Chapitre IV
Autographes de personnes mortes obtenues par des médiums.
Sommaire. — U écriture est un critérium de la personnalité. — L'écriture directe. — La fille du Docteur Nichoh. — Un mort qui ré oublie pas. — Les expériences du baron de Gnldenstiibbè . — V écriture directe au Panthéon. — Le cas de Chicago relaté parle professeur Moutonnier . — Signatures de Souverains. — Les autographes obtenus par le révérend Stainton Mosés. — Les phénomènes d'écriture observés au village de D.par le Dr Dusart. — Les cas du syndic Chaumontet et du curé Burnier.
L’écriture est un critérium de la personnalité.
Nous sommes arrivés maintenant à un ordre de phénomènes qui suffirait à imposer une conviction complète à ceux que les faits précédents n’auraient pas persuadés. Lorsqu’un médium reproduit l’écriture et le style d’une personne qu’il n’a pas connue de son vivant, il n’y a pas seulement intervention d’une intelligence étrangère, nous sommes, de plus, en présence d’une sorte de photographie de la personnalité défunte, qui est inimitable. Nous possédons un document permanent qui permet de faire les comparaisons les plus précises et qui reste comme un témoignage irrécusable de l’action de l'être désincarné.
Lorsqu’un de nos parents ou un ami est parti à l’étranger, si nous recevons une lettre de lui, nous reconnaissons sans peine son écriture, sa manière de s’exprimer, et il ne nous vient pas à la pensée d’imaginer qu’un faussaire a pu prendre sa place pour se jouer de nous. Les communications qui nous parviennent du monde invisible, de cette contrée séparée de nous par la barrière des sens physiques, sont des messages en tous points semblables aux lettres terrestres, et lorsque nous y découvrons les mêmes caractères, nous avons une égale conviction que ce sont bien les signataires de ces missives qui nous les adressent.
Qui donc aurait assez de temps, de patience, d’adresse pour simuler ainsi l’écriture et jouer une comédie fastidieuse ? Nous savons que le rôle des Esprits trompeurs est très borné et que ceux qui s’amusent à nous duper sont généralement très peu intelligents. Ils ne posséderaient pas assez de science pour imi-
ter une écriture, en supposant qu’ils aient pu en découvrir le modèle. Mais ce n’est pas seulement la forme graphique qu'il faut simuler, c’est également le contenu intellectuel. Or, ceci est tout à fait impossible aux esprits assez arriérés pour se livre à ce genre de distraction.
Dans les évocations faites pendant les séances, la présence d’une personne qui a connu le défunt n'est pas une circonstance défavorable à la valeur de l’expérience, car si nous admettons que la transmission de la pensée puisse avoir lieu entre l’opérateur et le médium, nous ne croyions pas possible de suggérer une forme d’écriture que nous serions incapables de reproduire, de mémoire, et bien souvent d’imiter immédiatement même en ayant l’original sous les yeux. L’écriture e^t un art technique dont on apprend à se servir comme on apprend à jouer d’un instrument. Il nécessite des associations idéo-motrices qui sont tout à fait individuelles et qui diffèrent suivant l’idiosyncrasie des sujets. Il est absolument impossible de reproduire une écriture que Ton n'a pas vue et si le fait se produit, c’est non seulement la preuve qu’une intelligence différente de celle du médium s’est manifestée, mais aussi une démonstration de la personnalité de l’esprit, puisqu’un autre ne pourrait arriver à cette identité.
Il est utile, dès maintenant, de nous mettre à l’abri de certaines objections que l’on ne manquerait pas de nous faire, en cherchant à confondre deux ordres de phénomènes qui ont une certaine analogie extérieure, mais qui different profondément au fond. Nous voulons parler des changements d’écritures que l’on peut déterminer par suggestion.
Il arrive assez fréquemment dans les séance spirites que le médium écrivain donne des communications dont l’écriture change avec chaque signature nouvelle. Cette variation graphique était considérée jusqu’alors comme une bonne preuve de l’action des esprits, puisque chacun d’eux accusait sa personnalité non seulement par son style, mais encore par une écriture spéciale. Des observations nombreuses ont montré que les modifications de l’écriture ne suffisent pas pour affirmer l’action d’une intelligence étrangère, car nous allons voir que la suggestion peut produire des changements dans la forme de l’écriture du sujet sur lequel on expérimente.
SUR LA MÉDIUMNITÉ
MM. Ferrari, Héricourt et Ch. Richet (i) ont montré que le sujet auquel on impose un changement de personnalité n’adapte pas seulement ses paroles, ses gestes et ses attitudes à la personnalité nouvelle ; son écriture même peut se modifier suivant le genre d’idées et d’émotions qui envahissent sa conscience. On prend un jeune étudiant en médecine, M. X..., âgé de 19 ans et absolument ignorant de la graphologie : on a son écriture normale. On suggère sucessivement à M. X..., qu’il est un paysan madré et retors, puis Harpagon, et enfin un homme extrêmement vieux, et on lui met une plume à la main. En même temps on voit les traits de la physionomie se modifier et se mettre en harmonie avec l’idée du personnage suggéré ; on observe que son écriture subit des modifications parallèles, non moins accentuées, et revêt également une physionomie particulière à chacun des nouveaux états de conscience. Autrement dit, le geste scripteur s’est transformé en même temps que les autres. M. de Rochas, qui a repris ces expériences avec son sujet Benoit, en a vérifié la réalité et il reproduit dans son ouvrage (2) des fac-similés de l’écriture de ce jeune homme sous l’empire des suggestions les plus variées. MM. Bourru et Burot (3) ont également observé le même phénomène, ce qui le met hors de doute.
Mais une observation s’impose et elle est capitale pour l’étude qui nous occupe : c’est que si l’écriture du sujet change, le degré de cette modification ne va pas jusqu'à transformer l'écriture nor male. De même que les émotions donnent à un visage les expressions les plus variées, suivant qu’elles sont tristes, gaies, passionnelles, artistiques, etc, mais n’arrivent pas à en modifier les traits généraux, de même la forme typique de l’écriture se reconnaît toujours, en dépit des changements de grandeur et des, fioritures dont elle s’agrémente sous l’empire des suggestions.
Lorsqu’on examine attentivement les éléments qui constituent ces objectivations de types, on s’aperçoit aisément que l’écrivain ne se sert pas de matériaux nouveaux: il utilise ceux
(1) Société de psychologie physiologique. Séance du 22 février 1886* Revue scientifique . La personnalité et V écriture. Essai de graphologie expérimentale. Avril 1886.
fa) De Rochas. Les Etats superficiels de Vhypnose.
(3) Bourru et Burot. Les variations de la personnalité.
qui se trouvera emmagasinés dans son cerveau, suivant son caractère et sa mémoire.
