SUR LA MÉDIUMNITÉ IO
Il m’arrive souvent, à mon réveil, de recueillir mes souvenirs et de chercher par la réflexion à reconstruire les songes qui ont occupé nia nuit ; non pas, bien entendu, pour en tirer des règles de conduite et des révélations sur l’avenir, ainsi que le faisaient les anciens Égyptiens, les papyrus trouvés en Egypte nous le montrent, mais afin de soulever le voile qui couvre la mystérieuse production du rêve. »Un matin que je me livrais à un travail de ce genre, je me rappelais que j’avais eu un rêve qui avait commencé par un pèlerinage à Jérusalem ou à la Mecque ; je ne sais pas au juste si j’étais alors chrétien ou musulman. A la suite d’une foule d’aventures que j’ai oubliées, je me trouvai rue Jacob, chez M. Pelletier le chimiste, et. dans une conversation que j’eus avec lui, il me donna une pelle de zinc, qui fut mon grand cheval de bataille dans un rêve subséquent, plus fugace que les précédents, et que je n’ai pu me rappeler.
Voilà trois idées, trois scènes principales qui sont visiblement liées entre elles par les mots : Pèlerinage , Pelletier . Pelle , c’est-adire par Irois mots qui commencent de même et s’étaient évidemment associés par l'assonnance ; ils étaient devenus les liens d un rêve en apparence fort incohérent. Je fis un jour part de cette observation à une personne de ma connaissance, qui me répondit qu’elle avait le souvenir très présent d’un rêve de la sorte. Les mots Jardin , Chardin , et Janin s’étaient si bien associés dans son esprit, qu’elle vit tour à tour en rêve le jardin des plantes, où elle rencontra le voyageur en Perse, Chardin, qui lui donna, à son grand étonnement, je ne sais si c’est à cause de l’anachronisme, le roman de M. Jules Jaiiin de VAne mort et la femme guillotinée.
Je cite un nouvel exemple encore emprunté à mes propres observations , et qui dénote encore une association d’une nature également vicieuse. Je pensais au mot kilomètre, et j’y pensais si bien, que j’étais occupé en rêve à marcher sur une route où je lisais les bornes qui marquent la distance d’un point donné, évaluée aVec cette mesure itinéraire. Tout à coup, je me trouve sur une de ces grandes balances dont on fait usage chez les épiciers, sur l’un des plateaux de laquelle un homme accumulait des kilos , afin de connaître mon poids, puis, je 11e sais trop comment, cet épicier me dit que nous 11e sommes pas à Paris, mais dans Pile Gilolo , à laquelle jé confesse avoir très peu pensé pendant ma vie ; alors mon esprit se porta sur l’autre syllabe de ce nom, et, changeant en quelque sorte de pied, je quittai le premier et me mis à glisser sur le second ; j’eus successivement plusieurs rêves dans lesquels je voyais la fleur nommée lobèlia , le général Lope\ , dont je venais de lire la déplorable fin à Cuba ; enfin je me réveillai en faisant une partie de Loto. Je passe, il est vrai, quelques circonstnces intermédiaires dont le souvenir 11e m’est pas assez présent, et
qui vraisemblablement avaient aussi des assonances semblables pour étiquette. Quoi qu’il en soit, le mode d’association n’en est pas moins ici manifeste. Ces mots, dont l’emploi n’est certes pas journalier, avaient enchaîné des idées fort disparates.
Les rêves, de même que les idées du fou, sont donc après tout moins incohérents qu’ils ne le paraissent de prime abord ; seulement la liaison des idées s’opère par des associations qui n’ont rien de rationnel, par des analogies qui nous échappent généralement au réveil, que nous saisissons d’ailleurs d’autant moins que les idées sont devenues des images, et que nous ne sommes pas habitués à voir des images se souder les unes aux autres comme les diverses parties de la toile d’un panorama mouvant.
Lorsque fautomatiste abandonne sa main, l’imagination peut donc développer sa fantaisie puisque la distraction a eu pour résultat, en supprimant l’attention, de réduire le pouvoir que nous possédons de diriger nos pensées. Celles-ci se suivent, s’appellent, se suscitent et peuvent présenter une telle originalité qu’elles semblent véritablement étrangères au moi normal. Nous verrons plus loin quelles ressources immenses possède la mémoire, et jusqu’à quel point il est difficile deconnaître exactetement ce qu’elle recèle dans ses profondeurs.
On ne doit donc pas être trop surpris de l’imprévu des idées dont fait montre parfois l’écriture automatique.£e qui semble plus difficile à comprendre, c’est queces idées s’organisent de manière à simuler une individualité indépendante, un être en dehors de l’écrivain.
Pour nous renseigner sur la genèse de ces personnages imaginaires, il est utile d’examiner les cas pathologiques qui ne sont que l’exagération des faits nouveaux, comme le faisait justement observer Claude Bernard (i). En pleine santé, nous pouvons parfaitement concevoir quelles seraient les pensées de telle ou telle personne placée dans une situation donnée. Les romanciers, les poètes, les auteurs dramatiques composent des types qui ont des sentiments, des pensées, des actes conformes à leur âge, leur sexe, leur tempérament, leur nationalité, etc. Mais s’ils s’identifient avec ces personnages pour les faire agir et parler, ils ne perdent jamais le sentiment de leur existence personnelle. Ils ont beau être emportés par la flamme de l’inspira-
(i) Ch. Richet. V Homme et l’intelligence. Analogies de l'état normal et de l’état pathologique, p. 542.
SUR LA MÉDIUMNITÉ
tion, ils savent qu’ils ne sont qu’écrivains ; il leur reste le souvenir d’eux-mèmes parce que leur moi est normal. Chez l'aliéné, au contraire, il se produit une illusion morbide qui le porte à personnifier les produits de son imagination, à en faire des êtres réels.
Le fou, dit Maury, (2) attribue a des interlocuteurs différents, parfois même à toute une assemblée qui siège dans sa tète, les pensées qui lui viennent à l’esprit, les paroles qu’il prononce. Un aliéné que j’ai connu se disait incommodé par ladispute de plusieurs démons qui l’entouraient. Il 111’a cité les invectives, qu’à son grand scandale, s’adressaient entre eux ces esprits malins. Or, ce colloque diabolique 11’était autre que les paroles que l’aliéné prononçait lui-même, mentalement ou vocalement, paroles qu’il rapportait tantôt à un démon, tantôt à un autre. Une folle que j’ai eu l’occasion de voir à plusieurs. reprises aux environs de Paris, et à laquelle la dévotion et les procès avaient tourné la tète, madame de P..., se croyait sans cesse en discussion avec un juge qui lui avait fait perdre, disait-elle, son procès. Elle avait étudié, chose remarquable, tout exprès pour lui répondre, le code et la procédure ; mais, de son aveu, le juge était encore plus fort qu’elle, et il lui poussait des arguments, lui jetait à la tète des termes du palais qu’elle ne pouvait ni rétorquer, ni même comprendre.
Cette dernière phrase pourrait faire croire à certains spirites que ces mots nouveaux, qu’elle ne connaissait pas. devaient être prononcés par un esprit obsesseur; mais nous verrons plus loin que cette femme ayant lu beaucoup d’ouvrages juridiques et ayant fréquenté assidûment le palais, pouvait parfaitement avoir conservé la mémoire latente de ces termes, sans que sa conscience actuelle en fut avertie. Continuons :
Il n’est guère d’ouvrages sur l’aliénation mentale où ne se trouvent rapportés des faits analogues. Ce fractionnement de la personnalité qui s’opère dans l’imagination du fou, tient généralement aux ordres différents d’idées dont il est agité. 11 est assailli par des pensées contraires, entraîné ou retenu tour à tour par des motifs différents, et il suppose que ces idées et ces motifs contradictoires 11e procèdent pas tous également de son esprit. Luivientil une idée, puis une objection s’y présente-t-elle, il rapporte l’idée ou l’objection à une personne différente de lui-même. Tantôt il croit simplement obéir à des inspirations émanées d’êtres antagonistes, par exemple, de Dieu ou des démons, des prêtres
(2) Maury. Le sommeil et les rêves , p. 1 18 et suiv.
et des impies, tantôt il admet que ce sont des êtres ennemis qui parlent par sa bouche et agissent à sa place.
Cette tendance à la personnification des idées que Ton remarque chez l’enfant qui fait parler sa poupée, chez les personnes q ui causent tout haut en marchant et entretiennent des dialogues dans lesquels elles font les demandes et les réponses, est générale ; chacun de nous l’éprouve pendant le rêve. Comme le sujet est important, nous allons citer quelques faits caractéristiques qui réunissent ces deux caractères : i° de paraître inconnus, et 2° d’être personnifiés.
