‹ Recherches sur la médiumnitéChapitre 24 sur 40 · CA · texte numérisé non relu

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(1) Ecriture de l’esprit Hubert, frère de Maria, après sa mort.

(2) Ecriture du jeune Hubert pendant sa vie.

(3) Ecriture normale de Maria.

SUR LA MEDIUMNITE

Maria écrit sans arrêt ni hésitation, tantôt sans ordre ni régularité, d’autres fois en suivant parfaitement les lignes et observant la ponctuation. Elle reste à l’état normal et, tout en écrivant, regarde le papier ou promène ses regards autour d’elle. Elle écrit soit en pleine lumière, soit dans une obscurité complète, sans que le caractère de l’écriture se modifie. Elle ne connaît le contenu d’une communication qu’en la lisant, lorsqu’elle est terminée. C’est tout à fait l’écriture automatique.

L’écriture varie avec chaque esprit et elle est rigoureusement la même pour chacun, d’un bout à l’autre de la communication, et pour des communications espacées de plusieurs mois.

Faisons observer que si l’écriture mécanique ne présentait que ces caractères, ils seraient insuffisants pour établir la médiumnité et rien n’empêcherait de n’y voir que de l’automatisme, puisque nous savons que les personnalités secondes conservent des caractères identiques, alors même qu’elles ne se. présentent qu’à de grands intervalles de temps. Mais chez Maria la faculté médianimique se révèle d’une manière indéniable, d’abord parce que son orthographe se modifie, ensuite parce que l’écriture a reproduit celle d’un individu mort antérieurement, et enfin parce qu’elle révèle des faits inconnus de tous les assistants, qui ne peuvent être attribués à la clairvoyance ou à aucune des causes que nous avons étudiées.

Voici pour l’orthographe :

Pendant les dernières séances, un esprit conseilla de bander les yeux du médium. Maria tombe alors très rapidement en transe. Les communications d’un caractère intellectuel beaucoup plus élevé, sont écrites avec régularité ; les lignes sont droites, la ponctuation et les accents bien placés, V écriture est presque élégante et /’ orthographe tout à fait correcte ; toutes choses que Maria serait incapable de produire à l’état normal.

Lorsque des critiques, comme Louis Figuier et autres, se trouvent en présence de cas semblables, ils croient éluder la difficulté en disant que l’état hypnoïde dans lequel se trouve le sujet exalte ses facultés intellectuelles, lesquelles acquièrentalors un développement extraordinaire qui expliquecesanomalies.Mais qui ne voit ce que ces raisonnements ont de superficiel et d’inexact?

Qu’un sujet puisse pendant une crise de somnambulisme, ou même à l’état de crédulité, acquérir par la clairvoyance des notions qu’il ne pourrait avoir à l’état de veille, c’est un fait dont nous avons constaté la réalité. La lucidité fait connaître des

événements lointains et prouve simplement une puissance plus grande de la faculté de voir, c’est le développement d’un pouvoir qui est dans le sujet, tandis que Tusage de l’orthographe par quelqu’un qui n'a pas appris la grammaire, est une véritable création qui ne peut se comprendre par aucune exaltation de l’esprit. On ne peut rien tirer d’un terrain qui n’a pas été ensemencé. L’orthographe n’est acquise par chacun de nous qu.’après une longue éducation, qui nécessite beaucoup d’efforts pour emmagasiner dans le cerveau la multitude des règles qu’il faut connaître. Ce travail a créé des habitudes organointellectuelles, un mécanisme psychique qui fonctionne automatiquement, à ce point qu’il suffit souvent, lorsque l’on est hésitant sur la manière d’orthographier un met, de laisser aller sa main machinalement, pour le trouver ensuite correctement écrit. Mais celui qui n’a pas subi cet entraînement, qui n’a pas fixé par 1® travail et l’effort souvent renouvelé l’orthographe des mots, ne pourra jamais écrire convenablement. Or, c’est le cas de Maria qui n’est pas allée régulièrement à l’école et par conséquent n’a pu acquérir ni s’assimiler ce mécanisme qui permet de ne pas faire de fautes. Si elle écrit parfois des communications qui ne laissent rien à désirer au point de vue de la correction grammaticale, c’est évidemment qu’elle est sous l’influence d’une intelligence qui connaît l’orthographe. Ses parents et les personnes qui l’entourent étant presque illettrés, on ne peut supposer de leur part aucune action télépathique ; il faut donc admettre que ce sont les esprits qui se manifestent, d’autant mieux qu’ils donnent parfois des preuves d’identité incontestables.