L’écriture varie bien conjointement â la personnalité imposée au scripteur.mais lefond se retrouve sous les arabesques avec des caractères identiques, ce qui. montre qu’il n’y a aucune originalité réelle dans ces phénomènes.
Il en va tout autrement pour les communications spirites dont nous allons donner des exemples. L’écriture est presque tout à fait identique à celle que le désincarné avait de son vivant. Nous disons presque , parce qu’il faut tenir compte de l'influence exercée par le médium, mais quand le message est donné directement, c’est-à-dire quand c’est l’esprit lui-même qui écrit, alors son écriture post-mortem est indiscernable de celle qu’il avait sur la terre.
L’écriture directe.
Lorsqu’un esprit reproduit absolument son écriture par l’intermédiaire d’un médium, ce phénomène ne peut plus se comprendre par une simple transmission de pensées. Jusqu’alors, tous les faits que nous avons cités s’expliquaient assez bien en comparant l’action d’un esprit sur le médium à celle exercée par in magnétiseur sur son sujet. La pensée était transmise par le cerveau de l’écrivain, qui formait en quelque sorte un récepteur téléphonique vibrant synchroniquement avec celui de l’esprit, et la communication était la conséquence de l’ébranlement des centres corticaux correspondant aux mouvements graphiques, comme cela se produit lorsque nous écrivons habituellement, mais avec cette différence que la pensée était ignorée de l’écrivain, parce que l’impulsion motrice ne provenait pas de son propre esprit
Dans le cas de l’écriture directe, le phénomène est tout autre. Le cerveau du médium ne joue aucun rôle ; sa force psychique est seule utilisée et l’esprit agit directement surla matière et s’en sert momentanément comme nous nous servons d’un porteplume. L’illustre physicien et chimiste William Crookes a rendu compte d’une séance dans laquelle il put observer ce phénomène : ( i)
Le premier fait que je citerai eut lieu, cela est vrai, dans une séance noire, mais cependant le résultat n’en fut pas moins satisfaisant, J'étais assis auprès du médium, MMe Fox, il n’y avait d’autres
(i) Crookes Recherches sur le Spiritualisme , p. 137.
SUR LA MÉDIUMNITÉ
personnes présentes que ma femme et une de nos parentes et je tenais les deux mains du médium dans une des miennes, pendant que ses pieds étaient sur les miens. Du papier était devant nous sur la table et ma main libre tenait un crayon.
Une main lumineuse descendit du plafond de la chambre, et après avoir plané près de moi pendant quelques secondes, elle reprit le crayon dans ma main , écrivit rapidement sur une feuille de papier , rejeta le crayon, s’éleva au-dessus de nos tètes et ensuite se perdit peu à. peu dans l’obscurité.
Le plus souvent, la main de l’esprit est invisible. L’action exercée sur la matière n’est plus directe comme dans la matérialisation précédente; elle pourrait plus justement être comparée à l’action d’un aimant sur une plume de fer qui se déplace sans qu’on y touche et peut se lever lorsqu’on agit sur une de ses extrémités. Voici ce que dit encore le savant anglais :
Mon second exemple peut être considéré comme un insuccès. « Un bon échec enseigne souvent plus que l’expérience la mieux réussie. » Cette manifestation eut lieu à la lumière, danss ma propre chambre, et seulement en présence de M Home et de quelques amis intimes. Plusieurs circonstances dont il est inutile de faire le récit, m’avaient montré que le pouvoir de M. Home était très fort ce soir-là. J’exprimai donc le désir d’être témoin en ce moment de la production d’un message écrit, ainsi que, quelque temps auparavant, je l’avais entendu raconter par un de mes amis.
Immédiatement, il nous fut donné la communication alphabétique suivante : « Nous essayerons.» Quelques feuilles de papier et un crayon avaient été placés au milieu de la table; alors le crayon se leva sur sa point z Y s' avança vers le papier avec des sauts mal assurés et tomba. Puis il se releva et retomba encore. Une troisième fois il essaya, mais sans obtenir un meilleur résultat. Après ces trois tentatives infructueuses, une petite latte, qui se trouvait à côté sur la table, glissa vers le crayon et s’éleva à quelques pouces au-dessus de la table, le crayon se leva de nouveau, et s’étayant contre la latte, ils firent ensemble un effort pour écrire sur le papier. Après avoir essayé trois fois, la latte abandonna le crayon et revint à sa place ; le crayon retomba sur le papier, et un message alphabétique nous dit : « Nous avons essayé de satisfaire à votre demande, mais c’est au-dessus de notre pouvoir. »
Dans une autre occasion, une petite latte lui donna, sans que personne y touchât, un message avec l'alphabet de Morse ; le professeur Eliott Coues a vu un fragment de crayon d’ardoise
écrire tout seul, en plein jour, sur une ardoise, bien que la main qui le dirigeait fût invisible (i).
Nous allons citer encore quelques exemples d’écriture directe empruntés au livre d’ Aksakof, (2) ensuite nous énumérerons ceux dontTauthenticité ne peut pas faire de doute, à cause de l’honorabilité des témoins et de l’impossibilité presque constante dans laquelle se trouvait le médium d’employer la supercherie.
iLa fille du Docteur Nichols.
Dans le Spipituel Record de 1884, pages 454 et 555, se trouve le fac-similé d’une communication reçue par le docteur T. L. Nichols, de la part de feu sa fille Willie, par l’écriture directe entre les deux ardoises. Elle est parfaitement identique au spécimen de récriture de Willie, de son vivant, et n’a aucune ressemblance avec l’écriture du médium Eglinton, dont un spécimen est joint. Un autre fac-similé de l’écriture de Willie se trouve dans le même journal de l’année 1883, page 135.
Le Docteur Nichols était bien connu du Dr Frièze, de MM. Reimers et Oxley, sa parole n’a jamais été suspectée par personne, nous devons donc accepter son témoignage. Quant au médium, il ne connaissait pas la fille du Docteur qui était morte depuis plusieurs années. L’esprit Willie se matérialisa complètement plus tard et donna un moulage de sa main, qui fut conservé par le docteur Nichols (3).
Un mort qui n’oublie pas.
Robert Dale Owen, l’écrivain spiritualiste bien connu; ancien ambassadeur des Etats Unis à Naples, a publié dans le Religio- Philosophical journal du 26 juillet 1884, le récit suivant, que M. Aksakof reproduit d’après le Ligbt de 1883, page 33, en l’abrégeant un peu :
Il y a de cela douze ans, dit M. Dale-Owen, je comptais au nombre de mes amis intimes un sénateurde Californie fort .connu et qui était directeur d’une banque prospère de San José. Le Dr Knox — c’est son nom — était un penseur profond et un partisan résolu des théories matérialistes. II était atteint d’une pulmonie progressive et, sentant approcher sa fin, il parlait souvent du sommeil éternel qui l’attendait et avec lui l’oubli éternel. Il ne craignait pas la mort. Je lui dis un jour : « Faisons un pacte,
(1) Gabriel Delanne. Le phénomène spirite p. 143 et suiv.
