CHAPITRE
Communications révélant des faits inconnus du médium et des assistants, en dehors de toute influence télépathique ou clairvoyante
Sommaire. — Remarques générales . — • La corbeille révélatrice . — Les révélations de la corbeille. — Un renseignement venant de Vau -delà. — Le testament du baron Korff. — Les expériences de Stainton Mosès. — Lectures faites dans des livres par les esprits.
— Caractères de Vèci iture mécanique. — L'homme écrasé par un rouleau à vapeur. — Le cas de Euphémia Malthilda Death. — Le cas de Charlotte Buckworth. — Autres preuves de V intervention dé intelligences étrangères aux assistants. — Un père repentant.
— Un esprit qui indique son genre de mort. — Les communications de Georges Pelham. — Extraits du rapport de M. R. Hodgson. — E identité de Georges Pelham. — Autres personnalités se manifestant par Mrs Piper. — Dernières nouvelles de Vautre monde.
Remarques générales.
Avec cette troisième partie, nous abordons la médiumnité proprement dite, c’est-à-dire la démonstration que l’intelligence qui dicte le message est tout à fait indépendante de celle de l’écrivain. Les preuves que nous possédons sont très nombreuses et peuvent se diviser en plusieurs catégories : i° Communications révélant des faits inconnus du médium et des assistants ; 20 Communications manifestement au-dessus de l’intelligence du médium) ou en dehors de ses connaissances ; 30 Ecritures en langues étrangères, inconnues du médium ; 40 Autographes de défunts donnés par les Esprits ; 50 Confirmations multiples d’une intervention spirituelle démontrée par plusieurs circonstances accompagnant les communications.
On peut voir par cette énumération que les documents ne nous font pas défaut, mais il faut croire qu’ils ne sont pas encore arrivés à la connaissance de nos psychologues officiels, puisque M. P. Janet écrit dans son livre sur l’Automatisme psychologique (1) :
(T) Pierre Janet. L ' Automatisme psychologique, p. 391.
La meilleure preuve de l’inconscience des médiums serait celle dont les spirites parlent sans cesse et qu’ils ne donnent jamais. « L’expérience a constaté, dit Desmousseaux, que la table m’apprend des choses que je 11e puis savoir et qui surpassent la mesure de mes facultés ». Voilà un fait qui serait décisif, mais dont la démonstration complète demanderait des précautions minutieuses dont ces enthousiastes sont bien incapables. On peut dire qu'il n'y a pas un fait authentique de ce genre. (1) D’ailleurs, si j’ai complètement évité de parler de la lucidité et d’autres facultés analogues à propos des somnambules, ce n’est pas pour traiter incidemment la question à propos des médiums. En dehors de la lucidité proprement dite, on cite d’autres faits analogues qui séparent complètement l’écriture automatique de la conscience normale du sujet. Certaines personnes, parait-il, peuvent répondre automatiquement au moyen de la planchette à des questions posées mentalement, non exprimées par la parole et dont leur conscience normale n’a aucune connaissance. Les faits signalés par M. Myers et surtout le cas de M. Newnham, si l’auteur peut garantir l’exactitude littérale des termes de cette observation, sont des plus extraordinaires et indiquent à la psychologie une voie absolument nouvelle (1) Mais ces faits de suggestion mentale dans l’écriture automatique, qui devaient être signalés, demandent une discussion toute spéciale qui nous détournerait entièrement de l’objet actuel de nos études (??)
On voit que M. P. Janet recule prudemment devant les faits qui ne concordent plus avec ses hypothèses, comme d’ailleurs il néglige totalement tous ceux qui lui démontreraient péremptoirement ses erreurs. Nous allons donc citer les expériences nombreuses et précises relatées par les spirites et faire voir combien l’allégation « qu’il n’y a pas un fait authentique de ce genre » est contraire à la vérité.
Pour ne pas mériter le reproche d’ètre trop enthousiaste, nous prendrons autant que possible les précautions les plus minutieuses pour nous assurer que les faits sont réels Nous en rapporterons un certain nombre dont nous connaissons les auteurs, et nous emprunterons les autres à des témoins dont l'honorabilité et la valeur intellectuelle ne laissent rien à désirer. C’est la méthode suivie par la Société de Recherches psychiques et elle nous parait excellente.
Afin d’éviter les discussions qui pourraient mettre en cause la mémoire latente du médium ou les suggestions mentales des personnes présentes, nous ne relaterons dans ce chapitre que
(1) C’est nous qui soulignons.
SUR LA MÉDIUMNITÉ
les faits révélés par récriture qui ont toujours été inconnus du médium et des assistants, en cherchant si la clairvoyance ou la télépathie peuvent en rendre compte.
Nous empruntons notre premier exemple à la Revue Spirite (1) qui contient beaucoup de faits de cette nature. Le narrateur, ancien professeur de philosophie , est un vieil ami de notre famille, d’une honorabilité au-dessus de tout soupçon et d’un esprit critique très développé. Voici son récit dont nous ne reproduisons que ce qui est indispensable pour faire connaître k caractère des expérimentateurs et le milieu où ont eu lieu les phénomènes.
La corbeille révélatrice.
J’ai, dit notre ami, à Chaumont, un ami M. Ern. R. qui, avant qu’il fut question de Spiritisme, avait été amené à se demander si en dehors des lois connues de la vie, il n’en existait point d’autres qui nous auraient échappé faute d’attention. Certains faits réputés surnaturels étaient venus brusquement le surprendre, alors même qu’il n’était rien moins que disposé à en admettre la possibilité. Il s’occupait d’études médicales assaisonnées, comme délassement, d’excursions dans le domaine des mathématiques.
A quelques années de là, lorsque la mode de faire marcher les tables et manœuvrer les corbeilles munies de leur crayon fit son tour de France, elle passa à Chaumont et dans les environs... Dans la famille de M. R on voulut aussi se donner ce passe-temps. Dès les premiers essais, sa belle-sœur, Mm0 X.., s’étant trouvée pourvue de la faculté désirée, le guéridon, sous son influence, se mit à craquer, se balancer, aller, venir, se renverser, se relever à commandement et, sur demandes, à débiter une foule de communications plus ou moins sensées, spirituelles, déraisonnables ou saugrenues. Après un certain nombre de séances où on en eut de toutes les couleurs, les communications prirent un caractère plus régulier et plus sérieux, et l’on reçut un soir l’avis, par coups frappés, de substituer ia corbeille à la table. Mrae X..., n’eut pas plus tôt le doigt sur ce scribe d’un nouveau genre qu’il partit, griffonnant autant de pages qu’on lui en demanda et stupéfiant mon ami parles révélations les plus imprévues...
Ayant lu un soir dans son journal qu’un de ses anciens professeurs, le Docteur Roux, était dangereusement malade, mon ami pria sa belle-sœur de prendre la corbeille et posa cette question :
D — L’état du Dr Roux est-il donc aussi grave qu’on l’annonce?
R — Dans deux jours il sera mort.
(1) Revue Spirite. Un regret et une objection à V adresse de M. Fauvety. Année 1878, p. 33.
D — De quelle affection est-il atteint ?
R — D’un ulcère à la vessie avec complications de calculs dans les reins.
D — Quels sont les médecins qui le soignent ?
R — Les docteurs tels, tel et tel.
Quatre jours plus tard, M. R trouvait dans son journal la confirmation des deux premières réponses. La troisième était-elle exacte ? Il écrivit pour s’en assurer à un de ses anciens condisciples qui exerçait la médecine à Paris. Elle était exacte.
Lui-même avait souffert pendant près de quinze années d’une affection goutteuse généralisée, qui avait fini par s’amender et se circonscrire dans le genou -droit, mais lui laissait peu de répit. Pourquoi ne consulterait-il pas ce singulier correspondant qui paraissait sibien informé? Atout hasard il lui adressa cette question:
D — Suis-je donc condamné àlagoutte à perpétuité? — R — Non.
D — Que dois-je faire maintenant pour achever de m’en délivrer ?(M. R. avait épuisé, et à haute dose, toute la série des antigoutteux connus). — R — Rien.
D — Mais alors combien ai-je de temps encore à souffrir ? — R — Dans trois semaines tu seras libéré.
Trois semaines après, toute douleur avait disparu. Depuis cette époque il n’en a eu aucun ressentiment.
Puisque ta clairvoyance, lui dit-il une autrefois, s’étend à distance, que tu déchiffres nos pensées dans notre cerveau, à plus forte raison dois-tu pouvoir lire à livre fermé.
R — Oui.
D — Veux-tu bien alors nous transcrire la première ligne de la 290e page du plus gros de ces volumes ?
M. R indiquait un respectable bouquin dont il ignorait jusqu’au titre et qui reposait, avec quelques autres, enseveli sous une épaisse couche de poussière, au dessus du dernier rayon de la bibliothèque de son père.
La corbeille, sur le champ , traça cette ligne : à témoin , luy Cardinal, de ce qu'il lui g en avait dit ...
M. R dut prendre une échelle pour atteindre le bouquin qui se trouvait être un Mainbourg (Histoire delà ligue'). Vérification faite la ligne demandée était reproduite lettre par lettre, relevant ainsi le défi porté par M. de Gasparin dans son ouvrage sur les tables tournantes.
Examinons ce cas avec attention, en appliquant à son étude les connaissances que nous possédons sur la télépathie et la clairvoyance, et nous allons nous convaincre qu’elles ne peuvent intervenir pour l’explication de ces faits inconnus que la corbeille a révélés à M.R. Trois hypothèses sont possibles : i° L’action télépathique est due au Dr Roux lui-même, ou c’est celle
SUR LA MÉDIUMNITÉ
d’un vivant quelconque ; 2° C’est à la clairvoyance du sujet qu’il faut l’attribuer 30 ou bien à l’action d’un esprit désincarné.
Nous pouvons écarter immédiatement la première supposition, car il n’existait entre le médium et le Dr Roux aucun rapport d’amitié ou de parenté, puisqu’ils ne se connaissaient meme pas et que nous avons vu que c’est une condition essentielle pour la production du phénomène. Il n’est pas raisonnable non plus d’imaginer l’intervention télépathique d’un vivant qui serait constamment aux ordres de M. R., car il faudrait supposer que ce vivant possède tous les renseignements qu’un hasard va lui faire demander et qu’il jouit, en plus, de la clairvoyance et de la prémonition. C’est compliquer le problème d’une série d’impossibilités que le bon sens suffit à faire rejeter. L’hypothèse de la clairvoyance n’est pas plus justifiée, car elle aussi exige un certain concours de circonstances que nous ne trouvons pas réunies. Occupons-nous d’abord de la citation si exacte de l’ouvrage de Mainbourg. Nous savons bien que certains sujets, pendant l’état somnambulique, peuvent lire de> devises enfermées dans des enveloppes, comme nous l’ont montré les expériences du Dr Grégory et du Dr Ferroul. MaD, ici, l’écrivain n’est pas endormi, il n’a jamais été magnétisé et c’est spontanément que la tentative de lecture a été pratiquée. On ne saurait assimiler la belle-sœur de M. R. à des sujets qui ont été entraînés par une longue pratique. Nous avons admis que l’automatisme est dû à un demi-somnambulisme qui favorise l’auto-suggestion, mais c’est justement cet état qui rend la clairvoyance peu vraisemblable. De même que la transmission expérimentale de la pensée n’est possible que dans l’état de monoïdeie passive à l’état naissant, de même la clairvoyance magnétique ne se développe que pendant le sommeil profond, puisque c’est une faculté active, et non dans les états intermédiaires qui sont caractérisés par la passivité du sujet. Vouloir confondre la phase dans laquelle l’automatisme est possible avec celle où la lucidité peul s’exercer, c'est aller contre toutes les observations positives que nous possédons.
Nous croyons d’autant moins à un phénomène de clairvoyance, que les indications fournies sur la maladie du D1' Roux et sur les médecins qui le soignaient exigeaient une enquête, que même dans l’état de somnambulisme, le médium n’aurait pu faire instantanément. Si, encore, il avait été prévenu la veille que le lendemain on lui poserait des questions au sujet de la santé du Dr Roux, on pourrait imaginer que pendant son som-
meil l’âme du médium est allée se renseigner, et que la corbeille n’a fait qu’extérioriser le lendemain des connaissances qui étaient restées à l’état latent dans la mémoire du médium, mais non; c’est sans préparation aucune, sans suggestion préalable que 1 expérience a été tentée, et cependant l’indication précise du genre de maladie du Dr Roux est donnée et en même temps le nom des docteurs qui le soignaient. Toutes ces circonstances nous montrent à l’œuvre une intelligence désincarnée, désireuse de convaincre M. R. de son existence.
Il est utile, sans doute, de donner aux facteurs psychologiques normaux et supra-normaux, dont l’existence est bien constatée, toute l’extension qu’ils comportent, et l’on doit y recourir toutes les fois que cela est possible pour ne pas multiplier les causes sans nécessité ; mais il ne faut pas tomber non plus dans l’excès contraire et tenter, comme le disent les auteurs des Pbainfasms, d’ouvrir toutes les serrures avec la même clef. La clairvoyance est une faculté dont l’existence est certaine ; elle obéit à des lois et ne peut se produire que dans des conditions nettement déterminées. Vouloir s’en servir pour tout expliquer, c’est aller contre la logique et les règles de la méthode scientifique.
Les Révélations de la Corbeille.
M. Salgues, uiY vieux spirite très honorable, habitant Angers, écrivait à M Pierrart la lettre suivante qui renferme des faits inconnus desopérateurs, lesquels ne peuvents’expliquer par l’action de la pensée de l’agent, puisqu’il était mort au moilient où se fit l’expérience (i).
M. Bal..., riche propriétaire à qui j’ai prêté quelques livres sur le spiritualisme, mais qui ne connaissait pas encore le malheur qui s’attache au suicide, s’est brillé la cervelle. La nouvelle de sa mort étant parvenue chez Mme B... quelques heures après, elle prit sa corbeille, et avec M1U Az, elle évoqua l’esprit de M. B., ne connaissant rien de ce qui avait suivi immédiatement sa mort d’ici-bas. — D. — Voyez-vous votre corps ? — R. Oui. — D. — Qui donc est auprès de votre corps? — R. — Fanchon (la domestique de sa maîtresse) et une femme (exact). — D. — Elles ne sont qu’elles deux? — R. — 11 y a encore quelqu’un. (C’était un agent de police). — D. — Mn,e B. sait-elle votre mort? — R. — Oui ; elle est venue et elle est repartie (exact). — D. — - Que fait-elle,
(i) Revue spiritualiste, 1859, p. 104.
que dit-elle ? — R. — Elle pleure, elle dit que c’est Clotilde qui est cause de ma mort. J’ai donné à Clotilde 28 000 francs ; elle voulait me faire faire quelque chose que je ne voulais pas : j’en ai fini avec la vie ; je me suis levé en chemise et me suis tué. (En effet. On l’a trouvé en chemise, étendu sur le plancher ; car c’est à six heures du matin qu’il s’est donné la mort, ce dont j’ai eu connaissance moins d’une heure après l’événement). D. — Qu’est devenue M11® Clotilde ? — R. — Elle est en prison (exact). — D. — Fanchon est-elle restée auprès de votre corps? — R. — Non, on l’a mise aussi en prison (exact). — D. — Qu’a-t-on fait d’elles?
— R. — On les a interrogées trois fois, (exact). — D. — Est-ce Mlle Clotilde qui a chargé votre pistolet? — R. — Non, c’est moi. C’est elle qui est cause que je me suis tué. — D. — Pourquoi vous êtes-vous tué? — R. — Remords, chagrin, ma fille... j’ai été égoïste; on le saura plus tard.
Ces réponses, ajoute M Salgues, tirent leur intérêt de l’exactitude des faits que MmcB. ne connaissait pas encore au moment des questions. (Personne ici n’est compromis parce que j’ai changé les noms ; mais je garantis les faits que je devais connaître un des premiers).