Faits inconnus du médium.

Nous citerons trois communications qui présentent des circonstances intéressantes :

Dans le courant du mois de mars 1898, à une séance à laquelle assistaient M. Ch. Broquet et quatre autres personnes, Maria écrit une communication sous forme de lettre, signée D’H... et adressés à Mra* D’H... sa veuve, une des personnes présentes. Cette lettre contenait ce passage : « Te souviens-tu que j’ai longtemps cherché un livre de magie qui pût me faire connaître le moment de ma mort. J’en ai trouvé un et cependant je n’ai pas su que j’allais mourir en allant à N... » M. d’H. ..était mort quelques années auparavant, en se rendant à N... pour assister à une cérémonie religieuse. Tous les assistants, sauf M®' D’H..., ignoraient le fait de cette recherche d’un livre de

SUR LA MÉDIUMNITÉ

magie, et Mm* D’H... elle-même ne se le rappela qu'après un certain temps de recueillement. Peut-être les partisans quand même de la théorie de la suggestion par la conscience subliminale ou le subconscient proposeront-ils comme interprétation, non pas l’action de l’être conscient de Mrae D’H..., puisque celle-ci ne pensait pas à ce moment au livre cherché, mais celle de son subconscient, agissant sur le subconscient de Maria.

Nous pourrons leur répondre qu’il n’y a de prouvé jusqu’ici, à l’actif de la suggestion mentale, que des transmissions d’ordres plus ou moins précis, mais jamais de pensées ou de souvenirs longuement formulés. Nous ajouterons que Maria et MraeD’H... étaient toutes deux dans leur état normal et que, par conséquent, Maria ne se trouvait pas k ce degrc de l’hypnose appelé crédulité. Qui ne sait, enfin, combien sont rares et laborieuses les quelques expériences de suggestion mentale couronnées de succès: il suffit, pour s’en convaincre, de lire l’étude du Dr Ochorowicz sur ce sujet.

Dans une autre séance, en présence de M. Ch. Broquet et de quatre assistants, Maria écrit cette communication qui lui est adressée : « Maria, tu m’as vite oubliée, lorsque je fus morte ; tu n’as pensé que quelques jours à moi. Voilà pourquoi je reviens te voir, pour savoir si tu me reconnaîtras. » Signé M1,# Magain.

Maria et tous les assistants cherchent vainement dans leurs souvenirs ; aucun n’a connu une personne portant ce nom.

La communication reprend alors:

«Je suis morte à D***, à huit ans et demi, il y a neuf ans. Nous étions deux grandes amies. »

Maria, très intriguée, recherche inutilement dans sa mémoire, et ses parents, piésents à la séance, ne sont pas plus heureux qu’elle.

La communication insiste en ces termes :

Te souviens-tu que maman est venue me rechercher avec le martinet, sur la porte de Mmo D***, quand nous jouions au bouquet (aux osselets), quinze jours avant ma mort ? 11 y a neuf ans de cela. Te rappelles-tu que j’allais souvent chez ta grand’mère, avec toi et Mlle Octavie B*** ? »

Malgré tous ces détails, personne ne parvenant à trouver quoique ce fût qui pût concorder avec ses souvenirs, on allait conclure à l’intervention d’un fantaisiste, lorsque Maria écrit de nouveau :

« Te souviens tu de Louise la Petite ? »

Ce mot est comme un trait de lumière. Tout le monde l’a connue : c’était la mère d'une afniede Maria, dont la fille était morte effectivement depuis neuf ans, et Maria, au bout de quelques instants, retrouve dans ses souvenirs la scène du martinet.

