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CHAPITRE

L’Automatisme naturel.

Sommaire. — Vrais et faux médiums . — Dès V origine du spiritisme , des distinctions ont été faites par tous des écrivains qui ont étudié ce sujet. — Allan Kardec , Jackson Davis , Hudson Tuttle , Met*ger. — V automatisme étudié par MM. Salomons et Stein. — Exemples : Cl ilia. — Incohèrence de ces messages. — Affirmations mensongères de V automatisme. - mécanisme de récriture automatique est produit par le pouvoir moteur des idées. — V inconscience tient à une inlrbifion de la mémoire, déterminée par la distraction oil un état hypnoidc. — Celui-ci est produit par autosuggestion. — Démonstration du chacun de ces Points. — D'où proviennent les renseignements qui semblent étrangers à l'écrivain ? — Travail de l'âme pendant le sommeil. — Etats demi somnambuliques pendant la veille. — Mémoire latente. — Exemples dy automatismes graphiques simulant parfaitement les communications spirites. — Les observations de M. Elournoy . — Personnalités fictives créées par autosuggestion.

Vrais et faux médiums.

Nous avons vu dans les chapitres précédents que les savants qui cherchent à classer dans une même catégorie les médiumset les hystériques, ne peuvent le faire qu’en forçant les analogies au-delà de toutes les limites permises. Il nous a été possible de constater aussi que ce n’est qu’en négligeant systématiquement tous les faits qui ne cadrent pas avec leurs théories, qu’ils se flattent d’avoir donné une explication scientifique de la médiumnité. Mais si 1’insuffisance de ces démonstrations est évidente, il n en lesulte pas moins que nous avons assisté à des expériences intéressantes en ce qui concerne l’écriture automatique, et qui pourront peut-être nous servir pour comprendre les phéno-

mènes de pseudo-médiumnité, comme il s’en rencontre parfois dans les séances spirites.

Nous avons constaté qu’un sujet qui parait parfaitement réveillé, qui cause avec les assistants, écrit cependant sans s’en douter et témoigne par cette opération qu’une partie de son intelligence est devenue étrangère au moi normal. Nous savons bien qu’il n’y a là que l’effet d’une suggestion post-hypnotique, ou faite pendant l’état de distraction, mais avec la répétition des mêmes exercices, nous avons vu naître une association ideoorganique produisant ensuite, spontanément, des actes d’automatisme graphique. C’est ici que le rapprochement avec ce qui se passe dans les séances spirites devientpossible.il s’agit de savoir si un individu normal peut arriver, sous l’empire d’une émotion vive, d’une idée fixe, ou d’un ardent désir, à produire en lui un changement analogue. Il ne faut pas nous laisser arrêter par la crainte de paraître donner des armes à nos adversaires, ou de porterie trouble chez les investigateurs peu habitués à ces recherches ; ce qui importe avant tout, c’est la vérité, et rien ne doit nous coûter pour 1^ trouver. Hâtons nous d’ajouter que le vrai phénomène spirite n’a rien à redouter de cet examen attentif.qui nous est recommandé parles plus autorisés des auteurs qui ont écrit sur ces matières.

Depuis que le spiritisme s’est répandu dans le monde entier, il a fait des recrues dans toutes les classes de la société; mais, malgré leur diversité, il est facile cependant de diviser ses adeptes en ceux catégories bien distinctes : D’un côté, ceux qui, tout en étant persuadés de sa réalité, continuent à étudier les phénomènes pour en découvrir les lois ; et de l’autre, les croyants qui acceptent aveuglément tous les faits, — parce qu’ils ont été convaincus de la réalité de quelques uns, — sans se demander si quelquefois les médiums n’en seraient pas, inconsciemment et par conséquent de bonne foi, les auteurs. Nous regrettons que dans beaucoup de cercles où on se livre aux évocations spirites, le sens critique ne soit pas plus développé, car il n’est pas rare de constater que toutes les communications mécaniques sont invariablement attribuées à l’action des Esprits, alors même qu’elles ne révèlent aucune trace de leur provenance supra-normale. Ce manque de discernement a été une cause de discrédit pour notre doctrine et a nui à la propagation du spiritisme dans les milieux instruits. Trop souvent les plus banales, les plus plates élucubrations sont signées de noms illustres, qu’accepte

sans sourciller le béotisme de ceux qui croient indistinctement à l’authenticité de tout ce qui est écrit par les pseudo-médiums.

