CHAPITRE H
Communications au-dessus de la portée intellectuelle du médium, ou en dehors de ses connaissances.
Sommaire. — Remarques sur la banalité des communications et sur l'abus des grands noms. — Histoire de Jeanne d’Arc et de Louis XI, par une jeune fille de 14 ans. — La fin du roman d'Edwin Drood, écrite par un apprenti mécanicien. — Solutions de problèmes scientifiques données au moyen de récriture mécanique par des femmes d'une instruction très ordinaire . — Le cas d-e Mm* d' Espérance et celui rapporté par le général D ray son. — LJ indication d'un remède faite par les Esprits. — Autres recettes indiquées par récriture. — Médiumnité de récriture constatée cheç des nourrissons. — Les phénomènes psychiques du village de D , \ observés et rapportés parM: le Dv Dusart et i)J. Ch. Broquet . — Ecritures de médiums complètement illettrés. — Faits inconnus rapportés par ces médiums . ■- — Individualité d'un esprit , constatée par des communications identiques comme écriture et comme style obtenues avec des médiums différents. Résumé.
Les adversaires du spiritisme ont très souvent reproché à ses adeptes d’admirer de confiance de plates élucubrations, aussi banales pour le fond que dans la forme. 11 y a une certaine part de vérité dans ces critiques. Beaucoup de communications émanent le plus souvent des parents et amis du médium, qui ne sont pas des écrivains de profession, de sorte qu’elles ne peuvent offrir de l’intérêt que pour lui. Mais lorsque ces messages reçus sont signés de noms illustres, lorsqu'on les publie, nous avons le droit d’exiger qu’ils portent l’empreinte de leurauteur et nous avons le devoir de repousser énergiquement ces malheureux produits de l’automatisme, que l’auteur, bouffi d’orgueil, attribue sottement aux plus beaux génies dont s’honore 1 humanité.
11 est à la fois ridicule et déplorable de voir l’abus fait communément des grands noms dans certains milieux ; tel pauvre diable qui ne connaît pas les règles de la prosodie et peut à peine s élever intellectuellement jusqu’à la compréhension des œuvres des poètes, n’hésite pas à se croire inspiré par Victor Hugo, Lamartine ou Musset s’il écrit quelques vers de mirliton. D’autres discourent sur l’amour et la charité, et bien que cesânonements soient à peine dignes du prêche d’un curé de village, ils ne sourcillent pas en voyant s’étaler à la place de la signature, les noms de Bossuet, de Lamenais ou du Père Lacordaire. Chez les mystiques, ce sont les prophètes ou les apôtres qui vaticinent, tandis que dans d’autres centres Danton, Robespierre, Marat ou Gambetta font preuve d’une déplorable indigence intellectuelle.
Que faut-il conclure de cette constatation? Est-ce à dire que les nobles intelligences qui ont été les guides de l’esprit humain ont déchu au point de ne plus pouvoir écrire que de misérables rapsodies? Non, car nous possédons dans les Annales Spirites des communications, rares à la vérité, qui sont dignes de ceux qui les ont signées, et ce sont seulement de celles-là que nous nous occuperons ici. Quant aux autres, nous laissons au bon sens public le soin de faire justice de ces fantaisies absurdes. Le spiritisme n‘a pas pour objet de contraindre les âmes à se manifester. Un esprit quelconque a toujours le pouvoir de ne pas répondre à notre appel, s’il juge son intervention inutile. Nous savons, par l'expérience d’un demi-siècle, que l’immense bienfait que l’on peut retirer de sa pratique consiste à se convaincre de la survivance de l’âme de ceux que nous avons perdus. Nous serons à même de reconnaître parfaitement le style, les expressions coutumières de nos parents ou de nos amis qui sont restés dans l’au-delà, tandis qu’il nous sera difficile, parfois, de distinguer entre un pastiche bien fait et l’œuvre d’un grand écrivain. Le plus souvent, c’est la vanité qui pousse les médiums à solliciter des communications d’hommes célèbres ; dans ces conditions, ils offrent une proie facile aux mystificateurs invisibles, aussi nombreux dans l’espace qu’ici-bas. Nous avons constaté également le rôle que joue l’auto-suggestion chez un grand nombre d’auîomatistes qui se figurent être les interprètes de grands esprits. Ces considérations nous expliquent l’abondance des documents apocryphes publiés par des ignorants de bonne foi ; ces réserves faites, nous allons voir qu’il est des cas
SUR LA MÉDIUMNITÉ
où véritablement une intervention étrangère au médium est indiscutable.
Nous ne donnerons qu'un résumé de chacune des observations, en indiquant les points qui les rendent précieuses, nous réservant de nous étendre un peu plus longuement sur les études entreprises dernièrement par le M.IeDr Dusart, ex-interne des hôpitaux, et M. Broquet étudiant en médecine, qui sont moins connues.
L’Histoire de Jeanne d’Arc.
Il existe dans la littérature spirite un assez grand nombre d’œuvres de longue haleine sur les sujets les plus différents, Ces travaux sont de mérites divers ; mais nous les passerons sous silence parce qu’il ne nous est pas possible de faire la part entre ce qui est attribuable à l’imagination et ce qu’il peut y avoir de réel dans ces récits. Il en va autrement lorsque les communications spirites ont pour objet un récit historique. Ici, nous sommes à même de vérifier les allégations de l’auteur invisible et de savoir si elles présentent un véritable intérêt.
Mlle Hermance Dufaux, médium écrivain, âgée de quatorze ans, nous a donné une vie de Jeanne d’Arc, dictée par elle-même, qui a paru en 1858, chez Dentu. Sans nous attarder à discuter l’identité de l’auteur, nous ferons remarquer qu’au pointde vue psychologique, il y a là pour les incrédules un problème du plus haut intérêt. Comment une enfant decetâge aurait-elle pu acquérir les connaissances nombreuses qui sont indispensables pour écrire une histoire aussi variée, sans faire d’omissions, ni commettre d’erreurs ? Allan Kardec, qui a connu cette jeune fille, se porte garant de son honnêteté et rend compte de cet ouvrage en ces termes : (1)
C’est une question que l’on nous a bien souvent posée, de savoir si les Esprits qui répondent avec plus ou moins de précision aux questions qu’on leur adresse, pourraient faire un travail de longue haleine. La preuve en est dans 1 ouvrage dont nous parlons ; car ici, ce n’est plus une série de demandes et de réponses, c’est une narration complète et suivie, comme aurait pu la faire un historien, et contenant une foule de détails peu ou point connus sur la vie de f héroïne . A ceux qui pourraient croire que Mademoiselle Dufaux s’est inspirée de ses connaissances personnelles,
( 1 j Revue Spirite. 1858, p. 32.