Nous attribuons en songe, — dit toujours Maury,— à des personnages différents des pensées, des paroles qui ne sont autres que les nôtres. Dans un des rêves les plus clairs, les plus nets et les plus raisonnables que j’aie jamais eus, je soutenais, avec un interlocuteur, une discussion sur l’immortalité de l’âme, et tous deux nous faisions valoir des arguments opposés, qui n’étaient autres que les objections que je me faisais à moi-même. Cette scission qui s’opère dans l’esprit et où le Dr Wigan voit une preuve de sa thèse paradoxale The ditality of thè inind , (la dualité de l’esprit) n’est la plupart du temps qu’un phénomène de mémoire ; nous nous rappelons le pour et le contre d’une question, et, en rêve, nous rapportons à deux êtres distincts les deux ordres opposés d’idées.
Jadis, le mot de Mussidan me vint soudain à l’esprit; je savais bien alors que c’était le nom d’une ville de France, -mais où étaitelle située, je l’ignorais; pour mieux dire, je l’avais oublié. Quelque temps après,' je vis en songe un certain personnage qui me dit qu’il arrivait de Mussidan ; je lui demandai où se trouvait cette ville. Il me répondit que c’est un chef-lieu du département de la Dordogne. Je me réveille à l’issue de ce rêve : c’était le matin ; le songe me restait parfaitement présent, mais j’étais dans le doute sur l'exactitude de ce qu’avait avancé mon personnage. Le nom de Mussidan s’offrait encore à mon esprit dans les conditions' des jours précédents, c’est-à-dire sans que je susse où est placée la ville ainsi dénommée. Je me hâte de consulter un dictionnaire géographique, et, à mon grand étonnement, je constate que l’interlocuteur de mon rêve savait mieux la géographie que moi, c’està-dire, bien entendu, que je m’étais rappelé en rêve un renseignement oublié à l’état de veille, et que j’avais mis dans la bouche d’autrui ce qui n’étaitqu’une mienne réminiscence.
Il y a bien des années, à une époque où j’étudiais l’anglais, et où je m’attachais surtout à connaître le sens des verbes suivis de prépositions, j’eus le rêve que voici:, je parlais l’anglais, et voulant dire à une personne que je lui avais rendu visite la veille,
SUR LA MÉDIUMNITÉ
j’employai cette expression : I called for y ou yesterday. Vous vous exprimez mal, me fut-il répondu, il faut dire : I called on you yesterday. Le lendemain, à mon réveil, le souvenir de cette circonstance de mon rêve m’était très présent. Je pris une grammaire placée sur une table voisine de mon lit, je fis la vérification ; la personne imaginaire avait raison.
Il est parfaitement inuftle de supposer des causes occultes quand les causes naturelles suffisent amplement à expliquer les faits. La mémoire conserve d’une façon indélébile toutes les empreintes qu’elle a reçues ; si nous n’avons pas conscience de tout ce qu’elle recèle dans ses profondeurs, c’est parce que l’oubli est précisément une des conditions d’une bonne mémoire. Pouvoir oublier est indispensable pour acquérir de nouvelles connaissances. Cette question se relie si intimement au contenu des messages écrits automatiquement, que nous ne craignons pas d’y revenir encore en donnant deux autres exemples tout aussi démonstratifs que les précédents, toujours empruntés au même auteur (i).
J’ai passé, dit-il, mes premières années à Meaux, et je me rendais souvent dans un village voisin, nommé Trilport, situé sur la Marne, où mon père construisait un pont. Une nuit, je me trouve en rêve transporté aux jours de mon enfance et jouant dans ce village de Trilport ; j’aperçois, vêtu d’une sorte d’uniforme, un homme auquel j’adresse la parole, en lui demandant son nom. 11 m’apprend qu’il s’appelle C..., qu’il est garde du port, puis disparaît pour laisser la place à d’autres personnages. Je me réveille en sursaut avec le nom de C..., dans la rète. Etait-ce là une pure imagination, ou y avait-il eu à Trilport un garde du port du nom de C... ? Je l’ignorais, n’ayant aucun souvenir d’un pareil nom. J’interroge, quelque temps après, une vieille domestique, jadis au service de monpère, et qui me conduisit souvent à Trilport. Je lui demande si elle se rappelle un individu du nom de C..., et elle me répond aussitôt que c’était un garde du port de la Marne, quand mon père construisait son pont. Très certainement je l’avais su comme elle, mais le souvenir s’en était effacé. Le rêve, en l’évoquant, m’avait comme révélé ce que j’ignorais..
Je rapportais un jour cette dernière remarque à un ami M. F..., qui a fait quelques observations sur ses rêves. Il me fournit un exemple encore plus frappant. Dans son enfance, il avait visité les environs de Montbrison, où il avait été élevé. Vingt-cinq ans après / il fait un voyage en Forez, dans le but de parcourir le
(i) Maury. Ouvrage cité pages 70 et 121.
théâtre de ses premiers jeux et de revoir de vieux amis de son père qu’il n’avait pas rencontrés depuis. La veille de son départ, il rêve qu’il est arrivé au terme de son voyage ; il est près de Montbrison dans un certain lieu qu’il n’a jamais vu, et où il aperçoit un monsieur dont les traits lui sont inconnus, et qui lui apprend qu’il est M. T;.. ; c’était un ami de son père, qu’il avait vu en effet dans son enfance, mais dont il se rappelait seulement le. nom. Quelques jours après, M. F..., arrive réellement à Montbrison. Quel n’est pas son étonnement de retrouver la localité vue par lui en songe, et de rencontrer le même M. T.,., qu’il reconnut avant qu’il se nommât pour la personne qui lui était apparue eu rêve 1 Les traits seulement étaient un peu vieillis.
Nous reviendrons plus longuement sur la mémoire latente et sur la perception inconsciente qui fait entrer en nous des images que nous n avons même pas perçues consciemment. Ce qui est dit jusqu’alors suffit à nous faire comprendre que le caractère bizarre, spontané, des pensées retracées par l’écriture automatique, se comprend parfaitement lorsqu’on a quelque peu étudié lejeu si prodigieux de l’association desidées, celle-ci rassemble les éléments les plus hétéroclites par des liens que, très souvent, nous ne pouvons plus discerner. Nous admettrons aussi cette personnification mensongère de nos propres pensées, s’individualisant parfois dans des créatures de fantaisie, qui sont de purs produits de l’imagination livrée à elle-même.
L’automatisme peut exprimer aussi des pensées que nous refoulons d’habitude par la volonté, mais qui se libèrent de cette entrave lorsque cette volonté est défaillante, de sorte qu’il arrive quelquefois que ce sont des plaisanteries vulgaires, des licences, des grossièretés même que l’écrivain voit avec stupéfaction sortir de sa plume, et dont il refuse énergiquement d’endosser la paternité, préférant mettre le tout sur le compte d’un esprit mal élevé.
Que l’on ne s’y trompe pas ! toutes ces remarques s’adressent aux automatistes proprement dits, et non aux médiums. Comme les uns et les autres existent, c’est à nous de savoir les distinguer, et nous ne le pourrons qu’en connaissant bien toutes les causes qui peuvent simuler la médiumnité véritable.
En général, la bizarrerie, le décousu des messages, leurs contradictions sont des .signes évidents qu’il n’y a pas d’autres facteurs en jeu que l’imagination débridée decelui qui expérimente. Voici un exemple, emprunté à M. Myers, qui est comme un modèle
SUR LA MÉDIUMNITÉ
de cette absurdité capricieuse que les croyants aveugles n’hésitent pas à attribuer aux esprits farceurs, tandis que les spiritualistes sérieux y voient tout autre chose. L’auteur de ce rapport est connu de M. Myers qui affirme son absolue bonne foi. (1)
J’ai voulu essayerait M.A., si je pouvais écrire automatiquement, si j’étais médium écrivain;je fis cette expérience à Pâques, en 1883. Après un intervalle d’une semaine, je continuai encore trois jours ; le premier jour je fus sincèrement intéressé ; le second jour, je fus intrigué ; le troisième, il me sembla que j’entrais dans des expériences tout à fait nouvelles, à la fois redoutables et romanesques ; le quatrième jour, le sublime finissait tristement dans le ridicule,
Histoire de Clélia.
Premier jour .