(2) Aksakof Animisme et spiritisme p. 547 et sulv.
(3) Gabriel Delanne. Le phénomène spirite , p. 231.
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SUR LA MEDIUMNITE
docteur : Si là-haut, vous vous sentez vivre, vous tenterez le possible pour me communiquer ces quelques mots : « Je vis encore. ^ 11 me fit cette promesse solennellement.. .
Après sa mort, j’attendais impatiemment qu’il me donnât de ses nouvelles Ce désir s’accentua davantage à l’arrivée dans notre ville d’un médium à matérialisations venant de l’est de l’Amérique. J’avais une confiance absolue dans le caractère sérieux de ce médium. Il déclara qu’il pouvait parfois obtenir des preuves d’identités par le moyen de l’écriture directe sur une ardoise et il me proposa de tenter l’expérience. puisque l’occasion se présentait. Je nettoyai une ardoise, y posai un crayon d’ardoise et mis l’ardoise contre la surface intérieure de la table (1) Le médium plaça une de ses mains sur la mienne, au-dessous de la table et l’autre sur la table. . . Nous entendîmes le bruit du crayon grattant sur l’ardoise, et, en enlevant celle-ci, nous y trouvâmes les lignes suivantes :
Ami Owen, les phénomènes que nous offre la nature sont irrésistibles, et le soi-disant philosophe, qui lutte souvent contre un fait qui contrecarre ses théories favorites, finit par être lancé dans un océan de doute et d’incertitude. Ce 11’est pas précisément le cas avec moi, bien que mes anciennes idées sur la vie future soient maintenant bouleversées de fond en comble ; mais, je l’avoue, ma désillusion a été agréable, et je suis heureux, mon ami, de pouvoir vous dire : « Je vis encore »
Votre ami toujours.
William Knox.
Il faut faire remarquer que le médium dont il s’agit est venu en Californie trois ans après la mort de mon ami, qu’il ne l’avait jamais connu et que V écriture du message était à ce point conforme à celle de mon ami défunt , qu’elle a été reconnue pour la sienne par le personnel de la banque qu’il avait présidée.
Les incrédules pourraient objecter que la connaissance de l’écriture de W. Knox a été prise dans la conscience subliminale de Robert Dale Owen, et que c’est par l’extériorisation de l’esprit du médium que les caractères ont été tracés sur l’ardoise, puisque nous savons par de nombreuses expéri nces, et en particulier par celles faites en compagnie d’Eusapia Paladino, que le médium peut projeter une main ffuidique qui a assez d’objectivité pour agir sur la matière.
Ces hypothèses réunissent des faits qui ne se présentent généralement que séparés, et c’est déjà une supposition bien invrai-
(i)Ce sont là de très bonnes conditions, car, généralement, c’est le médium lui-même qui tient ainsi l’ardoise,
semblable que cette lecture dans la conscience de l’expérimentateur d’un dessin d’écriture qui a été enseveli dans sa mémoire latente depuis quelques années. Mais cette vue seule suffit-elle à expliquer sa reproduction exacte ? Nous ne le croyons pas, car pour imiter à s’y méprendre un autographe, il faut un talent qui ne s’improvise pas, surtout lorsque l’écriture doit être produite subitement, en quelques minutes. S’il est recommandable d’épuiser toutes les théories animistes avant d'arriver aux faits spirites, il ne faut pas cependant tomber dans l’absurde et douer le médium de pouvoirs qui seraient plus merveilleux et plus surnaturels que la communication des esprits.
Les Expériences du baron de Guldenstubbé.
C’est en 1856 que l’écriture directe fut observée avec rigueur par le baron de Guldenstubbé qui formait, avec le comte d’ Ourdies, le baron de Brévern et le comte de Szappari, une société de chercheurs éclairés, instruits et désireux de contrôler sévèrement ces phénomènes alors si nouveaux et d’apparence surnaturelle.
La sœur deM.de Guldenstubbé était le médium, de sorte qu’aucune suspicion motivée ne pouvait s’élever contre la sincérité de ces expériences. Fort au courant des communications par la table et par les médiums écrivains, M de Guldenstubbé voulut une démonstration intelligente de l’action directe des Esprits et il en obtint des centaines, dans les conditions les plus variées C’est alors qu’il publia, en 1857, son livre intitulé : La Réalité des Esprits et le phénomène merveilleux de leur èaitnre directe où il relate les circonstances dans lesquelles ces écritures furent données. On trouve, à la fin de l’ouvrage, dts fac-similé de ces manuscrits au nombre de 67. Nous croyons à la valeur de ces documents, car il nous semblerait déraisonnable de supposer que des hommes du monde, intelligents, lettres, riches, et par conséquent à l’abri des vicissitudes matérielles de l’existence, se soient entendus pour tromper le public, car ils ne pouvaient recueillir que les sarcasmes des incrédules et les anathèmes du clergé qui, d’ailleurs, ne leur firent pas défaut. Depuis que nous avons vu le même phénomène se reproduire dans tous les pays et devant des observateurs savants et attentifs, nous n’avons plus de raison pour suspecter la bonne foi du baron, dont la sincérité et le sentiment profondément religieux éclatent à toutes les lignes
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de son livre. Voici comment il eut l’idée de recourir à ce genre d'expérimentation :
L’auteur, étant toujours à la recherche d’une preuve intelligente et palpable en même temps, de la réalité substantielle du monde surnaturel, afin de démontrer par des faits irréfragables, l’immortalité de l’ame, n’a jamais cessé d’adresser des prières ferventes a l’Eternel de vouloir bien indiquer aux hommes un moyen infaillible pour raffermir la foi en l’immortalité de l’âme, cette base éternelle de la religion. L’Eternel, dont la miséricorde est infinie, a amplement exaucé cette faible prière. Un beau jour, c’était le premier août 1856, l’idée vint à l’auteur d’essayer si les Esprits pouvaient écrire directement, sans Y intermédiaire d'un medium.... 11 mit donc un papier blanc, à lettres, et un crayon taillé dans une petite boîte fermée à clef, en portant toujours cette clef sur luimême et sans faire part de son expérience à personne . Ü attendit durant douze jours en vain, sans remarquer la moindre trace d’un crayon sur le papier, mais quel fut son étonnement, lorsqu’il remarqua, le 13 août 1856, certains caractères mystérieux tracés sur le papier ; à peine les eut-il remarqués qu'il répéta dix fois, pendant cette journée à jamais mémorable, la même expérience, en mettant toujours, au bout d’une demi-heure, une nouvelle feuille de papier blanc dans la mèmfe boîte. L’experience fut couronnée chaque fois d’un succès complet.
