C. Moutonnier
Ancien professeur d’anglais
à l’école des Hautes-Etudes commerciales de Paris,
ftËCHËRCHËS
Signatures de Souverain.
Le reproche que Ton adresse le plus souvent aux spirites est celui d'être trop crédules ; mais nous voudrions bien savoir si les détracteurs de cette doctrine ne seraient pas convaincus s’ils faisaient régulièrement des expériences dans lesquelles se révéleraient des faits inconnus, se donneraient des instructions scientifiques bien supérieures aux connaissances des médiums, ou obtiendraient des signatures authentiques de personnages que ces médiums n’ont jamais vus. C’est ce qui se produisait constamment aux réunions présidées par Allan Kardec, et cette accumulation de preuves irrécusables l’avait pénétré de cette certitude profonde qui rayonne dans tous ses écrits.
En voici un exemple, entre beaucoup d’autres : (i)
A la suite de quelques belles pensées écrites par un Esprit qui ne signe pas un autre esprit qui s’est déjà manifesté à Mlle L. Z... vient se mettre à la traverse en lui faisant casser les crayons, et faire des traits qui dénotent un sentiment de colère. En même temps il se communique à M. Jules Rob.'.., et répond laconiquement et avec hauteur aux questions qu’on lui adresse.
C’est l’esprit d’un souverain étranger connu par la violence de son caractère. Inv té à signer son nom, il le fait de deux manières. Un des assistants, attaché au gouvernement de son pays, et que ses fonctions mettaient à même de voir souvent sa signature, reconnaît dans l'une celle des pièces officielles , et dans Vautre celle des lettres privées.
On sait que les procès-verbaux étaient lus en séance et approuvés par les assistants. Nous avons donc, dans ce cas, bien que les noms ne soient pas donnés, un document officiel qui nous assure, indépendamment de la sincérité d’Allan Kardec qui n’est pas douteuse, de la réalité de cette curieuse manifestation. Il ne faut pas trop s’étonner de voir de hauts personnages fréquenter ces réunions, car à cette époque le spiritisme était fort répandu dans les classes élevées ; nous savons d’ailleurs que l’empereur Napoléon III fit des expériences en compagnie de Home et que la reine d’Angleterre a publié un livre de communications quelle reçut du prince Albert Beaucoup de Russes occupant des situations officielles fréquentaient le salon d’Allan Kardec et c’est peut-être dans cette catégorie d’étrangers qu’il faut chercher celui qui reconnût l’écriture de son souverain.
( i ) Revue Spirite. 1860 — Bulletin de la Société des Etudes Spirites —
SUR LA MEDIUMNITE
Les autographes obtenus par le révérend StaintonMosès.
L’écriture mécanique est un excellent moyen pour l’être désincarné de montrer sa personnalité; nous trouvons dans les travaux publiéspar Stainton Mosès, de bonnes preuves de cette action directe de l’esprit se traduisant par l’intermédiaire de la main du médium.
L’étude que M. Myers a consacrée à l'examen des faits spirites relatés par Stainton Mosèscontient les passages suivants, qui sont d’importantes contributions pour notre enquête, (i)
Ce fut au mois d’Août 1872, dit Stainton Mosès, que j’acquis la conviction de l’identité spirite. Nous avions, le docteur M. Speer et moi, des séances presque régulièrement tous les soirs.
Une amie de M. Speer, dont je n' avais jamais entendu parler vint, et par ma main écrivit son nom : A. P. Kirklaud. Le docteur Speer demanda : «Etes-vous notre vieille amie ? » j’écrivis alors : « Oui ; je suis venue vous dire que je suis heureuse, mais je ne peux pas impressionner notre ami ce soir . » L’écriture changea, et j’eus une communication de M. Callister (un de mes amis) ; puis d’un de mes cousins j. S. T. et encore d’un autre esprit que je ne crois pas utile de faire connaître.
Il est important de remarquer que l’écriture de miss Kirklaud, que je n' avais jamais vue , est très semblable à la sienne ...
Dans une autre circonstance, un esprit s’est manifesté en donnant sur sa vie passée les détails les plus circonstanciés, alors que cet esprit était absolument inconnu du médium. Le phénomèneacquiert encoreune plus grande valeur par cefaitque l’écriture de la communication, comparée à un vieux manuscrit, a été trouvée presque tout à fait semblable. Nous reproduisons ce cas très démonstratif : (2)
Vers la même époque, une de nos séances (presque deux heures) fut prise par la communication d’une série de faits, noms, dates, et détails minutieux donnés par un esprit capable de répondre aux questions les plus détaillées. Le jour de sa naissance, des détails sur l’histoire de sa famille et de sa jeunesse furent donnés a ma demande. J’eus ainsi une autobiographie concernant les faits principaux et même quelques particularités de la vie journalière qui vinrent à leur place de la façon la plus naturelle. Les réponses aux questions venaient sans aucune hésitation avec une précision, une clarté parfaites. Partout où la vérification fut possible,
(1) Annales Psychiques — 180=; — p. 350 et suiv.