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nous répondrons qu’elle a écrit ce livre à l’âge de 14 ans ; qu’elle avait reçu l’instruction que reçoivent toutes les jeunes filles de bonne famille, élevées avec soin, mais eût-elle une mémoire phénoménale, ce n’est pas dans les livres classiques qu’on peut puiser les documents intimes que l’on trouverait peut-être difficilement dans les archives du temps. Les incrédules, nous le savons, auront toujours mille objections à faire ; mais pour nous qui avons vu le medium à l'œuvre, l’origine du livre ne saurait faire aucun doute.
Le témoignage d’Allan Kardec a une grande valeur, parce que tous ceux qui font connu s’accordent, même parmi ses adversaires, à reconnaître sa parfaite bonne foi et son honnêteté qui était au dessus de toute suspicion. La matérialité de cette dictée est donc établie ; mais certains critiques y verront peut-être un développement anormal de la subconscience, se traduisant sous la forme de ce récit historique, dont la mémoire latente aurait fourni les documents, à l’insu même de l’écrivain. Cependant, si l’on considère qu’elle a écrit de la même manière l’histoire de Louis XL en 15 jours (1), et que ce récit, absolument exact dans l’exposé des événements, fourmille de détails. de noms, de traits de mœurs de l’époque, nous demanderons où cette enfant aurait puisé les explications inédites qu’elle a fournies sur l'ombrageuse politique du roi le plus dissimulé et le plus retors qui ait régné sur la France. Il eût fallu à cette jeune fille les facultés d’un bénédictin pour mener à bien une tâche aussi difficile, qu’elle accomplit néanmoins sans peine et sans fatigue^Vétant que le secrétaire d’un invisible historien. C’est bien là la caractéristique de la médiumnité, que nous retrouverons toujours dans les véritables communications spirites, telles que celles que nous reproduisons en abrégé, d’après le livre d’Aksakof (2).
La fin du roman intitulé : The mystery ofEdwin Drood.
En 1872, le bruit se répandit aux Etats-Unis qu’un jeune homme sans instruction, mécanicien de son métier, nommé
(1) Hermance Dufaux. — Confessions de Louis XI — Revue Spirite, , 1858, p. 73. Cette vie de Louis XI a été publiée par le Journal Spirite La Vérité, en 1864, voir le n° du 29 mai. Une vie de Charles VIII est restée inédite.
(2) Aksakof — Animisme et Spiritisme , p. 326 et suiv.
SUR LA MÉDIUMNITÉ
James, devait terminer médianimiquement un roman intitulé : The mystery of Edwin Drood , que la mort de Dickens avait laissé inachevé. Aussitôt le Spiringfield Daily Union? envoya un de ses rédacteurs à Brattleborough (Vermont) où habitait le médium pour s’enquérir sur place de tous les détails de cette étrange entreprise littéraire. Le compte-rendu du reporter parut le 26 juillet 1873. 11 fut reproduit par le Bauer of Ligbt et par le Spiritualist de 1873, page 322. Voici quelques détails sur le médium et le manuscrit écrit mécaniquement :
Le médium est né à Boston ; à l’âge de quatorze ans, il fut placé en apprentissage chez un mécanicien, métier qu’il pratique encore aujourd’hui ; de sorte que son instruction scolaire s’est terminée àtreize ans. Bien qu’il ne lût pas inintelligent, ni illettré, il ne manifestait aucun goût pour la littérature et ne s’y était jamais intéressé. Tel est l’homme qui prit en la main la plume de Dickens et qui a terminé son œuvre.
La médiumnité de James s’était développée en faisant du Spiritisme avec des amis. Il était fort incrédule, lorsqu’un jour assistant aux expériences il tomba en transe, saisit un crayon et écrivit une communication signée du nom de l’enfant d’une personne présente, dont il ne connaissait pas l’existence. Vers la fin du mois d’octobre 1872, Ch. Dickens lui dit dans un message qu’il l’avait choisi pour terminer son œuvre.
Cette communication apprenait que Dickens avait longtemps cherché le moyen d’atteindre ce but, mais que jusqu’à ce jour, il n’avait pas trouvé de médium apte à accomplir pareille tâche. Il désirait que la première dictée se fît la veille de Noël, soirée qu’il affectionnait particulièrement, et il priait le médium de consacrer à cette œuvre tout le temps dont il pourrait disposer sans porter préjudice à ses occupations habituelles... Bientôt il devint évident que c’était la main du maître qui écrivait, et James accepta avec plus de bonne volonté cette étrange situation. Ces travaux exécutés par le médium en dehors de ses occupations professionnelles. qui lui prenaient dix heures chaque jour, produisirent, jusqu’en juillet 1873, douze cents feuillets de manuscrit, ce qui représente un volume in-octavo de quatre cents pages.
Quelle est la valeur littéraire de l’œuvre ainsi composée ? Retrouve-t-on dans cette suite les qualités spéciales du grand romancier anglais ? Voici la critique faite par le correspondant du Springfield Daily Union de cette fin de roman si singulièrement obtenue :
Nous nous trouvons ici en présence de tout un groupe de per-
sonnages dont chacun a ses traits caractéristiques, et les rôles de ces personnages doivent être soutenus jusqu’à la fin, ce qui constitue un travail considérable pour qui, de sa vie, 11’a écrit trois pages sur n’importe quel sujet ; aussi sommes-nous surpris de constater, dès le premier chapitre, une ressemblance complète avec la partie éditée de ce roman. Le récit est repris à l’endroit précis où la mort de l’auteur l’avait laissé interrompu, et ce, avec une concordance si parfaite, que le critique le plus exercé, qui n’aurait pas de connaissance de l’endroit de l’interruption, ne pourrait dire à quel endroit Dickens a cesse d'écrire le roman de sa propre main. Chacun des personnages du livre continue à être aussi vivant, aussi typique, aussi bien tenu dans la seconde partie que dans la première. Ce n’est pas tout. On nous présente de nouveaux personnages (Dickens avait coutume d’introduire de nouveaux acteurs jusque dans les dernières scènes de ses œuvres) qui ne sont pas du tout des doublures des héros de la première partie ; ce ne sont pas des mannequins, mais des caractères pris sur le vif, de véritables créations. Créées par qui ?
Jusqu’ici, on peutencore ne voirdansles remarques précédentes qu’une appréciation littéraire plus ou moins valable, puisqu’elle dépend de la culture intellectuelle du ciitique et peut être influencée par l'enthousiasme. Mais l’examen du manuscrit renferme des preuves objectives que l’inspirateur de l’œuvre est bien Dickens lui-même. Citons-les :
Voici quelques détails d’un incontestable intérêt. En examinant le manuscrit, je trouvai que le mot travellcr (voyageur) était écrit partout avec deux /, comme c’est l’usage en Angleterre, alors que chez nous, en Amérique, on ne met généralement qu’une seule /.