Ce n’est qu’en nous assurant, par une minutieuse analyse de leur contenu, de la réalité des communications, que nous éviterons l’invasion des théories fantaisistes écloses dans l’imagination des automatistes et qui ne correspondent à rien de réel. On ne peut douter qu’une sévère investigation ne nous débarrasse d’une énorme quantité de documents équivoques et de soi-disant preuves, qui ne font que surcharger inutilement le bagage spirite, et noient des renseignements précieux dans un déluge de bavardages sans valeur. Beaucoup de prétendues révélations méritent d’être jetées au panier, car elles ne sont que de pauvres et insipides niaiseries. Parfois même ces productions témoignent d’une ignorance scientifique absolue et contiennent des affirmations mensongères que l’on découvre aussitôt qu’on se donne la peine de les vérifier. Tous ces faits, signalés dès l’origine des manifestations spirites, ont été attribués à des esprits farceurs s’amusant à mystifier leurs candides correspondants. Il est certain que cette explication est parfois exacte, car l’humanité supra-terrestre n’étant en grande partie que la nôtre, moins le corps, renferme encore bon nombre d'ignorants et de sots qui ne reculent devant aucune mauvaise plaisanterie ; mais il est des circonstances où l’on peut reconnaître l’influence du médium luimême, et où l’intervention d’une cause étrangère est superflue pour expliquer les faits.

Ce que nous affirmons ici est en concordance absolue avec l’enseignement spirite dans tous les pays ; si l’on a négligé d’en tenir compte, la faute n’en incombe pas à nos instructeurs, mais bien aux adeptes qui ne lisent pas assez leurs maîtres.

Les Enseignements Spirites.

Voici, en effet, comment Allan Kardec traite ce point spécial dans son livre des médiums (i) :

D. — Le médium, au moment où il exerce sa faculté, est-il dans un état parfaitement normal ?

R. — Il est quelquefois dans un état de crise plus ou moins prononcé, c’est ce qui le fatigue, et c’est pourquoi il a besoin de repos ;mais le plus souvent, son état ne diffère pas sensiblement de l’état normal, surtout chez le médium écrivain.

(i) Allan Kardec. Le livre des médiums, p. 267.

SUR LA MÉDIUMNITÉ

Il est sûr que pour ce genre de manifestation la dépense nerveuse est peu considérable, lorsque l’habitude d’écrire est établie. Il n’en est pas de même pour les effets physiques, qui sont toujours accompagnés d’une forte consommation d’énergie nerveuse.

D. — • Les communications écrites ou verbales peuvent-elles émaner de l’esprit même du médium ?

R. — L’âme du médium peut se communiquer comme celle de tout autre ; si elle jouit d’un certain degré de liberté, elle recouvre ses qualités d’Esprit.Vous en avez la preuve dans l’âme des personnes vivantes qui viennent vous visiter et se communiquer à vous par l’écriture, souvent sans que vous les appeliez. Car, sachez bien que parmi les Esprits que vous évoquez, il y en a qui sont incarnés sur la terre, alors ils vous parlent comme Esprits et non pas comme hommes. Pourquoi voudriez-vous qu’il n’en fût pas de même pour le médium?

D. — Cette explication ne semble-t-elle pas confirmer l’opinion de ceux qui croient que toutes les communications émanent de l’esprit du médium, et non d’esprits étrangers?

R. — Ils n’ont tort que parce qu’ils sont absolus, car il est certain que V esprit du médium peut agir par lui-même ; mais ce n’est pas une raison pour que d’autres n’agissent pas également par son intermédiaire.