(2) Spirit, Identity — p. 65-66,
RECHERCHteS
ces détails furent trouvés en tout exacts. Ce cas eût-il été unique, j’étais bien forcé d’admettre que les renseignements venaient de l’homme lui-mème ayant gardé sa mémoire intacte, son individualité inattaquée par le changement que nous appelons la mort.
Dans le lieu où j’écrivais les communications automatiques, se trouve une courte lettre, écrite automatiquement, d’une écriture archaïque particulière, d'une orthographe bigarre et ancienne , et signée du nom de l’homme en question, un homme distingué de son temps. J’ai depuis pu me procurer un spécimen de son écriture, un vieux document jauni, gardé comme autographe, récriture de mon livi e est une bonne imitation de celle-là, V ancienne orthographe se présente exactement de meme. C’est ce cas que je retrouv# ainsi qu’il suit raconté dans mes notes :
Le 25 janvier 1874, est venu à notre cercle Thomas Wilson qui a passé toute la soirée à nous donner les plus minutieux détails sur lui et sa famille par le moyen de soulèvements ou plutôt de lévitations de la table. J’étais fatigué à en mourir, mais il continuait toujours. Il dit qu’il était né à Boston, dans le Cheshirc. le 20 décembre 1663 et était mort le 7 mars 1755, âgé de
91 ans. Le nom de sa mère était Sherlock, elle était née à Orton dans le Cheshire. Son maître d’école était M. Harper de Chester. 11 fut désigné par le Dr Morton, évêque de Kildare, pour le vicariat de son oncle, le docteur Scherlock en 1686. Le 29 janvier (jour de la St-Pierre) il fut nommé évêque de Sodor and Man ; il épousa Mary Pallen, de Warington, en 1698, et eut quatre enfants. Marie mourut à treize ans, Thomas à un an, Alice à deux ans. Un autre fils Thomas lui survécut. Il nous dit qu’l mpérator l’avait envoyé à notre cercle. Son « rap » était clair et distinct. Tous ces détails complètement inconnus au cercle furent vérifiés ensuite et une lettre ancienne que in envoya un ami nous permit de vérifier l'écriture. Le mot J ri end z st orthographié avec l’e avant l’i, comme dans l'écriture automa ique... Je le demande ? S’il n’était pas l’homme qu’il prétendait être, qui était-il ? N’est-il pas plus difficile de croire à une contrefaçon de l’intelligence qu'à l’intelligence elle-même ?
Ces remarques finales nous semblent très justes, et la critique, même la plus pénétrante, ne peut entamer cette série d’évidences. H. Myers, qui n’avait pas encore à cette époque trouvé son chemin de Damas, en est réduit à des suppositions, à des hypothèses et n’essaye même pas d’expliquer les faits les plu> caractéristiques. Ecoutons son argumentation.
Note de M. F. W. H. Myers. — L'évèque Wilson. J’ai vérifié ces faits dans La vie de l'évêque Wilson par Stowell, livre que - M. S, avoir eu entre les mains à l’ile de Man. Mais ces
SUR LA MÉDIUMNITÉ
faits sont disséminés et la mémoire subconsciente peut difficilement les avoir conservés sans recourir au livre. Je n’ai pas trouvé dans le livre les noms des deux enfants Thomas et Alice, morts tout jeunes; et je ne sais comment ils pourraient être vérifiés. Ceci, naturellement (?) est une objection aux messages prétendant venir de personnages historiques. 11 est difficile de trouver des faits qu’on aurait eu de la peine à connaître auparavant et qui seraient cependant vérifiables par la suite ; et les objections que l’on fera communément à tous les « contrôles historiques» s’appliquent forcément à ce cas aussi.