D. — Sous quelles conditions puis-je rentrer en rapport avec l’invisible ?
La main remua aussitôt pour tracer cette ligne. Le résultat n’était guère satisfaisant ; niais comme l’auteur avait dans la pensée que la condition requise pour communiquer avec l’invisible était une rectitude parfaite, il considéra que la réponse s’appliquait à ce qu’il attendait.
D. — Qui est-ce qui fait mouvoir ma plume en ce moment ?
R. — La religion.
D. — Qui a fait écrire ce mot en réponse à ma demande ?
R. — La conscience.
D. — Quest-ce que la Religion ?
R. — Adoration.
Ici s’éleva une difficulté. Bien que l’auteur n’attendît aucune de ces trois réponses, aussitôt que les premières furent écrites, il prévit le reste du mot. Cela pouvait vicier le résultat. Cons, par exemple, pouvait se terminer en conaousness , au lieu de conscience. Alors, comme pour aller au devant de cette difficulté, et comme si une intelligence avait lu dans sa pensée et désiré donner une réponse indépendante, à la question suivante il reçut cette réponse singulière :
D. 1 — Adoration de quoi ?
R. — Wb Wb Wb Wb
D. — Que signifie Wb ?
(2) F. W. H. Myers. Proceeditigs S . P. R. Automatic Writting . Décembre 1884.
R. : — Win (gagner). Buy (acheter)
D. ‘ — Quoi ?
R. — Know (ledge) conn (aissance).
L’auteur eut ici la perception des lettres qui allaient terminer le mot et la plume fit un écart subit, comme pour dire qu’il était inutile de continuer.
D. — Comment ?
C’était la première réponse qui revenait. Quoique fortement étonné par les premières réponses qui, à première vue, semblaient dénoter une intelligence et une volonté indépendantes, l’auteur remarque, qu’en sommeil n’avait rien appris de nouveau et pensa que le tout était dû à la cérébration inconsciente, d’autant mieux qu’ayant fait quelques interrogations sur des faits inconnus de lui, mais faciles à contrôler, il n’obtint que des réponses intelligibles ou erronées, il ne poussa pas plus loin ses recherches.
Deuxieme jour.
D. — Quest-ce que l’homme?
R. — Flise.
La plume en traçant cette réponse fut violemment agitée, ce qui n’avait pas eu lieu le premier jour. L’auteur trouvant une analogie avec Wb . continue:
D. — Que signifie F. ?
R. — Fési.
R. — Le.
R. — Ivy.
R. — Sir. (en français, Monsieur)
R. — Eye (en français, œil)
Fesi le ivy sir eye.
D. — Est-ce une anagramme ?
R. - — Oui.
D. — Combien de mots dans cette réponse ?
R. — Quatre.
L’auteur essaye pendant quelques minutes de trouver la solution. N’y parvenant pas et ne voulant pas perdre trop de temps pour une chose qui ne signifiait peut-être rien, il abandonne l’expérience.
Troisième jour
D. — Qu’est-ce que l'homme?
R. — Tefi haslesble lies.
SUR LA MÉDIUMNITÉ
ii:
D. — Est-ce une anagramme ?
R. — Oui.
D. - — Combien de mots dans la réponse ?
R. — V. (cinq).
D. — Quel est le premier mot?
R. — See (en français, voyez).
D. — Quel est le second ?
R. — Eeeeee.
D. — See ? (Voyez) Dois-je interpréter moi-même?
R. — Essayez.
M. A. trouva d’abord comme solution ; « Life is less able », c’est-à-dire, la vie est le moins capable. 11 reprit alors l’anagramme du jour précédent et trouva : « Every life is yes. » c’est-àdire : Toute vie est oui. Mais sa plume sembla indiquer une préférence pour un autre ordre de mots : « Every life yes, is » c’est-àdire : Toute vie, oui, est. Etonné par la production de ces anagrammes qui lui semblaient prouver l’existence d’une intelligence étrangère à la sienne, car la plume en pointant les lettres acceptait les unes et rejetait les autres, M. R. voulut en savoir davantage et interrogea cette intelligence.
D. — Qui es-tu ?
R. — Clelia î!
D. — Tu es une femme ?
R. — Oui.
D. — As-tu jamais vécu sur la terre ?
R. — Non.
D. — Le feras-tu ?
R. — Oui.
D. — Quand ?
R. — Dans six ans.
D. — Pourquoi viens-tu me parler ?
R. E if Clélia e 1.
L’auteur interprète ainsi : * 1 Clelia feel » ce qui veut dire : Moi, Clelia, je sens. M. A. demande si c’est bien la solution :
R. — E if Clelia e 1. 20.
D. — . Est-ce que 20 ans est votre âge?
R. - — 00 (elle est éternelle).
L’expérience s’arrête là. A ce moment, l’auteur croit qu’il est en relation avec un espritaunom romanesque, qui viendra habiter la terre dans six ans. Il est agité et dort mal.
Quatrième jour .
L’interrogatoire est repris avec exaltation, mais les résultats sont bien différents.
D. — Pourquoi me parles-tu ?
R. — Une ligne ondulée.
M. A. sans se laisser déconcerter, considère cette ligne comme une grave et sérieuse réponse. 11 s’examine afin de bien purifier sa pensée de tout alliage terrestre et pose la question :
D. — Pourquoi me réponds-tu ?
R. — Ligne ondulée.
D. — Dois-je répondre moi-mème ?
R. — Oui.
D. — Clélia est-elle ici?
R. — Non.
D. — Qui est là présent, maintenant?
R. — Personne.
D. — Clélia existe-t-elle?
R. —Non.
D. - — Avec qui ai-je parlé hier?
R. — Avec personne.
D. — Pourquoi avez-vous menti ?
R. — Ligne ondulée. Pourquoi avez-vous menti?
D. — Les âmes existent-elles dans un autre monde ?
D. — Qu’est-ce que cela signifie ?
R. — Peut-être. (Mav-be).
A partir de ce moment, l’écriture tantôt affirme l’existence de Clélia, tantôt la nie.
Examinons froidement ce cas, afin de chercher où se trouve la probabilité la plus forte. M. A. avoue qu’il ne connaissait’pas le nom de Clélia et qu’il ne s’amuse pas à faire des anagrammes, bien qu il s’en soit occupé pendant sa jeunesse . Cette remarque nous montre qu'il existe dans l’esprit de l’écrivain une tendance à combiner les lettres des mots dans des ordres différents. Nous savons qu’il ne faut affirmer l’existence d une cause étrangère que lorsque sa nécessité est parfaitement démontrée. Or, ici, le soidisant esprit ne dit que des choses insignifiantes qui.de l’aveu de l’expérimentateur, se rapportent à peu près à ses lectures pour la phrase : Toute vie, oui, est. Quant aux renseignements sur Clélia, ils sont absolument puérils et ce nom de fantaisie ne s applique à aucune réalité. Seul le caractère de l’automatisme, encore peu accentué, peut sembler dénoter une intervention occulte, mais nous le savons déjà, ce n’est pas un critérium puisqu’on l’observe chez des sujets comme miss Stein.qui ne sont ' médiums ni de près ni de loin. Un spirite quelque peu au courant des travaux contemporains, n’aurait pas hésité à voir dans ces réponses autre chose qu’un jeu de son imagination. Les contradictions, les réticences, le peu de suite des réponses indiquaient manifestement une pauvreté intellectuelle que les anagrammes, d’ailleurs peu compliquées, ne pouvaient pas contredire.
Enfin il manque la vraie preuve d’une intervention de l’au-
SUR LA MKDIUMNITÉ
delà : la révélation d’événements réellement inconnus, signalés par l’écriture. Dans ces conditions, nous n’hésitons pas à ranger M. A .. parmi les automatistes qui peuvent intéresser les psychologues, mais qui laissent les spirites indifférents.
Affirmations mensongères inconscientes.
Voici encore un autre exemple du au professeur Sidgwick et reproduit par M. Myers dans son étude sur l’écriture automatique :
Le professeur avait pour ami intime un Monsieur doué de la faculté d’écrire automatiquement, et tous deux essayèrent souvent d’avoir des informations correctes sur des faits inconnus d’eux, sans jamais y parvenir. « Parfois, dit-il, le résultat était curieux comme montrant une apparente tentative de l’insconcient de mon ami, pour tromper le moi conscient. Je me rappelle qu’un soir nous obtînmes ce que l’on nous dit être la première phrase du principal articles du Times qui devait paraître le lendemain matin. La phrase était bien dans le style habituel de Printring house square; mais le lendemain matin, en ouvrant le journal, nous ne l’y trouvâmes pas. Mon ami prit immédiatement le crayon, posa la main sur une feuille de papier et obtint alors de la façon habituelle un véritable amphigouri, tendant à expliquer comment la phrase donnée la veille devait réellement paraître dans l’article, mais avait été, au moment d’ètre imprimée, biffée par l’éditeur, en conséquence d’exigences politiques imprévues et qu’un autre article avait été substitué à la hâte. Lt dans d’autres cas, lorsque des communications écrites involontairement étaient prouvées fausses, on nous en donnait des explications exhibant cette sorte d’ingénuité que possède un mystificateur avéré lorsqu’on le pousse dans ses derniers retranchements.