Pour comprendre comment la mémoire du médium et des assistants a pu être mise ainsi en défaut, il faut savoir que dans le Nord, et sans doute aussi dans beaucoup d’autres provinces, il y a fort peu de familles d’ouvriers et même de cultivateurs et de petits bourgeois,

qui ne soient affublées de quelque sobriquet, tirant son origine soit d’événements, soit de particularités dans le costume, les traits du visage, la forme d’un membre, etc. . les surnoms sont si complètement adoptés par tout le monde, que le vrai nom de famille en est tout à fait oublié et ne se retrouve que dans les actes officiels.

On peut donc considérer ceci comme la révélation d’un fait ignoré de tous, et nous ne voyons pas comment on pourrait refuser d’admettre ici l’intervention d’une intelligence étrangère à tous les assistants, (i)

Voici un troisième fait :

Maria V** écrit : « Je suis Mm,: D*** (le nom en toutes lettres). Dis à mon mari que je ne lui en veux nullement de ce qu’il s’est remarié après ma mort. Je suis morte à D***, il y a quatre ans, à la ducasse (fête patronale), sur la place, en regardant ma fille Augusta qui allait au tourniquet (chevaux de bois).»

Le médium, les assistants et les diverses personnes que l’on interroge sur le moment, sont tous d’avis que la communication contient un détail inexact. Ce ne serait pas sur la place, mais dans une maison voisine, que Mnu' D... serait morte. Cependant M. D... rencontré quelques jours plus tard, confirma la constatation de la communicante, en spécifiant bien que c’était dans ses bras, sur la place, que Mn,° D... était tombée morte.

C’était donc une communication en contradiction avec la conviction de tous les assistants. Qui a pu la dicter?

Ecritures de jeunes enfants.

Abordons maintenant des faits encore plus importants au point de vue des théories spirites ; nous voulons parler de l’écriture mécanique chez les jeunes enfants et chez les adultes complètement illettrés. Ici, il est impossible d’invoquer la supercherie ; enfants et adultes sont bien connus dans la localité. Reste le subconscient,agissant à l’insu de la personnalité consciente et se seivant de ses organes pour écrire des communications et des réponses aux préoccupations des assistants et contraires parfois à leur désirs.

Qu’on nous permette, à ce propos, de présenter une réflexion. Les partisans de cette hypothè e du subconscient, déclarant qu’il est le résumé de toutes les acquisitions morales et intellectuelles faites par l’esprit dans le cours de ses vies successives, ce qui expliquerait la supériorité qu’on lui attribue sur la personnalité consciente, on voit qu’on ne peut se ranger à cette opinion, sans adopter les deux points

(i) Ce cas pourrait être expliqué par la mémoire latente, si l’on n’en avait jamais obtenu d’autres. Mais comme Maria a donné des jareuves de la médiumnité, il n’est pas irrationnel de supposer qu’ici "encore c’est bien un esprit qui tient à se faire reconnaître.

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essentiels du spiritisme : la survie et le développement de l’esprit à travers unesérie d’existences et par conséquent de réincarnations. Arrivons maintenant aux faits:

Nous nous sommes fait répéter par le père du médium de neuf mois, brave ouvrier incrédule jusque là, et par plusieurs témoins, la scène qui les avait amenés au spiritisme. Mais ici encore, la communication a été perdue, aucun d’eux ne pensant à l’intérêt que peut présenter un semblable document.

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Ecriture de la petite Céline M., devant M. Broquet.

En avril 1898, Maria rentre chez elle, avec la petite Céline M..., âgée de trois ans et demi avec laquelle elle aimait à jouer. Cette fillette, ordinairement très gaie, est prise de terreur chaque fois qu’elle aperçoit M. Ch. Broquet. Celui-ci engagea Maria à la mettre devant une table avec un crayon et du papier, car un esprit avait déclaré qu’elle était médium. Maria place donc, au milieu de la pièce, une petite table devant laquelle elle asseoit la fillette, et pour observer la scène tout à loisir, sans troubler le médium, M. Ch. Broquet reste derrière la chaise, à plus de deux mètres, et suit tous les mouvements de 1 enfant que reproduit une glace accrochée au mur d’en face. Maria et madame V*-- se tiennent à quelques mètres de distance.