Eh bien ! n’en déplaise aux psychologues, nous trouvons ces objections très faibles. D’abord, il est certain que S. Mosès ne connaissait pas le livre de Stowel, sans quoi il l’eût mentionné. Il avait assez de mémoire et un esprit suffisamment pondéré pour se souvenir d’un ouvrage qu’il aurait lu depuis peu de temps, et même nous devons admettre que jamais il n’en avait pris connaissance, puisqu’il l’affirme. Faisons cependant la supposition peu vraisemblable que tout ce qui se rapporte à l’évèque Wilson se trouvait dans sa subconscience, cela nous donne-t il la moindre indication sur la source où il aurait puisé pour faire un pastiche fidèle de l'écriture de Wilson ? Evident ment non d’autant plus que lortographe est également caractérisé que II faut donc reconnaître ici u '.e accumulation de caractères positifs cjui militent absolument en faveur de l’intervention d’un esprit qui tenait à témoigner de sa survivance
Il semble bien que les guides du médium se sont attachés à lui fournir des preuves certaines, en grande abondance,car nous lisons encore dans le même travail les lignes suivantes :
D’un autre côté, je dois signaler encore comme preuves d’évidence, les signatures répétées que j’ai obtenues et qui sont de véritables fac-similé de celles employées par les personnes pendant leur vie; par exemple les signatures de Beethoven, de Mozart et de Swedenborg se rattachant à celle du juge Edmonds. Il est à remarquer que dans mon livre, sa signature, ou plutôt ses initiales, sont celles qu'il employait durant sa vie, et que la signature de Swedenborg, qui est si particulière, ait été un fac-similé de sa propre écriture; quoique m’étant complètement inconnue.
II ne faut pas songer à la mémoire inconsciente puisqu’il est assez rare de rechercher des autographes, et si cela se produit, il est certain que chez un homme réfléchi, sérieux, le souvenir en est conservé. Rien de la télépathie, puisque tous les agents sont morts depuis longtemps. Faut-il attribuer ces connaissances à
la clairvoyance ? Rien ne nous y autorise, car toutes ces signatures ont été données à l’improviste sans aucune sollicitation ni aucun désir de les obtenir. On aura beau passer ces phénomènes au crible de la critique la plus intransigeante, ils y résistent et restent comme des signes manifestes de nos rap ports avec l’au-delà.
Arrivons enfin à un dernier cas, tellement significatif que M. Myers ne trouve pas d’explication plausible dans l’arsenal de la psychologie, même subliminale. Le voici :
Le premier cas que je vais rapporter me parait à certains points de vue le plus remarquable. L’esprit en question est celui d’une dame de ma connaissance, que M. Mosès avait, je crois, rencontrée une fois seulement. Elle défendit elle-même la publication de son vrai nom, pour une cause qui me sauta aux yeux dès que je lus son cas, mais qui n’était pas précisément connue de M. Mosès. Je la nommerai Blanche Abercromby et j’omettrai les dates.
Cette dame mourut à la campagne, à environ 200 milles de Londres, un dimanche, il y a environ vingt ans, et sa mort fut considérée comme un événement mondain intéressant ; elle parut dans le Times du lundi, ayant été aussitôt télégraphiée à Londres ; mais naturellement le dimanche soir, personne à Londres, sauf peutêtre la presse et quelques amis intimes, ne connaissait l’événement.
On verra plus loin que, ce soir-là vers minuit, une communication prétendant venir d’elle-même fut faite à M. Mosès dans son appartement particulier au nord de Londres. L’identité fut corroborée quelques jours plus tard par quelques lignes paraissant venir d’elle et dans sa propre écriture, il riy a aucune raison de supposer que M. Moscs ait jamais vu son écriture . Sa seule rencontre avec cette dame et son mari avait eu lieu à l’occasion d’une séance — qui 11’était pas une de ses séances — où il avait été péniblement affecté par l’incrédulité complète exprimée par le mari sur la possibilité des phénomènes.
M. Mosès ne semble pac avoir parlé de cette communication à personne et, dans le manuscrit où elle était consignée, les pages étaient collées ensemble avec la mention : « Private Matter. » Elles étaient encore collées quand on me remit le livre ; pourtant M'ne Speer connaissait la communication. J’ouvris les pages selon la permission • que j’en avais et je fus surpris de trouver une courte lettre qui, bien que ne contenant aucun fait bien défini, me parut être tout à fait caractéristique de h Blanche Abercromby que j’avais connue ; mais bien qu’ayant reçu d’elle plusieurs lettres pendant sa vie, je n’avais pas soiiv»nir de son écriture. Heureusement, je connaissais assez bien un
SUR LA MÉDIUMNITÉ
de ses fiîs pour lui demander son aide en cette circonstance, aide qu'il aurait sûrement refusée à un étranger. Il me prêta une lettre pour comparer. Une grande ressemblance sautait aux yeux , mais T A du nom de famille n’était pas le même que celui de récriture automatique. Enfin, après avoir consulté un très grand nombre de lettres jusqu’à la fin de sa vie, je m’aperçus que dans les dernières années, elle avait pris l’habitude d’écrire l’A (comme son mari l’avait toujours tait) ainsi quil apparaissait dans V écriture automatique . La ressemblance nous parut évidente à son fils et à moi, mais voulant avoir l’opinion d’un connaisseur expérimenté il me fut permis de montrer le journal et deux lettres au Dr Hodgson qui, on s’en souvient, découvrit, par l’évidence basée sur une analyse minutieuse de l’écriture, que les auteurs des lettres de « Koot-Hoomi » étaient Mme Blawatsky et Damodar.