Si je n’avais pas connu mon ami et sa bonne foi absolue, j’aurais supposé qu’il me mystifiait ; sa curiosité du résultat était plus excitée que la mienne, et il n’avaitnul dé si r conscient de me faire croire que le phénomène était dû à autre chose que le résultat de son inconsciente cérébration.
Celte assurance imperturbable que rien ne peut troubler, ce besoin maladif d’affirmer des choses qui seront démenties le lendemain, prouve une absence de sens, moral d’un caractère infantile et ne peut provenir que d’un stade inférieur de la conscience qui est, dans ce cas, privée de ses éléments supérieurs et par conséquent purement impulsive, sans discernement. Nous en verrons encore d’autres exemples qui suffisent à caractériser nettement ce genre d’automatisme.
Jusqu'alors, nous avons constaté que la distraction suffit, chez les natures prédisposées, à déterminer l’écriture sub consciente ; il faut signaler maintenant que celle-ci peut être amenée aussi par une autre cause : une sorte de somnambulisme léger, qui interrompt à peine la vie normale, qui passe inaperçu du sujet et des assistants, mais qui produit également la perte de la mémoire des phénomènes psycho-physiologiques de l'écriture automatique. Ici encore, nous n’aurons pas besoin d'avoir recours à l’existence d’un personnage inconscient, sub-conscient, etc. Les phénomènes résultant simplement de cette faculté que possède l’esprit de suivre simultanément deux séries d’idées, dont l'une est oubliée aussitôt que produite, tandis que l’autre reste consciente.
Pour que cette seconde hypothèse soit vraisemblable, il faut établir : i° qu’un état hypnoïde léger peut parfaitement exi ter pendant la veille et demeurer inconnu du sujet ; 2° que cet état est produit par auto-suggestion 30 qu’il est favorable au développement de l’automatisme graphique ; 40 que la mémoire d'une catégorie de phénomènes psychiques — celle de l’écriture — est pratiquement nulle au moment même où ils se produisent.
Le «1emi-soi«ina:?Bif>iili&iue de l’état ale veille.
Rappelons tout d'abord que le somnambulisme n’est nullement un symptôme de la névrose hystérique. Il existe un très grand nombre de personnes nerveuses qui peuvent parfaitement être hypnotisées, suggestionnées, magnétisées tout en possédant une excellente santé. Nous avons observé(i) que c’est l’opin:on motivée des docteurs Bernheim, Beaunis, Ochorowicz, et du professeur Liégeois. Les docteurs Brémaud et Bottey sont du même avis (2) et M. Myers ne craint pas d’écrire 1(3)
Je proteste contre l’assertion que l’hypnotisme lui-même et ses phénomènes sont nécessairement morbides. L’hypnotisme a de graves dangers incidents que l’on peut observer à un haut degré chez les sujets malades, mais appeler l’hypnotisme une névrose me semble aussi raisonnable que de traiter de névrose le rêve ordinaire ou l’habitude du travail assidu...
Plus loin, il dit encore :
Je propose de ranger l’hystérie (et beaucoup de troubles d’un
(1) Voir p . 90 et suiv.
(2) Société de biologie. 1883, P-537* 635, 1884. p. 69.
(3) Proceedings. S. P. R. Automatic writing . 1887. Voir également: Annales psychiques , 1897. p. 276 et suiv.
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genre voisin) dans le chapitre de l’hypnotisme, plutôt que l’hypnotisme dans celui de l’hystérie. Ces troubles auto-suggestifs montrent le dérangement de l’activité d’une cotiche du moi qui est par elle-même normale et aussi essentielle qu’une autre pour compléter notre être, et qui a une grande supériorité sur la couche superficielle au point de vue du pouvoir qu’elle peut exercer sur l’organisme.
M. Bernheim dit également : (i)
Constater que la très grande majorité des sujets est suggestible, c’est éliminer l’idée de névrose ! A moins d’admettre que la névrose est universelle, que le mot d’hystérie est synonyme d’impressionnabilité nerveuse quelconque! Et comme nous avons tous des nerfs et que c’est une propriété des nerfs d’être impressionnés, nous serions tous des hystériques.
Entraînés par leurs systèmes préconçus, MM. Binet, Janet et quelques autres ont été conduits à ranger les automatistes et les médiums dans la catégorie des malades, il est donc utile de signaler encore cette appréciation de M. Myers, qui était bon juge en ces matières ayant longuement expérimenté :
Je n’ai jamais vu que l’écriture automatique fût liée à une maladie de l’esprit ou du corps, ou à une tendance mauvaise quelconque,. excepté dans les cas de trop grande crédulité de l’écrivain, crédulité que des discussions comme celle-ci rendront plus rares, je l’espère.
Maintenant que nous sommes rassurés sur l'état de santé de tous les genres d’automatistes, nous pouvons les étudier indistinctement.et s'ils présentent des symptômes de somnambulisme à l'état normal, nous ne les classerons pas pour cela parmi les névropathes.
Généralement on se figure que l’état hypnotique s’accompagne toujours du sommeil. Si un sujet n’a pas les yeux fermés, s’il cause avec les assistants, des expérimentateurs novices peuvent croire qu’il est toujours à l'état normal, alors qu’en réalité il a subi un changement asssez profond pour qu’on puisse non seulement lui donner toutes les suggestions classiques, mais aussi s’assurer qu’il présente les phénomènes physiologiques de contractures, de paralysies, d’insensibilité, etc. Nous avons été témoin de ces effets chez M. Bouvier, magnétiseur lyonnais, et très fréquemment aussi en assistant aux expériences faites par M.le Dr Moutin sur des sujets pris au hasard dans le public;
(i) Bernheim. La suggestion H ses applications à la thérapeutique . Introduction. p.XIV.
les résultats qu’ils obtiennent confirment ceux observés antérieurement, que nous allons résumer d’après le travail du professeur Beau ois. (i)
Sans remonter jusqu’aux procédés de l’abbé Faria (2), un nommé , Grimes, vers 1848, produisait che ç des personnes éveillées toute la série des effets nerveux que Braid obtenait par l’hypnotisme. (3)
Le procédé de Grimes ou électro-biologie fut propagé en Angleterre par un M. Stone, qui convertit le Dr Carpenter, et sur le continent par le Dr Durand (de Gros), dont nous donnerons tout à l’heure l’opinion. Les biologisés (biologised subjets) doivent être considérés comme éveillés ; mais cependant on trouve toutes les gradations entre cette condition et l’état du vrai somnambulisme.
Voici ce que le Dr Bernheim écrit sur cet état (4):« Beaucoup de sujets qui ont été hypnotisés antérieurement peuvent, sans être hypnotisés de nouveau, pour peu qu'ils aient été dressés par un petit nombre d’hypnotisations antérieures (une, deux, ou trois suffisent chez quelques-uns) présenter à l’état de veille l’aptitude à manifester les mêmes phénomènes suggestifs et il mentionne les contractures, les mouvements automatiques, des modifications de la sensibilité, etc. que l’on obseive chezeux. 11 n’est même pas besoin, dit-il plus loin, que le sujet arrive à un sommeil profond, et il est des individus chez lesquels les suggestions faites à l'état de veille réussissent , tandis que celles qui sont faites pendant le sommeil sont inefficaces.
M. Liégeois^) définit très bien l’état des personnes auxquelles on peut donner des suggestions sans qu’elles dorment le moins du monde :
« Ce qui est surtout singulier, dit-il, dans les expériences dont je viens parler, c’est l’état du sujet mis en expérience.// ne présente pas la moindre apparence de sommeil ; il a les yeux ouverts, les mouvements aisés ; il parle, maïxhe, agit conVme tout le monde ; il prend part à la conversation, répond aux objections, les discute, a souvent des réparties heureuses ; il semble être dans un état absolument normal, excepté sur un seul point où porte la prohibition de l’expérimentateur. »
(1) Beaunis; Le Somnambulisme provoque, p. 158 et suiv.