Le mot coal (charbon) est partout écrit coals, avec un 5, ainsi qu’on le fait en Angleterre. Il est intéressant aussi de noter dans l’emploi des majuscules tes memes particularités que l'on peut observer dans les manuscrits de Dickens ; par exemple lorsqu’il désigne M. Grewgious, comme étant an angular mon (un homme anguleux). Remarquable aussi la connaissance topographique de Londres , dont l’auteur mystérieux fait preuve dans plusieurs passages du livre. Il y a aussi beaucoup de tournures de langage usitéesen Angleterre, mais inconnues en Amérique . Je mentionnerai aussi le changement subit du temps passé en temps présent, surtout dans un récit animé, transition très-fréquente chez Dickens, surtout dans ses derniers ouvrages. Ces particularités, et d’autres encore que l’on pourrait citer, sont de mince importance, mais c’est avec de pareilles bagatelles que l’on eut fait échouer toute tentative de fraude.
Quelle probabilité y a-t-il, dans ce cas, pour qu’une tricherie
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soit supposable ? C’est ce que s’est demandé également le reporter et voici comment il répond à cette question :
J’arrivai à Brattleborough avec la conviction que cette oeuvre posthume ne serait qu’une bulle de s - von qu’il serait aisé de crever. Après deux jours d’examen attentif, je repartis, et, je dois l’avouer, j’étais indécis. Je niai d’abord comme chose impossible, — comme chacun le ferait après examen, — que ce manuscrit eût été écrit de la main du jeune médium ; il me dit n’avoir jamais lu le premier volume, détail insignifiant, à mon sens, car je suis parfaitement convaincu qu'il n était pas capable décrire inic seule page du second volume . Ceci n’est pas pour offenser le médium, car il n’y a pas beaucoup de personnes en état de reprendre une œuvre inachevée de Dickens! (1)
Conclusion :
Je me vois, par conséquent, placé danscette alternative : ou un homme de génie quelconque a employé M. James, comme instrument pour présenter au public une œuvre extraordinaire, d’une manière également extraordinaire, ou bien ce livre, ainsi que le prétend son invisible auteur, est en effet écrit sous la dictée de Dickens lui-mème. La seconde supposition n’est guère plus merveilleuse que la première. S’il existe à Vermont un homme, inconnu jusqu’à présent, capable d’écrire comme Dickens lui-même « qui parle, bien qu’étant mort», à quelles surprises ne devons-nous pas nous préparer.
T. atteste en tout honneur , que, ayant eu toute latitude d’examinei librement toutes choses Je n'ai pu trouver la moindre trace de tromperie \ et, si j’avais le droit de publier le nom du médium auteur, cela suffirait pour dissiper tous soupçons aux yeux des personnes qui le connaissent, si peu que ce soit (2).
Il est certain quesi le$fàits précédents sont rapportés exactement, ce cas ne peut se comprendre par aucune des hypothèses favorites des incrédules. Ni la subconscience, ni la mémoire cryptomnésique, ni la clairvoyance ne sont capables de donner au jeune mécanicien le style de Dickens, ni ses connaissances, ni son orthographe. et jusqu’à preuvedu contraire, il nous paraît raisonnable d’attribuer à l’esprit de Dickens la fin de son volume sur : Le mys teie d'E divin Drood .
(1) Ce volume a été publié en Amérique en 1873 chez Clark W. Bryan. Springfield. Mass. Etats-Unis.
(2) M.Harrisson,un homme très compétent en ces matières, s’exprime ainsi : 11 est difficile d’admettre que le génie et le sens artistique dont cet ouvrage est empreint et qui ont tant de ressemblance avec le génie et le sens artistique de Ch. Dickens aient engagé leur auteur, quel qu’il soit, à ne se présenter au monde que comme un habile mystificateur. ( Spiritualist . 1873. p. 26.)
Solutions de problèmes scientifiques données parles
Esprits.
Un des arguments favoris de ceux qui ne voient dans les médiums, lorsqu’il sont honnêtes, que des liseursde penséeou'des récepteurs télépathiques, c’est d’affirmerque jamais les communications ne dépassent le niveau intellectuel de l’assistance, ou n’ont indiqué la solution de certains problèmes scientifiques.il est évidemment difficile de fixer une limite supérieure aux facultés hypéresthésiées d’un sujet, lorsque l’on connaît le développement que la clairvoyance et la transmission de pensée peuvent leurdonner ; mais il est une remarque qui nous servira à discerner ce qui appartient au sujet lui-même, de ce qui peut lui venir d’une source étrangère : c’est lorsque la communication fait preuve deconnaissances artistiques, scientifiques ou littéraires qui n’ont jamais été possédées par le sujet où les assistants. 11 parait bien que si grand que soit le développement de la mémoire, de l'imagination ou de la clairvoyance, ces facultés ne pourraient créer quelquechosede rien, c’est-à-dire tirer du fonds intellectuel du médium ou desopérateursce qui n’y existe pas. Or des exemplesde ce phénomène se présentent assez fréquemment pour que la nécessité de l’intervention des esprits soit démontrée.
Voici tout d’abord le témoignage de M. Barkas, membre de la Société de géologie de Newcastle, qui a étudié pendant huit années les faits spirites avant de se prononcer sur leur authenticité. Parmi ceux qui le convainquirent, il cite (3) une série d’expériences faites avec un célèbre médium, non professsionnel,M"* d’Espérance :
En 1875, dit-il, je fus invité à prendre part à une série de séances qui devaient se tenir dans l'appartement modeste d’une jeune dame, médium non professionnel, demeurant à Newcastle-on - Tyne. Toutes les questions s’inscrivaient dans un cahier au moment même de les poser, et le médium y écrivait immédiatement les réponses: Tous ces cahiers se trouvent chez moi et je les tiens à la disposition des personnes qui voudraient les voir.
Voici le problème principal qui se présente dans ce cas ; une femme d’instruction ordinaire a donné des réponsesà diverses questions scientifiques soigneusement élaborées au cours.de trente-sept soirées, la séance se prolongeant trois heures chaque fois ; ces réponses sont tel -
(3) Barkas, Réponses improvisées à des questions scientifiques , par une femme médium d'éducation ordinaire. Lighl 1885. p. 85.
SUR LA MEDIUMNITE
les, que probablement il tic se trouve pas un homme en Angleterre qui pourrait en paire autant , c’est-a-dile donner des réponses aussi précises, dans les mêmes conditions, à toutes les questions qui ont éé posées*.
Un compte-rendu détaillé de ces séances, une autobiographie du médium, ainsi que des exemples de ces questions, avec les réponses, se trouvent dans le Psychological Review de 1878 <t 1. p. 215).
Il ne faut pas perdre de vue que le médium est une dame d’instruction médiocre, qu’elle était entourée de personnes qui l’étudiaient avec attention, que les questions étaient inscrites et lues à haute voix, séance tenante, que les réponses étaient écrites par la main du médium dans ce même cahier, très-rapidement, qu’elles étaient improvisées sans la moindre correction ultérieure ; il ne faut pas oublier non plus que ces questions se rapportaient à divers sujets scientifiques et autres, généralement peu familiers aux femmes; que le médium, de son propre aveu, est complètement ignorante en ces matières ; qu’elle écrivait automatiquement, Sans se rendre compte si ses réponses étaient justes. Les personnes qui la connaissent intimement assurent qu’elle n’avait jamais eu dégoût pour les sciences, et qu’elle n’avait jamais lu de livres scientifiques.