Un renseignement venant de l’au-delà.
Voici un autre exemple personnel à M. Salgues, le narrateur (1) :
Dernièrement, le seul frère qui me reste, habitant la Basse-Bourgogne, était allé à Dijon pour régler la succession de notre frère aîné, médecin, membre de l’Académie de médecine de cette ville. En son absence, ses trois filles se réunirent dans la maison paternelle et imaginèrent, pour la première fois, de profiter des leçons que je leur avais fait donner par correspondance : elles magnétisèrent donc une corbeille, perforée d’un crayon, et, après plusieurs minutes de la chaîne obligée, elles virent la corbeille marcher, puis s’arrêter. Elles furent bien surprises de trouver dessous Salgues Un dialogue s’établit ainsi: D. — Est-il indiscret de vous demander si vous avez laissé de l’argent à votre mort?
— R. Oui. j’en ai laissé. — D — Combien ? R. 10.000 francs en or. — D. — Où étaient-ils donc? — R. — Dans mon secrétaire.
— D. — Mais on n*y a rien trouvé. — R. — Ils ont été enlevés. — D. — Par qui? — R. — Une voleuse. — D. — Savez-vous son nom? — K. — X... de Dijon.
Au retour du père, quel n’a pas été l’étonnement de mes nièces quand il leur a dit que ce nom, inconnu cV elles , était celui d'une
(1) Revue Spiritualiste y 1858, p. 25.
personne réellement existante et qui était souvent venue dans la maison.
Salgues,
propriétaire à Angers. (Maine-et-Loire).
L’emploi de la planchette ou de la corbeille était fréquent dans les premières années où l’on fit des expériences spirites. Maison ne tarda pas à s’apercevoir que ces instruments étaient inutiles, caria personne qui avait le pouvoir de les mettre en mouvement n’avait qu’à prendre le crayon en main et la communication se produisait aussi bien, et plus rapidement, qu’avec la planchette.
Dans ces deux expériences, on ne peut soupçonner aucune action télépathique d’une- personne vivante ; la révélation faite ne peut parvenir que d’une intelligence désincarnée désireuse de signaler le vol qui s’est produit après sa mort.
Le testament du baron Korff.
M. Aksakof a envoyé à la Société de recherches psychiques (i) le cas suivant, qu’il a vérifié auprès des intéressés ; il est absolument démonstratif, la communication ayant été obtenue à l’étranger, en dehors de toute action télépathique humaine, comme on va le constater.
Désireux, dit-il, d’exposer ce fait avec le plus de détails possibles, je me suis adressé au baron G. N. Korff, mon camarade, qui me répondit que je pouvais obtenir les renseignements les plus exacts du baron Paul Korff, fils du défunt, qui habitait Pétersbourg. Voici ce que ce dernier m’a raconté :
Son père, le général Paul Ivanovitch Korff, est mort, à Varsovie le 7 avri! 1867 ; on savait qu’il avait fait un testament, mais on ne put le retrouver à sa mort, en dépit des recherches les plus minutieuses. En juillet 1867, la sœur du baron Korff fils, la baronne Charlotte Wrangel, demeurait avec la sœur de son mari, Mmo Oboukhof, à Plotzk, près Varsovie. Sa mère, la veuve du général Korff, se trouvait en ce moment à l’étranger ; elle avait l’habitude de faire ouvrir sa correspondance par sa fille. Parmi ces lettres, il y en avait une du prince Emile de Wittgenstein, qui était également à l’étranger. 11 lui faisait part, dans cette lettre, qu’il avait reçu au nom de feu son mari une communication spirite, indiquant l’endroit où le testament se trouvait.
Mme Wrangel savait bien que l’absence de ce testament était
(1) Proceedings . V. XVI, p. 353, 353 et dans Animisme et Spiritisme , p. 566.
SUR LA MÉDIUMNITÉ 337
cause de maints désagréments pour son frère aîné, le baron Joseph Korff (décédé depuis) qui avait été chargé de diriger la liquidation de la succession et se trouvait en ce moment à Varsovie ; elle se rendit donc immédiatement auprès de lui avec sa bellesœur pour lui faire part du contenu, si important, de la lettre du prince Wittgenstein. Les premières paroles de son frère furent qu’il venait de trouver le testament, et, à la lecture de la lettre du prince Wittgenstein, on constata, à la stupéfaction générale, que V endroit indiqué dans le message médianimique était bien celui ou le baron V avait trouvé.
Le baron P. Korff fils me promit de chercher cette lettre du prince Wittgenstein qu’il avait eue entre les mains deux ans auparavant, en classant des papiers de famille ; jusqu’aujourd’hui il ne l’a pas encore retrouvée, et il craint de l’avoir détruite avec des papiers inutiles...
En ce qui concerne l’endroit où le testament a été retrouvé, j’interrogeai le baron P. Korff fils pour savoir si c’était en effet dans l’armoire, ainsi que le message l’avait annoncé. Il me répondit : « Nous l’avons entendu ainsi tous deux, ma sœur et moi ».
Documents a l’appui. 1. Pendant que je m’occupais de ce cas, les souvenirs et correspondance du prince de Sayn-Wittgenstein- Berlesbourg (livre qui venait d’ètre édité à Paris en 1889), me tombèrent sous les yeux, et je trouvai à la page 365, t. II, la lettre suivante :
Varsovie le 3/17 juillet 1867.
Il y a des siècles, mes chers parents, que je n’ai eu de nouvelles de vous ; la dernière lettre de maman était datée du 5 juin.
Je me suis beaucoup occupé du spiritisme, dans ces derniers temps, et mes facultés médianimiques se sont développées d’une façon étonnante. J’écris souvent avec facilité différentes sortes d’écritures : j’ai eu directement des commmunications de l’esprit qui revient à Berlesbourg, une femme de notre maison qui s’est tuée il y a cent deux ans. J’ai obtenu encore un résultat bien curieux. Un de mes amis, le lieutenant général baron de Korff, mort il y a quelques mois, s’est manifesté à moi (sans que je pensasse à lui le moins du monde), pour m’enjoindre d'indiquer à sa famille l’endroit où, par malveillance, on avait caché son testament, c’està-dire dans une armoire de la maison où il mourut. Je ne savais pas qu'on cherchait son testament et qu’011 ne l’avait pas trouvé. Or, on le découvrit à la place même que m’avait indiquée l’esprit. C’est un document extrêmement important pour la gestion de ses terres et pour les questions à résoudre à la majorité de ses enfants. Voici des faits qui bravent toute critique...
Emile Wittgenstein.
II. Lettre du baron Paul Korff filsetde sa sœur la baronne Char-
lotte Wrangel adressée à M. Alexandre Aksakof, pour confirmer le récit qui précède, et dont les originaux ont été envoyés à M. Myers, secrétaire de la Société des Recherches psychiques, à Londres, le 27 février 1890.
Monsieur,
J’ai lu avec un grand intérêt votre communication publiée dans Psychische Studien de 1889, à la page 568, et relative au testament de feu mon père. Les faits que vous citc{ sont absolument exacts. Mais je crains d’avoir brûlé la lettre du prince Wittgenstein lorsque deux ans auparavant je classai les papiers de mon père.
Agréez, etc...
Baron Paul Korff.
Saint-Pétersbourg, le 29 janvier 1890.
Je joins ma signature à celle de mon frère pour confirmer ses dires.
Baronne Ch. Wrangel, née baronne Ixorff.
Le prince de Wittgenstein ignorait complètement, vivant à l’étranger, que le fils du général fût à la recherche du testament de son père. D’autre part, le baron Korff ne songeait absolument pas au prince et ne pouvait agir télépathiquemcnt sur lui, d’ailleurs il n’aurait pu lui transmettre ce qu’il ignorait complètement lui-même. Nous sommes donc bien en présence d’un cas spirite dans lequel le défunt aide, par ses indications, au règlement de ses affaires terrestres. Très souvent les spirites ont constaté, sous différentes formes, cette intervention post mortem qui peut se manifester aussi par l’apparition de l’esprit qui fournit les renseignements demandés. Swedenborg en a offert un exemple, que Kant a bien contrôlé (1). Souvent aussi c’est par la table, au moyen de la typtologie, que des détails sont donnés sur les dettes laissées en souffrance par celui qui est parti (2).
Les révélations par l’écriture ne sont donc qu’un cas particulier d’un fait très général : la persistance des connaissances terrestres de l’âme après la mort.
Les expériences de Stainton Mosès.
Nous avons cité dans le chapitre premier les expériences du Révérend Stainton Mosès, (3) qui est fort connu du public anglais sous le pseudonyme d’Oxon. C’est une des personnalités marquantes du spiritisme en Angleterre, et il est utile de savoir que
(0 Matter. Swedenborg , sa vie , sa doctrine et ses écrits. (2) Aksakof. An. et Spirit. p. 569.
0) Voir P- '7-
SUR LA MÉDIUMNITÉ
l’on peut ajouter la plus entière confiance à ses assertions, car nous allons avoir l'occasion de le citer assez souvent dans la suite de cet ouvrage. M. F. W. H. Myers, qui l’a bien connu, se porte garant de sa loyauté en ces termes : (i)
J’ai eu pour M. Mosès, une grande amitié et une profonde estime. Notre amitié était basée sur la recherche des phénomènes. Il répondait à tout ce qui m’intéressait avec une franchise parfaite sur les expériences que je désirais tant connaître. Mais il n’y avait pas entre nous, cependant, d’attraction personnelle si intense qu’on puisse m’accuser de partialité. Je dois ajouter que l’étude de son journal, en me la faisant connaître plus intimement comme dans ses meilleurs jours, m’a rapproché du chaud enthousiasme de ses amis plus intimes.
M. Mosès était absolument sain d’esprit et d’une probité queje n’ai jamais entendu discuter. « Quelque perplexe qu’on ait pu être pour une explication, écrit M. Massey, on a toujours reculé à l’idée de suggérer même le moindre doute, sur la sincérité et la probité de Stainton Mosès. » «Je crois, écrit M. H. J. Hood, avocat, qui l’a connu de longues années, qu’il était absolument incapable de tromper ».
Après de bonnes études à Oxford, M. Stainton Mosès, prit ses diplômes, fut ordonné prêtre par l’évêque Wilberforce et accepta une cure dans l’île de Man. En 1869. gravement malade, il fut soigné par leDr Speer dont il devint l’ami^ intime et dans la famille duquel il obtint les plus belles manifestations. Obligé, par suite de l’état précaire de sa santé d’abandonner son ministère de prêtre, il fut nommé, en 1870, professeur àl 7 Université Collège Scbool, place qu’il conserva jusqu’au moment où la maladie l’engagea à y renoncer, trois années avant sa mort. L’écriture automatique commença en 1873 Pour finir, autant que nous pouvons le savoir, en 1883. Pendant ses dernières années, M. Mosès contribua à un grand nombre d’organisations spirites, il collabora activement au journal Light, dont il devint même le directeur.
M. Mosès ne s’est jamais marié et a toujours vécu éloigné du monde. Rien dans son apparence n’indiquait ses dons particuliers. Sa physionomie était « honnête, virile et résolue ». De nombreux témoignages d'affection et d’estime furent publiés après sa mort, particulièrement par ceux que ses expériences et son enseignement étaient parvenus à convaincre (2). Ses manus-
(1) Annales Psychiques. Expériences de W. Stainton Mosès. 1895. p. 205.
(2) Myers. Expériences de W. Sainton Mosès, in Ann.Psych . 1895, p. 207.
crits inédits furent confiés à deux de ses amis,M. Ch Carleton, Massey avocat, et M. Alaric. A Watts. M. Myers put prendre connaissance de ces documents et en a fait dans les Proceedings une étude à laquelle nous aurons l’occasion de recourir. En somme, les matériaux dont cet écrivain a pu disposer sont de quatre sortes : i° les livres publiés par Stainton Mosès ; 2° ses manuscrits inédits ; 30 les rapports écrits et publiés des témoins ; 40 ses relations orales avec ses amis. La famille Speer a fourni également de nombreux témoignages corroborant les récits publiés par M. Mosès, de sorte que nous pouvons être certains de la matérialité des faits. Nous n’avons pas affaire ici à un ignorant incapable de se rendre compte du phénomène qu’il produisait^ à un enthousiaste qui se laisse entraîner par le merveilleux. Son éducation religieuse et ses études théologiques l’éloignaient de ces pratiques, qui lui semblaient d’abord vulgaires et dépourvues d’intérêt.
Ce puissant médium n’est arrivé que lentement et progressivement à la conviction que les communications qu’il recevait étaient bien dues à l’intervention des Esprits. Son intelligence développée, sévère et précise, demandait des preuves absolues avant de s’engager dans cette voie nouvelle qui devait modifier si profondément ses croyances antérieures. Il expose lui-même dans son ouvrage S pirit Identity, les perplexités par lesquelles il a passé : (1)
11 y a maintenant quatre ans, mon esprit s’est trouvé si complètement absorbé parla démonstration de ce que Ton appelle l'immortalité que je résolus de me faire une conviction, ou d’abandonner désormais toute tentative pour entrer en relation avec le monde des esprits, comme laissant trop d’inconnues et de désillusions. Je n’avais pas obtenu un nombre suffisant de preuves de l’Identité des esprits, pour me permettre de formuler sui elles une affirmation décisive. Sans doute, j’en avais bien un certain nombre, qui, à mes yeux, avaient une valeur considérable, mais la grande masse de mes communications avait un caractère impersonnel ; car les esprits auxquels elles étaient dues s’attachaient plus spécialement à fixer mon attention sur les arguments et le but de leurs messages, bien plus que sur l’autorité d’un nom, quelque impression qu’il pût faire sur mon esprit. Ils avaient franchi la sphère de l’individualité et se plaignaient d’être obligés d’y revenir. Pour moi, au contraire, je réclamais quelque chose de tout à fait
(1) Stainton Mosès. L'identité des Esprits. Traduction française, par le Dr Dusart, in Revue Scient, et morale du Spiritisme , février 1900. p. 447.
SUR LA MÉDIUMNITÉ 34 I
défini, je demandais qu’il me fut bien prouvé que j’avais affaire à des êtres de mon espèce. Le monde des Anges était trop haut pour moi, je ne pouvais y atteindre.
Pendant longtemps, j’attendis en vain la preuve réclamée. Si j’avats imite la plupart des investigateurs, / aurais abandonné mon enquête, par lassitude ou dégoût (1). L’état de mon esprit me portait trop à l’action, aussi je fus obligé de me donner beaucoup de peine avant d’obtenir ce que je désirais Peu à peu, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, par fragments et par degrés dans le détail desquels je ne puis entrer. ici, cette preuve vint, et comme mon esprit était tout préparé à la recevoir, six mois entiers furent dépensés en efforts journaliers, continus, pour bien fixer en moi la démonstration de la persistance des esprits des hommes et de leur faculté de communiquer avec moi, en me donnant la preuve de la conservation de leur individualité, ainsi que de la continuité, sans aucune solution, de leur existence.
J’avais connu pendant leur vie terrestre quelques-uns de ceux qui vinrent ainsi, et je pouvais non seulement contrôler leurs assertions, mais aussi remarquer quelques détails de leur manière d’être, des particularités de diction, des originalités de leur esprit que je me rappelais avoir constatées chez eux pendant leur vie terrestre.
La plupart m’étaient inconnus et vinrent pour obéir à l’esprit-guide qui arrangeait toutes choses. Ils m’apportaient leur témoignage et suivaient ensuite le cours de leur destinée, lorsqu’ils avaient accompli la tâche qui leur avait été imposée. Quelques-uns venaient des pays les plus invraisemblables et nous donnaient, et à moi et à mes amis, les plus grandes peines pour contrôler leurs dires.