(2) De la cause du sommeil lucide ou étude de la nature humaine. Voir aussi l’ouvrage du général Noizet. Mémoire sur le somnambulisme et le magnétisme animal. 1856.
(3) Durand (de Gros). Le Merveilleux scie n tifiq uc . 1804, p . 1 1 8 et suiv.
(4) Bernheim. Delà suggestion dans Vctat hypnotique, p. 52.
(5) Liégeois. De la suggestion hypnotique . Paris, 1884.
Le Dr Liébault, sous le nom de Charme, décrit un état du sujet qui est plus profond que celui dont nous parlons ici, mais qui n’est pas encore le somnambulisme ordinaire ; il dit : (1)
«Parmi les sujets que' l’on peut endormir, on en trouve qui arrivent seulement dans un engourdissement très curieux et désigné sous le nom de charme , ceux-ci pensent encore activement et ont une conscience asse\ nette du monde extérieur ; mais si on leur affirme, par exemple, l’impossibilité de parler, de faire certains mouvements, voire même de sentir, ou si 011 leur suggère l’idée d’actes absurdes, leur attention, déjà sans ressort, s’immobilise complètetement sur les idées imposées, leur esprit les adopte et l’organisme obéit ; ce sont de vrais automates placés sur la limite de la veille et du sommeil. »
Le Dr Ch. Richet a observé quelque chose d’analogue sur deux femmes qu’il étudiait. Voici ce qu’il en dit : (2)
« Chez ces deux femmes il n’y a pas, entre l’état de sommeil magnétique et l’état normal, cette différence nette et formelle qu’on voit dans les livres classiques. Chez elles, on peut provoquer presque tous les phénomènes d’hallucinations sans qu’il y ait de clôture des paupières, et alors qu’est conservée exacte et complète la notion de la personnalité. »
En résumé, il résulte des faits qui viennent d’être exposés qu’on peut déterminer chez certains sujets un état particulier qui n’est ni lè sommeil hypnotique ni la veille. Cet état se distingue du sommeil hypnotique par plusieurs points : le sujet est conscient, il a les yeux ouverts; il est en rapport avec le monde extérieur ; il se rappelle parfaitement tout ce qui se dit ou se fait autour de lui, fout ce qu’il a dit ou exécuté lui-même. Mais c’est ici un caractère des plus importants sur lequel nous appelons spécialement l'attention du lecteur, le souvenir n’est pas conservé pour les suggestions qui lui sont données;c’est par cet oubli et par la docilité que cet état se rapproche du somnambulisme. Ces deux caractères sont les seuls qui le distinguent de l’état de veille.
Il est certain que les personnes qui sont assez sensibles pour qu’une influence très faible, de courte durée, produise cepen-' dant un état hypnoïde caractérisé par une telle suggestibilité,doi-
(1) Liébault. Le sommeil et les états analogues, p. 33.
(2) Ch. Richet. Sur la personnalité et la mémoire , dans le somnambulisme. Revue Philosophique . 303. 1884.
vent être prédisposées à subir presque passivement toutes les influences morales qui s’imposeront à elles avec force. C'est ce qu’a bien vu le Dr Durand (de Gros) lorsqu'il écrit :
« Les électro-biologistes s’attachent dans leurs expériences, et réussissent à démontrer ce fait énorme, un fait gros des plus grosses conséquences , que l’état hypotaxique ou de suggestionnabilité peut se cacher entièrement sous les . pparences d’un état de veille parfait, au point de ne se trahir par aucun signe appréciable à T œil nu.
« De ce lait, j’ai depuis longtemps induit cette vue, que je soumets derechef à l’attention de qui de droit, que la Société renferme une multitude de gens allant et venant et nous coudoyant dans la rue comme le commun des citoyens, et qui n’en sont pas moins atteints d’un état hypotaxique inné ou accidentellement contracté , dont ils ne se doutent aucunement, et leurs voisins, parents, amis et connaissances, pas davantage, et qui à leur ainsu et à l’insu de tout le monde, peuvent à tout brut de champ subir toutes sortes d'impressions suggestives de rencontre, la plupart insoupçonnées et étrangères à toute intention, mais non moins pernicieuses souvent et dont l’existence de ces êtres est l’infortuné jouet. C’està c l'électro-biologie » yankee, à l’hypnotisme vigilant de Grimes, que sont dues les premières indications révélatrices nettement accusées de ce fait humain de la plus grave importance médicale, morale et sociale.
Un des caractères les plus remarquables decet état, de ce demisomnambulisme que nous avons souvent observé, c’est que celui qui en est l’objet n’a pas conscience du changement qui s’est produit en lui. Vous lui donnez la suggestion qu’il ne peut plus dire son nom, il en rit, il hausse les épaules, il dit que c’est absurde, et cependant excité, poussé à bout, lorsqu’il veut prononcer ce mot, il doit reconnaître que cela lui est imposssible. Sa volonté, qu’il a toujours l'illusion de croire libre, est en réalité dominée par la suggestion irrésistible qui le paralyse. De tout ce qui précède, nous pouvons conclure qu’il existe" un assez grand nombre d’individus qui, sous des influences extérieures très faibles, sont aptes à entrer dans un état hypnoïde léger dont ils ne s’aperçoivent pas eux-mêmes, qui n’est pas apparent pour ceux qui n’en sont pas prévenus, et qui cependant les prédispose à subir passivement les suggestions qui leur seront faites, ou qu’ils > pourront se donner eux-mêmes. C’est dans cette catégorie que l’on trouvera des automatistes, et l’on comprendra d’autant mieux ce qui se passe en eux que l’on connaîtra toute la puissance de l’auto-suggestion.
SUR LA MEDIUMNITE
Suggestion et autosuggestion pendant le sommeil provoqué.
Pour embrasser dans son ensemble le tableau si divers et si compliqué des phénomènes que peut produire lauto-suggestion, il est indispensable de rappeler d’abord ce que la suggestion ordinaire est capable de faire.
L’hypnotisme a rendu à la psychologie des services inestimables en lui permettant de pénétrer dans le mécanisme intime de l’esprit Ce que l'observation ne nous montrait que dans des cas exceptionnels, nous pouvons maintenant le reproduire à volonté en plaçant un sujet dans les conditions spéciales que nous avons besoin de connaître. C’est un automate vivant et docile dont nous faisons mouvoir les rouages intellectuels dans toutes les directions, afin d’en découvrir les lois. Tous les sujets hypnotisables ne sont pas également dociles à la suggestion, il en est même qui s’y refusent absolument ; d’autres n acceptent qu’un genre particulier de suggestion ; les faits que nous dérivons sont donc tirés de la généralité des observations et non de tel cas particulier .
Les anciens magnétiseurs connaissaient déjà ces phénomènes, comme on peut s’en assurer par la lecture des ouvrages de Puységur, Deleuze, l’abbé Faria,Du Potet,Charpignon, Teste, etc. nos modernes hypnotiseurs n’ont rien découvert de nouveau, mais pour être juste il faut reconnaître que c’est depuis les travaux de Braid, deCharc.ot, de Ch. Richet, de Binet et Ferré, et surtout de l’école de Nancy, que la suggestion n’est plus niée, malgré l’étrangeté parfois déconcertante des résultats qu elle permet d’obtenir.
On peut grouper sommairement tous les faits en trois catégories : i° Ceux qui ont traita la suppression delà douleur dans des conditions d’états nerveux et musculaires qui entraînent inévitablement la souffrance dans les circonstances normales ; 20 Ceux qui montrent que le pouvoir de 1 âme s’étend-sur des fonctions organiques que l’homme ordinaire est incapable d’influencer ; 30 Ceux qui se rapportent aux opérations intellectuelles.
Notre objet n’est pas de faire une étude de la suggestion, mais de montrer principalement le pouvoir de dissociation de l’hypnotisme dans toutes.ses manifestations. La suppression de la douleur est un des plus merveilleux résultats auxquels on soit parvenu. Depuis longtemps on connaissait l’insensibilité des
sujets magnétisés, maison n’y croyait guère; aujourd’hui, il suffit d’aller à la Salpétrière ou à l’hôpital de Nancy, pour voir quantité de malades qui traversent les phases de leurs différentes maladies organiques, sans éprouver guère plus qu’un malaise, « et se débarrassent de leurs souffrances nerveuses dans la chambre de consultation, aussi facilement que de leur paletot ou de leur chapeau ».