Voici quelques échantillons des questions et des réponses ainsi obtenues mécaniquement, sans retard ni hésitation, lorsqu’on posait des questions tout à fait ignorées du médium avant de les entendre ; on constatera qu’elles ne sont pas banales :
D. — Pourquoi deux sons identiques peuvent-ils donner du silence, alors que deux sons non identiques ne produisent pas ce résultat ?
R. — Parce que deux’ondes sonores identiques et de sens opposé en serencontrant, anéantissent réciproquementleur mouvement vibratoire. Prenez de chaque main un diapason pareil, percutez ces diapasons avec une force égale et appuyez -en les tiges sur les coins d’une table ; vous verrez alors les deux ondes, en cheminant l’une vers l’autre, s’absorber réciproquement par leurs sommets, Ces expériences méritent bien qu’on les fasse.
D. — Pouvez-vous me dire comment il est possible de calculer la relation qui lie entre eux les battements (1) spécifiques de l’air,
(1) On appelle battement des renforcements et des affaiblissements successifs qui se produisent à intervalles égaux, pour un son résultant de la propagation dans l’air de deux sons qui n’ont pas la même hauteur.
Le phénomène des battements se réalise avec la plus grande facilité : il suffit de faire vibrer dans des plans parallèles deux diapasons qui 11’ont pas la même période , c’est-à-dire dont la durée
pris sous un volume constant et sous une pression constante, d’après la vitesse observée du son et de la lumière, au moyen de la formule de Newton ?
R. — Cette relation 11e peut être calculée que de la façon suivante : Supposons qu’on percute simultanément deux cordes ou deux diapasons ; si l’intensité du son est la même, ou à peu près la même pour les deux, les battements se produiront de la manière suivante, en admettant que le nombre des vibrations soit d’une part de 228, et d’autre part de 220 par seconde, le nombre des battements qui atteindront l’oreille sera de 228-220 =8 par seconde. Cela fera 8 battements par seconde ; c’est le nombre maximum de battements qui puisse arriver à l’oreille.
On obtint avec ce médium des descriptions exactes de l’œil et qui mieux est des traités complets sur la chaleur, la lumière, la physiologie des plantes, l’électricité, l’anatomie du corps humain et l’on peut dire, suivant M. Barkas, que chacun de ces traités ferait honneur à un adepte de la science.
Pendant toute la durée des séances, le médium semblait ètredans son état normal. Cette dame causait avec nous tout le temps et répondait d’un air tout à fait naturel quand on lui adressait la parole en matière de simple conversation. L’influence occulte qui la dominait ne s’accusait que dans le mouvement automatique de la main.
J’atteste que j’ai conçu et posé moi-même la plus grande partie des questions, que le médium ne pouvait, par conséquent, en avoir connaissance par anticipation ; à part moi-même, personne de
d’oscillation n’est pas la même. Chacun d’eux donne naissance à une onde sonore ; si, en un certain point, à un moment donné, ces deux ondes sont concordantes, il y a maximum de hauteur pour le son résultant, mais ces ondes ne se propagent pas avec la même vitesse ; l’une d’elles empiète de plus en plus sur l’autre ; elles se contrarient, et à un certain moment, pour un point détersminé, le son résultant présente un minimum d’intensité. En d’autres termes, l’amplitude du mouvement oscillatoire résultant est fonction périodique du temps, et, par suite, passe par une série de maxima et de minima ; entre deux maxima, c’.est-à-dire entre deux renforcements, se trouve au minimum c’est-à-dire un affaiblissement. L'oreille perçoit d’autant mieux ces variations de hauteur qu’elles sont plus distantes ; pour cela il faut, que les deux diapasons vibrent presque à l’unisson.
l’assistance n’en connaissait la teneur; ces questions ont été souvent posées sans préméditation, et les réponses ont été écrites par le médium sous nos yeux ; il lui eut etc matériellement impossible de se munir d’avance de renseignements quelconques au sujet des réponses à faire. J’ajouterai qu’elle n’a jamais reçu un penny de rémunération pour toutes les heures — une centaine au moins — qu’elle a consacrées avec tant de désintéressement à fétude de ses remarquables phénomènes médianimiques.
L’ignorance du médium parait parfaitement établie, et par conséquent ce n’est pas en lui que pouvaient se trouver les renseignements exacts que la main faisait connaître. Il est intéres sant de savoir si ce n’étaient pas les assistants qui fournissaient inconsciemment ces données scientifiques. M. Aksakof écrivit à M. Barkas pour s’éclairer sur ce point important. Voici la réponse :
Monsieur, vous me demandez en premier lieu, si j’étais moimème en état de répondre d’une façon aussi précise que le médium l’a fait aux questions de physique que je lui ai posées ; et ensuite vous désirez savoir au-delà de quel point les réponses reçues par l’entremise du médium ne sauraient plus être considérées comme un effet de lecture cérébrale. En ce qui concerne la physique, je dois dire que j’aurais pu répondre à un certain nombre de questions proposées au médium, mais moins bien qu’il ne l’a fait ; en traitant de certaines spécialités, je n’aurais pas eu recours, à cette époque, à une phraséologie aussi technique et aussi précise ; ceci concerne plus particulièrement la description du cerveau et de la structure du système nerveux, la circulation du sang, la structure et le fonctionnement des organes de la vue et de l’ouïe. Les réponses reçues par le médium étaient, en général, notablement au dessus de mes connaissances scientifiques d'alors, et elles sont supérieures à celles que je pourrais faire aujourd'hui — c’est-à-dire après douze ans — si je devais les écrire sans me préparer à l’avance.
J’ai étudié les trois quarts environ de ces questions avant de les soumettre au médium, et cependant je dois avouer que je n’aurais pas pu rédiger mes réponses avec la même justesse et la même élégance de langage que celles transmises par le médium.
Ces réponses contiennent beaucoup de termes techniques que je n’aurais certes pas eu l’idée d’employer, faute d’usage. 11 s’y rencontre, d’autre part, des expressions qui m'étaient totalement inconnues , par exemple le mot « membrane adnée » (adnata) pour désigner la conjonctive ; je n’ai, d’ailleurs, guère rencontré ici qu’un seul médecin qui connût ce terme.
Je comprends toute la difficulté qu’il y a pour moi à vous ren-
seigner d’une manière complètement satisfaisante sur les détails qui vous intéressent, attendu que je suis obligé de mettre en cause ma sincérité et de m’en rapporter à mon estimation personnelle pour faire la part de ce que je savais et de ce que je ne savais pas à l’époque où les séances eurent lieu. Je puis cependant affirmer sur ma foi que -je n’étais pas en mesure de répondre, d’une manière aussi détaillée, à une bonne partie des questions de physique que j’avais posées, sans les avoir communiquées d’abord à d’autres personnes, et il y avait de certaines questions auxquelles je n> aurais pas pu répondre du tout.