Plusieurs vinrent au moment de leur mort. 11 semblerait qu’à ce moment l’esprit a plus de facilité pour manifester sa présence, et les faits qu’il cite sont plus faciles à vérifier. Quelques-uns étaient morts depuis longtemps, d’après la façon de compter des hommes, et se présentaient, éblouis et embarrassés, pour revoir les scènes terrestres d’autrefois, éprouvant les plus grandes difficultés à se remettre dans les conditions de jadis. (2)
Mais, de quelque part qu’ils vinssent et de quelque manière qu’ils se communiquassent, les uns et les autres portaient en eux un air de sincérité et de franchise qui était bien celui d’êties pénétrés de la haute portée de l’œuvre dont ils étaient chargés Tous, sans une seule exception, donnaient sur eux-même la stricte vérité, autant qu’il noirs fut pos-
(1) C’est trop souvent le défaut de ceux qui veulent juger le Spiritisme après quelques essais infructueux. Nous sommes bien loin, avec Stainton Mosès, de c^s fameux enthousiastes dont parle M. P. Janet.
(2) Les dernières observations publiées par le Dr Hodgson et le professeur Hyslop dans les Proceedings, confirment absolument les remarques de Stainton Mosès. Voir particulièrement le cas de Georges Pelham et celui du père de M. Hyslop.
sible de nous en assurer. Beaucoup de leurs affirmations étaient, par leur nature même, au dessus de tout contrôle. Un nombre beaucoup plus considérable furent scrupuleusement éclaircis et aucun n’a soulevé le moindre soupçon de fraude. Par tous les moyens imaginables, j’ai soumis ces témoins invisibles à un examen rigoureux et j’y ai apporté une ténacité qui ne laissait de côté aucun élément de contrôle. Beaucoup de mes questions restèrent sans réponse et je me demande si je n’ai pas quelquefois fait des recherches trop peu justifiables. Je n’ai jamais pu détruire leurs affirmations, ni les surprendre en flagrant délit de fraude, par les recherches les plus attentives.
Comme preuve de ce que je dis, je renvoie aux comptes rendus que j’ai rédigés pendant toute cette période, avec la plus grande régularité, jour par jour, notant en détail même la température et les autres conditions atmosphériques, les confrontant avec les rapports indépendants dressés par d’autres personnes faisant partie du cercle dans lequel les faits étaient communiqués. Toute lacune contenue dans mon récit, comme il devait fréquemment s’en produire par le fait même de l’état de transe dans lequel je me trouvais, était ainsi comblée et mon rapport contrôlé par des observateurs indépendants.
Voici irn exemple de faits inconnus du médium, révélés par les esprits. La scène se passe le matin, dans le cabinet de travail de M, Mosès. Il est à l’état normal et veut s’assurer que l’esprit qui se communique par l’écriture possède une existence indépendante. Il demande que Ton reproduise, par sa main, une phrase d’un livre pris au hasard dans sa bibliothèque.
Lectures faites dans les livres par les esprits.
D. — Pouvez-vous lire ?(demande Stainton Mosès).
R. — Non, ami, je ne le puis pas, mais Zacharie Gray le peut, ainsi que R... Je ne suis pas capable de me matérialiser ni de commander aux éléments.
D. — Se trouve-t-il ici quelqu’un de ces esprits.?
R. — J’en trouverai un quelque part. Je vais vous envoyer... R*** ; il est ici.
D. — On m’a dit que vous pouviez lire. Est-ce exact ? Pouvezvous lire dans un livre ?
(Ici le caractère de l’écriture change). R. — Oui, ami. Mais avec difficulté.
D. — Voulez-vous écrire pour moi la dernière ligne du premier livre de l’Enéide ?
R. — Attendez... « Omnibus errantem terris et fluctibus œtas. » (C’était exact.)
D. — Très bien. Mais j’aurais pu la connaître. Pouvez-vous aller vers cette bibliothèque, prendre l’avant-dernier livre, sur le second
SUR LA MÉDIUMNITÉ
rayon et me lire le dernier paragraphe de la quatre-vingt quatorzième page ? Je ne l’ai pas vu et je ne connais même pas son titre.
R. — « Je vais prouver rapidement, par un court récit historique que la papauté est récente et qu’elle s’est graduellement élevée ou développée depuis la première et pure époque de la chrétienté, non pas même depuis la période apostolique, mais depuis l’union lamentable de l’Eglise et de l’Etat, sous Constantin. »
(En examinant le livre, on constate que c’est un ouvrage singulier intitulé : Antipopopriestian de Roger, tentative pour libérer et purifier la Chrétienté de la Papauté, de la politique cléricale et du gouvernement des prêtres). L’extrait ainsi donné était exact, mais le mot (narrative) avait été substitué à compte-rendu (accountL
D. — Comment suis-je tombé sur une phrase aussi bien appropriée ?
R. — Je ne sais, mon ami. Ce ne fut qu’une coïncidence. Le mot a changé par erreur. Je m’en suis aperçu dès que cela a été fait, mais je n’ai pas voulu le changer.
D. — Comment lisez-vous ? Vous avez écrit plus lentement, à bâtons rompus.
R. — J’écrivais ce que je me rappelais, puis je lisais la suite. Il faut un effort tout particulier pour arriver à lire et on ne le fait guère que pour fournir une preuve. Votre ami avait raison, hier soir; nous pouvons lire, mais seulement quand les conditions sont très favorables. Nous allons encore lire et écrire ; nous vousdirons ensuite dans quel volume. « Pope est le dernier grand écrivain de cette école de poésie, la poésie de l’intelligence ou plutôt de l’intelligence unie à la fantaisie. » C’est réellement écrit ainsi. Allez prendre le onzième volume du même rayon. [Je pris un volume intitulé : Poésie Roman et Rhétorique]. 11 s’ouvrira à la page que vous cherchez. Prenez, lisez et reconnaissez notre pouvoir et l’autorisation que le grand et bon créateur nous donne de vous prouver le pouvoir que nous avons sur la matière. Gloire lui soit rendue. Amen. »
[Le livre s’ouvrit à la page 145 et on y trouva la citation parfaitement exacte. Je n’avais pas vu ce volume auparavant ;je n’avais certainement aucune idée de son contenu.]
Nous avons vu au chapitre qui traite spécialement de la clairvoyance dans ses rapports avec l’automatisme, qu’à plusieurs reprises une carte a été devinée par l’écriture automatique, alors que personne ne la connaissait ; nous savons également par les expériences du major Buckley, qu’après une magnétisation, une phrase peutêtre lue dans cet état de demi-extériorisation qui est presque l’état normal. Fidèles aux principes méthodologiques que nous avons adoptés, nous aurions passé sous silence
les faits précédents, comme n’indiquant pas avec évidence l’intervention d’une intelligenceétrangère, si certaines circonstances du récit ne nous faisaient un devoir d’examiner plus attentivement le phénomène.
Nous remarquons d’abord qu’il existe une très grande différence entre la manière rapide, nette et sans erreur, avec laquelle les réponses sont données, et ce qui se passe dans les expériences de M. Watkinsoù ce n’est qu’après des tâtonnements, des lenteurs que la carte est indiquée, pour ainsi dire par fractions. Mais ce qui est tout à fait inattendu et qui ne pouvait guère être prévu parM. Stainton Mosès, c’est que, subitement, l’intelligence directrice choisirait elle-même un volume inconnu de l’écrivain, dont elle extrairait une phrase exacte, et qu’ensuite il se produirait un phénomène complètement en dehors du pouvoir de la clairvoyance : celui de l’ouverture spontanée du livre, juste à la page indiquée. C'est là. suivant nous, une bonne preuve d’une intervention étrangère à l’écrivain, et qui lui montre qu’il est bien en rapport avec un esprit qui a sa volonté propre et des moyens spéciaux pour en témoigner.
Si l’on veut imaginer, malgré les affirmations du médium, que ces livres ont été lus jadis par lui et qu’il peut en avt>ir gardé le contenu dans sa mémoire latente, nous remarquerons ce que cette supposition a d’absurde, car. si une phrase a é é conservée, il est invraisemblable que le nüméro de la page y ait été associé D’ailleurs, ici encore, le fait que le livre s’ouvre mécaniquement à l’endroit voulu ruine complètement cette hypothèse.
Malgré toutes les inventions ingénieuses des critiques, il est des phénomènes qui, froidement étudiés, sans enthousiasme et sans passion, montrent avec certitude l'intervention d’intelligences qui ne sont plus sur la terre. C’est là une certitude grandiose qui va aller en s’accentuant, à mesure que nous avancerons davantage dans notre étude des faits.
Caractères de l’écriture mécanique.
L’état de transe auquel M. Stainton Mosès fait allusion se produisait surtout pendant les séances où avaient lieu des manifestations physiques ; l’écriture mécanique était toujours obtenue à l’état de veille, sauf deux exceptions : une fois de l’écriture fut donnée pendant un état de dégagement, nous en parlerons plus loin, et deci, delà, quelques mots, qu’il affirme être de
SUR LA MEDIUMNITE
l’écriture directe, c'est-à-dire tracée par une main invisible faisant aller la plume, sans aucun contact matériel de la part de l'écrivain.
En commençant, l’écriture fut d’abord très fine et très irrégulière ; il était obligé décrire lentement et avec précaution en surveillant la main et en suivant les lignes, autrement le message devenait incohérent et présentait l’aspect d’un véritable gribouillage. Avec l’exercice, l’écriture devint régulière et très belle.
Les premières communications étaient, dit-il, (i)toutesde l’écriture fine que j’ai décrite, elles étaient toujours du même style et signées « Doctor the Teacher. » Toutes les fois qu’il a écrit, son écriture est restée la même. Sa personnalité est aussi déterminée que celle des humains que je fréquente, changeant , à vrai dire) beaucoup moins que la mienne dans les derniers temps.
Après un certain temps, des communications furent données d’autres sources, mais chacune se distinguai t par sa propre écriture et les particularités de son style et de ses expréssions. Entre temps, je m’aperçus qu’un grand nombre d’Espritsqui n’avaient pas assez d’influence sur ma main avaient recours à l’aide d’un autre esprit nommé « Rector », qui pouvait apparemment écrire plus facilement avec moi ; car l’écriture d’un Esprit inhabile à ce travail rendait souvent le message incohérent, et il en résultait toujours pour moi un épuisement sérieux... Au contraire, l’écriture de l’Esprit qui devint ainsi une sorte de secrétaire, était courante et facile a lire, tandis que celle d’un grand nombre d’esprits était biscornue, de forme archaïque et fréquemment exécutée avec difficulté et presque illisible, de sorte que « Rector » devint le secrétaire ordinaire, excepté lorsqu’un Esprit venait pour la première, fois, ou bien lorsqu’il désirait accentuer la communication ; alors l’esprit responsable écrivait lui-même.
Il dit encore ailleurs (2) :
Il est intéressant de savoir si mes propres pensées n’ont pas exercé une influence quelconque sur les sujets traités dans le» communications. J\ii pris une peine extraordinaire pour prévenir une telle éventualité. Au début, l’écriture était lente et je devais la suivre des yeux, mais dans ce cas même les idées 11’étaient pas miennes. Du reste, les messages prirent bientôt un caractère sur lequel je ne pouvais avoir de doutes, puisque les opinions énoncées étaient contraires à ma manière devoir. Je m’attachai à occuper mon esprit pendant que l’écriture se produisait ; j’en arrivai
(1) Ann. Psych. 1895. p. 303.
(2) Stainton Mosès — Enseignements spiritualistes , traduction française — p. 24,
à lire un ouvrage abstrait , à suivre un raisonnement serré , tandis que ma main écrivait avec une régularité soutenue . Les messages ainsi donnés couvraient de nombreuses pages, sans corrections ni fautes de composition, dans un style souvent beau et vigoureux. . . .
Je n’ai jamais pu être maître de l’écriture, elle venait sans être appelée, et quand je la cherchais, j’étais le plus souvent incapable de l’obtenir. Une soudaine impulsion, venant je né sais comment, me poussait à m’asseoir et à me préparer à écrire. Pendant la période où les messages furent réguliers, j’avais pris l’habitude de consacrer la première heure du jour à les attendre. Je me levai tôt et je passai ce temps matinal dans une chambre, uniquement consacrée à ce qui était en intention et en réalité un service religieux. L’écriture venait alors fréquemment, mais je ne pouvais en aucune façon y compter. Des communications spirituelles se produisaient sous d’autres formes, il était rare que je n’en reçusse aucune, à moins d' être malade t ce qui arriva souvent dans les dernières années et mit fin aux messages.
Maintenant que nous sommes familiarisés avec l'écriture mécanique et que nous connaissons les fluctuations morales par lesquelles a passé M. Stainton Mosès avant d’arriver à la conviction, examinons son cas avec impartialité et demandons nous s’il s’est illusionné ou si sa conviction reposait sur des bases certaines. Nous avons vu que les messages qu’il recevait, toujours graves, sérieux, sans aucune banalité, vulgarité ou inconvenance, ne suffirent pas a le persuader ; il connaissait très bien la théorie de la cérébration inconsciente du Dr Carpenter, et il n’a été convaincu que lorsque des preuves nombreuses lui furent données de l’intervention d’esprits désincarnés se manifestant par son intermédiaire. Nous allons reproduire quelquesunes de ces observations, et l’on constatera que l’hypothèse de la télépathie ou celle de la clairvoyance, ne peuvent absolument pas expliquer cette révélation soudaine de faits inconnus du médium et des assistants.
L'Homme écrasé par un rouleau à vapeur.
Ce récit est emprunté au journal inédit de M. Stainton Mosès par M. Myers (1) et l’exactitude en est affirmée par une relation indépendante, conforme de tous points, publiée par un témoin oculaire dans 7 he spiritual ist : (2)
(1) Ann. Psych. 1896. p. 295.
( 2) Spiritualiste 1 9 mars 1875.
SUR LA MÉDIUMNITÉ 347
20 février 1874. — J’ai dîné ce soir chez Mmc Grégory avec le Docteur et Mme Speer pour rencontrer lebaron du Potet, lecélèbre magnétiseur et spiritualiste. M. Percival était de la partie. Pendant le dîner, j’avais comme un sentiment intérieur d’une influence étrangère et j’en fis l’observation. I.e baron m’avait auparav ant fortement magnétisé, et m’avait rendu plus clairvoyant que d habitude. Lui-mème reconnut un esprit dans la chambre, mais il croyait que c’était l’esprit d’une personne vivante.
Après le dîner, lorsque nous étions au salon, je me sentis un irrésistible penchant à écrire, et je demandai au baron d’appuyer sa main sur mon bras qui commença bientôt à remuer et je tombai dans une profonde léthargie. D’après ce que j’ai pu recueillir des témoins, ma main traça ces mots : « Je me suis tue aujourd'hui. » Cette phrase avait été précédée d’un dessin très grossier ; puis au dessous «: Sous le rouleau à vapeur, dans Baker Street, où le médium est passé. » Au même moment, je me levai en répétant à plusieurs reprises le mot « sang ». L’esprit demanda des prières. Mlle G. en récita quelques-unes et je sortis de ma léthargie tout à fait souffrant. Le lendemain je me rendis jusqu’à Baker Street avec le docteur Speer et demandai au policeman de service s’il n’était arrivé aucun accident. Il nous répondit qu’un homme avait été tué par le rouleau à vapeur à 9 heures du matin, et qu il avait aidé à transporter le corps à Waterhouse de Marylebone. je sentis très fortement l’influence le soir et ne pouvais pas m’y soustraire pendant 48 heures. Ceci est une curieuse preuve d’action spirite.