On aurait pu imaginer que c’était M. de Guldenstubbé qui avait, en somnambulisme, écrit lui-même le premier message, si le fait ne s était pas renouvelé devant lui, parfaitement éveillé. Quant à croire qu’il pourrait être l'auteur inconscient de ces écrits, par un dédoublement involontairedont il ne se serait pas rendu compte, nous croyons cette hypothèse insoutenable, car aucune expérience n’a jamais fait constater que ce phénomène fût possible. Ce qui rend cette objection inacceptable, c’est que nous allons constater immédiatement que non seulement ce n’est pas son écriture qui était ainsi reproduite, mais que souvent c’était celle de. personnes qu’il n’avait pas connues Signalons aussi une différence entre ces expériences et les autres que nous avons citées précédemment, elle est de nature à nous montrer également que le pouvoir agissant n’était pas 1 esprit du baron :
Le lendemain, 14 août, l’auteur fit de nouveau une vingtaine d’expériences, ni laissant la boite ouverte et ne ta perdant p >s Ue rue; c’est alors que l’auteur voyait que les caractères dans la langue esthonienne, se formèrent ou furent gravés sur le pap.er, sans que le crayon bougeât. Depuis ce moment, l’auteur voyant l’inu-
tilité du crayon, a cessé de le mettre sur le papier ; il place simplement un papier blanc sur une table chez lui, ou sur le piédestal des statues «antiques, sur les sarcophages, sur les urnes, etc., au Louvre , à Saint-Denis , à V église Saint-Etienne du Mont , etc .
Cette curieuse manière de produire l’écriture sans employer de crayon ou de plume a été observée depuis par divers savants (}) et met en relief, de la part des esprits, des procédés d’utilisation de la matière qui ne sont pas encore parvenus jusqu’à nos savants officiels. Pour montrer que l’opération de l’écriture n’est pas due à l’intervention du démon, le religieux M.de Guldenstubbé se prêta à toutes les mesures de précautions imaginées par son ami le comte d'Ourches :
' Après avoir constaté la réalité du phénomène de l’écriture directe par plus de trente expériences répétées, la principale préoccupation de l’auteur fut de démontrer l’existence réelle de ce miracle à d’autres personnes. Il s’adressa d’abord à son noble ami, M. le comte d’Ourches, qui a également consacré sa vie entière à la magie et au spiritualisme. Ce n’est qu’au bout de six séances, le 16 août 1856, à 11 heures du soir, dans le logement de l’auteur, que M. le comte d’Ourches a vu pour la première fois ce phénomène merveilleux. M. le comte d’Ourches fut d’abord déconcerté par la déconvenue de nos premières expériences. Il 11e douta pas de la réalité de ce phénomène merveilleux, sachant bien que 1 auteur n a pas le don de médium, d’écrire machinale— ment ; il n attribuait pas non plus la non réussiste précisément à l’influence des démons, mais il croyait que la malice de certains esprits peu bienveillants voulait le priver d’être le témoin oculaire d’un miracle aussi évident. 11 mit donc à côté du papier blanc destine a 1 eciiture d un esprit quelconque, une copie du fameux critérium de l’apôtre saint Jean, au sujet du discernement des bons esprits (I. Jean, IV, 2.) Voici ce verset: « Connaisse { à cette marque V esprit de Dieu : Tout esprit qui confesse que Jésus-Christ est venu en chair , est de Dieu. » (2) Au bout de dix minutes, un esprit sympathique dont V auteur a tout de suite reconnu V écriture
(1) Voir : P syclio graphie, par Oxon (Stainton Mosès) ; et consulter l’ouvrage de M.de Rochas : L’ extériorisation de la motricité, au sujet des traces laissées par Eusapia Paladino sur un mur, et jusque sur le plastron d'un des expérimentateurs. V. p. 140 et 162.
(2) Notons bien que ces pratiques purement mystiques sont tout à fait inutiles et qu’un esprit sceptique, juif, mahométan, etc., alors même qu’il 11e confessera pas « que Jésus est venu en chair », ne sera pas pour cette raison un réprouvé.
SUR LA MÉDIUMNITÉ
et la signature, écrivit directement, eu présence du comte d’Ourches, ce qui suit : « Je confesse Jésus en chair. » L’Esprit accepta donc franchement la marque à laquelle, suivant saint Jean, on peut reconnaître un bon esprit. Ce phénomène doit confondre tous nos orthodoxes dèmonophobes qui ne croient qu’aux miracles démoniaques.
Depuis ce moment, M. le comte d’Ourches a vu plus de quarante fois le phénomène merveilleux de l’écriture directe, tantôt chez lui, tantôt chez l’auteur et en divers endroits. Plus tard, au mois d’octobre, M. le comte d’Ourches a obtenu, même sans le concours de l’auteur, plusieurs écrits directs des Esprits ; l’une de ces lettres d’Outre-Tombe est de sa mère , morte il y a une vingtaine d’années.
Il semble parfaitement absurde à notre auteur de voir dans ces faits une action inconsciente de sa pensée. « Cela me répugne, dit-il, de tenir compte d’une objection aussi inepte qui n’est qu’une fiction des hommes écervelés de nos jours ! » Il fait remarquer que généralement ce ne sont pas les esprits auquels il pense qui viennent, mais des inconnus, car il ne faisait jamais d’évocations particulières
Citons quelques expériences dans lesquelles les écritures obtenues furent très différentes les unes des autres. Tantôt c’étaient des légendes en langue grecque ou latine, et elles étaient 1 racées en caractères lapidaires ou en cursives; tantôt des messages en allemand, avec une écriture qui n était celle d’aucune personne présente.
Voici quelques détails :
N° 7 — Première écriture, en latin lapidaire, obtenue en présence du comte d’Ourches, au Louvre, près de la statue de Germanicus, le 26 août.
N° 8. — Ecriture en latin lapidaire, obtenue le même jour en présence du comte d’Ourches près de la statue d’Auguste, à l’angle de la croisée des empereurs romains, au Louvre.
N°9 — Ecriture en latin lapidaire, tracée le 28 août au Louvre près de la statue de Jules César, en présence du comte d’Ourches.
N° 10. — Ecriture eu ancien grec lapidaire, tracée également le 28 août en présence du comte d’Ourches, près de la petite statue d’Euripide .
Le baron ne nous donne pas, malheureusement, le détail des circonstances dans lesquelles ces écritures directes furent obtenues, mais il est probable que puisque l’écriture se formait chez lui, sans que personne fut auprès du papier, il devait en être
de même dans les expériences tentées dans les musées et les églises. Nous verrons tout à l’heure un récit dû à Pierrart, directeur de la me Spiritualiste, qui raconte comment les choses se passaient habituellement. Il faut remarquer que ces écrits ne reproduisaient pas toujours la même écriture. On a pu constater la production de messages intelligents en latin et en grec lapidaires, en latin et en grec ordinaires, en langue esthonienne^ en français , en langue russe, en langue allemande et en vers allemands . en langue anglaise . et enfin en langue italienne .