Il est exact que je n'aurais pas su répondre aux questions de musique. 11 y eut trois séances consacrées aux sciences musicales ; c’est aux deux dernières qu’assista le professeur de musique (1). A la première, ce fut moi qui posai toutes les demandes : deux jours auparavant, j’avais prié un de mes amis, expert en matière musicale, de me les formuler, et je n'essayai meme pas de les comprendre ; je les proposai au médium, qui écrivit immédiatement, sans la moindre hésitation, les réponses que vous avez lues, et d’autres encore. Pas un seul musicien ne se trouvait à cette séance . Le médium lui-même n’avait que des notions fort élémentaires en musique. (2)
Aux deux autres séances, la plupart des questions traitant de critique musicale ont été posées par le professeur de musique ; c’est moi qui ai posé les autres. Je les avais obtenues de quelques musiciens de mes amis. Il paraît que, parmi les réponses faites sur les questions du professeur, il s’en est trouvé qui ne s’accordaient pas avec ses opinions. Quant à celles qui se rapportent aux questions posées par moi, j’ignorais alors si elles étaient justes ou non.
Pour répondre à l’hypothèse que ces renseignements auraient été fournis télépathiquement par quelque personne vivante, M. Barkas dit :
Je serais bien aise de connaître, ne fût-ce qu’un seul cas bien avéré, d’un sensitif illettré qui, sans être mesmérisé, aurait répondu par écrit, dans un style correct et scientifique, à des questions de musique et de science, par l’effet de la lecture de pensée ou par l’action de la volonté, exercée par un savant ou par un musicien vivant . . .
Vous me demandez d’indiquer les questions auxquelles ni moi, ni aucun des assistants n’aurions pu répondre? A la première des séances consacrées à la musique, pas une des personnes présentes n'était capable de faire une réponse sensée. Personne non plus
(1) Probablement M. William Rae, organiste à Newcastle, d’après Mme d’Espérance. Voir son livre : Au pays de l'Ombre p.
(2) M. Barkas n’en avait pas du tout, ainsi qu’il le dit à un autre endroit. {Médium. 1887, p. 645).
SUR LA MÉDIUMNITÉ
n’aurait pu répondre sur les questions de chimie , d'anatomie sut celles qui concernaient l'œil, l'oreille , la circulation du sang , le cerveau , le système nerveux et beaucoup d’autres se rattachant anx sciences physiques. Sauf M. Bell, qui avait quelques notions de chimie pratique, mais ne s’exprimait pas facilement, et moi qui connaissais les principes rudimentaires de la physique, les personnes qui assistaient aux séances étaient absolument des profanes en ces matières.
Agréez, etc.
P. T. Barkas.
Mme d’Espérance, le médium de M. Barkas, a publié dernièrement un livre intitulé : Au pays de V Ombre, dans lequel elle parle de ces séances (1). Il faut lire les pages qu’elle y consacre, afin de bien s’identifier avec les conditions dans lesquelles les réponses scientifiques étaient données.
Pour moi, dit-elle, je ne prenais guère d’intérêt à ces discussions, en dehors de mon vif désir de voir Stafford (le guide du médium) se montrer capable de lutter avec plusieurs hommes éclairés et désireux, me semblait-il, de prouver leur supériorité intellectuelle ; je ne comprenais pas les termes techniques employés constamment, et je me demandais quelquefois si les questionneurs les comprenaient eux-mêmes !!
Il arrive que ces discussions ennuient non seulement le médium, mais aussi d’autres esprits qui ont l’habitude de se communiquer, en voici un exemple. Pendant une interruption momentanée, un nommé Walter profite de l’intermède :
Pendant une demi-heure, Walter nous entretint, en imitant d’une manière plaisante « le gouverneur » et en nous faisant une dissertation scientifique sur les propriétés d’un gaz qu’il nommait Oxyhydronitro-ammoniac . Questionné sur la signification de ce mot, il nous dit : « Quand je parle de sujets scientifiques, je préfère me servir de termes scientifiques » voulant évidemment railler le médecin dont la conversation était presque inintelligible pour des esprits ordinaires, tant il faisait un usage excessif de termes techniques.
Si l’on croit que toutes ces communications sont dues à des personnalités secondes du médium, il faut admettre que, dans ce cas, elle est hantée par des groupements psychiques singulièrement différents les uns des autres, puisqu’il y en a de savants, d’ignorants et d’autres assez artistes pour faire des portraits ressemblants de personnes qu’ils n'ont jamais vues! Combien la
(1) Mmo d’Espérance. Au pays de V Ombre, p. 138 et suiv.
réalité spirite est plus simple et plus en harmonie avec les faits que toutes ces fantastiques hypothèses.
Les récits du général major A. W. Drayson. (1)
Ayant reçu de M. Georges Stock une lettre me demandant si je pouvais citer, ne fut-ce qu’un exemple, qu’un esprit ou un soidisant esprit aurait résolu, séance tenante, un de ces problèmes scientifiques qui ont intéressé les savants du siècle dernier, j’ai l’honneur de vous communiquer le fait suivant, dont j’ai été témoin oculaire.
En 1781, William Herschel découvrit la planète Uranus et ses satellites. 11 observa que ces satellites, contrairement à tous les autres satellites du système solaire, parcourent leurs orbites d’orient en occident. J. F. Herschel dit dans ses Esquisses Astronomiques : « Les orbites de ces satellites présentent des particularités tout à fait inattendues et exceptionnelles, contraires aux lois générales qui régissent les corps du système solaire. Les plans de leurs orbites sont presque perpendiculaires à l’écliptique, faisant un angle de 70° 58’ et ils les parcourent d’un mouvement rétrograde , c’està-dire que leur révolution autour du centre de leur planète s’effectue de l’est à l’ouest, au lieu de suivre le sens inverse.»
Cette anomalie était une énigme pour Laplace et pour tous les astronomes. De. mon côté, je ne trouvai aucune explication à cette particularité.
En 1858, j’avais comme hôte, dans ma maison, une dame qui était médium, et nous organisâmes des séances quotidiennes. Un soir elle me dit qu’elle voyait à côté de moi une personne qui prétendait avoir été pendant sa vie terrestre un astronome. Je demandai à ce personnage s’il était plus savant à ce moment que lors de son existence terrestre. — « Beaucoup plus » me répondit-il. J’eus l’idée de poser à ce soi-disant esprit une question afin d’éprouver ses connaissances :
D. — Pouvez-vous me dire, lui demandais-je, pourquoi les Satellites d’Uranüs font leur révolution de l’est à l’ouest et non de l’.ouest à l’est ?