Nous sommes ici pleinement du même avis que le révérend Stainton Yiosès, car les circonstances qui accompagnent cette communication ne permettent guère l'intervention d’un autre facteur que celui de l’esprit du décédé. Si le médium avait été en relations suivies avec l’homme qui est mort, nous serions en face d’un cas ordinaire de télépathie ; mais comme l’écrivain, ni aucune personne de l’assistance, n’avait la moindre connaissance de cet individu, cette cause ne saurait être invoquée, surtout en considérant que l’ac:ident a eu lieu à 9 heures du matin et que la communication ne fut donnée que dans la soirée. Le seul fait d’avoir passé dans Baker Street ne peut évidemment avoir aucune importance pour l’explication télépathique, tandis qu’il s’applique bien à la théorie spirite d’un esprit attendant l’occasion de se communiquer. Nous raisonnerons de même pour la clairvoyance, puisque cette faculté ne s’exerce que lorsqu’il y a une puissante cause, de nature émotive, pour la provoquer, motif qui manque absolument vis-à-vis d’un inconnu.
Le cas de Euphémia Mathilda Death.
Je citerai encoie, dit M. Staint :n Mosès (i), le cas suivant : il vint à une de nos séances (dans la famille Speer) une influence — je ne trouve pas de mot meilleur — qui nous fit à tous ressentir un froid horrible. Le 21 décembre 1.874, je m’enquis de ce qui avait eu lieu la veille et l’on me dit que ce froid avait été causé par la présence de certains esprits qui s’étaienr manifestés à l'insu du chef (Impérator). Je fis l’enquête relativement à certains faits avancés par eux et je dis : « Pouvez-vous bien établir ces faits, afin que je puisse les comparer avec ce qu’ils m’ont dit? » VI1 est important de faire remarquer que je n’avais aucun souvenir conscient de ce qui avait été dit dans cette séance.) Après une longue pause, il me fut répondu :
« La mère était Euphémia Mathilda Death. Elle quitta notre monde à Aldershot, le 20 novembre, à Page de 22 ans. La petite était Edith- Ellen Death. Elle avait seulement quinze mois quand elle mourut. Le nom de son père était William Death, médecin vétérinaire du train militaire. Tels sont les principaux faits, nous n’en savons pas davantage.
Ces faits entièrement inconnus à notre cercle furent vérifiés par la suite. Après enquête, on obtint un papier de Wolwich confirmant chaque détail et ajoutant que l’enfant Edith était morte dans l’eau bouillante. M. F. W. H. Myers qui a vérifié, lui aussi, ces indications, dit que dans le registre de décès on trouve : « Mathilda Death mourut à South Camp, Aldersho*, le 21 novembre 1874, d'une maladie d’une valvule du cœur, à Page de 22 ans.Edith-Ellen Death, enfant de la ci-dessus nommée, mourut au même lieu le 24 novembre 1874, après six jours d'une congestion du cerveau, à l’âge d’un an et trois mois ».
La différence entre les dates du jour de la mort n’a rien de bien étonnant pour une mort ayant eu lieu la nuit et surtout d’une maladie de cœur.
Nous demandons encore quelle faculté supra normale on pourrait invoquer pour expliquer les détails précis, circonstanciés, obtenus par un écrivain qui n’avait pas la moindre idée de l’existence d’une famille Death. On ne peut imaginer, sans tomber dans l’absurde, une action télépathique d’un vivant quelconque, car il n’existe aucun ami commun, ni aucun lien entre le médium et les personnes mortes. La clairvoyance n’a pas davantage de raison pour se produire ici, puisque nous avons constaté quelle ne s’exerce pas au hasard, mais au con-
(1) Annales des Sciences psychiques. Expériences de W. Stainton Mosès } 1895, p. 357.
SUR LA MEDIUMNITE
traire dans des circonstances bien déterminées. Il est donc logique d’admettre que ces renseignements proviennent d’intelligences désincarnées, comme elles affirment l’être, et que la communication entre les vivants et les morts s'établit par des faits qui défient toute critique. En voici encore un autre dont la vérification fut tout à lait inattendue :(i)
Le cas de Charlotte Buckworth.
Nous reproduisons la version du Journal de M Stainton Mosès, d’après M. Myers:
25 mars 1874. — Un esprit se manifeste par des raps (coups frappés) nous donnant des détails sur sa vie qui étaient précis et entièrement inconnus de chacun de nous. Le lendemain, je fis des questions à son sujet ipar l’écriture) et l’on me répondit que le nom avait été bien donné ; que cette Charlotte Buckworth n’avait aucune connexion spéciale avec moi ni avec mes amis, mais parlait comme si- elle était présente. Le fait que j’avais été la veille en compagnie avec quatre personnes, toutes plus ou moins médiums, avait empêché la régularité des communications et introduit un élément de trouble.
11 me fut dit que Charlotte Buckworth, l’esprit en question, avait été soudainement privée de l’existence terrestre en 1773, à une partie de plaisir chez un ami à jermyn -Street. J’appris encore qu’elle avait souffert d’une faiblesse du cœur et qu’elle était morte en dansant. L’esprit ami qui écrivait ne pouvait dire chez qui, mais, parti, puis revenu, il me donna le renseignement : chez le Dl‘ Baker, le 3 décembre. Nous 11e pouvions vérifier l’information et nous n’y pensâmes plus. Longtemps apiès, cependant, le D1' Speer avait chez lui un ami qui aimait beaucoup touiller dans les vieux livres. Nous causions tous les trois, un soir, dans une chambre où il y avait beaucoup de livres rarement employés, rangés en rayons, depuis le parquet jusqu’au plafond.
M. A. (comme je l’appellerai) monta sur une chaise pour atteindre le dernier rayon qui était rempli par les volumes de Annual Register. 11 en- prit un dans un nuage de poussière et remarqua que cette publication était un précieux recueil d’événements. « On y trouve tout », disait-il Comme il prononçait ces mots, l’idée que c’était une occasion q)Our vérifier si on avait enregistré la mort de Charlotte Buckworth, traversa aussitôt comme un éclair mon esprit. L’événement avait du intéresser et on le trouverait dans l’obituaire d’un de ces volumes. Mon impression était si
(1) Voir Spirit Identily , p. 112. Appendice III. Voir aussi : Enseignements Spiritualistes , traduction française, p. 62, et Ann. Psych . i895, P- 353-
forte — il me semblait que ma voix intérieure me parlait — que je me mis en quête du volume de 1773. J*y trouvai, au milieu d’autres morts remarquables, l'enregistrement de ce fait qui avait fait sensation à cause de son intervention dans une fête du monde élégant et sa terrible soudaineté. Les faits avaient été donnés exactement. Le livre était couvert d’une épaisse poussière et n’avait évidemment pas été dérangé depuis qu’on l’avait placé sur ce rayon. Je me rappelai que les livres avaient été rangés cinq ans auparavant ; ils étaient toujours restés tels quels depuis. Personne 11’y eut .touché sans les goûts d’antiquaire de M. A... La vérification fut, je crois, aussi suggestive d’une indication spiritualiste que la communication meme.
Nous connaissons bien l’ingéniosité de nos critiques, mais nous nous demandons ce qu’ils pourraient alléguer contre ces phénomènes! Pas de télépathie de vivants, tous les contemporains sont morts. Pas de clairvoyance possible puisqu’âucun fait ne la nécessite ; il ne nous reste plus qu’à constater l'influence des esprits.en dépit de toutes les négations intéressées. Voici encore quelques exemples de communications réelles :
Autres preuves de l'intervention d’intelligencesétrangères aux assistants .
Il m’a été accordé, à plusieurs reprises, — dit encore Stainton Mosès — (1) un autre genre de preuve, consistant à rappeler de menus incidents survenus il y a longtemps, et qui, par aucun moyen imaginable, n’avaient pu venir à ma connaissance, ou exister dans ma mémoire. Voici un exemple. Il survint à une époque où j’étais occupé tout entier à l’écriture automatique, et se présenta à propos de rien. Je suppose que l’esprit était présent, et saisit l’occasion de se rapprocher de son ami.
Un certain soir, 8 avril 1874, je posais une question à propos de ce qui venait d’être écrit à l’instant, lorsque la main commença à dessiner, ou plutôt à parcourir le papier au hasard, comme il arrive fréquemment, lorsqu’un nouvel esprit survient. Une longue communication d’une nature très personnelle fut enfin transmise morceau par morceau. Elle doit nécessairement perdre beaucoup de sa force, dans ce court extrait auquel je dois me limiter pour ce récit imprimé. Je me trouvais alors à la campagne, et l’esprit qui se communiquait avait été connu de la maîtresse de la maison, ainsi que de moi : pour être plus exact, je dirai que, vingt-neuf ans auparavant, elle m’avait connu enfant.
(1) Stainton Mosès. L'identité des Esprits. Traduction française par M. le Dr Dusart, in Revue Scientifique et Morale du Spiritisme. Mars 1900, page 603.
SUR LA MÉDIUMNITÉ
Elle donna son nom complet, et me demanda si je me le rappelais. Il n’en était rien. Elle ajouta alors qu’elle était la cousine de la dame de la’ maison où je me trouvais. Elle était décédée le 15 mai précédent. En ré ponse à mes questions, elle ajouta qu’elle avait été mariée, et peu après donna son nom de jeune fille. Je me rappelai parfaitement ce nom de jeune fille et celui delà localité qu’elle habitait. Elle donnaalors tous les détails de sa \ie.avec ladateet le lieu de sa naissance, la description très exacte de la maison qu'elle avait habitée, et le nom de V occupant actuel ; des détails sur sa vie comme femme mariée ; la date et le lieu de sa mort, ainsi que son âge. Vint. ensuite le récit d’une aventure très vulgaire de mon enfance, un jour que j’étais allé lui rendre v'site. Pendant ce récit, les plus minimes incidents furent rappelés, et il fut donné des détails tellement insignifiants,dont je ne savais pas un mot, qu’il n’est pas possible de se figurer qu’ils puissent être trouvés par quelqu’un simulant un esprit. Plus tard, je contrôlai ses dires, en recourant à deux sources différentes, et je constatai que chaque particularité était rigoureusement exacte.
Je lui demandai, en outre, si elle n’avait aucun but en se manifestant à moi. Si : elle désirait transmettre un message a X... : « J’ai beaucoup perdu l’occasion de faire des progrès, parce que j’ai trop cherché à satisfaite les appétits charnels. Cela m’a fait reculer. Il faut que je reprenne le cours de mes progrès. Je trouve que ma vie actuelle ne diffère guère de la vôtre ; je suis presque comme vous. Je voudrais pouvoir exercer une influence sur X..., mais je ne puis y arriver. »
Je lui demandai d’autres preuves, et elle me dit qu’elle 11’en pouvait donner. Au moment où elle allait quitter : « Arrêtez ! Demandez à X... des nouvelles de D*** et de la tiappe ». Je n’avais aucune idée de ce que cela pouvait signifier, et je lui demandai si elle se trouvait bien dans son état actuel. « Aussi heureuse qu’on peut l’ètre en cet état ». Je lui demandai comment elle m’avait découvert. Elle vint, me répondit-elle, errant autour de son amie, et s’aperçut qu’il lui était possible d’entrer en communication. Je lui demandai si je pouvais lui être utile. Elle répondit par la demande de prière habituelle.
Plus tard, je pus m’assurer que l’incident de la trappe, au sujet de laquelle on m’avait dit de m’informer, était un de ces infimes détails de la vie de chaque jour, survenu trente ans auparavant, qui me semble bien propre à fournir les meilleures preuves d’identité. Cet incident ridicule .auquel il était fait allusion, ne pouvait être connu de personne autre que de ceux qui y avaient pris part. Il faut dire qu’il avait eu lieu lorsque j’avais environ cinq ans. La personne à laquelle je m’adressai 11e se rappela l'incident de la trappe qu’avec une grande difficulté et après une nuit de réflexion.
Avant de terminer, je veux encore citer un cas, constituant une preuve des plus détaillées, donnée au moyen de coups frappés, et confirmée par l’écriture automatique.
Vers la même époque que le fait précédent, toute la durée d’une de nos séances, c’est-à-dire pendant près de deux heures, fut occupée par la communication d’une série de faits, de noms, de dates et de menus détails, transmise par un esprit qui était évidemment préparé à répondre à l’enquête la plus pénétrante. Le jour de la naissance, les particularités de l’histoire de la famille, et les détails sur la vie qui venait de finir, furent donnés sur ma demande. Il en résulta une complète autobiographie, comprenant non seulement les faits saillants, mais embrassant aussi les particularités vulgaires, qui venaient tout naturellement à leur moment, au cours du récit* Toutes les questions reçurent leur réponse sans la moindre hésitation, et avec une clarté et une précision parfaites. Tous les détails furent pris en note sur le moment même, et dans tous les cas où il a été possible de les c ntrôler ils furent trouvés parfaitement exacts et bien rapportes.
Quand même ce cas eut été le seul que je connusse, il me semblerait plus difficile d’imaginer que tout ce qui fut donné avec tant de soins et de précision, n’était que le produit de l’imposture, de la fourberie d’un esprit mystificateur, ou des rêveries d’un cerveau déséquilibré, que d’admettre, comme je le fais sans hésiter, que Y operateur intelligent était l’homme lui-même, avec sa mémoire intacte et une individualité que n’a pas détruite le changement d’état que nous appelons la mort. S’appuyant comme il le fait sur la même base que les autres faits que j’ai détaillés, et que ceux que j’ai passés sous silence, ce cas est un anneau de plus ajouté à la chaîne des preuves.
Nous pourrions multiplier les témoignages empruntés aux auteurs spirites, mais pour ne pas alourdir la discussion, nous nous contenterons de reproduire les deux cas suivants, dus à la médiumnité de M,ne Undervood, médium non professionnel et d’une honorabilité parfaite. Nous empruntons la traduction à la brochure de M. Erny, intitulée : \J Identité des Esprits.
Un père repentant.
— Un M. J. Smith qu’avait connu M. Underwood, mais dont il ne connaissait nullement la famille, était mort depuis un an. Un soir que M. et Mm0 Underwood travaillaient à leur bureau, la main de M"10 Underwood écrivit: « J. Smith désire parler à M. Underwood. » Ce dernier, qui pas plus que moi ne pensait à M. Smith (qui était mort en Flonde), demanda les détails de ce qui s'était passé dans leur dernière entrevue, et il les donna exactement. M. Smith venait, dit-il, pour tacher de réparer les dispositions testamentaires qu’il avait prises au sujet de sa lille Violette, à laquelle il n’avait rien laissé, parce qu’elle s’était mariée contre son gré. M. Smith désirait que M. Underwood allât trouver son fils marié
James Smith, et lui fît part de son désir de voir sa fille Violette avoir aine part égale à celle de ses autres enfants. Connaissant fort peu le fils de M. Smith, M. Underwood crutindiscret desapart de lui communiquer un fait qui lui paraîtrait probablement ridicule. M. Smith père revint à la charge et écrivit par la main de Mn,e Underwood : « Dites à James que dans ma nouvelle existence, et les pensées nouvelles qu’elle me suggère, je sens que j’ai mal fait en agissant comme j’ai agi envers sa sœur. On ne peut la blâmer d’avoir suivi sa propre inclination, plutôt que la mienne. » M. Underwood, devant cette insistance, devint perplexe sur ce qu’il devait faire, lorsque, quelques semaines plus tard, une preuve inattendue de la véracité des messages de M. Smith fut donnée à M. Underwood. Dans une conversation que ce dernier eut avec un homme d’affaites, ami de M. Smith, il lui fut dit que Smith avait laissé tous ses biens à sa femme et à ses enfants, sauf à Violette (i), qui s’était mariée contre son gré. Or ces faits, dit Mme Underwood, étaient ignorés de mon mari et de moi , et nous étions seuls, lorsque cette communication nous fut faite. Donc, notre subsconscient n’a pu écrire les messages, et un invisible n’a pu lire ces faits dans notre cerveau.
Un Esprit qui indique son genre de mort.