Tel est le cas, par exemple, de cette femme citée par le professeur Delbœuf et leDrFraipont qui riait et plaisantait pendant des couches laborieuses, (i) Dernièrement, M. P. [anet signalait aussi l’insensibilité complète d’une femme pendant une opération qui nécessitait la dilatation du col et le curetage de l’utérus. (2)
La suppression de la douleur obtenue par l’hypnotisme n’est pas comparable à celle produite par les narcotiques, qui amènent une disparition absolue de la conscience. Il y a une sorte de choix parmi ies sensations, de manière à supprimer celles qui seront désagréables, et celles-là seulement.
Ce n’est pas la pure insensibilisation de quelques pntions particulières d’extrémités nerveuses (commeen produit par exemple la cocaïne) mais aussi une suppression de beaucoup de sentiments concomitants, comme la nausée, répuisement, l’anxiété, qui ne dépendent pas toujours de la souffrance principale, mais qui ont besoin, pour ainsi dire, d’être leçon n us objectivement désagréables, avant d’être choisis pour l’inhibition (3) .
D'ordinaire, presque toutes les fonctions de la vie organique de notre corps nous sont aussi étrangères que si elles avaient lieu dans un autre organisme. Cependant, pendant l’hypnose, on peut atteindre ce territoire inaccessible habituellement et y produire des changements variés. Le professeur Beaunis et le Dr Krafft-Ebing ont ralenti les pulsations du cœur par suggestion.^) D’autres, comme le professeur Bernheim et M.Focachon, ont obtenu de la rougeur et des ampoules par le même procédé. Les Docteurs Ramadier, Mabille, Bourru et Burot ont produit de la congestion localisée, des saignements de nez et de l’ecchy-
(1) Revue de l' Hypnotisme . Avril 1892,
(2! P. Janet Névroses et idées fixes, p. 481.
(3) Myers. La conscience subliminale in Annales Psych. Mars- Avril 1898. p. 104.
(4) Beaunis. Le somnambulisme provoque . p. 24. Voir aussi Pitres, Leçons sur V Hystérie . etc. V. II, p. 479.
SUR LA MÉDIUMNITÉ 1 2 3 -7
mose.(i) Le Dr Forel et d’autres ont pu ramener des secrétions arrêtées en fixant l’heure à l’avance (2). Voici un curieux exemple de cette vésication par suggestion : (3).
L’expérience suivante a été faite par le docteur J. Rybalkin, en présence de ses collègues, à l’hôpital Marie à St-Pétersbourg. Le Dr Rybalkin avait déjà expérimenté dans ce sens avec le même sujet C’était un peintre en bâtiment, nommé Maci rk, âgé de seize ans, hystérique et presque entièrement anesthésique. Il fut hypnotisé à 8 h. ;o du matin et on lui dit ‘.'Quand vous vous réveillerez, vous aurez froid, vous irez vous chauffer au poêle et vous vous brûlerez le bras sur une ligne que j’ai tracée. Cela vous fera du mal, une rougeur apparaîtra sur votre bras ; il enflera, il y aura des ampoules ».
Réveillé, le sujet obéit. 11 poussa même un cri de douleur au moment où il toucha la porte du poêle, qui n’était pas allumé !
Quelques minutes après, une rougeur sans gonflement pouvait être vue à la place indiquée, et le sujet se plaignit d’une vive douleur lorsqu’on le touchait. O11 lui mit un bandage au bras, et il alla secoucher sous nos yeux.
A la fin de notre visite, à 1 1 • h. 30, nous constatâmes une enflure considérable accompagnée de rougeur et d’érythème à papules à l’endroit de la brûlure. Un simple contact dans un cercle de 4 centimètres causait une sérieuse douleur ; le médecin, le Dr Pratine, entoura l’avant-brassd’un bandage qui montait jusqu’au tiers supérieur du "bras.
Le lendemain matin à 10 heures, quand le pansement fut enleve, nous vîmes, à l’endroit de la brûlure, deux ampoules. Lune de la grandeur d’une noix, l’autre de celle d’un pois et une quantité de petites ampoules. Autour, la peau était rouge et sensible. Avant l’expérience, cette région avait été anesthésique. A trois heures, les ampoules s’étaient réunies en une seule grau Je ampoule. Le soir, l’ampoule qui était pleine d’un liquide jaune à moitié transparent, ^se creva et il y eut une plaque ulcérée. Une semaine plus tard, la sensibilité ordinaire revint sur la cicatrice et au bout de quinze jours il ne restait plus qu’une marque rouge à l’endroit de la brûlure.
Le troisième genre de suggestion s’adresse aux facultés intellectuelles. Il n’existe pas un seui acte de notre vie mentale qui ne puisse è're reproduit et exagéré par ce moyen. Signalons ici encore ce pouvoir de dissociation que nous avons vu s’excercer au sujet des hallucinations systématisées, autrement dit cellesqui suppriment toutes les sensations et tous les souvenirs relatifs à
(1) Voyez Revue de /' Hypnotisme. Décembre 1887. p. 183.
(2) Revue de /’ Hypnotisme. Avril 1889. p.298.
(3) Revue de V Hypnotisme. Juin 1890. p. 361.
une personne présente, en laissant les autres intactes (i). On produit avec la même facilité l’opération inverse, c’est-à-dire la création d’un personnage imaginaire qui aura toutes les apparences de la réalité. Les hallucinations suggérées portent sur toutes les sensations. On peut faire entendre au sujet le bruit du vent, le son des cloches ou un air d’opéra. Son goût et son odorat sont pervertis ou illusionnés ; ses sensations musculaires troublées à ce point qu’il ne pourra soulever l'objet le plus léger ; la mémoire sera tour à tour abolie ou exaltée et le mécanisme de l’intel’igence, les associations d’idées seront mises à nu par ce procédé ; la suggestion hypnotique peut porter non seulement sur les sensations et sur les actes, elle a une influence plus haute : elle agit sur les passions, les sentiments, le caractère. On rend à volonté un sujet triste, gai, colère, etc ; on peut modifier à son gré et instantanément son caractère moral. Un fait encore plus important, c’est qu’on peut obtenir aussi par suggestion non seulement des modifications temporaires, mais des modifications permanentes du caractère et créer ainsi la médecine mentale qui donne déjà de si beaux résultats (2).
Comment se produisent ces transformations qui tiennent du prodige et dont les apparences merveilleuses ont si longtemps effarouché le monde médical ? Pour le savoir, il faut se rendre compte de l’état particulier du sujet pendant que se font les suggestions et bien connaître la véritable nature de nos idées.
La première constatation, c est que l’hypnose crée un état nerveux qui a pour résultat d’amener une totale inertie psychique. Quand on demande à un sujet endormi à quoi il pense, il répond toujours qu’il ne pense à rien. (3) Ceci est littéralement vrai ; son intelligence est vide. Mais qu'on vienne à prononcer un mot qui éveille une idée, celle-ci étant seule, ne rencontrant ni état antagoniste, ni pouvoir d’arrêt, va se développer démesurément et envahir l’imagination entière.
Elle prendra une intensité prodigieuse ci se réalisera complètement. C’est pourquoi les ordres suggérés sont si soigneuse-
( 1) Voir p, 75 .
(2) Voir les ouvrages de Bernheim: La suggestion mentale. P. Janet, Névroses et idées fixes. Ch. Féré. La médecine d'imagination.
(3) Ch. Richet. L’ homme et ï Intelligence, p. 184. Beaunis. Le somnambulisme provoqué . p. 224 et suiv.
SUR LA MÉDIUMNITÉ t2Ç)
ment accomplis et les hallucinations si complètes et si absolues.
Les images mentales — qu’elles soient visuelles, auditives, tactiles, olfactives, gustatives, musculaires, etc., — nous le savons aujourd’hui d’une manière certaine (i), ont un siège dans le cerveau. Le souvenir n’est qu’une sensation qui renaît, une image, une représentation qui se revivifie. En général, elle est plus faible que l’impression primitive, mais lorsque l’attention se fixe sur une pensée particulière, celle-ci est capable de produire la même sensation que la réalité. Pendant le sommeil il est facile d’observer le même phénomène. L’esprit n’étant plus distrait par les mille stimulations du milieu extérieur, se concentre sur les tableaux que son imagination lui présente, et ils ont pour lui la même réalité que ceux de l’état de veille.
C’est ce qui se produit également pendant l’hypnose. Les hallucinations suggérées sont tout à fait indiscernables des sensations ordinaires. Donner à un sujet l’illusion qu’il déguste du cassis, alors qu’il ne boit réellement que de l’eau, c’est exalter en lui le souvenir du goût de cette liqueur et le réveiller avec assez d’acuité pour que la sensation revive momentanément. Lui affirmer que son frère est là, c’est le lui faire voir aussi distinctement que s'il était présent.