Je reçus immédiatement la réponse suivante :
R. — Les satellites d’Uranus ne parcourent pas leur orbite de l’orient à l’occident ; ils tournent autour de leur planète de l’occident à l’orient, dans le même sens que la lune tourne autour de la terre. L’erreur provient de ce que le pôle sud était tourné vers la terre au moment de la découverte de cette planète ; de même
(1) Général Drayson. The solution of scient ific problems by Spirits.Light 1.884, P* 499. Traduction française in Animisme et Spiritisme ,p. 499.
SUR LA MÉDIUMNITÉ
que le soleil, vu de l’hémisphère austral, semble faire son parcours quotidien de droite à gauche et non de gauche à droite, les satellites d’Uranus se mouvaient de gauche à droite, ce qui ne veut pas dire qu’ils parcouraient leur orbite de l’orient à l’occident.
En réponse à une autre question que je posai, mon interlocuteur ajouta :
Tant que le pôle sud d’Uranus était tourné vers la terre, pour un observateur terrestre, les satellites semblaient se déplacer de gauche à droite, et l’on en conclut, par erreur, qu’ils allaient de l’orient à l’occident : cet état de chose a duré environ 42 ans. Quand le pôle nord d’Uranus est tourné vers la terre, ses satellites parcourent leur trajet de droite h gauche et toujours de l’occident à l’orient.
Je demandai là-dessus comment l’erreur n’a pas été reconnue, 42 ans après la découverte de la planète Uranus par Herschel ?
R. — C’est parce que, dans la règle, les hommes ne font que répéter ce qu’ont dit les autorités qui les précédaient ; éblouis par les résultats obtenus par leurs prédécesseurs, ils ne se donnent pas la peine de réfléchir.
Guidé par cet enseignement, je me mis à résoudre le problème géométriquement et je m’aperçus que l’explication en était très exacte, et la solution fort simple. En conséquence, j’écrivis sur cette question un mémoire qui fut publié dans Les mémoires de V Institution Royale d' Artillerie en 1859.
En 1862, je donnai la même explication de la prétendue énigme dans un petit ouvrage sur l’astronomie : Common Sights in the Heavens (Coups d’œils dans les cieux) ; mais U’influence de « l’opinion autorisée » est si funeste, que de nos jours seulement les écrivains qui s’occupent d’astronomie commencent à reconnaître que le mystère des satellites d’Uranus doit probablement être attribué à la position de l’axe de cette planète.
Nous ne possédons pas la compétence nécessaire pour porter un jugement motivé sur la valeur scientifique de l’hypothèse précitée, mais ce qui nous intéresse plus spécialement et ce qui est très important suivant nous, c’est de voir une dame quelconque formuler, ex abrupto, une solution rationnelle d’un phénomène astronomique inexpliqué jusqu’alors. Il nous semble qu’ici intervient une intelligence qui ne donne pas des renseignements vagues, mais fournit une théorie, qui, si elle n’est pas exacte, ce qu’il faudrait vérifier, dénote de la part de son auteur des connaissances très étendues sur Tastronomie quel’on ne pouvait trouver dans le cerveau du médium, car il y a 50 ans les notions
sur cette science étaient loin d’être aussi répandues que de nos jours, où son etude s’est vulgarisée.
Le cas suivant est encore plus remarquable, parce qu’il s’est vérifié de point en point.
Au printemps de l’année 1 859, poursuit le général Drayson, j’eus encore une fois l’occasion, par l’entremise du même médium, de converser avec la personnalité qui se donnait pour le même esprit ; je lui demandai s’il pouvait m’éclairer sur un autre fait astronomique encore inconnu. Je possédais alors un télescope avec un objectifde quatre pouces etd’une distance focalede 5 pieds. T appris que la planète Mers avait deux satellites que personne n’avait encore vus et que je pourrais découvrir dans des conditions favorables. Je saisis la première occasion qui se présenta pour faire des observations dans ce but, mais je 11e découvris rien. Je fis part de cette observation à trois ou quatre amis avec lesquels je faisais des expériences spiriîiques, et il fut décidé que nous garderions le silence sur ce qui s’était passé, car nous ne possédions aucune preuve à l’appui des allégations de mon interlocuteur, et nous risquions de nous exposer à la risée générale.
Pendant mon séjour dans les Indes, je parlai de ces révélations à M. Sinett, je ne puis dire exactement à quelle époque. Dix-huit ans plus tard, en 1877, ces satellites furent découverts par un astronome à Washington.
Recettes donnéespar les Esprits.
Nous connaissons à Paris un peintre dessinateur qui s’est occupé de spiritisme, et comme il désirait faire de la peinture sur soie et que ses tentatives pour fixer les couleurs n’avaient pas réussi, il eut l’idée de demander si un esprit ne voudrait pas lui indiquer un procédé pour arriver à ses fins. Il obtint, par l’intermédiaire d’un médium écrivain de nos amis, tout à fait ignorant de ces questions techniques, la réponse suivante :
11 faut une soie un peu grosse qui puisse parfaitement s’imbiber d’une matière gommeuse, composée de gomme arabique, de glucose, ou mieux de fécule de pomme de terre pulvérisée. 11 faut étendre cette gomme d’un peu d’alcool pour faire un vernis ; c’est toute la préparation de la toile. Quant à l’encre, il ne faut pas de ces encres savantes dont 011 se sert maintenant, mais simplement de l’encre de noix de galle, dans laquelle vous faites fondre du sucre en petite quantité pour l’épaissir, afin qu’elle ne s’étende pas et ne suive pas les fils, malgré la couche de gomme. Vous laisserez sécher à l’ombre, afin de ne pas faire raccornir la soie qui aura été touchée par l’encre.
SUR LA MEDIUMNITE 393
L’essai de ce procédé fut fait sans tarder et donna d’excellents résultats.
L’historien Eugène Bonnemère, l'auteur apprécié de Y Histoire des Paysans et de celle des Camisards . a eu l’occasion d'étudier pendant longtemps une dame qui écrivait automatiquement et qui lui fournit les sujets de plusieurs romans qu’il publia dans Je National {Le Roman de V Avenir y Louis Hubert, Les d c classé s ,etc.) Il a fait connaître une série d’observations sur ce cas intéressant (i) parmi lesquelles nous citerons la suivante :
Je vous ai promis, dit M. Bonnemère, d’entretenir vos lecteurs des facultés médianimiques de Mmo X, l’auteur inconscient du Roman de V Avenir. Mais je veux vous dire auparavant quelques mots de ses peintures, car ce n’a pas été assez de ces 21000 pages écrites en sept années, elle a, en outre peint, pendant le même temps, 180 compositions grandes ou petites, à l’huile ou à l’aquarelle, sur toile, sur papier, sur bois, sur vélin, sur ivoire, sur ardoise, sur tout ce qui lui tombait sous la main. L’ardoise, trèsporeuse, ne retenait ni l’huile ni la couleur qui s’épandaient aux alentours.