Voici quelques expériences sur lesquelles l’auteur est plus explicite ; il semble dans ces cas que les précautions ont été prises sérieusement, sans que les résultats en fussent amoindris :
N° 46. — Ecriture latine signée parle célèbre orateur Cicéron, en présence du général baron de Brewern, le 24 décembre dans le logement de l’auteur. Cette écriture. merveilleuse a été tracée dans une rainette de papier, toute neuve et cachetée par le marchand , en un mot dans un cahier tel qu’il sort de la boutique.
47. — Ecriture grecque, signée par le célèbre Platon et tracée dans la même rainette cachetée pendant la même soirée du 24 décembre, en présence du dit témoin, dans le logement de l’auteur.
N° 48. — Figure tracée dans la même ramette cachetée, en présence du dit témoin oculaire, le 24 décembre dans le logement de fauteur. Les expériences de cette journée mémorable ont été couronnéesdu succès le plus complet. M. le général baron de Brewern y assistaen qualité de témoin oculaire. MM. lecomte d’Ourches et le marquis de Plantv, également invités à y assister, y manquèrent. O11 les attendit jusqu’à minuit, mais à peu près vers cette heure, les meubles commencent à craquer partout, le médium se met au piano et nous ordonne de mettre une ramette de papier à lettres toute neuve, enveloppée d’un papier jaune et cachetée par le marchand, en un mot une ramette, telle qu’elle sort de. la boutique, sur un petit guéridon. Au bout d’un quart d’heure le médium cesse de jouer ^ et prie le baron de Brewern d’ouvrir la ramette ; on trouve d’abord l’écriture grecque signée Platon, puis une écriture latine signée Cicéron ; une troisième feuille contient cette figure dont nous venons de parler : enfin un quatrième papier renferme une écriture en anglais, signée par Spincer. Cette dernière écriture. que nous n’avons pas pu bien déchiffrer, a été malheureusement égarée.
U est clair que nous n’avons aucune preuve de la véracité des signatures de Cicéron ou de Platon, mais l’intérêt du phéno-
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mène ne réside pas là: il s’attache à l’écriture elle-même et à son mode de production anormal.
Remarquons que le médium, que nous savons être la sœur du baron de Guldenstubbé, ne connaissait ni le latin, ni le grec ; on ne peut donc supposer que les écrits obtenus dans ces langues proviennent d’un dédoublement de sa personnalité, accompagné d’extériorisation. La précaution d’employer un papier à lettre non décacheté enlève aussi le soupçon d'une supercherie consciente ou non de la part du sujet, si sa bonne foi n’était pas établie par son irréprochable honnêteté. Citons maintenant quelques cas ou l’écriture a été reconnue :
N° 3 i . — Ecriture allemande, tracée par un Esprit que V auteur , ainsi que plusieurs amis du défunt , ont reconnu à sa main, bien que la signature manque. Ce phénomène a eu lieu le 28 décembre dans le logement de l’auteur.
N0 ,.3 — Ecriture allemande en vers, signée par un des parents de l’auteur. Cette épitre a été tracée le 14 janvier 1857 dans, le logement de l’auteur. La parfaite ressemblance de- la main du défunt a été constatée par plusieurs de ses amis.
On peut s’assurer par la comparaison des fac-similé que ces deux écritures en allemand ne se ressemblent pas, et diffèrent également d’autres messages écrits dans la même langue , reproduits aux n°* 57 et 63, qui ont été reconnus.
Les autographes français présentent des différences considéra blés et attestent, à leur manière, qu’ils ne sont pas produits par le même individu incarné ou désincarné. Tels sont, par exemple, les nos 56 et 58 dont les écritures respectives ont été identifiées avec celles de personnes mortes depuis un certain temps.
Cet ensemble impo ant d’autographes établit avec la plus grande évidence la certitude que les esprits désincarnés peuvent affirmer authentiquent leur survivance, par les mêmes preuves qu’ils donneraient ici-bas de leur authenticité, c’est-à-dire par leur signature.
L’écriture directe au Panthéon.
Vers la même époque, un autre témoin, Pierrart, directeur de Spiritualiste, fut à même d’observer des faits semblables, et il en rend compte en donnant toutes les références nécessaires, en ces termes :
Il y a un genre de faits très convaincant et auquel on ne peut opposer la moindre objection. C’est celui de l’écriture directe, phénomène
par lequel un esprit s’en vient tracer sur un papier, déposé par vous et à rôté de vous, des signes et quelquefois des caractères, des phrases entières, et cela sans crayon, ni plume, ni encre. M. de Guldenstubbé, personnage honorable sous tous les rapports et d’une loyauté à toute épreuve, a le premier, avons-nous dit, obtenu la solution d’une aussi grandiose difficulté. Mille expériences consignées dans son remarquable livre en font preuve. J’avais espéré qu’un jour il me rendrait témoin d’un pareil prodige. Mais étant retourné dans sa patrie, force m’était d’attendre, quand tout à coup j’appris qu’un de ses amis, M. le baron de Brewern, qui, lui aussi, de concert avec le comte d’Ourches et son médium, Mademoiselle Blanche C..., était parvenu à obtenir de l'écriture directe. Plusieurs expériences avaient été faites par eux et avaient été couronnées d’un plein succès. . .
Prévenu de ces faits et invité à une autre expérience par le général de Brewern, je me rendis au Panthéon le 28 juin à 1 r heures avec lui, le comte d’Ourches, mademoiselle Blanche et le pasteur Bellot . Nous nous dirigeâmes veib la chapelle Sainte-Geneviève, devant laquelle nous nous assîmes. Après un moment de recueillement et de prière, des papiers furent déposés de la même manière que la précédente fois. L’un de ces papiers m’ayant été donné par le pasteur Bellot (c’était une feuille portant son chiffre), je le fis examiner par chacun des assistants, puis y ayant fait un signe, afin de constater la substitution s’il y en avait, je l'allai déposer, accompagné du médium, sur le soubassement d’une colonne en face duquel je retournai m’asseoir, ne perdant pas le papier de vue.
Au bout d’environ deux minutes, de petits coups furent frappés sur l’escalier de l’autel Sainte-Geneviève que nous avions à notre gauche. Le médium me dit que ces coups étaient un signal donné par l’esprit pour faire connaître qu’on pouvait aller reprendre le papier : je m’empressai de le faire. Le papier ayant été repris par moi , je l’ouvris. Dans l’intérieur du pli je vis une croix qui semblait avoir été tracée par un crayon de plombagine, et chaque assistant constata après moi l’existence de cette croix. Comment avait-elle été tiacée sur le papier, je n’en sais rien. Tout ce que je sais, c’est que ce n’avait pu être fait par une main humaine.