Comme le remarque M. Binet, (2) cette théorie de l’image n’a rien de matérialiste; elle rapproche l’image de la sensation, elle en fait une sensation conservée et reproduite. Or qu’est-ce que c’est que la sensation ? Ce n’est pas un fait matériel, c’est un état de conscience comme une émotion ou un désir. Si l’on est tenté de voir dans la sensation un fait matériel, c’est parce qu’elle a un corrélatif physiologique très-apparent, l’excitation produite par l’objet extérieur sur les organes des sens et transmise au cerveau. Mais on sait que tous les faits de l’esprit sont accompagnés d’un phénomène physiologique. C’est la loi. A ce point de vue, la sensation et l’image ne different pas des autres états de conscience.
On voit donc que la suggestion de l’opérateur n’a d’action que si elle passe par /’ intelligence du sujet . C’est celle-ci qui est la cause agissante, et sans elle rien ne se produirait. Nous ne se-
(1) Voir Taine. De V intelligence. Livre 11. Galton. Inquiries into hum an faculties, p. 83,
(2) A. Binet. La Psychologie du raisonnement ,p. 17.
rons donc pas surpris de constater que parfois c’est ie sujet luimême qui se donne des suggestions. Citons deux auteurs qui ont bien étudié ces phénon ènes : (i)
Il est des cas où la suggestion prend son point de départ dans l’esprit du sujet : il se suggère lui-même. Au lieu d’être le résultat d’une impression du dehors, comme dans le cas de suggestion verbale, la suggestion est le résultat d’une impression du dedans, telle qu’une idée fixe, une conception délirante. En voici quelques exemples;
Une malade, dans une vision imaginaire, avait lutté corps à corps contre l’hallucination de l'un de nous, et lui avait appliqué un violent coup de poing en pleine figure. Le lendemain matin, comme son prétendu adversaire entrait dans la salle, elle s’aperçut qu’il portait une ecchymose à la joue. Cette hallucination, qui dérive d’une première hallucination, comme une conclusion dérive de scs prémisses, est un exemple type d’auto-suggestion. En effet, la malade a dû exécuter, s^us une forme inconsciente, un raisonnement analogue h celui-ci : Je lui ai donné un coup de poing, donc il en porte la marque.
Une autre malade, au sortir d’une phase de léthargie profonde qui n’avait duré que cinq à dix minutes, s’imaginait qu’elle avait dormi pendant plusieurs heures. Nous favorisons cette illusion en lui affirmant qu’il est deux heures de l’après-midi : il était réellement 9 heures du matin. A cette nouvelle, la malade ressent la faim la plus vive et nous supplie de la laisser partir pour aller manger. C’est là une sorte d’hallucination organique, l’hallucination de la faim que la malade s’est suggérée elle-même. Elle a inconsciemment exécuté un raisonnement analogue à celui-ci ; il est deux heures de l’après-midi, je n’ai pas mangé depuis mon lever, donc je me meurs de faim. Ajoutons que cette faim imaginaire fut apaisée par un repas également imaginaire. O11 fit apparaître par suggestion sur un coin de la table une assiette de gâteaux que la malade dévora ; au bout de cinq minutes, elle n’avait plus faim, ni appétit. Les exemples précédents d’auto-suggestion sont tous empruntés aux hallucinations. En voici un qui appartient à un ordre d’idées différent :
On s’approche d’une malade endormie et on lui fait un récit amené connue il suit ; « 11 vient de vous arriver un grave accident tout à l’heure, vous le rappelez-vous ? Vous traversiez la cour; votre pied a glissé et vous êtes tombée sur la hanche ; elle se met à geindre ; de plus, se suggérant les suites logiques de sa chute, elle se donne en quelque sorte une légère paralysie du membre : à son réveil , elle boite !
On trouvera d’autres exemples semblables dans les auteurs qui ont étudié l'hypnotisme, il nous suffit d avoir rappelé ces
(i) Binet et Feré. Le Magnétisme animal, p. 135.
* EBBH
SUR LA MÉDIUMNITÉ 1 3 I
faits qui nous aident à comprendre comment peut naître et se développer l’auto-suggestion naturelle.
L’auto suggestion à l’état de veille.
Si nous disions que les phénomènes précédents peuvent se reproduire sur le premier venu, à l’état de veille, nous hasarderions une affirmation absurde et démentie par l’observation journalière. Mais si nous prétendons que l’hypnose ne fait que grossir, exagérer, mettre en relief une disposition à la suggestibilité qui existe en chacun de nous, nous serons strictement dans la vérité. Tous nous subissons chaque jour, plus ou moins, l’influence d'une volonté étrangère et il est facile de constater que les sociétés se composent d’une masse qui obéit, qui est suggestionnée, et d’un élite qui la dirige, qui la suggestionne.
On pourrait citer de nombreux exemples de cette influence qui s'impose à une assemblée en donnant naissance à une hallucination.
On raconte que le soir de l’exécution du maréchal Ney, (i) quelques personnes se trouvaient réunies dans un salon bonapartiste ; tout à coup, la porte s’ouvrit, et le domestique se trompant sur le nom de l’arrivant, qui s’appelait M. Maréchal Aine, annonça, à haute voix : Monsieur le maréchal Ney ! A ces mots, un mouvement d’effroi parcourut la réunion, et les personnes présentes ont raconté depuis que, pendant un instant, elles virent distinctement, dans Monsieur Maréchal, la personne de Ney qui s’avancait en chair et en os au milieu du salon.
La Revue Scientifique reproduit, d’après P sychological Review, le récit de l’expérience suivante faite par M. Plasson à l’Université de Wyomming'2) :
J’avais préparé une bouteille remplie d’eau distillée, soigneusement enveloppée de coton et enfermée dans une boîte. Au cours d'une conférence populaire, après quelques autres expériences, je déclarai que je désirais me rendre compte avec quelle rapidité une odeur se diffuserait dans 1 air, et je demandai aux assistants de lever la main aussitôt qu’ils sentiraient l’odeur.
Je déballai la bouteille et versai l’eau sur le coton en éloignant la tète durant l’opération ; puis je pris une montre à secondes en attendant le résultat. J’expliquai que j’étais absolument sûr que personne dans l’auditoire n’avait jamais senti l’odeur du composé chimique que je venais de verser et j’exprimai l’espoir que, si
(1) Brièrre de Boismont. Les hallucinations.
(2) Revue scientifique. 23 Octobre 1899.
l’odeur devait sembler forte et spéciale, elle ne serait toutefois désagréable à personne.
Au bout de 15 secondes, la plupart de ceux qui étaient en avant avaient levé la main, et en moins de 40 secondes « l’odeur » se répandit jusqu’au fond, par ondes parallèles assez régulières. Les trois quarts de V assistance, environ, déclarèrent sentir l’odeur; la minorité obstinée comprenait plus d’hommes que la moyenne de l’ensemble. Un plus grand nombre d'auditeurs aurait sans doute succombé à la suggestion, si, au bout d'une minute, je 11’avais été obligé d’arrêter l’expérience, quelques-uns des assistants des premiers rangs se trouvant dèplaisamment affectés et voulant quitter la salle.
Cette expérience très bien faite montre qu’un quart environ de 1’assemblée ét^it absolument réfractaire. Les trois autres quarts subissaient la suggestion, mais d’une manière atténuée, tandis que chez certains assistants, elle avait pris assez d’empire pour les incommoder. Ce sont justement ces personnes sensibles, chez lesquelles l’imagination est très développée, qui sont naturellement portées à subir l’empire d’une idée qui s'impose à leur esprit, et cela avec une telle force qu’elles ne peuvent plus s’en débarrasser. Beaucoup de maladies, avec des symptômes très compliqués, n’ont pas d’autre cause, ce sont les maladies psychiques — et toute une thérapeutique nouvelle s’est fondée sur la connaissance que nous avons aujourd’hui du pouvoir de la suggestion. On avait remarqué depuis longtemps « l’action de l’esprit sur le corps», mais c’est seulement depuis vingt ans que les expériences de l’école de la Salpétrière et de celle de Nancy commencent à fournir les moyens d’opérer méthodiquement et d’arriver à des résultats prévus d’avance.
La méthode générale est de détruire l’auto suggestion par une suggestion contraire, assez forte pour neutraliser l’idée délirante.