L’enfant prend le crayon, mais sa physionomie trahit une assez vive inquiétude, et la main est agitée de mouvements nerveux. Enfin la main se pose sur le papier et trace rapidement d’une seule traite la communication suivante :

« Charles, je suis très content d’avoir une si belle petite médium âgée de trois ans et demi et qu’elle deviendra si bonne médium : tâche de l’entretenir ».

Le crayon est ensuite projeté à terre avec une certaine force :

1 enfant se retourne, aperçoit M. Broquet et se met à pousser des cris. Maria la prend pour la calmer, tandis que M. Broquet s’empare de la feuille de papier.

La petite Elise, grosse fillette de 23 mois, blonde, joufflue et très joueuse, prend, le 10 septembre 1898, la place que Maria venait d’occuper devant la table pour écrire à une amie. Elle saisit un

Pendant quelle écrivait, l’enfant passait la main gauche avec ungest de caresse sur le dos de la main droite, en disant : « Papa 1 papa! » puis elle rejetait le crayon et secouait le bras, comme pour se débarrasser d’une étreinte importune et enfin reprenait le crayon pour écrire le dernier mot On a constaté que sa main était devenue manifestement froide lorsque l’écriture fut terminée. J

Le mercredi 9 novembre, M. Ch. Broquet avait annoncé qu’il n’assisterait pas à la séance du mercredi, 23.

crayon et couvre sans s’arrêter une page entière d'une écriture fine et régulière, tandis que Maria vaquait aux soins du ménage. Lorsque cette dernière s’aperçut du fait, elle s’approcha pour prendre la feuille de papier , mais déjà l’enfant l’avait mise en pièces et chiffonnée. Maria ne songea pas à en recueillir les fragments.

Le 12 octobre 1898, un colporteur étranger au pays, que Maria venait, quelques heures auparavant, de convertir en évoquant sa mère et en lui rappelant un passé qu’il avait tout intérêt à cacher, revint demander qu’on évoquât son père. Maria eut l’inspiration d’asseoir Elise à la table, en lui donnant un crayon et un chiffon de papier qu’elle avait sous la main. H y avait là cinq ou six personnes, la plupart étrangères au spiritisme. On continua à causer sans se préoccuper de l’enfant, qui, après avoir fait des arabesques sans aucune signification, s’arrêta un moment, puis se mit en devoir d’écrire les paroles suivantes : « Il est réincarné » .

Voici la reproduction d,e cette écriture, avec les signatures des témoins.

SUR LA MEDIUMNITE

A peine était-il parti, que la jeune Elise, assise en face d’une feuille de papier, y éciivit ces mots :

« 11 taut écrire à Charles jqu’il vienne à la séance de mercredi ».

L’écriture, bien formée, est très lisible et ne contient pas de fautes d' orthographe , ce qui est exceptionnel.

Dans ce cas, l’enfant était restée tout à fait isolée, comme dans les cas précédents.

On voit que ces deux communications ne sont pas banales et s’adaptent tout à fait aux circonstances. L’enfant n’a donc rien eu à imiter, quand même son âge n’eût pas été un obstacle suffisant.

Le 11 novembre, M. Lecerf envoie chez Maria sa fillette Louise, âgée de 4 ans. La petite Elise s’y trouvait déjà, ainsi que Céline M*** dont il a déjà été question et qui est âgée de 3 ans. Maria les plaça toutes trois sur un banc, en face d’une table ; elle leur do;.na à chacune un crayon et une feuille de papier et les laissa libres, se tenant à bonne distance, ainsi que Mlle Octavie B*** et une fillette, Eugénie R..., demi-sœur de Louise. Les enfants commencèrent à faire des griffonnages; puis tout à coup elles écrivent en même temps la même pensée sous trois formules différentes, telles que nous les reproduisons ci-dessous :

(Louise Lecerf) « Ne pas oublier de les avoir tous, si c’est possible ».

^ (Elise) « Je voudrais qu’Elise vienne à la séance prochaine, si c’est possible ».

(Céline) << Je voudrais voir tous ces médiums à la séance prochaine, si c’est possible ».

Elise et Céline jettent ensuite leurs crayons à terre tandis que Louise Lecerf tombe en transe, en même temps qu’Eugénie R.... Nous reviendrons sur cet incident, à propos des incarnations et réincarnations.

