tête, Phinuit disant que Georges Pelham (1) allait écrire. Peu à peu. sur ma demande répétée que le bras reprit la nouvelle position et aussi en usant d’une force assez considérable, la résistance diminua devant les instances réitérées que je faisais, en répétant : « Il faut que vous écriviez sur la table ; » je parvins à abaisser le bras et, à partir de ce moment, l'écriture se produisit de façon habituelle avec le bras appuyé plus ou moins sur une table placée à la droite de Mrae Piper.
Lorsque le bras est saisi en vue d’écrire, de même qu’au moment où Phinuit prend possession du corps, il se produit un certain nombre de mouvements spasmodiques, très violents dans quelques cas, rejetant pêle-mêle de la table crayons et block-notes et qui exigent l’intervention d’une notable force pour être réfrénés. Quelquefois, mais assez rarement, l’écriture est interrompue par un mouvement spasmodique du bras, la main se raidissant violemment et se renversant sur le poignet. Au bout de peu de temps, qu’on peut apprécier par des
(1) Georges Pelham est le pseudonyme d’un ami de M. Hodgson, mort accidentellement quelques mois auparavant, et qui a fourni — pendant la transe de M”1' Piper — les détails les plus circonstanciés permettant d’établir son identité intellectuelle et morale. Nous reviendrons dans la suite sur l’observation de ce cas remarquable.
sur i.a médiumnité
secondes plutôt que par des minutes, le spasme se détend et la main recommence à écrire. Phinuit n'a pas besoin de cesser de causer pendant que la main écrit. Dans un cas, en ma présence, Phinuit écoutait la lecture du rapport sténographié d’une précédente séance, faisant ses observations, ajoutant des détails aux faits rapportés, et en meme temps la main écrivait librement et avec rapidité sur d'autres sujets , répondant aux questions d'une autre personne, amie de l’esprit désincarné qui se servait de cette main du médium. Ceci dura plus de vingt minutes.
Dans un autre cas, auquel je n’assistai pas, j'ai appris que Phinuit, pendant plus d’une heure, parla d’une façon particulièrement rapide et animée, avec plus de volubilité qu’il n’avait l’habitude de le faire, donnant la réplique à plusieurs jeunes filles qui étaient présentes à la séance, et pendant tout ce temps la main écrivait sur d’autres matières, donnant des réponses à une autre personne.
Le seul qui ne conserva évidemment pas sa présence d’esprit, fut l’assistant auquel la main répondait et auquel celle-ci reprocha de ne pas prêter assez d’attention à la conversation.
J’ai souvent constaté que tandis que Phinuit causait avec une personne et la main avec une autre, tous deux, pendant une très courte interruption, s’adressaient en même temps à moi; jamais cette double action n’a manqué de se produire à ma demande, quand Phinuit était présent et que la main était au pouvoir d’un autre esprit. Dans tous les cas où la main écrit indépendamment de Phinuit, la faculté d’entendre siège manifestement dans la main, pour celui qui la dirige, tandis que Phinuit enten.i certainement toujours par la voie normale. Ce déplacement évident de sensibilité fera l’objet d’une étude dans la seconde partie de mon rapport.
Les communications écrites dont nous parlons ne se présentent pas toujours comme venant de la même personne et il ne s’en produit pas à toutes les séances. Lorsqu’il ei survient une, elle est ordinairement attribuée à quelque ami décédé de l’assistant. J’aurai à revenir plus loin sur les particularités présentées par l’écriture en elle-même. Pour le présent, qu’il me suffise de dire quelle varie beaucoup d'aspect selon le degré d'excitation , si on peut ainsi parler, du communicant, selon l’habitude plus ou moins grande qu’il a déjà acquise, et probablement aussi selon bien d’autres onditions qu’on ne peut citer qu’à titre d’hypothèses. 11 semblerait, en outre, que jusqu'à ce qu’on l’en instruise d’une façon quelconque, la quasi-personnalité qui guide la main ignore qu’elle écrit. Sous ce rapport, la façon d’être du communicant semble surtout indiquer une vive préoccupation de transmettre ses idées à l’assistant.