D. — Comment distinguer si l’Esprit qui répond est celui du médium ou un Esprit étranger?

R. — A la nature des communications. Etudiez les circonstances et le langage, et vous distinguerez. C’est surtout dans l’état de somnambulisme ou d’extase que l'Esprit du médium se manifeste, parce qu’alors il est plus libre ; mais dans l’état normal c’est plus difficile. 11 y a d’ailleurs des réponses qu’il est impossible de lui attribuer, c’est pourquoi je vous dis d’étudier et d’observer.

Nous avons dans cette dernière phrase le critérium nécessaire pour faire, parmi ceux qui écrivent mécaniquement, la différence entre le vrai médium et celui qui ne l’est pas. Le vrai médium fournit des preuves de connaissances qu’il n’a pu acquérir normalement. Par exemple, il donne des renseignements exacts sur des morts dont il ignore totalement l’existence ; il écrit dans des langues étrangères qu’il n’a jamais apprises ; son style est parfois si au-de sus de ses facultés que l’on est obligé de reconnaître l’intervention d’une autre individualité; il disserte aussi sur des sujets scientifiques qui lui sont absolument inconnus. L’automatiste, au contraire, n’obtient que des commu-

nications ordinaires qui ne dépassent guère, comme style et comme intelligence, ce qu’il pourrait écrire normalement et ne révèle jamais de faits inconnus, relatifs à des personnes étrangères avec lesquelles il n’a eu aucuns rapports.

Cette distinction est encore indiquée par Allan Kardec dans la Revue Spirite de 1865. (i)

Il ne faut jamais attribuer aux Esprits — dit une communication — j’entends aux Esprits élevés, ces dictées sans fond ni forme qui ajoutent à leur nullité le ridicule d’ètre signées par des noms illustres. La médiumnité sérieuse n’investit que les cerveaux pourvus d'une instruction suffisante, ou tout au moins éprouvés parles luttes passionnelles. Les meilleurs médiums reçoivent seuls l’afflux spirituel ; les autres subissent simplement l’impulsion fluidique matérielle qui entraîne leurs mains, sans faire produire à leur intelligence autre chose que ce qu elle contenait à Vètat latent: il faut les encourager à travailler, mais non initier le public à leurs élucubrations.

Les manifestations spirites doivent être faites avec la plus grande réserve ; et s’il est indispensable, pour la dignité personnelle, d’accumuler toutes les preuves d'une parfaite bonne foi autour des expériences physiques, il importe au moins autant de préserver les communications spirituelles du ridicule qui s’attache trop aisément aux idées et aux systèmes signés dérisoirement de noms célèbres, qui sont et demeureront toujours étrangers à ces productions. Je ne mets pas en cause la loyauté des personnes qui, recevant le choc électrique, le confondent avec l’impulsion médianimique. La science a ses faux savants, la médiumnité a ses faux médiums , dans l’ordre spirituel s’entend.

J’essaye d’établir ici la différence qui existe entre les médiums inspirés par les fluides spirituels et ceux qui 11’agissent que sous l’influence fluidique corporelle ; c’est-à-dire ceux qui vibrent intellectuellement et ceux dont la résonnance physique n'aboutit qu'à la production confuse et inconsciente de leurs propres idées ou d’idées vulgaires et sans portée.

Il existe donc une ligne de démarcation parfaitement tranchée entre les médiums écrivains : Les uns obéissant à l’influence spirituelle qui 11e leur fait écrire que des choses utiles et élevées ; et les autres subissant l’influence fluidique matérielle qui agit sur leurs organes cérébraux, comme les fluides physiques agissent sur la matière inerte. Cette première classification est absolue, mais elle admet une foule de variétés intermédiaires.

Allan Kardec commentant cette communication, dit : « Quoi-

(1) Revue Spirite. 1865, p. 154.