Le jeudi 15 décembre, Maria voit entrer Elise, qui lui dit d’un air sérieux : « Je veux récrire ! »«à qui? lui demanda Maria» ; mais l’enfant répétant obstinément : «Je veux récrire! » Maria l’assied devant une table, lui donne un crayon et une bande de journal qui se trouvait sous .sa main et voit la fillette écrire sans hésitation :

« Est-ce qu’il y a séance (créence) aujourd’hui? »

Il nous est arrivé souvent de voir l’une ou l’autre de ces enfants tracer des traits de fantaisie au milieu desquels se rencontraient quelques mots sans suite et sans portée. O11 pourrait dire que ce sont des arabesques rappelant par hasard la forme de certaines lettres. Aussi n’en parlons-nous pas et ne tenons-nous compte que des phrases bien détachées et contenant une pensée.

Ecriture mécanique de médiums complètement illettrés.

Allan Kardec, dans la Revue Spirite, (i) a publié une communication dont le style clair et les idées très nettes ont pour objet les rapports des vivants et des morts. Or le médium était tout à fait illettré.

Cette communication, dit le grand initiateur, a été obtenue par un jeune homme, médium somnambule illettré. Elle nous est envoyée par M. Dumas, négociant à Sétif, membre de la Société Spirite de Paris, qui ajoute que le sujet ne connaissait pas le sens de la plupart des mots, et nous transmet les noms de dix personnes notables qui assistaient à la séance. On vient de nous montrer une page vraiment remarquable, obtenue à Lyon, par une femme qui ne sait ni lire ni écrire et ne sait pas un mot de ce qu elle écrit. Son mari, qui n’est guère plus fort, la déchiffre par intuition séance tenante, mais le lendemain cela lui est impossible ; les autres personnes la lisent sans difficultés.

On ne peut cependant pas admettre une éternelle supercherie, et quand des témoins honorables affirment les faits, il faut en reconnaître la réalité, quelque perturbation que cela puisse jeter dans nos idées piéconçues. Lorsque les pratiques spirites deviendront plus fréquentes, ce sera par milliers que se grouperont les faits pour chaque catégorie de phénomènes. Alors on rendra justice à la clairvoyance et aux facultés d’observation de ces précurseurs, si méprisés et si honnis de nos jours. Voici encore des preuves que nous empruntons toujours au récit si documenté de MM. Dusart et Ch. Broquet.

Ecritures médianimiques par des personnes ne saciiant ni lire ni écrire.

Il nous reste à parler des communications qui se sont produites à D***, par la main do médiums absolument illettrés.

Nous avons vu un homme de cinquante ans écrire un nom propre. Ceux qui ne le connaissent pas comme nous pourraient croire à la reproduction de traits observés déjà.

Nous n’insistons pas. Tout autre est le cas de Mmé B*** bien connue de nous et de tout le village. On sait que son mari ayant besoin de •sa signature pour un acte notarié et voulant éviter des frais toujours considérables pour des ouvriers, s’efforça pendant plusieurs semaines de lui apprendre à écrire son nom et ne put y

(i) Revue Spirite 1863. $ur communication des Esprits p. 228,

SUR LA MÉDIUMNITÉ

parvenir. Mmo B*** est une ouvrière de 42 ans, aux mains raidies par le travail. Elle offre donc inconsciemment une grande résistance à la force intelligente qui veut assouplir ses doigts pour récriture, et il est fort curieux de la voir écrire. Elle lève la tète, regarde dans le vide ou les personnes qui l’entourent, mais jamais le papier sur lequel elle pose la main. Celle-ci trace d’abord un certain nombre de lignes de traits se tenant sans intervalles et au milieu desquels on distingue de temps à autre une lettre ou deux; puis après cette espèce d’exercice d’assouplissement, vient une phrase plus ou moins longue, quelquefois deux. Quand elle sent sa main arrivée au bas de la page, elle tend celle-ci à son mari ou aux personnes assises atfprès d’elles et dit : « Voyez donc s'il y a quelque chose d’écrit ! » Il est certain qu’elle ne pourrait pas en juger par elle-même.

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Griffonnages dé Madame B***.