Voici le rapport du Dr Hodgson :
5 Boylston place,
Boston, 11 septembre 1893.
J’ai comparé l’écriture numérotée 123 dans le journal de M. Stainton Mosès, avec les lettres du 4 janvier i8...,etdu 19 septembre 18..., écrites par B. A. Il y a dans le journal de petites ressemblances avec l’écriture des lettres et il y a aussi de petites différences dans la formation des lettres, à en juger par les deux lettres qui m’ont été soumises ; mais les ressemblances sont encore plus caractéristiques que les différences . De plus, il y a plusieurs particularités frappantes communes aux écritures des lettres et du journal, et qui semblent plus exagérées dans ce journal. L’écriture du note-Book tend à montrer que l’auteur cherchait à se rappeler les principales particularités de l’écriture de B. A. et ?ion pas à copier des spécimens de cette écriture. La signature, surtout dans le journal, est d'une façon bien caractérisée la signature de B. A. Quoi qu’il en soit, je n’ai aucun doute en croyant que la personne qui écrivit Te journal voulait reproduire récriture de B. A.
Richard Hodgson.
La vérification de ce cas était trop complète, poursuit M. Myers, pour que nous puissions ici l’expliquer complètement. La dame, qui était tout à fait étrangère à ces recherches, était morte depuis vingt ans lorsque sa lettre posthume fut découverte dans le journal particulier de M. Mosès, par une des rares personnes survivantes qui l’a connue assez pour reconnaître la valeur caractéristique du message, et qui, en même temps, s'intéressait assez à l’identité spirite pour faire bien -comparer l’écriture.
Ici nul doute n’est possible ; la preuve est tout à fait complète, puisqu’elle subit le contrôle des plus rigoureux critiques qui ne trouvent rien à redire.
Au village de D...
Nous avons signalé déjà la remarquable faculté de Maria, le médium observé par MM. Dusart et Broquet; il nous faut revenir sur certaines particularités qui prennent leur place dans ce chapitre et qui nous présentent des exemples de la reconstitution de l’écriture du frère de Maria et d’une de ses petites amies mortedepuislongtemps Bien que lesujetaitconnucesdeux esprits pendant leur vie terrestre, nous croyons que la mémoire subconsciente ne peut jouer ici aucun rôle, car Maria allait très peu à l’école et n’a peut-être jamais lu aucun cahier de son frère ou de son amie. Mais ce qui nous incite surtout à mentionner ces autographes c’est que ces esprits, outre l’écriture de Maria, ont donné des preuves d’identité par des manifestations écritespar le médium illettré Mme B pour l’une : Agnès, et par une enfant de trois ans et demi pour l’autre : Hubert. Reproduisons textuellement lea termes du mémoire de MM. Broquet et Dusart (i):
Voici les particularités qui ont signalé quelques-unes des communications de Maria.
Le lendemain du jour où sa médiumnité se déclare. Maria, au milieu d’une séance à laquelle assistaient sept personnes, parmi lesquelles M. Ch. Broquet, déclare sentir sur sa main le contact d’une petite main d’enfant, mais elle ne voit rien ; son bras est agité de mouvements nerveux. Elle prend un crayon et écritd’une écriture qui ne ressemble pas à la sienne. La communication est signée Hubert V.... son frère mort de méningite a 6 ans 1/2. O11 cherche s’il ne reste pas, dans la maison, de spécimens de l’écriture de Hubert et on retrouve, au milieu de beaucoup de paperasses, un cahier d’école resté là par hasard et inconnu du reste de la famille. On compare les deux écritures et Von constate leur parfaite ressemblance.
Depuis ce moment, les nombreuses communications de Hubert furent toujours reconnues par le seul caractère de l’écriture, avant qu’elle fussent signées.
Agnès B... cousine et amie d’enfance de Maria, s’est assez souvent communiquée par l’écriture-Elfe est fort peu instruite et avait l’habitude designer Agnesse. Cette faute d’orthographe se retrouve dans toutes les communications, aussi bien celles qui sont données
(1) Broquet et Dusart. Phénomènes psychiques observés au village de D.,. in Revue scientifique et morale du Spiritisme. Mai 1 899. p. 676.
SUR LA MÉDIUMNITÉ
par la main de Maria, que celles transmises par té rué-
dium illettré incapable de se rendre compte non seulement de l’orthographe de communications données par sa main, mais même de distinguer des griffonnages sans aucune lettre formée, et de l’écriture nettement lisible. L’écriture est si bien celle d’Agnès gu à sa vue son père et sa mère ont éclaté en sanglots au milieu d’une séance.