SUR LA MÉDIUMNITÉ

que l’étude de cette partie intégrante du spiritisme (la médiumnité) soit loin d’être complète, nous sommes loin déjà du temps où Von croyait quil suffisait de recevoir une impulsion mécanique pour se dire médium et se croire apte à recevoir les communications de tous les esprits. Le progrès de la science spirite, qui s’enrichit chaque jour de nouvelles observations, nous montre à combien de causes différentes et d’influences délicates qu’on ne soupçonnait pas, sont soumis les rapports intelligents avec le monde spirituel ».

En Amérique, Jackson Davis disait déjà en 1855 (1): « L’esprit humain est si merveilleusement doué et dispose de moyens si variés d'activité et de manifestation, qu’un homme peut inconsciemment laisser réagir sur lui-même et en lui-même ses forces organiques et ses facultés cérébro-dynamiques. Dans certaines dispositions d’esprit, les forces conscientes concentrées dans le cerveau entrent en action involontairement et continuent à fonctionner sans la moindre intervention de la volonté et sans être soutenues par elle ».

Aksakof, dans son ouvrage si documenté, (2) non seulement attribue beaucoup de phénomènes spirites à la conscience somnambulique du médium, mais il prouve que, dans bien des cas, cette origine est évidente. Hudson Tuttle, célèbre médium américain et écrivain intuitif, a, lui aussi, insisté sur la provenance humaine de beaucoup de messages spiritiques ; enfin M. Metzger(3), appelle également notre attention sur les causes d’erreurs qui peuvent vicier les communications, et il exhorte les spirites à étudier les phénomènes du magnétisme, de la clairvoyance et de la télépathie avant de croire aveuglément que tout ce qui nous arrive par le canal de ceux qu’on appellemédiums, vient nécessairement des Esprits désincarnés.

On voit donc que les savants qui nous accusent de manquer de discernement, portent sur nous des jugements téméraires; et lorsqu’ils nous enseignent doctoralement que l’esprit de l’automatiste est le seul auteur de ses élucubrations, ils s’exposent un peu au ridicule de découvrir l’Amérique après Christophe Colomb.

(1) The présent Agé and biner Life (Le siècle présent et la vie future).

(2) Aksakof. Animisme et spiritisme , p. 273 et suiv.

(3) Metzger. Essai de Spiritisme scientifique , p. 203 et suiv.

Cependant il faut avouer que les auteurs spirites en sont restés à ces indications générales, tandis que les psychologues, depuis quelques années, ont soumis ces faits à l’expérimentation. Aussi sont-ils arrivés à des résultats qu’il est intéressant de connaître pour se faire une idée claire du phénomène complexe de l’écriture automatique.

L’automatisme graphique.

Il existe un malentendu entre les spirites et les savants qui résulte de ce que les uns et les autres ne veulent envisager qu’une partie du problème. Pour les savants, l’automatisme, avec son caractère d’inconscience, est parfaitement compréhensible par le seul jeu du mécanisme cérébral, soumis à certaines influences anormales. Ceci est vrai dans beaucoup de cas, mais il existe aussi des faits que cette théorie ne suffit pas à expliquer ; le tort de ces savants est de passer sous silence ces témoignages embarrassants et de raisonner comme s’ils n’existaient pas. D’autre part, beaucoup de spirites refusent absolument d’admettre la possibilité de l’automatisme pur et simple, qui leur paraît invraisemblable, ce en quoi ils se montrent également trop absolus.

Il est difficile de faire comprendre à quelqu’un qui sent sa main obéir à une force contraire à sa volonté, que c’est cependant lui qui est l’auteur de ce mouvement. Lorsque cette màin trace des caractères dont il n'a pas conscience, dont il ne peut prendre connaissance que lorsque l’impulsion mécanique ne se fait plus sentir, et que cette écriture énonce des idées qui lui semblent nouvelles, des raisonnements qu’il n’a pas l’habitude de formuler, il lui paraît absurde qu’on les lui attribue. Aussi il repousse les explications « officielles >> et accuse les savants d'orgueil et de parti-pris, tandis que ceux-ci le taxent d’ignorance et de crédulité.