Sur d’autres papiers déposés par M. le comte d’Ourches se trouva une copie de houlette mal dessinée, due sans doute à U pensée que quelqu’un de nous eut de la bergère de Nanterre, devant l’image de laquelle nous nous trouvions et qu’un esprit aiira reproduite ; il se trouva aussi des signes, des traits divers, mais sans que nous ayons pu leur trouver une signification quelconque...
Voilà les faits que devant Dieu et sur l’honneur, je me suis cru obligé de faire connaître, afin qu’ils puissent servir d’enseignement et d’édification à qui de droit. M. le général de Brewern, rue de Chaillot 74, M. le comte d’Ourches, passage Saulnier 22, M. Bellot, rue des Ecuries d’Artois 8, Mlla Blanche C..., rue de la Rochetoucault 62, qui
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furent témoins comme moi de ces faits, sont prêts à les attester quand on voudra.
Evidemment, ce phénomène est moins développé que les précédents et peut-être moins probant à cause de la proximité du médium au moment où le papier fut déposé, mais n’oublions pas que ce papier était timbré au chiffre du pasteur Bellot et que Pierrart y avait fait une marqùe'particulière. Nous l’avons rapporté pour montrer qu’en dehors du baron de Guldenstubbé, ses amis étaient parvenus de leur côté, à vérifier l’existence de l’écriture directe, (i) On peut composer un volume important avec les récits authentiques que l’on possède sur le phénomène de l’écriture directe. Stainton Mosès l’a fait, et son ouvrage qui porte le titre de: Psycliographie , est absolument convaincant. Le Docteur Gibier, de son côté, a relaté minutieusement les résultats de ses expériences avec Slade dans Spiritisme ou Fakirisme occidental. Nous n'insisterons donc pas longuement ici, renvoyant le lecteur aux livres cités. Nous terminons cette revue sommaire par le cas de Chicago, constaté par le professeur Moutonnier qui en a rendu compte dans les Annale*, Psychiques. (2)
Le cas de Chicago.
Lettre à NI. Raphaël Chandos.
Je cède à la fois à vos sollicitations amicales et au désir que j’éprouve d’être utile à la science, pour livrer à la publicité une des pages les plus intimes et les plus poignantes de. ma vie, espérant que les faits que je vais révéler pourront apporter quelque nouvelle lumière à l’étude des phénomènes psychiques.
Je vous ai dit, dàns une des conversations intéressantes que nous avons eues ensemble, à bord de la Touraine , lors de notre récent voyage de New-York au Havre, par suite de quel terrible malheur je fus amené à m’occuper des questions d’outre-tombe: une fille que j’adorais me fut enlevée subitement, il y a bientôt six ans, à la fleur de l’âge et dans la plénitude de son intelligence.
(1) Ne pouvant nous étendre sur ces récits, nous renvoyons le lecteur à la Revue Spiritualiste année 1858 p. 240, — p. 417, — 1859, p. 126. — p. 141 — p. 145 — p. 166. — p. 204 — p. 206 — p. 232. 1862. Nouvelles expérience du baron de Guldenstubbé p. 90. Voir également le livre de Stainton Mosès intitulé : Psychography qui relate toutes les expériences de l’auteur et un grand nombre d’autres du plus haut intérêt.
(2) Annales Psychiques . 1899, p. 65.
Cet événement m’avait plongé dans le marasme et le dégoût de toutes choses, et, pour faire diversion à mes idées sombres et moroses, je me mis à voyager.
Plusieurs mois se passèrent ainsi pour moi dans un état de complète inertie, quand, certain jour, un des livres si nombreux écrits sur le spiritisme me tomba entre les mains. J’en lus un, puis un autre, et peu à peu l’étude du monde spirituel et de ses rapports avec la nature visible et matérielle devint pour mei- une véritable passion ; et comme tant d’autres infortunés qu’une loi inexplicable et fatale avait frappés, je me mis à l’étude du problème de la vie, et je cherchai. Dès ce moment, j’étendis mes relations dans le monde des personnes qui s’occupent de spiritisme, je me fis admettre dans des cercles privés et publics, et organisai même des séances dans ma famille.
J’ai vu et fait tourner des tables; j’ai obtenu des communications écrites à l’aide de la planchette. Mais dirai-je que toutes ces expériences ont dissipé mes doutes et établi dans mon esprit la vérité que les personnes mortes avaient le pouvoir de se communiquer à nous ? Hélas ! non. Tous ces phénomènes révèlent peut-être la réalité de certaines forces inconnues, mais ils ne démontrent pas suffisamment l’existence réelle et substantielle des intelligences invisibles, indépendantes de notre volonté et de notre imagination.
Il n’y avait, à mon avis, qu’un phénomène direct, intelligent et matériel, à la fois, indépendant de notre volonté et de notre imagination, tel que l’écriture directe, qui pût servir de preuve irréfragable de la réalité du monde des esprits.
Mais où trouver un médium d’écriture indépendante ? Problème impossible à résoudre à Paris, où les médiums sont impuissants, pour ne pas dire nuis.
Enfin, le hasard vint un jour au-devant de mes désirs et, pendant un séjour que j’ai fait cet été à Chicago, j’ai été le témoin oculaire de phénomènes psychiques des plus remarquables que je viens soumettre aujourd’hui à l’examen et à la critique de la science. Vous n’ignorez pas que l’Amérique du Nord est de tous les pays du monde celui qui s’occupe le plus des problèmes relatifs à la vie future, et, tout en admettant que c’est aussi celui où on exploite le filus la crédulité publique, on y trouve néanmoins des médiums honnêtes et doués d’une force fluidique extraordinaire. Je m’enquis donc, dès mon arrivée à Chicago, a’un médium à écriture indépendante, connu, et jouissant xie quelque réputation.
Je me présentai donc au domicile de Misses Bangs, 3. rue Élisabeth (1), le 26 juin dernier à 3 heures de relevée, c’est-à-dire en plein
( 1) Nous tenons aussi de bonne source, et notamment de M. Richard Hodgson, que les sœurs Bangs ne se sont pas toujours privées de truquer; mais nous savons que la grande majorité des médiums tombe plus ou moins dans ce regrettable défaut, et, sachant, par expérience,
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jour. Ce fut Miss May, la plus jeune des deux sœurs qui me reçut et me servit de médium . J’avais préparé au préalable six questions ou messages dont cinq en anglais et une en français sur six feuillets de papier, que j’avais pliés en quatre et que je gardai dans ma main gauche, hermétiquement fermée. — La chambre destinée aux séances est située au premier étage ; l’ameublement en est simple, mais confortable. Sur une table oblongue, placée contre l’un des panneaux, était une boîte à musique dont le médium se sert, suivant les circonstances.