Cela ne l’a guère embarrassée et elle a imaginé plusieurs procédés qui, sans altérer en rien la couleur de l’ardoise, permettent d’y peindre avec la même netteté que sur la t ile. C’est ainsi qu’elle a composé de charmants faisceaux de fleurs qui pourront remplacer les plaques de porcelaine encastrées dans les meubles. Quant à l’aquarelle, elle fabriquait les couleurs qui lui manquaient (toujours inconsciemment), et avec des bois de sureau, de mahonias, elle obtenait des tons neutres du plus heureux effet. Le suc du tithymale lui fournissait des blancs d’un éclat très remarquable..
Un remède donné par les Esprits.
Nos rapports avec le monde invisible n'ont pas pour objet de nous dispenser du travail nécessaire pour faire des découvertes. Il serait absurde, et d’ailleurs tout à fait illusoire, de s’imaginer que les esprits élevés vont nous dispenser de toute recherche scientifique et nous révéler la multitude des choses que nous ignorons encore. Ce serait injuste, puisque nous pourrions osséder des connaissances sans nous être donné la peine de les acquérir. Aussi cela n’a-t-il pas lieu . Exceptionnellement dans des cas particuliers qui se justifient par une utilité immédiate et parle sentiment de charité qui anime certains esprits, du soula-
(1) Revue Spirite , août et décembre 1877.
gement peut être apporté à ceux qui souffrent, comme nous en avons de nombreux exemples. En voici un : (i)
Nous sommes informés par un frère méthodiste, très digne de foi, que M. S de Williamsbourg, qui fait partie, ainsi que sa femme, de l’église méthodiste, a souffert longtemps de calculs dans la vessie et a employé sans succès tous les remèdes connus en médecine. Il devint très faible, très abattu, et dans une des crises de violentes douleur il s’écria devant sa famille : « Comment donc pourrais-je être soulagé ? » Au même instant, sa femme fut influencée et excitée à écrire : se trouvant dans un état où elle n’avait qu’à moitié conscience de ce qu’elle faisait, elle écrivit une prescription (comme on le sut ensuite), et indiqua la manière de préparer et dy administrer le médicament . Ce fait était tout à fait nouveau pour la famille ; on ne savait quelle cause avait déterminé la femme à écrire. Le malade déclara qu’il voulait faire l’essai de cette médication. Ses parents objectèrent la nécessité de s’assurer que les substances prescrites n’étaient pas des poisons ; en conséquence, on consulta un médecin et un pharmacien qui déclarèrent que c’étaient des remèdes employés en médecine, mais le docteur ajouta qu’il ne voudrait pas, pour le cas particulier, prendre la responsabilité de la prescription de ce médicament. Que le malade, dit-il, prenne, s’il le veut, la responsabilité de son essai. C’est ce que fit le malade ; pendant- plusieurs jours ses souffrances ne firent que s’accroître. Mais sa femme obéissant à la même influence qui l’avait fait écrire, dit qu'il ne fallait pas s’alarmer, mais continuer l’emploi du remède indiqué. On suivit cet avis, et dans l’espace de dix jours, le malade rendit plusieurs calculs, dont quelques-uns fort volumineux, à la suite de quoi il se trouva immédiatement soulagé, et, peu après, sa guérison fut complète.
Ces personnes n’étaient point spirites, et la femme n'avait jamais été influencée auparavant ; ni elle ni son mari ne savaient ce oue c’était que les influences des Esprits, le malade ne se décida à employer le remède qu’à cause de l’excès de ses souffrances, et en considération de la manière singulière dont il lui avait été prescrit. Depuis cet événement, ils ont appris que c’éta:t aux Esprits qu’ils devaient cet avis, et Madame S. a été employée par les Esprits à la guérison d’autres malades. M. et Mmo S. sont restés attachés à l’église méthodiste, et n’avouent qu’avec beaucoup de réserve leur adhésion au spiritualisme.
Il semble bien, ici, que l’autosuggestion n’a pas eu à intervenir
(i) Spiritual Télégraphe. Juillet 1862, reproduit par le Journal Le Magnétisme du 10 septembre 1862.
SUR LA MÉDIUMNITÉ
puisque l’écrivain ignorait les pratiques de la médiumnité. C’est un cas de manifestation spontanée qui, jointe à la prescription exacte d'un remède qui a produit la guérison, démontre l’intervention d’intelligences étrangères possédant des connaissances tout à fait en dehors de celle du médium et de son entourage. Remarquons égalementles scrupules religieux desmembres delà famille qui nous renseignent sur leur mentalité. Ils ne cherchent pas à faire de la propagande, et sont bien éloignés de tirer vanité de la remarquable faculté de Madame S. Ces considérations nous incitent à tenir le plus grand compte de cette observation.
Nous pourrions continuer ces citations, mais nous préférons passer de suite à l’étude des phénomènes obtenus avec des personnes illettrées ou des enfants en bas âge, chez lesquels toute suggestion mentale ou toute action télépathique est plus qu’improbable. On conçoit facilement que si un nourrisson se met à écrire, ce n’est pas sous l’influence d’une pensée qui lui est transmise, puisqu’il ne possède pas encore le mécanisme mental nécessaire à la production des mouvements de l'écriture. Nous sommes en présence, dans ce cas, d’une action physique exercée sur la main, analogue à celle que l’on emploie pour faire écrire quelqu’un qui ne le sait pas.
Médiumnités de nourrissons.
M. Jenken, avocat, avait un enfant de cinq mois et demi qui écrivit une communication dans les conditions suivantes, dont nous devons le récit à M, James Wason, sollicitor : (i)
Le narrateur habitait avec la famille; Jenken à Brigton.Le mari, fatigué par ses voyages quotidiens à Londres, souffrait beaucoup de l’estomac et des intestins, et M. Wason n’avait pu le convaincre que sa maladie provenait d’un excès de fatigue. ..
Le 6 mars, vers une heure de l’après-midi, continue M. Wason, la nourrice était assise tenant l’enfant sur ses genoux, dans le salon près de la cheminée; j’écrivais à une table, tout près, et Mmo Jenken se trouvait dans une pièce voisine ; la porte était ouverte. Tout à coup la nourrice s’écria : « L’enfant tient un crayon dans sa main ! » Elle n’ajouta pas que ce crayon avait été placé dans la main de l’enfant par une force invisible ; je n’y fis donc aucune attention, sachant par expérience avec qu’elle force un enfant
(i) Medium and Daybreack , 8 mai 1874. Traduction française dans Animisme et Spiritisme , p. 346.
vous prend quelquefois par le doigt, et continuai à écrire. Mais la nourrice s’exclama immédiatement avec plus d’étonnement encore: « L’enfant écrit ! » ce qui intrigua Mme Jenken qui alla dans la chambre.
Je me levai aussi et regardai par dessus l’épaule de Mme Jenken, et je vis. en effet, que l’enfant tenait un crayon dans sa main et que celle-ci reposait sur le bout du papier avec la communication dont nous prîmes par la suite une photographie. Voici ce message : « J’aime cet enfant. Que Dieu le bénisse. Je conseille à son père de rentrer dans tous les cas, lundi à I.ondres. Suzanne ».