Dans les cas douteux, il faut avoir recours à l’expérience, au fait, qui est le souverain juge et qui prononce en dernier ressort. En dépit des apparences, malgré le témoignage du sens intime, il faut admettre que l’automatisme graphique est une réalité indiscutable, même chez des sujets normaux, parfaitement sains de corps et d’esprit.

Nous avons vu que les hystériques présentent fréquemment des exemples de cette écriture inconsciente, mais c'est lorsqu’ils sont sous l’empire de suggestions à réalisation post-hypnotique,

SUR LA MEDIUMNITE

ou de suggestions faites pendant l’état de distraction, ou enfin à la suite d’incitations tactiles. Nous laisserons maintenant de côté toutes Ces études d’hôpital pour nous placer dans les conditions de la vie courante. 11 nous faut observer des personnes ordinaires, ni malades, ni suggestionnées, ni hypnotisées, en un mot jouissant entièrement de toute leur liberté d'esprit et comprendre pourquoi :

i° Elles écrivent sans le vouloir ;

20 Sans savoir ce qui est écrit ;

30 D’où viennent les raisonnements, les renseignements qui leur sont inconnus ;

4° Pourquoi ces idées écrites semblent émaner d’une personnalité étrangère à l’écrivain, et pourquoi elles sont presque toujours signées d’un nom connu.

Lorsque l’on veut étudier un phénomène complexe, il faut d’abord rechercher ses modalités les plus simples. L’expérimentateur ne doit pas s’attendre à trouver d'emblée des sujets qui écrivent des pages entières sans avoir conscience de ce qu’il font.

Il est clair que la manifestation graphique de l’automatisme ne peut pas être obtenue avec tout le monde ; il est nécessaire de faire un choix parmi les personnes qui veulent bien se prêter à l’expérience. Voici la méthode préconisée par M. Binet ; elle est lente et exige un peu de patience, c’est son seul inconvénient : (1)

On s’assied à côté du sujet, devant une table, on le prie de s’abstraire dans une lecture intéressante, ou dans un calcul mental compliqué et surtout de distraire son attention, d’abandonner sa main, et de ne pas s’occuper de ce que l’on va faire avec cette main. La main tient un crayon, elle est cachée au sujet par un écran. On s’empare donc de cette main, sans brusquerie, par des mouvements doux, et l’on imprime à la main et au crayon un mouvement quelconque, par exemple, on fait dessiner des barres, des boucles, marquer de petits points. Au premier essai, l’expérimentateur avisé s’aperçoit à qui il a affaire ; certains sujets raidissent la main, elle est comme en bois, elle résiste à tous les efforts ; et quoiqu’on recommande au sujet de se laisser aller, de ne pas penser à sa main, celle-ci n’obéit pas au mouvement qu’on lui imprime. D’ordinaire, ces sujets-là sont peu éducables. Un autre obstacle vient s’opposer fréquemment à la continuation de

(1) Binet. Annales des Sciences psychiques, Année 1900, p. 183.

l’expérience; il y a des personnes qui, lorsqu’on prend leur main, ne peuvent pas continuer à lire ; malgré elles, leur attention quitte le livre, se porte sur ce qu’elles ressentent dans la main. Les meilleures sujets sont ceux dont la main docile exécute avec intelligence tous les mouvements qu’on lui imprime.

11 y a là une sensation particulière qui apprend à l’opérateur que l’expérience aura du succès. De plus, pour empêcher le sujet de trop s’occuper de sa main, j’use souvent d’un artifice très simple, qui produit une distraction plus forte qu’une conversation avec un tiers, une lecture intéressante ou un calcul compliqué. Cet artifice consiste à faire croire au sujet que la main restera pendant toute l’expérience, continuellement inerte et passive, et que c’est l’expérimentateur qui, de temps en temps, pour les besoins d’une expérience qu’on n’explique pas, imprime à la main un mouvement. Cela suffit pour tranquilliser le sujet qui, dès lors, abandonne sa main sans résistance, s’en désintéresse et se trouve dans des conditions mentales excellentes pour que la conscience se divise.