Clément Bourlet, dont nous avons déjà beaucoup parlé, écrit fort fréquemment et toujours dans le patois le plus grossier avec les mêmes plaisanteries vulgaires, la même orthographe et les mêmes caractères de l’écriture, que la main qui tient le crayon soit celle de Maria , ou celle de Zèlia , âgée de on~e ans , ou encore celle de Mme B..., personne fort intruite, d’un caractère élevé et qui, habitant une autre localité, 11e connaissait pas Maria et n'avait jamais vu V écriture de Clément ; ou enfin celle de Mlle M. B....
Faisons une dernière fois observer l’importance de ces contrôles successifs qui établissent positivement l’existence et l’individualité des Esprits. Lorsque le Spiritisme sera plus répandu et que l’on pourra constituer de sérieux centres d’études, il deviendra facile d’expérimenter avec rigueur et méthode et nous sommes assurés que ces cas probants se multiplieront avec une telle abondance, que le doute ne pourra subsister pour aucun incrédule de bonne foi.
Les cas du Syndic Chaumontet et du curé Burnier.
M le professeur Flournoy, de qui nous avons cité déjà une étude sur l’automatisme, ( 1) a publié dernièrement une étude très intéressante intitulée : Des Indes à la planète Mars, dans laquelle il rapporte les observations qu'il fit sur un remarquable médium qu’il nomme M1,e Hélène Smith Nous n’avons pas à nous prononcer sur les théories de l’auteur qui est un adversaire du spiritisme, il nous suffira de lui emprunter le récit de quelquesexpériences dont il ne peut sonner d'explication va!able,puisqu’ilenest réduit à imaginer des hypothèses invraisemblables pour essayer défaire jouer à la mémoire latente, un rôle que celle-ci ne peut remplir. Mais voyons d’abord les faitset nousdiscuterons ensuite :
Voici un dernier cas récent, 011 l'hypothèse spirite et l’hvpôthèse cryptomnésique subsistent l’une en face de l’autre, immobiles comme deux chiens de faïence en faisant les gros yeux, à propos de signatures données par Mlle Smith en somnambulisme et qui ne manquent pas d’analogie avec les signatures authentiques des personnages défunts dont elles sont censé provenir.
Dans une séance chez moi (12 février 1899), Mlle Smith a la vision d’un village sur une hauteur couverte de vignes ; par un chemin pierreux elle voit descendre un petit vieux qui a l’air d’un demi-mons eur ; souliers à boucles ; grand chapeau mou ; col de chemise pas empesé, aux pointes montant jusqu’aux joues, etc. Un paysan en blouse qu’il rencontre lui fait des courbettes, comme à un personnage important ; ils parlent patois, de sorte qu’Hélène ne les comprend pas. Elle a l’impression de connaître ce village, mais cherche vainement dans sa mémoire ou elle l’a vu. Bientôt le paysage s’efface, et le petit vieux, maintenant vêtu de blanc, est dans un espace lumineux [c’est-à-dire dans sa réalité actuelle de désincarné, voir la note I, p. 384], lui paraît s’approcher. A C3 moment, comme elle est accoudée du bras droit sur la table, Léopold dicte par l’index : Baissez-lui le bras. J’exécute l’ordre ; le bras d’Hélène résiste d’abord fortement, puis cède tout à coup. Elle saisit un crayon, et au milieu de la lutte habituelle relative à la façon de la tenir (v. p. 98) : « Vous me serrez trop la main », ditelle au petit vieux imaginaire qui, suivant Léopold, veut se servir d’elle pour écrire : 4: Vous me faites très mal, ne serrez pas si fort. Qu’est-ce que ça peut vous faire que ce soit un crayon ou une plume ?» A ces mots elle lâche le crayon pour prendre une plume et, la tenant entre le pouce et l’index, trace lentement d’une écriture inconnue : Chaumontet syndic (v. fig. 44). Puis revient la vision du village ; sur notre désir d’en savoir le nom, elle finit par apercevoir un poteau indicateur où elle épelle Chessenaz, qui nous est inconnu. Enfin, ayant sur mon conseil demandé au petit vieux, qu’elle voit encore, à quelle époque il était syndic, elle l’entend répondre : 1839. Impossible d’en apprendre davantage ; la vision s’évanouit et fait place aune incarnation totale de Léopold, qui, de sa grosse voix italienne, nous parle longuement de choses diverses.
J’en profite pour l’interroger sur l’incident du village et du syndic inconnus f des réponses entrecoupées de longues digressions se résument ainsi : « Je cherche... je me suis dirigé en pensée le long de cette grande montagne percée dessous dont je ne sais pas le nom (1) ; je vois le nom de Chessenaz, un village sur une liau-
(1) En disant cela, Léopold-Hélène e tournait vers une fenêtre de ma bibliothèque donnant du côté du fort de l'écluse, où se trouve en effet le tunnel du Credo, sur la voie ferrée de Genève à Bcllegarde. (Note de M. Elournoy).