Dans ces communications, qui offrent bien le type le plus parfait de l’écriture mécanique, trois signatures ont été données. Par qui ? O11 peut affirmer que ce n’est pas par la personnalité consciente du médium. Est-ce par le subconscient ? Il faudrait admettre que chez cette mère de famille parfaitement honorable et sincère, le subconscient serait assez ignorant de lui-mème pour prendre successivement plusieurs personnalités, en se trompant sur la sienne, ou assez fourbe pour chercher à tromper toutes les personnes de la famille ou de l’entourage. Il serait alors singulièrement inférieur à la personnalité consciente, ce qui est en contradiction flagrante avec les assertions de ceux qui admettent cette individualité hypothétique. On peut faire la même remar-

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que au sujet des milliers de communications reçues chaque jour au sein des familles, dans le monde entier, avec une si grande variété de signatures pour le même médium.

Si l’on ne peut invoquer ni la fourberie, ni la personnalité consciente, ni l’individualité subconsciente, il ne reste plus qu’une seule interprétation, celle de l’intervention d’intelligences indépendantes, étrangères à tous les assistants. On verra que la nature des communications est vulgaire et telle qu’on pouvait l’attendre des signataires, que l’on avait connus pendant leur vie terrestre, comme fort peu élevés dans l’ordre intellectuel. Voici les faits :

Pendant plusieurs séances, Mme fî***, se conformant à nos conseils, avait tenu au-dessus d’une feuille de papier sa main armée d’un crayon. Elle le tenait avec une grande raideur et résistait insconsciemment à l’action exercée sur ses bras et dont elle nous rendait compte. Pendant un quart d’heure chaque fois, quelquefois plus, elle traçait d’üne main lourde des traits sans aucune forme déterminée. Graduellement, le bras devint plus souple, des lettres purent être reconnues et il nous fut possible de lire Angélique Dcrnoncourt , nom de sa mère. Le soir, rentrée chez elle avec son mari, elle renouvela son essai et reçut cette fois, sous la même signature, la phrase peu aimable et tout à fait conforme au caractère que l’on connaissait bien à la signataire pendant sa ,vie : « Va-t-en ramoner les pavés ». (Va balayer la rue).

A la séance qui suivit, Mmc B‘** écrivit quelques mots avec la signature « Agnesse Barbicux ».

Nous avons déjà signalé cette orthographe ; nous n’y insistons pas davantage.

Le il novembre, elle était fort préoccupée de la disparition d’un chat auquel elle tenait beaucoup. Le soir, elle reçut la phrase suivante : « Votre chat a la migraine. » La signature de Clément Bourlet cadrait parfaitement avec la valeur de la plaisanterie.

Le 14 décembre, le même Clément, après une demi-page de griffonnages qui semblent une mise en train, écrit ceci : Si tu veux devenir médium, il te faut faire beaucoup de spiritisme — Clément ». Vient encore une ligne de griffonnages, puis les mots suivants, que nous n’avons pas compris et qui n’ont à nos yeux d’autre valeur que celle de leur production : « Angélique était la médium des trois qui étaient à la table. 11 i'audta y aller : il y aura deux incarnations. Valenciennes, 95, rue du Quesnoy ». Nous donnons, à la page suivante, le cliché reproduisant le; phrases entremêlées de traits sans aucune signification, qui montrent la difficulté éprouvée par l’esprit pour se servir dj cet organisme inculte.

Très souvent, lorsqu’elle est chez elle, seule avec son mari, elle ressent dans le bras de telles impatiences, qu’elle se trouve obligée de prendre un crayon et d’essayer d’écrire. Le 27 décembre,

à plusieurs reprises dans la journée, de grands coups, assez sonores pour être entendus même hors des pièces où ils se produisaient, se firent entendre dans les meubles, dans les murs, la suivant même à la cave, jusqu’à ce qu’elle prît un crayon. A ce moment, tout bruit cessait. Le phénomène s’est renouvelé trois fois dans la journée.

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Griffonnages et écriture automatique de Mm*. B

Écritures différentes de Maria suivant les individualités qui agissent sur elle. Le texte inférieur est de Clément.

Individualité d’un Esprit constatée par des communications identiques obtenues avec des médiums différents.