Au bout de quelque temps la distraction devient plus continue et plus profonde. Voici les signes qu’on peut relever :

C’est d’abord l’anesthésie par distraction. La personne distraite n'est pas devenue absolument insensible comme une hystérique distraite, dont on peut traverser la peau ou lever le bras sans qu’elle s’en aperçoive ; sa sensibilité n’est pas détruite, mais la finesse de certaines de ses perceptions est bien diminuée. 11 est difficile, du reste, d’explorer cette sensibilité à un degré aussi faible de distraction.

Ce qui est le plus facile à provoquer, ce sqnt les mouvements passifs de répétition. Le crayon étant placé entre les doigts du sujet, qui est prié de se tenir comme s’il voulait écrire, on dirige la main et on lui fait exécuter un mouvement uniforme, choisissant celui qu’elle exécute avec le plus de facilité, des hachures, des boucles, des petits points. Après avoir communiqué ce mouvement pendant quelques minutes, on abandonne doucement la main à elle-même, ou on reste en contact^ avec elle, pour que la personne ne s’aperçoive de rien ; mais on cesse d’exercer une action directrice sur les mouvements. La main, abandonnée à elle-même, fait quelques légers mouvements. On reprend l’expérience d’entraînement, on la répète avec patience pendant plusieurs minutes ; le mouvement de répétition se perfectionne ; au bout de quatre séances j’ai vu chez une jeune fille la répétition srnette, que la main ne traça pas moins de quatre-vingts boucles sans s’arrêter ; puis la personne eut un mouvement brusque et secoua ses épaules en disant : « Il me semble que j’allais m’endormir... » Ce sont là tout à fait les débuts de cette éducation que l’on perfectionne par l’habitude. Nous avons constaté que M. le Dr

SUR LA MEDIUMNITE

Gley fait écrire aune personne, sans qu’elle s'en doute, le mot auquel elle a pensé (1). Nous allô s maintenant assister à -des essais plus compliqués faits par deuxsavantsaméricains: Salomons et Stein (2) sur l’automatisme graphique. Suivons le compterendu très net qui en a été publié par le Dr Binet dans les Annales Psychiques de Mai-Juin 1900

Les Recherches de Salomons et Stein

Le but des auteurs a été de chercher à développer l’automatisme de la vie normale jusqu’à son maximum de complexité.

Ils se sont pris comme sujets ; ils se disent d’excellente santé. Leurs expériences se groupent sous quatre chefs :

i° Tendance générale au mouvement, sans impulsion motrice consciente ;

2Ü Tendance d’une idée à se dépenser en mouvement, involontairement et inconsciemment ;

30 Tendance d’un courant sensoriel à se dépenser en réaction motrice inconsciente ;

4U Travail inconscient de la mémoire et de l’invention.

10 La main est mise sur une planchette analogue à celle des spirites (c’est une planchette glissant sur des billes de métal et armée d’un crayon) ; on met la planchette sur une table, sur du papier, et le crayon inscrit tous ses mouvements. L’esprit du sujet est occupé à lire une histoire intéressante. Dans ces conditions, il se produit facilement, quand le sujet a pris l’habitude de ne pas surveiller sa main, des mouvement^ spontanés, qui dérivent d’ordinaire du stimulus produit par une position fatigante; en outre, des excitations extérieures (par exemple si on iemue la planchette) produisent dans la main des mouvements de divers sens, dont on peut provoquer la répétition et qui alors se continuent assez longtemps. La distraction de l’attention estime condition importante ; mais il ne faut pas que l’histoire lue pour distraire soit trop émouvante, car cette émotion peut produire des mouvements réflexes ou une tension musculaire qui nuisent aux mouvements inconscients.

2U Le sujet lit à haute voix en tenant un crayon à la main ; parfois il écrit un mot qu’il lit, surtout lorsque ce mot est court ; les mots longs sont seulement commencés ; cette écriture se fait souvent sans que le sujet le sache .