— M. J. -P. Mendurn, longtemps directeur du Boston Investigator y libre penseur dans ses écrits, mourut en 1891. M. Underwood avait, pendant vingt-cinq ans, eu des relations avec lui et écrit dans son journal. Mme Underwood avait rencontré ce monsieur, mais 11e savait rien de sa vie privée. Le numéro de son journal annonçant sa mort, daté du 21 janvier, 1 11’arriva que le 23 à Chicago, et Mme Underwood ne le sut que le 25. M. Underwood, absent de Chicago, 11e lut ce n .méro que le 27. Or, le 20 janvier au soir , Mme Underwood ressentit ce choc électrique dans le bras qui précédait toujours les communications. Son mari, très fatigué, 11e pensait pas plus qu’elle à M. Mendum. « Ma main, dit Mme Underwood, écrivit : O11 voudrait parler à M. Underwood. — Qui ? — J. -P. Mendum. — Qu’avez-vous à nous dire sur l’état nouveau où vous vous trouvez ? — Que je suis des plus surpris, je ne puis encore comprendre ou je me trouve. — Quel est votre état d’esprit? — Perplexe... J’étais si peu préparé à ce que je vois ici.» Alors, M. Underwood dit: « Si c’est réellement M. J. Mendum qui est présent, qu’il nous dise de quelle maladie il est mort? — C’est inutile, répondit M lue Underwood, puisque nous savons tous deux qu’il est mort de vieillesse (il avait quatre-vingts ans). M. Underwood insistant sa femme écrivit péniblement : ulcère. —
(i)En Amérique comme en Angleterre, existe la liberté de tester, et un père peut déshériter entièrement un de ses enfants,
Dans quelle partie du corps ? — U estomac. » M. et Mmo Underwood constatèrent que le fait était exact, et cette dernière ajoute que la télépathie ou la conscience subliminale ne peuvent expliquer qu’elle ait connu ces faits quatre jours avant leur publication à Boston.
Les communications de Georges P3lham.
Les Spirites ont toujours soutenu que le jour où des savants voudraient prendre la peine d’étudier les phénomènes du spiritisme, ils arriveraient d’abord à constater la réalité des faits et qu’ensuite ils seraient contraints de reconnaître qu’ils sont dus à la communication des Esprits avec nous. C’est précisément ce qui a eu lieu pour un certain nombre de membres de la Société de Recherches psychiques.
Après avoir consacré de longues années à l'examen des phénomènes de la transmission de pensée, de la télépathie, de la clairvoyance, etc., ils en sont venus naturellement à examiner les médiums et tout d’abord ils n’ont vu dans les manifestations orales ou écrites auxquelles ils assistaient que des cas de personnalités secondes, ou dans les révélations faites que des transmissions de pensée ou des actions télépathiques exercées par des personnes vivantes. Mais le problème s’est compliqué. Il s’est produit une série de communications, émanant d’un esprit qui était connu de quelques uns des membres de la Société, qui ne pouvaient plus s’expliquer par les hypothèses précédentes et qui conduisirent des hommes comme le D1 R. Hodgson, te professeur Hyslop le professeur William James, le Révérend Minot Savage, le professeur Lodge, etc., à reconnaître la possibilité de la communication entre les vivants et les morts.
La publication dans les Proceedings du cas de Georges Pelham a produit une profonde sensation parmi les psychologues, car c’est la première fois que la possibilité de la communication avec les Esprits était affirmée catégoriquement parle Dr R. Hodgson, qui s’était, jusque là, montré réfractaire à cette interprétation des phénomènes constatés dans les séances spirites. Ce n’est pas que cette observation soit beaucoup plus probante que beaucoup d’autres faites par les spirites, mais elle a été relatée avec une si grande minutie de détails, avec une si entière préoccupation d’impartialité, et avec une rigueur si absolue, que les conclusionsqui en ressortent ont pris immédiatement une haute importance.
SUR LA MÉDIUMNITÉ
Le Dr Hodgson était un adversaire résolu des spirites et se donnait pour mission de dévoiler ce qu’il croyait des supercheries de la part des médiums. Mais c’était en même temps un savant de bonne foi, et bien avant: d’arriver au spiritisme proprement dit, il reconnut qu’un grand nombre défaits n’avaient rien de frauduleux et pouvaient s’interpréter par la télépathie. Puis cette explication ne le satisfit plus et il en arriva, après ses expériences avec un grand médium américain, Mrs Piper, à la conviction complète,absolue,que les esprits pouvaient se manifester. Voici sa déclaration : (i).
Pendant une période de douze ans, j’ai eu par la médiumnité de Mrs Piper des communications avec les Esprits de ceux qui sont morts depuis quelque temps. Au début, et à vrai dire pendant les premières années, je ne croyais absolument pas au pouvoir de Mrs Piper. Je n’avais qu’un but : découvrir la fraude et la supercherie. Pour être franc, j’allai chez Mrs Piper dans le but de la démasquer, il y a de cela douze ans.
Aujourd’hui, je suis prêt à dire que je crois 11 la possibilité de recevoir des messages de ce que l’on se plaît à nommer le pays des Esprits. J’entrai dans -cette maison profondément matérialiste, ne croyant pas à l’existence après la mort, et aujourd’hui, je dis simplement : Je crois. La démonstration ma été faite , de façon à ni ôter même la possibilité d'un doute . Aujourd’hui ce sont des centaines de personnes qui attendent sans cesse l’occasion d’avoir une séance avec Mrs Piper, cela dépasse notre désir et la possibilité d’y satisfaire...
Mrs Piper, qui a été l’instrument de cette conversion, est une dame américaine dont la médiumnité commença à se développer en 1884. après une visite qu’elle fit à un medium professionnel, le Dr Cocke. Elle s’endort spontanément, et pendant la transe, diverses individualités se manifestent par la parole ou l’écriture. Pendant les premiers temps, la voix de Mrs Piper était au pouvoir d’une personnalité qui, sous le nom de Dr Phinuit, servait d’intermédiaire pour transmettre les communications Mais dans les dernières années, d’autres agents intervinrent, et le Dr Pliinuit disparut. Afin de faire connaître les précautions prises par les observateurs et pour indiquer dans quel esprit les recherches furent poursuivies, il est nécessaire de reproduire une partie du rapport publié par M. Hodgson dans les
(1) Revue Spirite. Mars 1900, p • 136.
Proceedings de 1897.(1) Voici le début des observations :
Extraits du rapport de M. R. Hodgson.
Ce fut en mai 1887, quinze jours après mon arrivée à Boston, que j’entendis parler pour la • première fois de Mmo Piper, et le professeur William James ménagea ma première séance chez elle. Dans les dix-huit mois précédents, le professeur James l’avait visitée une douzaine de fois et lui avait conduit un grand nombre de personnes, pour la plupart desquelles il fixait lui-même les jours de séances, sans jamais donner leurs noms au médium. Le résultat de ces études fut pour lui la conviction que >IU1° P per possédait réellement des facultés supernormales.
J’ai eu moi-même un certain nombre de séances avec Mmo Piper, pendant lesquelles elle rappela beaucoup de souvenirs intimes et d’un caractère tout à fait personnel touchant quelques-uns de mes amis et parents décédés. J’ai pris des rendez-vous pour des séances chez elle en faveur de plus de cinquante personnes que je savais lui être étrangères, en observant les précautions les plus sévères pour éviter qu’elle pût obtenir aucun renseignement sur ceux qui devaient assister à ses séances. En général,, le résultat fut aussi satisfaisant qu’il l’avait, été pour moi.
A la plupart de ces personnes on cita, pendant l’état de transe, des faits qu’elles étaient certaines que M"1^* Piper n’avait pu apprendre par aucun moyen ordinaire.
En outre, sur la proposition de l’un des membres de notre société, des détectives furent employés pendant plusieurs semaines à s’assurer que Mme Piper, ni son mari, ni aucune autre personne en relation avec eux n’avaient tenté d’obtenir des renseignements sur les assistants possibles de leurs séances, soit à l’aide de complices, sqit par un des procédés ordinaires d’enquête. On ne put découvrir le plus léger indice de manœuvres de ce genre .
Tout en laissant la plus grande marge possible aux informations pouvant être fournies selon les circonstances par des moyens ordinaires, ou par hasard, coïncidences, conjectures exceptionnelles, aidées par les indications échappées consciemment ou inconsciemment aux assistants, ou encore devinées par Mme Piper, grâce à un état particulier d’hypéresthésie, je pense qu’il reste encore un ensemble imposant de notions révélées pendant son état de transe, dont rien ne peut rendre compte en dehors de l’intervention de quelque pouvoir supernormal ; mes dernières recherches n’ont pu que me confirmer dans cette conviction.
(1) Revue Scientifique et morale du Spiritisme . Décembre 1898 et numéros suivants dans lesquels une traduction française du rapport du D1' Hodgson a été publiée sous le titre : Nouveau Recueil dé observations de certains phénomènes de la Transe . .
SÜR LA MEDIUMNITE
Mrae Piper, sur notre demande, vint ensuite en Angleterre, où elle séjourna de novembre 1889 à février 1890. Pendant ce temps, elle donna quatre-vingt-trois séances sous la surveillance du D1' Walter Leaf, du professeur Lodge, et de M. Myers. Naturellement toutes les précautions convenables furent prises au sujet de l’admission des assistants, etc. Qu'il suffise de dire que les observateurs nommés plus haut demeurèrent convaincus que l'affirmation de notions acquises par des moyens supra-normaux par Mm c Piper en état de transe , était parfaitement justifiée.
Mais si cette conclusion était admise à l’unanimité, il n’en était pas de même de l’interprétation. Ainsi le Dr Walter Leaf, par exemple, adoptait la supposition que le Dr Phinuit n’était qu’uu nom destiné à couvrir la personnalité seconde de Mme Piper, prenant ce nom et jouant ce rôle, avec les aptitudes et l’unité d’action que l’on a constatées déjà, dans des cas analogues, de la part de ces personnalités secondes. Le professeur Lodge, de son coté, pense que dans la plupart des cas observés, on rencontre quelque chose d’un caractère anormal qu’on ne peut expliquer par la transmission de pensées de la part des assistants, et se croit forcé d’admettre l’hypothèse de l’action télépathique de personnes éloignées, si tant est que cela soit possible d’une façon quelconque ; télépathie attribuée, mais seulement en dernier ressort, aux décédés ; (1) télépathie cependant, déformé absolument spéciale et tout à fait distincte de tous les autres modes imaginables employés pour obtenir des renseignements de personnes présentes.
Dans mes précédents rapports concernant les séances tenues jusqu’à octobre 1891, j’ai déclaré que l’hypothèse qui depuis longtemps me paraissait la plus satisfaisante, était celle d’une transauto-hypnotique dans laquelle une personnalité seconde de Mme Piper, ou bien admettrait par suite d’illusion, ou bien prétendrait faussement et en connaissance de cause, être l’esprit d’un être humain décédé et, en conséquence, imiterait diverses autres personnalités, en concordance avec les idées latentes de quelquesuns des assistants. J’ajoutais cependant que ma confiance dans la valeur de cette hypothèse était fortement ébranlée par mes dernières conversations avec la personnalité de Phinuit, et par les autres manifestations accompagnant l’état de transe de M,,ie Piper, et que je n’étais pas du tout certain qu’aucune théorie exclusive pût réellement être adoptée. Il arrivait bien que plusieurs assistants se croyaient bien mis, pendant la transe de Mrae Piper en communication réelle avec des amis décédés ; mais diverses considérations rendraient cette opinion bien peu acceptable.
(1) Télépathie de décédés 1 N’est-ce pas, sous un autre vocable, la communication spirite entre les vivants et les morts ? C’est extraordinaire comme les savants ont de la peine à se servir de notre vocabulaire.
La personnalité présentée sous le nom de Phinuit ne donnait aucun détail satisfaisant sur elle-même ; elle était incapable de justifier, par aucune preuve d’identité, sa. prétention d’avoir été un être humain actuellement décédé et encore bien moins celle d’avoir été un docteur Français. Dans plusieurs cas, les séances aboutirent à des échecs. Dans beaucoup d’autres complets, les affirmations correctes étaient entremêlées d’attestations fausses eu d’un contrôle impossible. Parfois aussi il en survenait un grand nombre qui paraissaient surtout avoir été devinées ou dites au hasard par Phinuit, et même lorsqu’il faisait preuve de quelque notion spéciale et tout à fait extraordinaire sur des questions d’un caractère privé, se rapportant aux assistants ou à leurs amis décédés, Phinuit se trouvait incapable de faire des réponses acceptables à d’autres questions, quoique ces réponses fussent sûrement connues pendant leur vie, par les esprits qui étaient censé se communiquer. En un mot, tandis qu’un examen sans prévention des premiers rapports publiés par les Proceedincjs porterait à conclure que les phénomènes exigent une hypothèse admettant tout au moins l’existence de la télépathie, on éprouve de très sérieuses difficultés lorsqu’il s’agit de se prononcer entre l’hypothèse spirite ou l’action de la télépathie entre vivants, comme explication suffisante.
Ces difficultés ne sont pas complètement résolues, mais depuis que j’ai écrit le dernier rapport sur les phénomènes médianimiques présentés par Mme Piper, il s’est produit diverses circonstances qui ont eu pour résultat d’augmenter singulièrement la valeur des preuves et de jeter, du moins à mon avis, une nouvelle lumière sur leur signification. L’une de des circonstances a été la mort subite, en 1892, d’un jeune homme qui s’intéressait très vivement à toutes les questions intellectuelles en général et se tenait au courant des recherches de notre société.
Quatre semaines après son décès, il se présenta comme voulant se faire connaître par la médiumnité de Mme Piper, et depuis ce temps, il prêta son assistance à beaucoup d’autres esprits désireux de se communiquer. Je le nommerai Georges Pelham ou G. P. Le vrai G. P. a-t-il quelque chose à voir en tout ceci , trouve-t-on des interlocuteurs en dehors d’une personnalité quelconque de Mme Piper et de celles des assistants ou autres personnes vivantes, ce sont là des questions qu’il nous restera à discuter plus tard.
Cette manière de parler est la plus convenable pour faire comprendre les faits aux lecteurs, et c’est en définitive la seule qui rende bien compte de la forme sous laquelle ils se présentent. Je ne donnerais qu’une impression absolument fausse de ce que furent les phénomènes, si je parlais simplement de Mmc Piper comme l’auteur des manifestations qui se produisent au moyen de ses organes, quand elle est dans l’état de transe. Pour arriver à donner une fidèle description dans chaque cas, de ce qu’elle
SUR LA MÉDIUMNITÉ
affirme, déclare ou prétend être, nous serions entraîné à des répétitions fatigantes, inutiles, et à une confusion véritable. Je citerai donc régulièrement ceux qui se présenteront comme interlocuteurs sous les noms de Phinuit, G. P., et autres, comme s’ils étaient des personnalités nettement distinctes. C’est du reste sous cet aspect qu’ils se présentent à première vue, et c’est cette apparence qui donne aux séances leur caractère tout spécial. Ainsi donc, je l’adopte provisoirement, en vue de la clarté et de la facilité des descriptions.
L autre circonstance qui a contribué à donuer plus de poids à la démontration, lut le développement de l’écriture mécanique pendant les transes de Mmô Piper. 11 faut noter que pendant la transe, la main de Mme Piper tombe fréquemment au pouvoir d’un autre agent, tandis que Phinuit continue à agir au moyen des organes de la voix. Phinuit perd la main et est évidemment inconscient de ce qu’elle écrit.Quoique ce moyen de communication n’ait pas été tout à fait inauguré par G. P., ce fut cependant surtout celui-ci qui le développa et il a, depuis, servi à un grand nombre d’interlocuteurs différents, soit pour remplacer, soit pour compléter le procédé adopté par Phinuit, remplissant le rôle de leur intermédiaire. Plus tard, Phinuit lui-même déclara et parut bien avoir profité de l’émulation de son nouveau collaborateur dans la tâche qu’il s’était imposée, de faire la preuve d’une faculté supra-normale (i).