Au centre de la chambre une petite table carrée recouverte d’un tapis. Miss Bangs me demanda si je voulais avoir la communication sur ardoise ou sur papier et je choisis ce dernier mode, comme paraissant offrir un caractère plus sérieux et plus probant.
Je tenais toujours, dans la main gauche, les questions quej’avais' préparées dans le salon et dont je ne m’étais pas dessaisi un seul instant. Le médium me remit alors cinq feuillets de papier blanc devant servir aux réponses ainsi qu’une enveloppe ; j’examinai le tout avec le plus grand soin et le trouvai intact. Je mis les feuillets blancs avec les questions dans l’enveloppé que je fermai hermétiquement et plaçai moi-même la lettre entre deux ardoises appartenant au médiujn .J’attachai celles-ci solidement avec des cordes mises en croix, après avoir placé entre elles un petit bout de mine de plomb et les posai sur la petite table, sans les quitter des yeux. Puis je m’assis d’un côté de la table, et le médium prit place de l’autre côté, en face. — Bientôt la conversation s’engagea sur des sujets divers : dans l’attitude du médium n’apparut rien d'anormal ; blonde et assez forte de corps, Miss Bangs est d’humeur joyeiise et semble être absolument inconsciente de son étfat médianimique qui s’est manifesté en elle dès son enfance. Elle n’a rien non plus de ces médiums saltimbanques qui vont dans les places publiques et les foires exploiter la bonne foi des badauds ignorants et crédules ; au contraire, tout en elle est simple et naturel. Un quart d’heure à peine s’était écoulé quand soudain elle me dit : «J’aperçois derrière vous, au milieu d’un groupe d’esprits qui semblent vous connaître, un esprit q/.i domine tous les autres et qui est d’une beauté idéale. C’est cet esprit qui désire entrer en communication avec vous; il semble être attache à vous par les liens les plus intimes et avoir pour vous un amour excessif. — Ce doit être vot.ie fille », me dit elle - et, a la description qu’elle en, fit, je reconnus qu’elle ne se trompait pas. (( Mais, ajouta-t-elle, cet esprit est dans des sphères trop élevées et sa nature est trop subtile pour pouvoir se communiquer directement, et il a appelé à son aide un autre esprit qui est plus près
que des médiums que nous avons quelquefois pu légitimement soupçonner ont souvent produit desphénomènesauthentiques, nous n’allons pas jusqu’à conclure que les sœur Bangs n’aient jamais produit que de la supercherie. ^Note de M. Dariex, directeur des Annales psychiques ).
de la terre et que je vois là à ma droite. — Ils paraissent s’être connus intimement sur terre et s'aimer beaucoup, bien qu’ils soient dans des sphères différentes. »
Je lui demandai aussi de me dépeindre ce dernier esprit, et le portrait qu’elle en fit se rapportait en effet, à celui de mon gendre, mort trois ans avant ma fille. Pendant ce temps, la communication se faisait et j’avais toujours les deux mains posées sur la table, près des ardoises que je ri avais pas perdues de vue.
Voulant pousser mes investigations plus loin, je lui demandai de me dire quels étaient les noms des deux esprits ; elle prit alors un morceau de papier sur lequel elle écrivit le mot « Harry » — prénom de mon gendre — Quant au nom de ma fille, que j’avais désignée dans mes questions du petit nom tendre « Doudouske » (tiré du % russe et signifiant « petite âme »), elle ne parvint qu’avec la plus grande difficulté à le tracer, disant qu’elle ne comprenait pas la signification de ce nom et ne l’avait jamais entendu.
La séance avait duré, au total, un peu plus d’une demi-heure quand elle me dit : « Monsieur, vous voyez ces tableaux pendus aux murs de la chambre, eh bien, ce sont des tableaux faits par les esprits. Ne seriez-vous pas aussi désireux d’avoir le portrait de votre fille, comme souvenir?» Sur ce, elle prit un bout déminé de plomb qu’elle posa sur l’ardoise supérieure et recouvrit celle-ci d’une troisième ardoise. « Peut-être, dit-elle, que votre fille vous écrira à ce sujet. » Quelques minutes s’étaient écoulées, quand elle m’annonça que la communication était terminée. Je pris alors les trois ardoises, enlevai la supérieure, puis examinant la seconde, je n’y trouvai plus le morceau de mine de plomb ; je déliai après les deux autres ardoises, et trouvai entre elles, comme je l’y avais mise, ma lettre fermée ; mais la mine de plomb avait disparu. En examinant la lettre,' j’observai que le côté sur lequel on écrit Padresse était couvert d’écriture au crayon. La lettre était hermétiquement close, et je l’ouvris à l’aide de mon canif ; j’en retirai le contenu, questions et pages destinées aux réponses que je reconnus être aussi remplies d’écriture au crayon.
Je joins à ce document le dossier complet des séances, avec la traduction en français des questions et des réponses, afin de faciliter votre travail d’examen et de recherches.
Deux choses me frappèrent dans ces communications :
D’abord, la précision des réponses et, en second lieu, la différence des écritures, dont l’une est anglaise et l’autre française, et la grande ressemblance des deux avec celles de mon gendre et de ma fille. Cette similitude frappa tous les membres de ma famille, et vous pourrez du reste vous convaincre vous-même de la vérité de mon affirmation, en comparant l’écriture des communications avec celle des deux lettres que j’annexe ici, comme preuves à l’appui: L’une est de mon gendre et est datée de Louisville (Etats-
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Unis), 18 mai 1888 (fig. 3) ; l’autre est de ma fille et fut écrite à Paris, en 1890 (fig. 4). (1)
Jé dirai, en outre, que je n'avais en ma possession, le jour des séances, aucune des lettres que je viens de mentionner ni aucun écrit émanant d’eux. Toute ma correspondance et mes souvenirs intimes étaient enfermés dans mon bureau à Paris, et ce n’est qu’à mon retour que j’ai pu moi-même me rendre compte du fait.
Quant à la réponse faite à la question en français, je vous prie de remarquer que la question a été reproduite textuellement et que la réponse en français, bien qu’étant toujours dans le même ordre d’idées, n’est pas celle que j’avais demandée (fig. 1).
Ayant fait voir au médium cette anomalie, elle me dit qu’elle ne pouvait pas m’en donner l’explication, qu’elle ne savait pas un mot de français et que c’était la première fois qu’elle avait une communication dans cette langue. Après informations prises, je n’eus pas lieu de pouvoir mettre en doute l’assertion de Miss Bangs dont j’avais pu du reste apprécier l’ignorance.