3° Le sujet lit à haute voix et écrit les mots que pendant sa lecture une personne lui dicte à voix basse. A ces expériences on 11’arrive qu’après beaucoup d’entrainement. Au début, c’est très

(1) Voir chapitre Iy p. 38

(2) Psychologjcal Review. Normal moior Automatisai, Septembre 1896, p. 492-312.

pénible ; on s’arrrète de lire dès qu’on entend un mot. Il faut apprendre à retenir son attention sur la lecture. On arrive bientôt à continuer la lecture sans l’interrompre, même quand il y a des dictées de 15320 secondes : V écriture devient inconsciente.

4* Ici les expériences sont plus difficiles et n’ont réussi que parce que les sujets étaient bien exercés par les expériences précédentes. D’abord ils ont fait de V écriture automatique spontanée ; par exemple, en lisant,leur main écrivait ; puis ils ont même pu se dispenser de lire pourdétourner l’attention ; chez l’un des sujets, Miss Stein, la distraction était suffisante quand elle lisait les mots que sa main venait d’écrire quelque temps auparavant, V écriture spontanée de ta main était involontaire et inconsciente ; les paroles écrites étaient parfois dénuées de sens; il y avait surtout des répétitions de mots et de phrases. Les auteurs ont pu, par la même méthode, reproduire inconsciemment des passages qu’ils savaient par cœur, mais n’avaient jamais écrits.

Notons ici une remarque de ces observateurs qui appuie très fortement ce que nous avons déjà dit, à savoir: que c’est bien la même personnalité qui suit simultanément deux séries d’idées : i° celle de la lecture à haute voix, 20 celle de l’écriture, cette dernière étant oubliée aussitôt que produite, car si l’attention est trop fortement excitée par la lecture, l’action automatique s’arrête. Il n’y a donc pas en jeu à ce moment Un second personnage sub-conscient, car s’il possédait réellement une existence distincte , il prendrait d’autant plus d’importance que le moi normal lui laisserait plus de liberté, tandis qu’au contraire il disparaît. Voici la remarque de MM. Salomons et Stein : ,

La condition essentielle de toute cette activité automatique est une distraction de l’attention obtenue volontairement ; il ne faut pas cependant que V attention directe soit sollicitée avec trop de force ; si, par exemple, on relit un passage d’une histoire qu’on n’avait pas compris tout d’abord, et qui est nécessaire pour l’intelligence du reste, alors, sous l'influence de ce surcroit d'attention toute V activité automatique est suspendue.

Aussi bien chez les personnes normales que chez les hystériques, il est parfaitement inutile d’imaginer une autre conscience, formée avec les éléments dissociés de la première, puisque cel'eci suffit à expliquer toutes les anomalies, en supposant simplement une modification de la mémoire produite précisément par la distraction. Cette attitude de l’esprit est une sorte d’anesthésie psychique qui retranche de la mémoire des séries d’idées enchaînées ; celles-ci, nous l’avons vu, ont un pouvoir- moteur

SUR LA MÉDIUMNITÉ

avec lequel elles actionnent le mécanisme psycho-physiologique de l’écriture ; l’oubli immédiat de cette action donne à l’écriture son caractère d’automatisme, mais celui-ci n’est qu’apparent puisqu’il ne correspond pas à une réalité. En fait, l’écriture est toujours consciente ; seul le souvenir de ces idées est aboli, et c’est ce qui donne au phénomène son caractère d’étrangeté.