Mrao Piper dut subir, en mars 1893, une grave opération chirurgicale dans un Hôpital de femmes, pour la guérison d’une tumeur et polir se débarrasser ainsi définitivement d’une source de troubles continuels dans sa santé, qu’elle éprouvait depuis de longues années et qui interrompaient ses séances. Cette tumeur était la conséquence d’une contusion reçue plusieurs années auparavant dans un choc contre un traîneau. La guérison de Mm° Piper lui permit de reprendre ses séances avec beaucoup plus de régularité qu’auparavant et d’en éprouver beaucoup moins de fatigue. Mais, dans le cours de 1895, une grave hernie, résultat assez fréquent des opérations de ce genre, vint de nouveau interrompre les séances, de telle sorte qu’une autre opération devint nécessaire. Celle-ci eut lieu en février 1896 et il ne fut pas possible de reprendre les séances avant le mois d’octobre. Depuis, la santé de Mme Piper est restée meilleure que je ne l’avais jamais connue et elle put enfin être considérée comme une personne parfaitement bien portante.
En somme, depuis mon dernier rapport, je connais les résultats de plus de 500 séances, dont 130 seulement ont eu lieu en présence des premiers assistants et sur quelques-unes desquelles je n’ai reçu que des rapports oraux. Parmi les rapports écrits sur les premières séances,
Voir chapitre I, p. 2 1 , les différentes manières dont se produisit récriture automatique.
il y en a un certain nombre qu’il n’est pas possible^d’invoquer comme preuves, à cause de la répugnance qu’éprouvent les assistants à permette qu’on livre leurs affaires privées à la publicité, sous quelque forme que ce soit. 11 en est d’autres que je ne puis publier qu’en leur faisant subir des suppressions et des modifications qui leur enlèvent plus ou moins de leur valeur démonstrative. Je me vois encoie dans l’impossibilité de me servir de quelques-uns, parce que malgré des promesses réitérées de la part des assistants de mettre à ma disposition des documents qui n’avaient pas de caractère trop intime, et malgré mes vives réclamations, je n’ai pu obtenir d’eux les détails qui auraient confirmé mes rapports. Sous l’influence de ces diverses causes, une grande quantité de preuves de la plus haute importance, provenant des premières séances, 11e peut être livrée à la publicité.
Quelques-unes des autres séances rentrent dans la catégorie de celles dont je puis me servir avec assez de détails, comme cela sera expliqué plus loin. Plusieurs avaient été tenues pour des personnes qui déjà s’étaient souvent trouvées avec Mrs Piper, et les communications qu’elles obtenaient avaient un caractère tout personnel. D’autres ont été provoquées par moi-même ou par d’autres personnes, dans le but d’obtenir, si c’était possible, des interlocuteurs eux-mêmes, un peu de lumière sur les causes des phénomènes. Ces derniers documents n’ayant pas une valeur démonstrative directe ne peuvent guère être publiés en détail dans nos Proceedings , tout au moins dans la période actuelle de notre étude, mais plus tard, dans mon mémoire, je pourrai faire des emprunts à quelques-uns d’entre eux, lorsque je les croirai de nature à m’aider dans la voie des interprétations.
Cependant, malgré la somme énorme des pièces qu’il est impossible ou inopportun de publier, il reste encore à notre disposition plus de matériaux que je ne puis en publier in— extenso , de façon utile. Beaucoup de ces faits utilisables ne contiennent rien d’un caractère particulièrement nouveau et ne rappellent que ces séances ordinaires que les membres de notre société connaissent suffisamment par nos précédents rapports. J’en passerai donc complètement un certain nombre, j’abrégerai ou supprimerai certaines parties d’une autre série, ayant toujours soin de mettre les échecs bien en relief.
Je dois ajouter que j’ai suivi moi-même la grande majorité des séances ; que les notes ont presque toujours été prjses par moi, excepté dans les cas où un reporter sténographe se trouvait présent ou encore lorsque Miss Edmunds, mon aide, pouvait me remplacer.
Quoique le procès-verbal des premières séances, dans lesquelles toutes les précautions ont été prises pour empêcher Mmo Piper de se renseigner sur les futurs assistants, ait une importance toute particulière, lorsqu’il s’agit de prouver que Mme Piper possède des facultés supra-normales, cela 11e nous mène pas bien loin, lorsque nous cherchons une explication pleinement satisfaisante. Mais il peut aider puissamment à prouver que pendant son état de transe, Mme Piper est
SUR LA MEDIUMNITE
instruite de données particulières sur l’assistant, sans qu’on puisse intelligemment supposer qu’elle les a acquises par les voies ordinaires, que des faits privés connus seulement de l’assistant sont fréquemment cités ; enfin, que dans certains cas on reçoit des communications suides événements aussi complètement inconnus du médium que de l’assistant lui-même et dont l’enquête prouve l’exactitude. Bien plus, en meme temps que cette démonstration de connaissances supra-normales , on rencontre plus ou moins d' éléments personnels, caractérisant les amis décédés de V assistant, et obligeant celui-ci à conclure qu'il est bien en communication directe et réelle avec ces amis disparus. Il est néanmoins difficile de supposer que, quelque remarquables qu'aient pu être les premières séances, elles aient pu suffire à constituer une base suffisante à la théorie spirite. 11 est bien vrai qu’elles portent puissamment à admettre une telle théorie et provoquent, dansl’esprit d’un grand nombre, des présomptions en sa faveur, mais pour l’investigateur sévère, elles ne seraient pas encore suffisantes. Elles pourraient encore paraître constituer des groupes défaits relativement isolés et n’ayant pour ainsi dire entre eux, pour tout lien, que la personnalité objective et mystérieuse, mais singulièrement persistante qui a reçu le nom de Phinuit. (1)
On devrait comparer les phénomènes de ce genre à ceux d’une maison soi-disant hantée, où se produisent, de façon continue, des manifestations d’une personnalité intelligente, mais assez mal déterminée, qui fait preuve d’informations étonnantes sur la plupart des visiteurs successifs de la maison, dont quelques-uns admettent qu’i's se trouvent en présence réelle de leurs parents ou amis décédés. Si nous considérons que ce fantôme visiteur, tandis qu’il est capable de donner des informations si étrangement vraies sur les autres, est bien loin de pouvoir donner sur lui-même des renseignements suffisants pour établir son identité avec un être humain ayant déjà vécu, et que toutes les informations que l’on peut obtenir sur le début du phénomène tendent puissamment à montrer que le fantôme fait penser à un rôle de pure invention da-'s une histoire à sensation, nous nous retrouvons en présence d’un problème ressemblant par beaucoup de points à celui qu’offrit Mrae Piper, aussi longtemps que nous avons borné notre étude principale aux résultats des premières séances.
Lorsque j’ai écrit mon précédent rapport, on ne manquait pas d’exemples où les témoins avaient été favorisés par un plus ou moins grand nombre d’occasions de se rendre compte des connaissances et des particularités de certains possesseurs se prétendant leurs amis intimes. Mais les seuls récits vraiment importants de ce genre qu’il me futpossible.de publier furent ceux que me
(i) On a vu par la déclaration faite dernièrement (p. 355) que la conviction de M. Hodgson est devenue complète depuis l’époque où ces lignes furent publiées.
fournirent Miss A. M. R... et Miss W... dont chacune assista à un grand nombre de séances, dans lesquelles un ami intime fut considéré comme s’étant incarné et s’étant emparé de la voix au lieu de Phinuit.
Miss R... m’écrivait au sujet de l’incarnation de son ami : « Par un très grand nombre de petits détails, il me rappelle absolument ce qu’il était de son vivant et je ne pourrais comprendre qu’il employât un tel luxe de moyens pour me prouver son identité, si cela n’avait pas de raison d’ètre et n’était tout à fait indépendant des facultés du médium et de tout ce que je pourrais m’imaginer sur son compte. »
Miss W,.. m’écrivait de son côté : «La personnalité bien caractérisée de cet ami, que j’appellerai T..., est pour moi la preuve la plus convaincante des facultés de Mmo Piper, mais c’est une preuve qui n’a de valeur pour aucun autre. »
Il se trouve ainsi que j’ai devant moi plusieurs séries de séances racontées en* détail, où des efforts répétés furent faits par les memes personnes dccèdèes pour se communiquer. La série de communications la plus longue et de beaucoup la plus remarquable est celle qui concerne l’identité de ce jeune homme dont j’ai parlé plus haut sous le nom de Georges Pelham, ou G. P. Malheureusement, mais cela était inévitable, on ne peut publier les preuves les plus impoi tantes parmi- celles qui tendent à démontrer que c’est bien réellement G. P. lui-même, et aussi des faits de nature tout à fait intime, auxquels se trouvent mêlées des personnes encore vivantes. Je m’efforcerai cependant, autant que cela me sera possible, de donner ici une description tout à fait complète du caractère général des communications et du genre de preuves destinées à démontrer qu’elles viennent bien de l’individualité persistante de G. P. C’est à la première partie de cette série que je laisais allusion dans Y Addendum à mon premier rapport sur Mn,e Piper lorsque j’écrivais :
« Mn,° Piper a donné tout récemment plusieurs séances qui apportent des preuves singulièrement puissantes de l’existence d’une force qui agit en dehors de toute transmission de pensées de la part des assistants et qui, à première vue , semblent positivement rendre plus acceptable l’hypothèse spirite.
L’Identité de Georges Pelham.
Cette personnalité qui se manifestait si clairement, était celle d’un avocat et écrivain, mort depuis peu de temps, le 17 février 1892, à Page de 32 ans, et bien connu du Dr Hodgson. Dans les Proccedings il est désigné sous le pseudonyme de Georges Pelham ou par abréviation G. P. Georges Pelham écrivait dans le Sun et avait publié deux ouvrages qui avaient reçu le meilleur accueil
SUR LA MEDIUMNITE
des autorités compétentes. Il faisait partie de la Société de Recherches psychiques y et l’intérêt qu’il portait à ces études, venait plutôt de sa largeur d’esprit que d’une tendance à croire aux phénomènes siir-normaux. Souvent il avait discuté avec M. Hodgson la possibilité d’une survivance après la mort, et s’il admettait qu’on pût concevoir une vie future, il ne pouvait accepter que l’on y crût. Il s’engagea même, dans le cas où il mourrait le premier, à faire tout ce qui lui serait possible pour démontrer à son ami la persistance de l’individualité dans l’au-deià.
Le 17 mars 1888, Georges Pelham avait assisté une seule fois à une séance de Mrs Piper, mais celle-ci ne connaissait pas son nom.
Quatre ou cinq semaines après la mort de G. P.,M. Hodgson accompagnait chez Mrs Piper, un des amis intimes de Georges Pelham, nommé Hart (c’est encore un pseudonyme). Ce monsieur obtint d’abord des renseignements sur plusieurs de ses parents décédés, puis tout à coup Phinuit annonça qu’un autre Georges voulait parler, et le nom de Pelham fut donné en toutes lettres, ainsi que les noms, prénoms et surnoms de plusieurs de ses amis intimes, y compris l’évocateur. Toujours par l’intermédiaire de Phinuit, G. P. dit à M. Hart qu’il avait des boutons ce manchette qui lui avaient appartenu, que ces boutons avaient été pris par sa belle-mère sur son propre corps, qu’elle les avait remis à son frère, lequel en avait fait cadeau à M.Hart. Ensuite il donna les noms de M. et Mme Howard et leur prénom (James et Marie), ainsi que des détails très personnels sur leur compte. Enfin, parlant de leur fille Katerine,il ajouta :« Dites-lui, et elle me reconnaîtra : Je veux résoudre les problèmes Kateiiue »
M. Hart fait cette remarque :
A ce moment, ces mots n’avaient pour moi aucune importance; je savais cependant que Katerine, la fille de Jim Howard, était connu de Georges, qui fréquentait beaucoup les Howard. Le jour qui suivit cette séance, j’en fis le récit détaillé à M. Howard. Ces mots : « Je veux résoudre les problèmes, Katerine » le frappèrent plus que toute autre chose, et à la fin de mon récit, il me raconta que Georges, la dernière fois qu’il le vit, avait beaucoup causé avec Katerine, jeune fille de quinze ans, sur divers sujets, tels que le Temps, l’Espace, Dieu, l’Eternité, et lui avait fait observer combien les solutions généralement acceptées étaient peu satisfaisantes. Il ajouta qu'un jour il résoudrait ces problèmes et le lui ferait savoir ', en se servant presque des mêmes mots que dans la communication de cette séance. M. Hart ajouta qu'il ignorait complètement ces circonstances. Je ne les connaissais pas davantage, dit
M. Hodgson, et n’avais à cette époque aucune relation avec la famille Howard. En réalité, toutes les constatations faites dans cette séance, pendant laquelle je me chargeai de prendre toutes les notes, avaient trait a des questions qui m* étaient absolument étrangères.
Nous sommes donc bien en présence, ici, de faits exacts-, inconnus des assistants et révélés par une intelligence qui affirme que c’est à elle-même que ces événements sont survenus. Pour bien accentuer sa personnalité, Georges Pelham cite le nom d’un de ses amis intimes, M Mérédith,et rappelle qu’il l’avait pressé de prendre un de ses livres Le fait est reconnu exact. Il en fut de même pour un autre ami de G P.,M. Rogers, auquel un ouvrage manuscrit avait été confié Georges Pelham, à plusieurs reprises, donna des instructions précises au sujet de cet ouvrage, Malheureusement, elles ne furent pas suivies, « ce qui eût évité, par la suite, beaucoup de trouble et beaucoup de chagrins. » En somme, il résultait de cet ensemble de renseignements et surtout de ceux que l’on ne peut reproduire, une impression très forte que l’on se trouvait réellement en présence de Georges Pelham.
Comme je l’ai déjà dit, remarque M. Hodgson, les citations d’un caractère très personnel faites pendant cette séance ne peuvent être rapportées.
Elles furent considérées par J. H. comme caractérisant absolument Pelham, et dans les moindres détails, où les notes que j’avais prises me semblaient particulièrement insignifiantes, telles que les paroles de remerciement et les remarques faites, en passant, sur l'évocateur ; les termes dans lesquels il faisait allusion à sa mère désincarnée à son père et à sa belle-mère encore vivante, ont profondément impressionné cet assistant, par le cachet de vraisemblance qu’ils imprimaient à la personnalité de Pelham.
Il est bien certain que lorsqu’on retrouve dans les expressions» dans le style, dans la tenue générale du discours fait par un esprit, des traits identiques à ceux que l’on savait appartenir à un vivant que l’on a bien connu, il y a de très fortes présomptions pour que ce soit bien son âme qui parle à travers le médium. Nous allons voir ce caractère de certitude s’accentuer à mesure qu’un plus grand nombre de personnes qui ont connu Pelham, seront à même de s’entretenir avec lui, par l’intermédiaire de Mrs Piper.
C’est en présence de la famille Howard, avec laquelle l’esprit avait eu les plus cordiales relations, que ses manifestations
SUR LA MÉDIUMNITÉ
acquirent le summum de leur intensité Ce n’est plus Phinuit qui parle, c’est G. P. lui-même et il cite quantité de faits intimes qui le caractérisent. Ecoutons encore le rapport de M. Hodgson :
Les questions traitées étaient caractéristiques et de la nature le plus intimement personnelle. Les amis communs furent cités par leurs noms, les questions faites sur des sujets privées et les Howard, qui n’étaient nullement disposés à prendre intérêt aux recherches psychiques et n’avaient été conduits que par les récits de M. Hart à assister à une séance chez Mrs Piper, éprouvèrent l'intime conviction qu'ils avaient en réalité causé avec la personne de l'ami qu'ils avaient connu pendant tant d' années.