Je suis absolument certain qu’il en est ainsi, quelle que soit la théorie que l’on adopte sur l’identité du communicant, qu’il soit ce qu’il prétend être ou simplement une autre couche de la conscience
de Mma Piper, se considérant elle-même comme une intelligence étrangère.
Peu après ce début de l’écriture, il m’arriva de constater que la main gauche pouvait écrire et même que les deux mains écrivaient et que Pki nuit parlait , tout en meme temps , sur des sujets differents , avec des personnes différentes. Je fis remarquer à Phinuit que je ne désespérais pas de voir un jour chaque doigt et chaque orteil agir sous autant d’agents distincts, tandis qu’il continuerait à diriger la voix.
Le 24 février 1894, ce que nous appelions le contrôle « E )> écrivit parmi d’autres remarques sur certains médiums : « Dans les cas de ce genre, il n’y a aucune raison qui s’oppose à ce que divers êtres spirituels puissent exposer leurs idées en même temps au moyen du même organisme. » Je présentai alors mon projet d’expériences sur les deux mains, en disant que je me proposais d’organiser un jour une expérience dans laquelle « E » se servirait d’une main et Georges de l’autre, mais que pour le moment je n’avais pas pris les dispositions nécessaires pour faire une tentative de ce genre.
A la séance suivante, le 26 février 1894, étant seul et ne m’attendant à rien, un essai, couronné seulement d’un succès fort limité, fut fait tout à fait au début de la séance, pour écrire avec les deux mains indépendantes. Le 18 mars 1895, m’étant fait accompagner dans ce but par Miss Edmunds, je tentai un second essai qui obtint un résultat beaucoup plus satisfaisant. Sa sœur décédée écrivit avec une main, Georges Pelham avec l’autre, tandis que Phinuit causait le tout simultanément et sur des sujets difféients . La main gauche n’écrivit, il est vrai, que fort peu de chose. Ce qui sembla surtout provoquer ce résultat est que la main gauche n’était nullement adaptée au rôle de machine à écrire.
Quelquefois, peu de temps avant que la main se mette à écrire, Phinuit nous annonce que quelqu’un vient pour « causer avec vousmême ». D’autres fois la main est saisie, s’agite convulsivement en tous sens, tandis que Phinuit, inconscient de ce qui se passe, cause sans interruption avec un assistant, même lorsque l’écriture a commencé.
Voici un exemple frappant de ce fait : à une séance où une dame était engagée à fond dans une conversation toute personnelle avec Phinuit sur le compte de ses parents, et où i’e'tais présent et assistant, car je connaissais intimement cette dame et toute sa famille, la main fut saisie avec une grande douceur, pour ainsi dire, subrepticement, et écrivit à mon adresse une communication très personnelle, se présentant comme venant d’un de mes amis décédés, qui n’avait aucune relation quelconque avec la dame qui évoquait, absolument comme si un visiteur entrait dans un salon où causeraient deux personnes qui lui seraient étrangères, mais où il rencontrerait également un de ses amis, à l’oreille duquel il viendrait murmurer une corn-
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municàtion, de façon à ne pas troubler la conversation des deux premiers.
Cependant, quand survient un nouveau communicant, Phinuit demande souvent à l’évocateur de lui parler (à celui qui écrit) quoique Phinuit ne se refuse nullement à engager aussi la conversation, lorsqu’on le lui demande. Il semble même préférer qu’il en soit ainsi ; mais si l’évocateur paraît attacher surtout son attention à la main, Phinuit fait généralement quelque remarque énigmatique : « Je l’aiderai. » ou bien : « Je l’aiderai à se tirer d’affaire. » D’autres fois, Phinuit demandera de lui donner un objet quelconque, de façon à tenir quelque chose qui fixe son attention et je l’ai vu, au milieu d’une séance tandis que l’écriture suivait son cours, laisser échapper tout à coup une remarque à propos de cet objet. Dans certains cas, Phinuit peut sûrement être tiré de son silence, en causant à l’oreille, et reprend la conversation, tandis que l’écriture continue imperturbablement sans temps d’arrêt.