Dans la deuxieme séance, que j’eus le 3 septembre, à la même heure, c’est-à-dire à trois heures de l’après-midi, les choses se passèrent de la même manière, avec cette différence que j’avais apporté mes propres ardoises et que mes questions écrites d’avance étaient au nombre de cinq, dont trois en anglais encore adressées à ma fille et deux en français à ma belle-sœur.
En outre, sur la table était un vase contenant des fleurs de pois de senteur, de couleurs blanche, rose et rouge. Pendant la séance, le médium me dit d’abord : « Peut-être obtiendrons-nous une communication écrite à l’encre», et, sur ce, elle prit un carré de papier blanc sur lequel elle mit quelques gouttes d’encre et qu’elle posa ensuite sur l’ardoise supérieure, en couvrant le tout d’une troisième ardoise, lui appartenant.. Un peu plus tard, elle m’apostropha de nouveau ainsi : «Vous voyez ces fleurs qui sont sur cette table, à côté de vous (2), eh bien, puisque vous semblez
(1) Voir p. 70, 71, 72 73, des Annales Psychiques les reproductions de l’écriture directe et celles des autographes de Harry et de Mlle Moutonnier pendant leur vie terrestre.
(2 Nous eussions préféré ne pas voir se produire cette interpellation relative aux tableaux dans la première séance, aux fleurs dans la seconde et précédant la fin de ces séances, car il est. permis de supposer que le médium a voulu détourner ainsi l’attention de l’expérimentateur; mais il ne serait pas juste de s’autoriser de cette apparence pour conclure à la fraude et repousser les affirmations de M. Moutonnier, qui, en sa qualité de témoin, peut mieux que personne savoir à quoi s’en tenir. (Notes de M. Dariex, directeur des Annales ). Ajoutons, de plus, que même si l’on supposait
douter de la possibilité qu’ont les esprits de së communiquer à nous et que vous demandez une preuve matérielle de la présence de votre fille dans cette chambre, priez-la de faire passer une de çcs fleurs, que vous choisirez, dans votre lettre 1 » Je choisis la couleur rose et adressai une prière mentale à ma fille.
Quand j’ouvris ma lettre, à la fin de la séance qui n’avait guère duré qu’une demi-heure, j’v. trouvai non seulement les pages blanches couvertes d’écriture au crayon (et non a l’encre), mais encore, dans l’intérieur des questions qu’enveloppaient les pages destinées aux réponses — le tout plié comme je l’y avais mis avant la séance — une des fleurs roses du bouquet, ayant toute sa fraîcheur et son parfum, comme si elle venait d’ètre cueillie.
L’écriture anglaise des questions adressées à ma fille est, comme dans la première séance, identiquement la même; quant aux questions fa:tes eu français à ma belle-sœur, il y est fait une réponse en anglais avec une signature en français. Au début de la séance, quelque chose de particulier se présenta ; tout à coup le médium me dit : Il y a un esprit qui semble exercer une influence contraire », et elle m’écrivit sur un morceau de papier que je joins au document et qui reparaît dans la réponse : « Ma chère sœur, Phina ! » (Phina est le diminutif de Joséphine.) « Mais, ajoutat-elle, cette influence ne peut pas affaiblir le fluide de l’autre esprit qui a sur vous une influence bienfaisante ». En effet, le résultat de la communication l’a prouvé par les réponses faites en anglais.
Tels sont, cher Monsieur, dans toute leur vérité et dans leurs moindres détails, les faits de ces séances extraordinaires. Je vous les donne sans commentaires. Toutemis, afin d’éclairer tous ceux qui liront ces lignes sur le modus operandi et les mesures de précaution que j’ai prises pour rendre impossible toute fraude de la part du médium, je donne ci-dessous les points principaux nécessaires à la recherche de la vérité.
i° J’étais inconnu et étranger et c’était la première fois que je voyais le médium : elle ignorait donc tout ce qui me concernait.
2° Les deux séances ont eu lieu en pleine lumière du jour, entre ; et 4 heures de l’après-midi.
3° Les ardoises, le papier destiné aux réponses ainsi que l’enveloppe ont été scrupuleusement examinés par moi, je les ai trouvés intacts, et toutes ces pièces ainsi que mes questions sont restées en ma possession et sous ma surveillance depuis le commencement de la séance jusqu^i la fin.
la fraude possible, ce que le récit détaillé de M. Moutonnier ne permet pas de faire, il faudrait encore expliquer comment les Sœurs Bangs ont pu avoir connaissance de l’écriture de deux personne^ mortes en Europe, qu’elles n’avaient jamais connues,
évk LA MÊDiUJViNltÉ 4$ 5
4ft Aucune tierce personne n’est entrée dans la chambre pendant l’heure des séances.
5° Toutes les portes de la chambre sont restées closes pendant toute la durée des séances et il n’y avait dans la chambre ni paravent ni autres objets pouvant faciliter la fraude; au contraire, la table sur laquelle étaient les ardoises était isolée et au centre de la chambre.
6° Le médium n’a mis les mains ni sur les ardoises, ni sur le papier ou l’enveloppe, le tout étant resté en ma possession.
7® Pendant les séances, le médium n’a manifesté dans sa manière d’ètre aucun signe extraordinaire, à l’exception d’un sentitiment de fatigue à la fin.
8U Dans la communication (ainsi qu’il est permis de s’en convaincre) l’écriture anglaise est différente de l’écriture française, mais il y a entre les deux et l’écriture originale de mon gendre et de ma fille une ressemblance frappante.
9° Dans la teneur de la communication il y a un caractère bien marqué d’individualité de la part de l’intelligence et qui n’appartient pas au médium.
io6 Le bout de la mine de plomb placé par moi entre les deux ardoisés pour permettre d’écrire, avait disparu.
ii° Dans l’examen de l’intérieur de l’enveloppe à la deuxième séance, il n’y avait aucune trace de fleur.
12° Une fleur rose de pois de senteur, toute fraîche et toute odoriférante, a été trouvée par moi, à la fin de la séance et à l’ouverture de l’enveloppe.
130 Je n’avais lors des séances, en ma possession ni lettres ni autres écrits provenant soit de ma fille, soit de mon gendre, pouvant faire découvrir les noms de ces derniers dont les communications sont signées.
140 Pendant toute la durée des séances, j’ai eu toujours toute ma lucidité d’esprit.
i5°Un tour d’escamotage du genre de celui qui consiste à faire disparaître et réapparaître des objets, sans, que l’escamoteur y ait appliqué les mains ou ait eu un compère, pourrait à juste titre être considéré comme un miracle.
Donc, pour toutes les raisons qui précèdent, et à moins qu’il ne me soit prouvé que j’ai été trompé, je déclare être intimement convaincu gue les phénomènes dont j’ai été le témoin, ont dû être produits par une force émanant d’une intelligence invisible et supérieure à celle de l’homme.
En foi de quoi j’ai signé la présente déclaration.
Paris le Ier novembre 1897.