Cest dans cette conversation continue sur des sujets qui lui étaient familiers, que se décèle la personnalité de G. P. On n’est pas ici en face d’une personnalité seconde du médium qui essayerait de jouer un rôle, de simuler un personnage, au moyen de phrases vagues, entremêlées de quelques noms propres connus par la lecture de pensée dans le cerveau des assistants ; c’est bien l’ami des Howard qui les interpelle à la façon accoutumée, qui se montre avec son caractère jovial et son humour, et c’est cette caractéristique psychique inimitable qui donne à la communication son cachet d’authenticité Voici, d’après les notes de M. Howard lui-même, les premières effusions dans lesquelles G. P peint sa joie de pouvoir parler à ses amis :
G. P. -Jim, est-ce vous? Parlez-moi vite. Je 11e suis pas mort. Ne croyez pas que je sois mort. Je suis vraiment heureux de vous voir. Ne pouvez-vous me voir? Pouvez-vous m’entendre? Faites mes amitiés à mon père et dites-lui que je désire le voir. Je suis heureux ici et surtout depuis que je me suis aperçu que je puis communiquer avec vous. J’ai pitié de ceux qui ne peuvent pas parler... Je désire que vous sachiez que je pense encore à vous. J’ai parlé à John de quelques lettres. J’ai laissé tout, livres et papiers, dans un terrible désordre. Vous me le pardonnez, 11’est-ce pas ?
D. — Que faites vous Georges, et où êtes-vous?
R. — Je suis encore à peine capable de laire quoi que ce soit. Je m’éveille à peine à la réalité de la vie après la mort. J’étais comme dans les ténèbres et ne pouvais rien distinguer d’abord. Maintenant les jours les plus sombres sont passés, vous pouvez en être certain, Jim. Tout était confus, brouillé. Bientôt je pourrai m’occuper. Actuellement je puis vous voir, mes amis, je puis vous entendre parler, Jim, distinguer votre voix avec votre accent, mais elle sonne encore comme une grosse caisse. La mienne doit vous arriver comme un très-faible soupir... .
Signalons la confirmation de renseignement spirite, sur le trouble qui suit la mort, donnée par l’esprit de G P. Il en est de même pour le corps fluidique, comme on va le voir :
D. — Alors notre conversation est en quelque sorte comme téléphonée ?
R. — Oui.
D. — Par un téléphone à grande distance? GP — rit.
I). — N’ètes-vous pas étonné de vous trouver vivant?
R. — Oui, parfaitement. J’en suis grandement surpris. Je ne croyais pas à une vie future. Cela dépassait les limites de ma raison. Maintenant, c’est pour moi clair comme la lumière du jour. Nous avons un fac-similc astral de notre corps physique,. (11 est probable, ditM. Hodgson, que G P aurait tourné en dérision cette application du mot astral.)
Nous ne pouvons reproduire en détail toute cette conversation dans laquelle l’esprit parle avec exactitude de ses amis Rogers, Berwick, Orenbourg et même de leur parenté. Georges Pelham, dans le monde spirituel, se souvient fort bien des objections qu’il faisait pendant sa vie aux communications spirites et il cherche à éviter les écueils. Aussi lorsqu’on lui pose certaines questions au sujet de personnes qui sont connues par l’interrogateur, il évi'e de répondre et spécifie bien pourquoi il ne le fait pas. A propos d'une demande de ce genre, il dit :
J’ai répondu à une partie de la question (cette réponse était exacte), mais je n’ai pas donné les noms des deux autres personnes parce que cela n’eût pu servir de preuve. En effet, j’ai dit à Mme Howard les autres noms quand j’étais encore en vie, et comme elle les conn ut, .si j’avais cité ces i\oms en sa présence, on aurait dit qu’il y avait transmission de pensée. Non, je me réserve de dire ces deux noms à Hodgson, un jour qu’il sera seul avec moi, car il ne les connaît pas. (Tout cela est vrai, ajoute M. Hodgson.)
Georges Pelham a fait la description d’événements inconnus des assistants, arrivés après sa mort, qui sont tout à fait exacts La clairvoyance du médium n’est pas en jeu, puisqu’il n’v avait pas de rapport établi entre elle et G. P de son vivant, et que les personnes présentes n’avaient pas assisté à ces événements. Alors que M Pelham père n’avait encore assisté à aucune séance, G P indiqua que son père avait prissa photographie et l’avait donnée à un artiste pour en faire la copie. Ce fait était rigoureusement exact. La première fois que M. et Mme Pelham vinrent visiter le médium, la séance fut remarquable, malgré qu’il y eût à ce moment une certaine confusion tenant à ce que les parents et l’es-
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prit voulaient en même temps poser des questions. Cependant, dit M. Hodgson :
Toutes les autres questions furent manifestement bien saisies, et avaient pour objet son frère, les deux domiciles de son père, les détails de l’accident dans lequel il avait trouvé le mort, sa mère et sa sœur décédées, son manuscrit non terminé, les livres et les lettres qu’il avait reçus et qu’il désirait que l’on retrouvât ; enfin les relations existantes entre son père, sa mère et certains amis.
Les preuves étaient si abondantes, si variées que les parents de Georges Pellam furent convaincus. Voici encore une scène, avec la famille Howard, qui est typique. Nous citons toujours d’après le propre récit de M. Hodgson:
Ce fut .pendant cette séance (1 1 décembre 1892) que se produisit l’incident le plus dramatique peut-être de toute cette série. Mme Howard soutenait la tète de Mrs Piper, j’observais l’écriture et M. Howard assis à quelque distance fumait dans une longue pipe, lorsque la conversation s’engagea :
G P. — • Maintenant, que ferais-je' pour vous ?
R. H. Eh bien ! Georges, il y a une chose que vous devriez bien nous donner, un message particulier que vous sauriez être l’objet particulier de nos désirs, ou quelque chose sur un sujet philosophique. Nous serions si heureux d’en obtenir 1
M. Howard. — Georges, avant que nous causions de philosophie, vous devez savoir ce que j’en pense?
G. P. — C’est tout à fait informe, bien sûr.
M. Howard. — Dites-nous quelque chose : vous devez bien vous rappeler certaines choses connues de nous deux. Peu importe ce que peut être cette chose. Dites-moiquelque chose connu de nous deux seulement. Je vous le demande parce que vous n’avez pas pu nous donner un certain nombre de choses que nous vous avons demandées....
Après un colloque dans lequel M. Howard continue de demander des preuves positives, tout à coup la main commence à écrire :
En reproduisant ici les paroles écrites de G. P. on 11e peut donner aucune idée des conditions particulières de cette scène. Toute la partie supérieure du corpsde Mme Piper, écartée du côté droit etfortement penchée, repose inerte et comme inanimée sur l’épaule droite de M. Howard ; mais le bras droit et spécialement la main, mobile, intelligente, tantôt comme suppliante, tantôt impatiente et impétueuse, continuait à écrire avec obstination ; mais le contenu de cette communication renferme sur la vie de G P. des détails beaucoup trop personnels pour qu’on puisse le reproduire ici.
J’ai pu lire un certain nombre d’attestations qui furent confirmées par M. Howard ; ensuite la main écrivit privé, et me repoussa doucement. Je me retirai donc dans une autre partie de la pièce, et M. Howard prit ma place à côté de la main, de sorte qu’il pouvait lire ce qu’elle écrivait. 11 11e lut pas à haute voix, naturellement, car tout cela avait un caractère trop privé pour que je puisse en prendre connaissance. Chaque fois qu’elle atteignait la fin d’un feuillet, la main l’arrachait du block-notes, le jetait vivement v.'rs M. Howard et continuait à écrire. M. Howard me dit que les circonstances rapportées contenaient précisément l’espècede preuves qu’il réclamait et il ajouta qu’il était, absolument convaincu ; absolument . Après cet incident, la conversation se porta de nouveau vers le passé, et présenta très-spécialement le cachet de G. P.
En somme, ce cas présente toutes les garanties que la critique la plus exigeante puisse demander. L'esprit désigne, pendant cinq ans, tous les amis qu’il a connus sur la terre, au nombre de plus de trente. Pendant ce lapsdetemps?son caractèrejovial, primesautier, un peu ironique, se maintient sans défaillance, et la persistance de sa personnalité, si différente de celle de Phinuit et des autres communiquants, avec ses souvenirs particuliers, ses réparties du lac au tac, ont plus fait pour convaincrele Dr Hodgson que la plus abondante énumération de preuves bien contrôlées. Vis àvis de ses parents et de tous ceux qui l’ont connu sur la terre, l'esprit présente précisément les caractères dont G. P. eût fait montre pendant sa vie.
Dans toutes ses relations personnelles, G. P. a montré dans ses communications les souvenirs et l’intérêt persistant que l’on pouvait s’attendre à trouver dans l’intelligence indépendante de G. I’. persistant réellement, aussi complètement du moins qu’il me fut possible de m’en assurer, et dans des conditions trop complexes et trop intimes pour pouvoir être jugées et appréciées par d’autres que deux ou trois de ses plus proches et plus intimes amis. En outre de la dernière série de séances que j'eus avec Mmu Piper (1896-1897) dans une séance tende en novembre 1896, par Evelyn Howard, aussi dans une séance que Mm0 Howard (rentrant en Amérique après un séjour de trois ou quatre ans en Europe) tint après mon départ de Boston, en septembre 1897, la meme persistance delà personnalité se manifesta , et tout le changement qu’il fut possible de discerner fut une modification non dans le sens d'une désagrégation quelconque, mais plutôt d’une évolution dans le sens du perfectionnement.
Ce serait une grave erreur que de s’imaginer que les communications s'obtiennent toujours facilement et présentent uniformément le degré de clarté que nous avons signalé pour quelques-unes d’entre elles. Le rapport de M. Hodgson signale, au
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contraire, un certain nombre d'insuccès notoires, d’erreurs, de confusions que l’on ne se serait pas attendu à rencontrer chez des esprits aussi distingués que celui de Georges Pelham. Mais ces troubles dépendent, suivant l'analyse très bien faite par M. Hodgson, de la difficulté que l’esprit trouve parfois à se servir des organes du médium, des interruptions des assistants et enfin sont dus aussi à la fatigue nerveuse du médium que déterminent ces exercices :
Que le lecteur essaie d’entretenir une conversation avec deux ou trois amis, à condition qu’il soit forcé d’épeler chaque mot au lieu de les prononcer à la façon ordinaire, en l’obligeant absolument à ne se servir que de cette façon d’exprimer sa pensée quoi que puissent faire ou dire ses amis. Qu’il soit interrompu tous les deux ou trois mots par ses interlocuteurs, lui disant qu’ils n’ont pu saisir le dernier mot, lui demandant dé le répéter et souvent même de le répéter plusieurs fois. Qu’en outre il soit fréquemment interrompu par l’introduction de nouvelles questions avant qu’il ait pu compléter sa réponse aux questions précédentes. Bien plus, on peut supposer qu’il doit être très difficile pour lui de comprendre avec précision le sens de ces questions, lorsqu’il ne peut entendre qu’une partie des paroles prononcées. Après ces premières expériences, supposez qu’au lieu de vous servir de votre propre voix pour épeler les mots, vous soyez placé à l’une des extrémités d’une machine construite de telle sorte, que les pensées émanant de votre cerveau, aient une tendance à s’enregistrer aussi rapidement que leur production, mais h mesure qu’elles peuvent être écrites et que ce soit seulement en lisant cette écriture que les interlocuteurs peuvent savoir ce que vous voulez leur dire. Supposez encore qu’une ou plusieurs personnes se tiennent près de vous, à côté de l’appareil, et vous parlent ou parlent entre elles de façon à impressionner l’appareil de telle sorte que les mots qu’elles prononcent tendent à s’enregistrer au milieu de l’écriture. Supposez encore que vous n’êtes pas familiarisé avec l’appareil et que l’écriture a une tendance à différer dans une certaine mesure des paroles réellement pensées par vous sous l’influence des imperfections de l’appareil. Supposez enfin que la partie de l’appareil dans laquelle vous vous trouvez est remplie d’un gaz plus ou moins suffocant, qui produit une perte partielle de la conscience et que, dans certains cas, ce gaz devient plus nuisible que d’habitude (faiblesse ou maladie du médium) et que ses effets se surajoutent ordinairement pendant que vous restez dans l’appareil, on comprendra alors toute la difficulté des communications (1).
(1) Dans les expériences faites par M. le Dr Dusart et M. Ch. Broquet (Voir Revue Scientifique et Morale du Spiritisme 1899, p. 223) on constate que l’esprit d’un sujet qui rentre dans son corps, après un certain temps passé dans l’espace, éprouve une sorte de gêne, de suffocation, qui ne cesse que lorsque le réveil est complet.
Pour surmonter ces obstacles accumulés, il faut évidemment une très gra'de patience et disposer de beaucoup de temps. Les investigateurs pressés qui viennent une foi; ou deux à des séances et qui ne constatent aucun phénomène, s’empressent de dire que c’est grâce à leur perspicacité, que le médium n’a pas osé affronter, que sont dus les insuccès. Mais lorsque ce sont des hommes sérieux qui cherchent à résoudre un problème aussi important que celui de la vie future, ils prennent tout le temps nécessaire et arrivent, comme le Dr Hodgson, et tant d’autres, à une conviction absolue.
Autres personnalités sa manifestant par Mrs Piper.
L’étude continue de la faculté de Mme Piper offre encore un grand intérêt par ce fait qu’après les manifestations de Phinuit et de Georges Pellam, il en vint d’autres produites par des Esprits supérieurs, et précisément ceux qui s’étaient manifestés par l’intermédiaire de Stainton Mosès, lorsqu’il vivait encore sur la terre Voici comment se produisit cette nouvelle phase si intéressante, puisqu’elle tend à démontrer que les individualités qui signaient Impérator, Doctor, Rector, etc,, notaient pas des créations de la conscience subliminale du pasteur anglais.
Dans l'été de 1895, 1111 des amis de M. Hodgson eut avec Mrs Pipei une série de séance > dans lesquelles A. P. niait la soi-disant « obsessession des mauvais esprits. » On lui opposa les Spirit teaching de William Stainton Mosès. Celui-ci ne s’était pas encore manifesté, mais l’esprit assura qu'il se manifesterait bientôt. Il se présenta en effet, dans une séance ultérieure. D’abord il parut très tr ublé et se trompa fréquemment. Peu à peu la lumière se fit 11 démontra nettement son identité par des faits qui, ignorés des assistants, purent être vérifiés en Angleterre.
Bientôt Impérator, Rector et Doctor, les guides de William Stainton Mosès vivant, déclarèrent vouloir se charger de mistress Piper, « une machine abîmée qui a besoin d’être refaite. » Tous autres communicateurs devaient être exclus. G. P conseilla fortement de consentir à la proposition. II fut dit que si de grandes difficultés s’opposaient h l’obtention de communications claires et précises, cela tenait surtout au fait qu’un trop grand nombre d’esprits inférieurset troublés avaient utilisé la machine.
Phinuit parut pour la dernière fois le 26 janvier 1897. En réduisant le nombre des communicateurs à ceux qui 11e devaient pas nuire à la « lumièie », entre autres au groupe de W. Stainton Mosès ; en réduisant de même le nombre des assistants, les xêsuMzts furent tellement supérieurs qu’ils frappèrent d’étonnement tous ceux qui avaient eu anté-
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rieurement des séances avec Mrs Piper. Il y eut amélioration dans la clarté comme dans la cohérence des messagers.
La transe, maintenant, se produit plus aisément, avec plus de calme. Plus de mouvements spasmodiques et point de répugnance de la part du médium, comme il arrivait parfois auparavant. Mrs Piper aime « partir » et regrette plutôt le retour dans « ce sombre monde » qui est le nôtre (i).
Attendons, pour en tirer des conclusions fermes, que le rapport de M. Hodgson sur ces faits nouveaux soit publié. Il nous suffit de signaler maintenant que si les personnalités de Doctor, Rector,etc.,ont été reconnues par un observateur aussi éminent, c’est qu’elles doivent avoir donné de bonnes preuves de leur identité, et ce fait nous montre qu’elles n’étaient point des autosuggestions, des personnalités secondes de Stainton-Mosès,
Voyons maintenant les déclarations d’un autre converti, membre de la Société bsychiquê américaine, M. Hyslop, professeur à Colombia, collège de New-York. Nous reproduisons ici l’article du Temps que M. de Wysewa a consacré à ce sujet (2).