M. F. W. H. Myers (1) paraît partager cette opinion, car il dit : << 11 y a des cas fréquents dans lesquels la personne qui écrit affirme être ignorante des caractères qu’elle trace pendant qu’elle écrit, ou quelquefois jusqu’à ce qu’ils soient écrits. Dans ces cas, le processus nerveux qui cause cette écriture semble être inconscient, quoique l’acte mental requis pour produire la formation des lettres est si simple et si rapide qu’il est difficile d’être sûr qu’il n’y a pas une demi-conscience de le faire, ptesque immédiatement oubliée ... »

Le plus curieux, c’est que M. Binet est passé à côté de cette explication sans en comprendre la valeur, tandis qu'il signalait soigneusement tous les faits sur lesquels elle s’appuie. Il note en effet les points suivants qu’il relève dans les observations de Salomons et Stein :

Quand l’histoire qu’on lit pour se distraire devient très émouvante, les mouvements subconcients cessent; 2U ils cessent également s’il faut faire un effort intellectuel considérable pour comprendre ce qu’on lit ; 3° dans le cas où l’on écrit automatiquement sous la dictée, si la dictée se fait à voix très basse, exigeant un effort pour comprendre, la conscience, reparaît.

On ne saurait mieux choisir les arguments pour démontrer que l’écriture automatique n’est due qu’à ladistraction à laquelle est en proie le moi normal, et non à une seconde individualité fantastique qui n’a jamais existé que dans l’imagination des psychologues.

Nous venons d’assister à une progression continue des manifestations automatiques de l’état de veille, depuis les simples mouvements de répétition décrits par M. Binet, jusqu’à l’écriture mécanique semi-spontanée de miss Stein. Toutes ces expériences ont exigé un apprenti 'Sage, une éducation du sujet II est intéressant d’observer maintenant les cas naturels, puisque ce sont ceux qui se rapprochent le plus des manifestations spi -

(1) F. W. H. divers. P roct cdings .Auto ma tic Writling. 28 novembre 1884.

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rites. Le sujet n’étant plus soumis à des suggestions orales, ce seront ses propres pensées qui s’extérioriseront par l’écriture et nous feront connaître des idées que lui-même n’a pas conscience de posséder.

L’Automatisme graphique naturel.

Les expériences de MM. Binet, Salomons et Stein, Gley, etc. ne peuvent plus laisser de doute sur la possibilité d’écrire sans conscience. Ils n’ont fait que reproduire artificiellement ce qui a lieu spontanément pour les personnes qui ont des dispositions à l’automatisme. Le mécanisme de cette action n’offre plus rien d’obscur, de sorte que les affirmations des spirites et des savants sur ce point sont confirmées ‘expérimentalement, ce qui leur donne une certitude complète. Ce qu’il est nécessaire maintenant de comprendre, c’est pourquoi les pensées qui sont reproduites par l’écrivain lui semblent si étrangères qu’il les attribue à une autre intelligence.

Deux raisons concourent à donner aux idées écrites ainsi un caractère insolite, nouveau, inattendu : c’est d'abord qu’elles semblent surgir spontanément sans que rien les rattache à nos conceptions ordinaires ; et ensuite qu’elles sont personnifiées, qu’elles paraissent et qu’elles disent appartenir à une autre individualité. Ces phénomènes psychologiques ne sont anormaux qu’en apparence. Chacun de nous a été à même de les observer, peut-être pas pendant la veille, mais sûrement pendant le rêve. Or, nous l’avons constaté; l’automatisme se produit pendant que le sujet est distrait, c’est-à-dire dans une sorte de rêverie qui le rapproche du sommeil. L’état de distraction de l’écrivain laisse à l’imagination toute. latitude . Celleci n’étant plus contrôlée s’abandonne aux hasards de sa fantaisie ; comme dans le rêve, elle en suit les capricieux méandres. Les auteurs qui ont étudié le sommeil nous signalent les singuliers résultats auxquels peut arriver la folle du logis, lorsqu’elle est livrée à elle-même, et tous nous avons ressenti l’étonnement que produit cette incohérence. Mais toujours un fil léger relie ces conceptions désordonnées. Le plus souvent, ce lien nous échappe ; quelquefois il peut être remarqué. En voici plusieurs exemples : (i)

(i) Maury — Le sommeil et les rêves — p. 115. Voir aussi : P. Janet — Névroses et idées fixes — p. 394.

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