$Uk La MedIüMNiÏÉ
teur, une route qui y monte. Cherche dans ce village, tu trouveras certainement ce nom [Chaumontet], cherche a contrôler sa signature ; cette preuve-là, tu la trouveras; tu trouveras que l’écriture a été de cet homme (1) ». Je me demande s il voit cela dans les souvenirs d’Hélène et s’il a été à Chessenaz, il répond négativement sur le premier point et évasivement sur le second : « Demande-le lui, elleabon souvenir de tout, je ne l’ai pas suivie dans toutes ses promenades ».
Réveillée, Hélène.- ne put nous fournir aucun renseignement. Mais le lendemain je trouvai sur la carte un petit village de Chessenaz dans le département de la Haute-Savoie, à 26 kilomètres de Genève à vol d’oiseau et non loin du Credo. Comme les Chaumontet ne sont pas rar^s en Savoie, il n’y avait rien d’invraisemblable à ce qu’un personnage de ce nom y eut été syndic en
Quinze jours plus tard, il n’y. avait pas de seance, mais je faisais visite à M,,,e et MUo Smith, lorsqu’Hélène reprend soudain l’accent et la prononciation de Léopold, sans se douter de ce changement de voix, et croyant que je plaisante quand je cherche à le lui faire remarquer (3). Bientôt l’hemi-somnambulisme s accentue ; Hélène voit reparaître la vision de l'autre jour, le^ village, puis le petit vieux (le syndic), mais accompagné cette lois d’un curé avec qui il paraît au mieux et qu’il appelle(à ce qu’elle me répète, toujours avec l’accent de Léopold) mon cer ami Bournicr. Comme je demande si ce curé ne pourrait pas écrire son nom par la main d’Hélène, Léopold me promet, par une dictée digitale, que j aurai cette satisfaction à la première séance ; puis il se met à me parler d’autre chose par la bouche d’Hélène qui est maintenant entièrement entransée.
A la séance suivante, chez moi (19 mars), je rappelle a Léopold sa promess'. 11 répond d’abord par le doigt: « Désires-tu beaucoup cette signature ? et ce n’est que sur mes instances qu’il y veut bien consentir. Hélène ne tarde pas à revoir le village et le curé, qui, après divers incidents, vient s’emparer de sa main comme l’avait fait le syndic, et trace très lentement a la plume les mots: Burnier Salut /puis elle passe à d’autres somnambulismes.
(1) Notez cette préoccupation constante chez Léopold, de me fournir du supranormal pour m’amener au Spiritisme.
(2) La Savoie faisait alors partie des Ltats Sardes. Sa cession à la France en 1860 a entraîné la substitution des maires aux syndics.
(3) Cet accès inattendu et exceptionnel d’hemi-somnambulisme spontané pendant une de nos visites, est probablement dû au fait que c’était justement le jour et l’heure ordinaires des séances,
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Le moment était venu d’éclaircir la chose. J’écrivis à tout hasard a la mairie de Chessenaz. Le maire, M. Saunier, eut l’extrême obligeance de me répondre sans retard. — « Pendant les années 1838 et 1839, me disait-il, le syndic de Chessenaz était un Chaumontet, Jean, dont je retrouve la signature en divers documents de cette époque. Nous avons eu aussi pour curé M. Burnier André, de novembre 1824 jusqu’en février 1841 ; pendant cette période tous les actes de naissances, mariages et décès, tenus alors par les ecclésiastiques, portent sa signature.. . Mais je viens de découvrir dans nos archives un titre revêtu de deux signatures, celle du syndic Chaumontet et du curé Burnier. C’est un mandat de paiement ; je me fais un plaisir de vous le transmettre. » J’ai fait reproduire au milieu de la figure 44 le fragment de ce document original (daté du 29 juillet 1838) portant les noms des deux personnages ; le lecteur peut ainsi juger par lui-même de la similitude assez remarquable qu’il y a entre ces signatures authentiques et celles automatiquement tracées par la main de M1U Smith. (1)
(1) L’écriture de l’Esprit Burnier est en haut de la reproduction et celle du syndic en bas. Les deux textes du milieu sont ceux fournis par la mairie de Chessenaz,
SUR LA MEDIUMNITE
Ma première idée fut, on le devine, que M1,e Smith avait dû voir une fois ou l’autre des documents signés du syndic ou du curé de Chessenaz, et que c’étaient ces clichés visuels oubliés, reparaissant en somnambulisme, qui lui servaient de modèles intérieurs lorsque sa main entransée retraçait ces signatures. On devine .également si une telle conjecture fit bondir Hélène, qui 11’a aucun souvenir d’avoir jamais entendu le nom de Chessenaz ni de ses habitants présents ou passés. Je 11e regrette qu’à moitié mon imprudente supp sition, car elle nous a valu une nouvelle et plus explicite manifestation du curé. lequel, s’emparant de rechef du bras de Mlle Smith dans une séance ultérieure (21 mai, chez >1 . Lemaître), vint nous certifier son identité par l’attestation en ternie et de forme de la figure 43. Comme on le voit, il s’y prit à deux fois: s’étant trompé à la signature, il barra incontinent avec dépit ce qu’il venait d’écrire soigneusement, et recommença sur une autre feuille. Ce second libellé où il a omis le mot soussigné du premier, lui prit sept minutes à tracer, mais 11e laisse rien à désirer comme évidence et précision. Cette calligraphie appliquée est bien celle d’un curé campagnard d’il y a 60 ans, et, à défaut d’autres pièces de comparaison, elle dénote une indéniable analogie de la main avec l’acquit authentique du mandat de paiement de U figure 44.