Dernières nouvelles de l’autre monde (3).
Cinq citoyens américains, tous défunts — et dont l’un est un ancien médium nommé Stainton Mosès. tandis que les quatre autres déguisent modestement leuis noms véritables sous les pseudonymes de Rector, Impetator, Doctor et I rudens — ont fondé, là-haut, une société dont le principal objet est de démontrer à leurs compatriotes vivants la réalité de la vie future. Et, depuis plusieurs années déjà, ils procèdent à cette démonstration, dont le succès est d’autant plus vif qu'ils y procèdent, en quelque sorte. « à l’américaine ». Je veux dire qu'au lieu de s’attarder aux preuves théoriques de l’immortalité de Pâme, telles que les ont péniblement inventées de vieux professeurs de philosophie, ils se sont avisés d’une preuve éminemment pratique, qui consiste à mettre les vivants en rapport direct avec des parents ou des amis morts. La société qu’ont fondée ces propagandistes d’outre-tombe se trouve être, ainsi, quelque chose comme une agence de communications entre la terre et le ciel. Si, par exemple, un lecteur du Temps désirait être définitivement soulagé de ses doutes au sujet de la survi-
(1) Metzger. Mislress Piper, in Revue Spirite, Août 1899, p. 470.
(2) Le Temps, 19 Juillet 1900.
( ) Pendant que cet ouvrage était sous presse, le rapport du professeur Hyslop a été publié dans les Proceedings , sous le titre de: Nouvelles observations sur les phénomènes de la transe. Nous engageons les lecteurs à consulter ce travail très consciencieux et très impartiàl qui démontre, lui aussi, avec évidence, la réalité des communications spirites.
vance de l’âme après la mort, il n’aurait qu’à se rendre à New-York, à y demander l’adresse (universellement connue) de Mrs Piper, et à prier cette dame de le mettre en relation, par l'intermédiaire de Rector ou de Prudens, avec un oncle, ou un grand-père, ou un camarade de collège, à la seule condition que le personnage appelé de cette façon fût mort, et mort déjà depuis plusieurs années : car l’expérience a établi que les morts se rendent d’autant plus volontiers aux invitations de Mrs Piper et de ses célestes associés qu’ils ont quitté la terre depuis plus longtemps. Notre lecteur pourrait ensuite poser à son mort autant de questions qu’il voudrait : par la mai-n de Mrs Piper, Rector et Prudens lui transmettraient ses réponses ; et comme ces réponses seraient certainement exactes, du moins en grande partie, force serait à notre lecteur de conclure, après les avoir contrôlée*, que la vie future existe réellement, puisque des morts qu’il connaît continuent, non seulement à vivre, mais à se souvenir de leur vie terrestre.
Qu’on 11e croie pas surtout qu’il s’agisse là d’une plaisanterie î Ces communications célo-terrestres de Mrs Piper que j’ai déjà eu l’occasion de signaler, sont au contraire si sérieuses et si positives qu’elles ont fourni la matière de tout un gros volume que s’apprête à publier la Société américaine des Recherches psychiques. Et, en attendant que paraisse ce volume, un savant médecin américain, le docteur James Hervey Hyslop, nous rend compte, dans le Harpcr's ùiaga^ine, d’expériences récemfnent faites par lui avec un luxe extraordinaire de contrôles, de contre-épreuves, et de vingt autres précautions scientifiques.
Ayant appris les réponses obtenues d’outre-tombe par M. Hodgson, le docteur Hyslop a d’abord pensé qu’elles pouvaient s’expliquer d’une façon natuielleou tout au moins à peu près naturelle — par ce qu’on appelle la télépathie. Il a pensé que Mrs Piper, au lieu d’interroger de véritables morts, se bornait à lire dans le cerveau de M. Hodgson, et à lui donner comme venant du ciel des renseignements qu’elle tenait simplement de lui-même. La télépathie, qui, il y a vingt ans encore, passait pour une folle chimère, paraît être aujourd’hui chose admise des savants, même les moins romanesques. On est désormais d'accord pour reconnaître que certaines personnes ont le don de deviner, de près ou de loin, les idées et les sentiments d’autres personnes ; et l’on va même jusqu’à reconnaître, si je 11e me trompe, que les mourants ont le don d’aunoncer, à distance, leur mort aux personnes qui leur sont le plus chères.
Le docteur Hyslop, en tout cas, ne voyait pas d’inconvénients à reconnaître tout cela ; et, en apprenant le résultat des expériences de M. Hodgson, il s’est promis de rechercher en quelle mesure ces expériences pouvaient s’expliquer parla télépathie. Il a donc imaginé de ne point poser directement ses questions à Mrs Piper, mais de les lui poser par l’intermédiaire de M. Hodgson : car ainsi Mrs Piper ne pouvait certes pas lire dans le cerveau de son questionneur des réponses que
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celui-ci ignorait tout à fait. Et pour s’entourer de plus de garanties, le docteur Hyslop a encore résolu de ne poser que des questions dont il ignorait lui-même la réponse. II a, par exemple, fait appeler son père et l’a interrogé sur des détails se rapportant aux années qui ont précédé sa naissance : il a demandé à son père de quelle maladie était mort tel de ses frères qui était mort à l’àge de quinze ans ; ou bien il lui a demandé quels objets il avait eus dans sa chambre d’étudiant, quel costume il avait porté durant ses fiançailles. 11 a ainsi posé à son père près de 200 questions; il a ensuite scrupuleusement vérifié l’exactitude des réponses, parcourant de long en large les Etats- Unis pour arriver à connaître un menu détail de f histoire de sa famille ; et il a enfin calculé que sur ces 200 questions adressées à son père, il avait obtenu 152 réponses absolument exactes, 16 absolument inexactes et 32 douteuses, faute de pouvoir être contrôlées. La télépathie, décidément, ne suffisait pas à expliquer les expériences de Mrs Piper ; et c’est ainsi que le docteur Hyslop s’est vu contraint, lui aussi, à adopter l’hypothèse de la vie future.
Veut-on, maintenant, quelques exemples plus précis de sa méthode et des résultats qu’il en a tirés? En voici deux ou trois, que je prends au hasard. Un jour, M. Hyslop demande à son père quels remèdes il lui a apportés de la pharmacie pendant sa dernière maladie. — De l’arsenic et de la strychnine ! répond le vénérable défunt. Or M. Hyslop 11’avait apporté à son père que de l’arsenic ; mais, vérification faite, il apprend que son père a eu également à absorber de la strychnine. Un autre jour, le père de M. Hyslop décrit à son fils un bonnet que sa femme a brodé pour lui, et un canif dont il s’est servi pour nettoyer ses ongles. M. Hyslop croit à une erreur, n’ayant jamais connu ces deux objets; mais, vérification faite, il retrouve le bonnet et le canif chez sa belle-mère, la seconde femme de son père. Un autre jour encore, feu M. Hyslop père dit à son fils que, au cours d’un voyage dans l’Ohio, il a rencontré un professeur et s’est entretenu avec lui a’un de ses enfants. M. Hyslop se rend dans l’Ohio, découvre le professeur et obtient de celui-ci la confirmation du récit de son père.
M. Hyslop a aussi interrogé des oncles, des cousins. A eux aussi il a demandé des choses qu’il ignorait ; et eux aussi lui ont fait des réponses qui, pour la plupart, se sont trouvées exactes. 11 remplit de ces réponses diverses quinze colonnes du Harper' s Magazine '.'EX à moins de mettre en doute sa véracité et celle des nombreux collègues qui ont assisté à ses expériences, on est bien forcé d’admettre que la télépathie la plus étendue 11e suffit pas à rendre compte de révélations aussi singulières. M. Hyslop prend d’ailleurs la peine de nous exposer tout au long les motifs qui l’ont fait renoncer à cette hypothèse de la télépathie. Les erreurs mêmes, à son avis, achèvent d’exclure la possibilité de cette hypothèse : car plusieurs fois son père s’est trompé sur des points que lui, M. Hyslop, connaissait parfaitement, et sur lesquels, par suite, le médium avait toute chance de se renseigner. Son père lui a
un jour parlé d’une flûte dont aurait essayé de jouer l’un de ses jeunes frères : or M. Hyslop se rappelait aussi que c’était du violon qu’il avait joué, et non pas de la flûte. Enfin la télépathie est inconciliable avec la façon dont les personnes interrogées s’interrompent sans cesse, dans leurs réponses, pour traiter d’autres sujets, ou pour rectifier des réponses précédentes, ou pour céder la parole à d’autres personnes.
Non certes, la télépathie ne suffit pas à rendre compte des faits que nous signale le professeur américain. Mais alors, à supposer que ces faits soient exacts, quelle autre hypothèse suffira- à en rendre compte? M. Hyslop — timidement, en vérité — propose l’hypothèse de la vie future. Je regrette seulement qu’il n’ait pas interrogé plus en détail ses complaisants interlocuteurs sur le caractère de cette vie future, après avoir obtenu la preuve de sa réalité. Et faute de savoir de lui ce que deviennent les âmes après la mort, je ne puis m’empêcher de craindre que d’après le résultat de ses recherches, le sort de ces âmes ne soit pas beaucoup plus agréable, là-haut, qu’il l’est ici-bas. Car le fait est qu’elles ont assez triste mine, à subir ainsi des interrogatoires qui ne laissent pas d’être quelque peu humiliants pour elles. On les pousse, on les retourne, on s’évertue à les prendre en faute, on les traite comme les juges d’instruction traitent les criminels, et les pauvres âmes se laissent faire, avec la patience et la complaisance de personnes qui s’ennuient et sont trop heureuses de trouver n’importe quel moyen de se distraire un peu. Ce n’est pas ainsi qu’on nous a accoutumés à nous représenter les morts ; et nous serions tentés de penser que, si la mort doit nous rendre pareils aux interlocuteurs de M. Hyslop, mieux vaudrait encore ne jamais mourir. Je sais que si j’avais, pour ma part, l’occasion d’interroger un mort, il y a mille sujets d’ordre général sur lesquels je m’empresserais de l’interroger avant de lui demander comment était fait son canif à nettoyer ses ongles. Mais peut-être, sur ces sujets, les morts de Mrs Piper se refusent-ils à répondre? Peut-être ont-ils pour consigne de ne point aborder ces sujets, dans leurs entretiens avec les vivants, de façon à laisser à ceux-ci la douceur et le mérite de la libre croyance. r
C’est là, en somme, une hypothèse très plausible, et qui se trouve même presque justifiée par l’une des réponses que M. Hyslop a reçues de son père. « Laisse en paix toutes tes théories, James 1 » a dit un jour l’âme de ce digne vieillard. Moi aussi, j’ai passé toute ma vie à faire des théories, et qu’y ai-je gagné ? Mes pensées en sont, simplement, devenues plus embrouillées et moins satisfaisantes. Il y a un Dieu, un Dieu tout sachant et tout puissant : et pour le connaître, nous n’avons qu’à suivre ce qu’il y a de meilleur au fond de notre cœur. Et qu’importe après cela, que Swedenborg ait eu tort ou raison, puisque le fait est que nous sommes ici, en personne, et plus vivants que jamais 1 » Puisse
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cette réponse de M. Hyslop père empêcher son fils et tous les savants, de nous « faire la théorie » de la vie future, le jour où l’existence de celle-ci sera définitivement démontrée avec toute la rigueur des méthodes scientifiques.
Puissions-nous continuer à apprendre de notre cœur, et non point de la science, ce que deviennent après la mort lésâmes que nous avons aimées l Et puissions-nous avoir la patience d’attendre que nous les ayons rejointes, pour nous entretenir avec elles, au lieu de soumettre leurs paroles à un humiliant système de contre-épreuves et de vérifications. « James, laisse en paix tes théories. » Ce sage conseil est encore, peut-être, ce que nous offre de plus précieux le très intéressant travail de M. Hyslop.
T. deWyzewa.
Voici donc, une fois de plus, affirmée l’existence de Pâme et son immortalité et affirmée, par des savants incrédules. M. de Wyzewa est d’une parfaite bonne foi dans son compte rendu des expériences du professeur Hyslop, mais son incrédulité lui fait faire des objections qui ne sont guère raisonnables. 11 s’étonne que les esprits donnent des détails minutieux et précis sur leur vie passée et qu’ils veuillent bien répondre à nos demandes, tandis qu’ils ne disent rien de leur existence actuelle. C’est là une remarque peu fondée, car c’est justement ces menus faits, en très grand nombre, rapportés par le père du Dr Hyslop, qui établissent son identité et qui empêchent ces révélations d’être mises sur le compte de la clairvoyance ou de la télépathie. Lorsque les savants auront acquis la certitude expérimentale de la survie, iis n’auront qu’à interroger tous les esprits qui se manifestent sur leur genre de vie fluidique, et à faire un catalogue de leurs réponses. Alors ils connaîtront les conditions physiques et morales de l’existence dans l’au-delà, et ils seront surpris de constater qu’ Allan Kardec les a indiquées il y a cinquante ans, dans ses ouvrages, qui seront les pierres angulaires de la science du monde invisible.
11 faut louer la sagesse des Esprits directeurs de MrS Piper. Sachant qu’ils ont affaire à des matérialistes qui n’attachent d’importance qu’aux faits vérifiables, ils ne leur donnent que la pàtur ; qui leur convient. Ils savent bien que des notions précises sur la vie future ne seraient pas comprises par ces positivistes, dont la mentalité a besoin d’évoluer encore, avant d'être capable de concevoir les conditions d’une vie dans l’erraticité.
A tous ceux qui réclament des preuves d’identité, nous signa*
Ions le récit du professeur Hyslop et nous attendons une réfutation scientifique de ces faits, démontrant qu’ils ne sont pas dus à des âmes ayant vécu sur la terre.
Résumé
Si nous nous sommes étendus un peu longuement sur les exemples empruntés aux savants américains, c’est d’abord parce qu’ils sont récents, et ensuite parce que toutes les conditions requises pour en affirmer l’authenticité se trouvent réunies.
Parfaite bonne foi du médium, contrôle sévère des observateurs et grande compétence spéciale de ces savants versés depuis des années dans l’étude des phénomènes de clairvoyance et de télépathie. Comme on l’a vu, les facultés extra-corporelles de l’être humain ne peuvent pas expliquer ce qui ressortit nettement au Spiritisme ; c’est pourquoi nous avons le droit d’affirmer que les recherches modernes confirment absolument celles faites auparavant par les Spirites.
C’est un point essentiel qu’il est urgent de bien mettre en évidence. Si nous sommes heureux de voir enfin la science apporter à nos doctrines son autorité, n’oublions pas les milliers de chercheurs qui étaient arrivés antérieurement aux mêmes résultats et qui ont eu à lutter pendant un demi siècle contre l’ignorance et la raillerie de leurs contemporains. Ne commettons pas vis à-vis d’eux le déni de justice que l’on a infligé aux magnétiseurs, et sachons voir dans ces hommes indépendants, à l’esprit largement ouvert, des pionniers du progrès, des révélateurs de la voie nouvelle ouverte à l’humanité.
Les ouvrages, les revues, les journaux qui défendent le Spiritisme contiennent des milliers de témoignages en faveur de la communication entre les vivants et les morts. La valeur intellectuelle et morale, des témoins n’est généralement pas con-testable, et cependant la critique nasse sous silence ces documents si embarrassants pour les négateurs. Mais voici que des hommes bien qualifiés, des savants « authentiques » affirment avoir obtenu les mêmes phénomènes ; en présence de ces enquêteurs, le scepticisme le plus intransigeant est obligé de capituler.