Je dois dire ici que Suzanne était le nom de ma femme défunte, qui, de son vivant, aimait beaucoup les enfants et dont l’Esprit, (ainsi que nous le supposions) s’était maintes fois manifesté au moyen de coups frappés et d’écritures automatiques par l’intermédiaire de Mrae Jenken ; avant son mariage, cette dernière portait le nom bien connu dans le spiritisme de Kate Fox, et c’est dans sa famille que se produisirent, dans les environs de New- York, les premières manifestations médianimiques, les coups frappés de Rochester, qui inaugurèrent le mouvement spiritualiste de notre siècle...
James Wason, Sollicitor.
Wason Buildings, Idverpool.
Le procès-verbal publié par Medium et Daybreak reproduit le fac-similé de l’écriture et la signature de M. Wason, de Mme Jenken et de la nourrice. Ce ne fut pas la seule communication obtenue par le baby. Voici d’autres détails empruntés au Spiritualiste du 20 mars 1874 :
La faculté d’écrire de notre enfant semble continuer. Le 1 1 mars, alors que ma femme et moi nous étions à table, la nourrice étant assise avec l’enfant vis-à-vis de moi, un crayon fut placé dans la main droite de l’enfant. Ma femme posa une feuille depapier sur les genoux de la nourrice, sous le crayon. La main du petit écrivit immédiatement cette phrase :« J’aime ce pet t garçon. Que Dieu bénisse sa mère. Je suis heureux. J. B. T. »
J’exprimai ce désir que l’enfant adressât quelque mots à sa grand’mère qui a plus de 90 ans, et quelques minutes après, la force invisible enleva un bout de papier d’une table et le posa sur les genoux de la nourrice, — en même temps un crayon se trouva placé dans la main de mon enfant et celui-ci traça rapidement ces mots : (( J’aime ma grand’mère». Le papier et le crayon furent jetés à terre et des coups m’avertirent que mon désir était accompli.
Nous n’avons aucune raison de mettre en doute la parole de M. Wason dont le titre officiel offre une garantie de sincérité.
SUR LA MÉDIUMNITÉ
Jamais non plus M. Jenken n’a été suspecté de mauvaise foi ; il nous faut donc admettre ces récits, si invraisemblables qu’ils paraissent,d’autant mieux que cet exemple n'est pas unique.
La petite fille du baron Seymour Kiikup écrivit à l’âge de neuf jours ! Voici la lettre adressée à M Jenken par le baron : (i)
Ma fille était médium à l’âge de deux ans ; elle a vingt et un ans maintenant. Sa fille écrivit automatiquement quand elle n’avait que neuf jours. J’ai conservé les messages écrits par elle et vous en enverrai la photographie.
Sa mère ne l’a portée que 7 mois, et l’enfant était fort petite. Sa mère la tenait d’une main sur un coussin, ayant dans l’autre main un livre sur lequel elle avait mis une feuille de papier ; on ne sait par quelle voie arriva le crayon dans la main de l’enfant. Dans tous les cas Valentine (c’est son nom) le tenait ferme dans son petit poing.
Elle écrivit d’abord les initiales de ses quatre guides : R. A. D. J. après quoi le crayon tomba. Je croyais que ce serait tout, mais ma fille lmogène s’écria :« Elle tient le crayon de nouveau !»L’enfant traça alors les paroles suivantes, d’une écriture incertaine, par dessus les lettres déjà écrites : « Non mut are , questa a buona prova , foi cosa ti abbiano detto ; addio. » (Ne change rien, c’est une bonne preuve, fais ce que nous t’avons dit ; Adieu)...
M. Je ken ajoute : «La lettre que je reçus de Kirkup étaitaccompagnée d’une photographie de l’écriture de l’enfant, d’un procèsverbal muni de sept signatures de témoins, et d’un excellent portrait spirite de la grand-mère, la célèbre Régina ».
M Aksakof rapporte aussi, d’après le Baner of Light de 1876, le cas d’un enfant médium de deux ans, Essie Mott de Memphis (Missouri) qui obtint de l’écriture sur ardoise, alors que personne ne se tenait auprès d’elle et qu’elle ne connaissait pas ses lettres. Le fait est attesté par un témoin indépendant le respectable M.Waren Chose.
Un M. Call Black se convertit à la croyance aux faits spiritiques après qu’il eut reçu des communications par l’intermédiaire d un autre enfant. (Voir Re l igio- Philosophie al-Journal 25 janvier 1890).
Nous ferons ici une remarque très importante relative à ces écritures produites par de très jeunes enfants, c’est que, même si l’on ne veut admettre aucune intervention spirituelle, et que
(1) Spiritualiste 1875, Tome I, p. 222.
Ton attribue à la mère Faction exercée sur son nourrisson, il ne s’en suit pas moins qu’il existe chez le bébé un état réceptif remarquable, une médiumnité proprement dite. L’écriture ne peut pas être produite par transmission de pensée, puisque le cerveau de l’enfant ne contient pas encore les associations dynamiques indispensables pour produire les mouvements nécessaires au graphisme de l’écriture. La force agissante doit donc s'exercer directement sur la main, et quelque extension que l’on suppose à l’extériorisation de la mère, il est bien difficile d’admettre que ce soit elle qui agisse aussi énergiquement, en restant absolument à l’état de veille, et sans la moindre conscience de produire une action aussi énergique et compliquée.
Nous pourrions citer d’autres exemples de médiumnités de jeunes enfants, mais nous renverrons le lecteur à l’histoire du Merveilleux. T. II, de L. Figier et à l’ouvrage de M. Bonnemère : Les camis ard s des Cévennes, qui racontent comment des enfants de treize mois s’exprimaient pendant la transe en excellent français, langue inusitée à cette époque dans les campagnes. Voici des observations plus récentes dues à MM. Dusard et Broquet (1).
Les phénomènes psychiques du village de D...
Nous avons le plaisir de connaître depuis quelques années M. le docteur Dusard, ancien interne des hôpitaux de Paris, et nous avons pu apprécier souvent son ferme bon sens, son esprit méthodique et froid, ainsi que ses connaissances psychiques très étendues, c’est pourquoi nous attachons la plus grande valeur aux faits qu’il a observés en compagnie de M. Broquet dans un petit village du Nord, aux environs de Valenciennes Parfaitement au courant des théories sur la subconscience et la transmission de la pensée, ces expérimentateurs ont eu la bonne fortune de tomber sur un médium qui n’avait jamais lu un livre traitant du psychisme m entendu parler des phénomènes spirites. Cependant, il leur a été donné de vérifier presque tous les phénomènes transcendants que l’on n’obtient, en général, qu’avec des médiums différents. Ils ont eu de l’écriture automatique et directe ; de la typtologie sans contact; des apports ; des incarnations ; des actions à distance ; de l’extériorisation de la sensibi-
(i) Voir: Revive Scientifique et Morale du Spiritisme. Année 1899. MM. Dusard et Broquet. Phénomènes psychiques observés au village de D.