Une des meilleures preuves que Ton puisse fournir de l’individualité de l’être qui se manifeste est la similitude de l’écriture et du style de cet Esprit, lorsqu’il se communique par l’intermédiaire de différents médiums qui ignorent son existence, et ne se connaissent pas entre eux. MM. Dusart et Broquet ont été à même de constater qu’un esprit nommé Clément Bourlet, ancien garçon brasseur mort depuis longtemps, se servait indifféremment de la main de Maria, de celle d’une jeune fille M1|e M. B., ou enfin de celle de Zélia, âgée de i i ans, et touours dans le patois le plus grossier, avec les mêmes plaisante-

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ries vulgaires, la même orthographe et une écriture tout à fait semblable,

II est bien difficile de supposer que dans ces milieux rustiques l’esprit d’imitation soit, chez ces différents sujets, poussé assez loin pour aller jusqu’à simuler une écriture de fantaisie ; mais puisque nous donnons aux hypothèses contraires à nos théories toute l’extension possible, nous n’aurions pas cité ces témoignages s’ils n’avaient pas reçu une double confirmation i° par un médium tout à fait illettré, tt 20 par un autre qui ne connaissait pas du tout Maria et n’a jamais été à D Voici comment :

Nous avons vu que Mme B. n’est pas même capable de distinguer, au milieu des traits informes que sa main trace sur le papier, les quelques mots lisibles qui s’y trouvent. Elle est donc dans l'impossibilité complète de retenir, même subconsciemment, les détails par lesquels une écriture est caractérisée. Cependant, lorsque c’est l’esprit de Clément Bourlet qui se manifeste, elle reproduit son écriture, son orthographe et ses grosses facéties de paysan. C’est bien la même intelligence que celle qui agit sur Maria et ce cas nous met en présence d’une véritable personnalité posthume agissant identiquement sur des médiums dont l’un au moins, Mme B. est forcément mécanique..

La preuve se fortifie encore lorsque la même action spirituelle se manifeste dans un autre milieu, très lettré, avec les mêmes détails typiques. Laissons la parole aux auteurs du mémoire déjà cité :

Une femme très distinguée, auteur connu (1), habitant une ville distante de 46 kilomètres à vol d’oiseau du village de D..., et qui n’avait jamais vu Maria, reproduisit un jour, en présence de son mari et de plusieurs personnes distinguées, réunies dans son salon, toutes les particularités de l’incarnation de Clément. C’étaient la voix, les gestes, et l’abominable patois de D..., auquel personne ne comprenait mot. O11 dut lui faire répéter ses phrases à maintes reprises pour en saisir le sens, et ce 11’est qu’en l’entendant parler de M. Ch. Broquet et de Maria que l’on reconnut à qui

l’on avait affaire . Clément écrit par la main du même médium

et si l’écriture est moins difforme, ce qui est la part d’influence de celle qui sert d’instrument, l’orthographe est presque la même, ainsi que le caractère de la communication, et le patois tout à fait inconnu du médium est identique à celui obtenu par la main de Maria.

On ne pourra objecter ici une action télépathique exercée par

(1) Nous avons l’honneur de la compter aussi parmi nos amies.

l’esprit de Maria, car elle ne connaît pas même de nom la dame précitée, et ne peut avoir avec elle aucun rapport magnétique ou télépathique.

Tous ces phénomènes si variés, si probants chacun dans leur genre, montrent combien les savants qui ont voulu traiter la question de la médiumnité par l’écriture, ont passé à côté de l’explication véritable. Ils ont dédaigné, ignoré ou volontairement gardé silence sur la multitude des fa;ts qui ne rentrent plus dans les cadres qu’ils ont tracés, et après cela ils ont la naïveté de s’imaginer que nous devons être satisfaits par leurs hypothèses, si singulièrement insuffisantes !

Du haut de leurs préjugés, ils nous taxent d’enthousiastes, d’ignorants, sans voir combien ces épithètes leur conviennent mieux, lorsqu'ils se hasardent en dehors du terrain qui leur est familier. Sans nous lasser, accumulons les preuves et alors le grand public sera en mesure de se prononcer entre nous et ces pontifes scientifiques, qui refusent si obstinément d’ouvrir les yeux lorsque nous venons à eux les mains pleines de preuves.

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