Comme on le voit, nous sommes fort loin ici des cas simples signalés par Taine ou par les observateurs qui ne se sont pas donne la peine de compulser la riche bibliothèque spirite. Nous terminons cette revue écourtée par un cas récent qui résume en quelque sorte tout ce que nous venons de voir dans des observations particulières ; il nous parait nécessiter absolument, pour être compris, l’intervention d’intelligences étrangères au îfiédium (i).
Le récit de ce curieux phénomène a été communiqué au colonel Malvotti et par celui-ci à M. Cavalli, avec les protestations les plus sérieuses de sincérité. Dans une séance où assistait le narrateur, se présentèrent plusieurs esprits : un frère mort depuis plusieurs siècles, un Français, la mère du narrateur, la grand 'mère de sa femme et autres. Comme expérience, ils demandèrent à communiquer en même temps. Le médium narrateur, fonctionnaire de l’Etat, qui pour ce motif même ne peut donner son nom, numérota les feuilles du papier, puis il écrivit ; il se trouva que la première communication, commencée à la ligne i, se continuait à la ligne 5, à la ligne 12, à la ligne 15, etc., toutes les ignés furent écrites dans l’ordre 1,2, 5, 4, etc. et lorsque l’on voulait lire en suivant cet ordre, on ne trouva aucun sens à la page d’écriture. Mais en suivant l’ordre marqué parles esprits, on trouva de belles communications. Mais voici le plus curieux : La première communication était écrite ai latin , la seconde en français ; la troisième en italien ; la quatrième en italien retourné (il fallait lire en sens inverse, de droite à gauche) ; la cinquième, encore en î ta-
(1)// Vessillo Spirilista — Décembre 1898, p. 3. Traduit dans La Lumière n* de mars 1899.
lien, mais il fallait commencer par la dernière ligne d’en bas et remonter pour la lire. Puis suivit une série de prédictions qui se sont réalisées, entr’autres celle d’une maladie grave du médium. Est-ce le subsconscient qui a fait ce tour de force ? c’est bien douteux et il est plus rationnel de recourir à l’hypothèse spirite, qui d’ailleurs n’exclut pas l’hypothèse du subconscient.
Nous pourrions ajouter à cette liste d'autres récits dans lesquels l’intervention d’intelligences étrangères au médium est évidente ; nous les retrouverons dans la suite, lorsque nous étudierons les communications écrites dans des langues inconnues du médium ou par des enfants en bas âge et des illettrés. En ce moment, nous devons chercher tout d’abord si l’écriture automatique peut être obtenue par le médium lui-même par suite d’une certaine disposition psycho-physiologique, puis, lorsque nous aurons constaté que cela est possible, il nous faudra discerner les caractères qui séparent l’écriture automatique subconsciente de celle qui provient nécessairement d’une autre source.
Les auteurs français qui ont traité cette question dans leurs études sur l’hypnose et l’hystérie n’ont fait qu’effleurer ces problèmes et se sont contenté d’analogies grossières, sans aller jusqu’au fond du sujet. Nous avons le devoir de ne pas les imiter, c’est pourquoi nous allons passer de suite à l’examen des travaux de MM. Binet et Pierre Janet qui ont conquis une certaine notoriété dans ce genre de recherches.
Il existe une confusion entre les phénomènes automatiques et les véritables communications spirites qu’il importe de ne pas laisser plus longtemps s'accréditer dans la science. On peut certainement constater chez certaines personnes l’existence d’une forme automatique de l’écriture, qui a pu prendre naissance à la suite d’essais tentés dans des séances spirites, ou dont on a provoqué la formation par un entraînement graduel avec des hystériques dans les hôpitaux. Mais ces formes frustresdu phénomène ne sont pas comparables à la médiumnité, car celle-ci se distingue par des caractères spéciauxqui ne permettent pas de la confondre avec l’automatisme pur et simple. C’est ce que nous allons constater dans les deux chapitres suivants, en signalant les erreurs d’interprétations auxquelles ces curieuses expériences ont donné lieu.
SUR LA MEDIUMNITE