Ni M“e Smith ni sa mèie n’avaient la moindre notion du curé ou du syndic de Chessenaz. Elles m’apprirent cependant que leur famille avait eu quelques parents et connaissances dans cette partie de la Savoie, et qu’elles sont encore en relation avec un cousin qui habite Fiangy, le bourg important le plus rapproché (une lieue) du petit village de Chessenaz. Hélène elle-même n’a fait qu’une courte excursion dans cette région, il y a une dizaine d’années : et si en suivant la route de Seyssel à Frangy,elle a traversé des coins de paysage répondant bien à certains détails de“ sa vision du 12 février (qu’elle avait, comme on l’a vu, le sentiment de reconnaître), elle n’a, par contre, aucune idée d’avoir été à Chessenaz même, ni d’en avoir entendu parler. D'ailleurs, dit-elle, « pour ceux qui pourraient supposer que j’ai pu passer à Chessenaz sans m’en souvenir, je m’empresserai de leur objecter et de leur affirmer que même y serais-je allée, je n’aurais point été y consulter les archives pour y apprendre qu’un syndic Chaumontet et un curé Burnier y avaient existé à une époque plus ou moins reculée. J’ai bonne mémoire et j'affirme hautement qu’aucune des personnes qui m’ont entourée pendant ces quelques jours passés loin de ma famille ne m’a jamais montré aucun acte, aucun papier, rien, en un mot, qui pourrait avoir emmagasiné dans mon cerveau un pareil souvenir. Ma mère a fait, à l’âge de quatorze ou quinze ans, une course en Savoie, mais rien dans ses souvenirs ne lui rappelle avoir jamais entendu prononcer ces deux noms ». — Les choses en sont là et je laisse au lecteur le soin de conclure comme il lui plaira.
ftÊCÎHEltCHÊfJ
Voici maintenant les réflexions dont M. Flournoy assaisonne ce cas remarquable :
Ce cas m’a paru digne de couronner mon rapide examen des apparences supra-normales qui émaillent la médiumnité de Mlle Smith, parce qu’il résume et met excellemment en relief les positions respectives, antinomiques et inconciliables, des milieux spirites et des médiums d’une part, parfaitement sincères du reste, mais trop faciles à contenter, — et des chercheurs quelque peu psychologues, d’autre part, toujours poursuivis par la sacro-sainte terreur de prendre des vessies pour des lanternes. Aux premiers, la moindre chose curieuse, une vision inattendue du passé, des dictées de la table ou du doigt, un accès de somnambulisme, une ressemblance d’écriture, suffisent à donner la sensation du contact de l’au-delà et à prouver la présence réelle du monde désincarné. Ils ne se demandent jamais quelle proportionnalité il peut y avoir entre les prémisses si frappantes soientelles, et cette formidable conclusion. Pourquoi et comment, par exemple. les défunts, revenant signer par la main d’une autre personne en chair et en os, auraient-ils la même écriture que de leur vivant? Les mêmes gens qui trouvent cela tout naturel, bien qu’ils n’en aient encore point vu de cas certains, tombent des nues lorsqu’on invoque devant eux la possibilité de souvenirs latents, dont la vie courante leur fournit pourtant des exemples quotidiens — qu’ils n’ont, il est vrai, jamais pris la peine d’observer. Les psychologues, en revanche, ont le diable au corps pour aller regarder derrière les coulisses de la mémoire et de l’imagination, et quand l'obscurité les empêche d’y rien distinguer, ils ont la marotte de s’imaginer qu’ils finiraient bien par y trouver ce qu’ils cherchent — si seulement on pouvait y faire la lumière. Entre deux classes de tempéraments aussi disparates, il sera, je le crains, bien difficile d’arriver jamais à une entente satisfaisante et durable.
11 est certain que si nous devons abandonner toute méthode scientifique de contrôle pour nous assurer de la réalité de la vie d’Outre-Tombe, jamais nous ne nous entendrons avec M. Flournoy. Dans toute enquête, même judiciaire, la signature d’un individu suffit à affirmer son individualité. Ce point admis, il leste à savoir si Fécriture est simulée, et dans le cas qui nous occupe, comment MUe Smith aurait pu avoir sous les yeux les signatures du curé Burnier et du syndic Chaumontet. Tout d’abord, M, Flournoy reconnaît que le médium est honnête, intelligent,
SUR LA MEDIUMNITE
incapable de mentir ; il accepte son témoignage, ce qui est essentiel en l’espèce, M1,e Smith n’a jamais mis les pieds à Chessenaz; elle parait avoir séjourné simplement pendant quelques jours chez un cousin habitant dans un bourg voisin. Voilà les faits. Comment M. Flournoy arrive-t-il à en induire qu’elle a eu sous les yeux les écrits du curé et du syndic? C’est une simple supposition, une hypothèse qui ne peut s’appuyer sur aucune circonstance réelle et qui est combattue même par le plus simple raisonnement.
Quelle probabilité peut il exister pour que le cousin ou son entourage ait parlé à M‘lc Smith du curé d un petit village voisin, mort depuis soixante ans ? L’ont-ils connu ? non. Savaientils seulement qu’il avait existé ?Qui donc se soucie de rechercher, sauf des cas spéciaux, le nom des prêtres qui ont séjourné dans un village ? En supposant même qu’il se soit trouvé une personne âgée qui ait connu ce curé, elle n’aurait pu assurément faire connaître à M1,e Smith l’écriture de cet ecclésiastique, sans que la mémoire de cet événement fût conservée par le médium. Or, lui et sa mère déclarent que le nom du prêtre et du syndic leur étaient absolument inconnus, il faut donc abandonner l’hypothèse de souvenirs latents, puisque rien ne peut justifier cette supposition. Mais où les individualités posthumes accusent leur identité, c’est lorsqu’ils signent d’une manière presque absolument identique à celle qu’ils usitaient de leur vivant. Dans ce cas, le doute doit disparaître, car l’écriture est manifestement un signe indéniable de la personnalité. M Flournoy s'imagine que Mlle Smith a dû voir ces signatures, mais nous rappellerons qu’elles étaient enfouies depuis 60 ans dans les archives de la commune de Chessenaz et qu’il n’est pas raisonnable de supposer que l’administration communale s’amuse à faire circuler ses papiers dans les bourgs circonvoisins, pour l’amusement des badauds ou la satisfaction personnelle de jeunes filles de passage dans le pays. Cet exode de papiers municipaux qui dorment sous la vénérable poussière d’un demi siècle, est certainement une de ces imaginations invraisemblables auxquelles on n’a recours qu’en désespoir de cause.
Nous préférons croire à la présence réelle du curé Bernier et du syndic Chaumontet*qui s’affirment authentiquement par leurs signatures.plutôt qu’à l’insinuation du cliché visuel qui est com traire à la matérialité des faits. M. Fournoy semble croire que ç’est la première fois qu’on obtient de récriture post-mortem sem*
blable à celle d'un vivant. Nous le renvoyons au cas d’Estelie Livermore cité par Aksakof, que nous verrons dans le chapitre suivant ; au xfac simile publiés par le baron de Guldenstubée à la fin de son livre sur : La tiajifé des Esprits , et enfin à l’exemple rapporté plus haut par le professeur Moutonnier.
Quant à l’étrangeté qu’il y jurait pour un désincarné de reproduire son ex-signature, elle ne nous serait pas plus inexplicable que les écritures que l’on fait exécuter par certains sujets. en les replaçant par suggestion à un stade quelconque de leur vie antérieure, car l’on constate alors que leur écriture, pendant que la suggestion opère, est semblable à celle qu’ils avaient réellement à l’âge ({u on leur a indiqué. Les spirites évitent avec soin de prendre des vessies pour des lanternes, c’est pourquoi ils ne se déclarent pas satisfaits lorsque les psychologues essaient d’expliquer des phénomènes médianimiques véritables par des hypothèses, si cryptomnésiques, qu’elles ne peuvent plus supporter le simple éclat du grand jour. Malgré ces oppositions systémati ques, le spiritisme poursuit ti iomphalement sa route et il apporte à tous les hommes sincères la clef du grand problème de l’Audelà, que les savants, pas plus que les prêtres, n’ont su découvrir.