Le Dr Morton Prince (1) cite un cas où une dame se figurait (et la chose se produisait réellement) que la simple présence d’une rose dans la chambre produisait en elle un violent catarrhe et une forte émission de larmes. A la fin, son médecin imagina un remède qui réussit. 11 lui présenta à l’improviste une rose artificielle qu’elle prit pour une vrai»*. Les symptômes pénibles survinrent ; mais quand il lui montra que la rose ne sentait rien et n’avait pas de pollen, le choc mental fit redevenir normale, si j’ose ainsi dire, la subconscience de son odorat. L'auto-suggestion
(1) Annales des Sciences psychiques. Mars- Avril, 1898, p. 108.
SUR LA MHDiUMNlTH
lut détruite et elle put désormais sentir les roses comme tout le monde.
Cest si bien l’idée qui est la cause efficiente de certains états morbides, qu’il suffit parfois d’une influence extérieure, très faible, pour donner à la suggestion contraire une intensité assez grande pour détruire l’idée fixe et rétablir la santé. Voici un exemple cité par M. Bernheim (i):
il s’agit d’une Brésilienne qui, à Rio de Janeiro, apres avoir vu un cheval prendre le mors aux dents, avait présenté des crises d’hystérie et consécutivement un tic à la face.
Au Brésil même, on l’avait, grâce à l’hypnotisme, guérie de son tic. Elle vint me trouver un beau jour, parce qu elle avait quotidiennement cinq à 6 crises, à table, entre le premier et le second plat. Je lui fis alors du vrai hypnotisme et elle n’eut plus aucune crise pendant dix-huit mois. Mais de retour au Brésil, elle a une émotion morale et les crises reparaissent.
« Pouvez-vous me traiter par correspondance ? » m ecrit-elle. « Certainement, > lui répondis-je. Tous les jours, a dix heures du matin, vous vous mettrez dans un fauteuil, vous lirez attentivement ma lettre, vous m’entendrez dire: «Dormez 1 » et vous vous endormirez pendant dix minutes, après quoi vous vous réveillerez toute seule ; ainsi vous serez guérie de vos crises. Vous ferez ce traitement pendant dix jours, et au bout de ce temps vous m’ecrirez. »
Je reçois, en effet, une lettre dithyrambique : pendant ces séances de dix minutes, non seulement elle m entendait, mais elle causait et tenait des conversations avec moi . Deux années se passèrent sans encombre. Au bout de ce temps, je reçois une nouvelle lettre ; cette personne n’a plus de crises ; mais, depuis plusieurs semaines, elle a des obsessions ; par exemple, elle se sent attirée par la fenêtre et n’ose s’en approcher de peur de se précipiter dehors. Je renvoie une lettre analogue a celle qu: avait si bien réussi une première fois et je reçois de nouveaux ^remerciements dithyrambiques : cette femme avait guéri parce qu' elle avait foi en moi.
Pour tout esprit non prévenu, les faits précédents, qui ne sont quederares exemples prisparmi des milliers d’autres, montrent que sur des personnes spéciales, sur les nerveux, l’autosuggestion amènera des effets semblables à ceux dont nous avens constaté l’existence pendant le sommeil. Toutes les fermes de suggestions peuvent se produire spontanément pendant 1 état de veille ; nous ne serons donc pas étonnés de constater que beaucoup d’automatistes devront leur pouvoir d’écrire incons-
(i) Bernheim. Revue de V hypnotisme . 1900, p. 367.
ciemment à la croyance qu’ils auront d’être en rapport avec des habitants du monde spirituel.
Voici une personne en bonne santé, mais d’une nature émotive très accentuée qui, le plus souvent à la suite de peines morales, cherche dans le spiritisme les consolations que la vie lui a refusées. Après avoir assisté à un certain nombre de séances, ayant été témoin de la joie de ceux qui obtiennent des communications, elle ressent un violent désir d’entrer en i apport avec un être cher dont la perte lui laisse de cuisants regrets. Elle a lu les ouvrages spirites ; elle sait que sa main doit marcher automatiquement. Elle attend anxieusement les premiers frémissements qui, elle ne l’ignore pas, décèlent l’action spirituelle. Son attention concentrée suspend l’activité de son esprit et crée en elle cet état analogue au charme, à la fascination, décrit par les docteurs Liébault, Brémaud, Beaunis, etc. Alors elle entre involontairement dans la phase de somnambulisme partiel d? l’état de veille, pendant lequel se produit l’automatisme. Ce sont d’abord des mouvements brusques, des lignestracées brutalement, comme sous l’impulsion de décharges nerveuses déréglées. Puis avec la répétition, l’exercice qui amène l’habitude, l’action nerveuse se régularise, la main trace des lettres, puis des mots et enfin des phrases dont le souvenir ne sera pas conservé dans le moi normal, et l’automatisme graphique sera constitué.
Cet envahissement du somnambulisme partiel pendant l’état de veille n’est pas aussi rare qu’on pourrait le supposer au premier abord, de nombreux exemples en ont été observés souvent ch^z les intellectuels, artistes et écrivains. Citons quelques cas empruntés au livre si documenté du Dr Chabaneix, sur la sub-conscience.
Le Somnambulisme à l’état de veille chez les artistes et les écrivains.
Diderot oubliait souvent les heures, les jours et les mois, et jusqu’aux personnes avec lesquelles il avait commencé à* causer ; ii leur récitait de \ éritables monologues à la façon d’un somnambule (i). V
En parlant d’ungrand peintre anglais, Fuseli, M. Burger écrit : « Quelles ne lurent pas les extases de Fuseli dans la ville éter-
(i) Schérer. Diderot , 1880. Cité par Lombroso dans : L'Homme de génie • p. 26.
SUR LA MEDIUMNITE
nelle ! C’est lui qui inventa de se coucher sur le dos au milieu des églises et des palais pour en contempler les voûtes. Il passait des journées entières, étendu sur les dalles de la chapelle sixtine, plongé dans une sorte d'ivresse ou de somnambulisme . s’imaginant que le génie de Michel-Ange descendait en lui et s'infusait dans sa personne (i);
Voici ce que dit de Shelley, Medwi.i son historien : « Il rêvait tout éveillé dans une sorte d 'abstraction lèthargiqîie qui lui était habituelle, et après chaque accès, ses yeux étincelaient, ses lèvres frémissaient, sa voix devenait tremblante d'émotion : il entrait dans une espèce de somnambulisme pendant lequel son langage était plutôt d’un esprit ou d’un ange que d’un homme » (2).
Edgar Poë décrivait ainsi son état mental : « Les réalités du monde m’affectaient comme des visions, et seulement ainsi, pendant que les idée s folles du pays des songes devenaient en revanche non seulement la pâture de mon existence quotidienne, mais positivement cette unique et entière existence ellemême ».
« Ses lectures continuelles, dit Théophile Gautier en parlant de Balzac (3), ne furent pas interrompues par le collège et avec elles se développa la méditation extatique de la pensée, aussi en résulta-t-il pour Balzac une maladie bizarre, une fièvre nerveuse, une sorte de coma ; pâle, amaigri, sous le coup d’une congestion d’idées, il paraissait imbécile. Son attitude était celle d'un extatique, d'un somnambule , qui dort les yeux ouverts ; perdu dans une rêverie profonde, il n’entendait pas ce que l’on lui disait, où son esprit revenu de loin arrivait trop tard à la réponse ».
Et Balzac dit de lui-même : « En entendant les gens de la rue, je pouvais épouser leur vie, je me sentais leurs guenilles sur le dos, je marchais les pieds dans leurs souliers percés, leurs désirs, leurs besoins, tout passait dans mon âme, et mon âme passait dans la leur : c' était le rêve d'un homme éveillé (4).
Le peintre Raffaelli écrit au Dr Chabaneix :« Par contre, si je ne dors pas bien la nuit, je suis rarement complètement éveillé pendant lejour. L’étatde rèveriesoit l'état de rêve , est constant, ce qui fait que souvent je ne réponds à la question que dix minutes, un quart d’heure après, à proprement parler , lorsque je me réveille (3)
(1) V. Burger. Les peintres anglais .
(2) Félix Rabe. Vie de Shelley.
(3) Th. Gautier. Honoré de Balzac. Artiste et Moniteur universel du 23 mars 1858.
(4) Pétrus et Régis. Mémoire sur les obsessions pour le Congrès de Moscou 1897.
(3) Dr Chabaneix. Le subconscient, p. 91.
On rencontrerait difficilement un cas plus démonstratif et plus typique que celui d’un écrivain qui fait ses ouvrages sans i s’occuper le moins du monde de ce que sa main écrit hâtivement sur le papier. S’il ne pensait pas consciemment à ses j œuvres, s’il n’en élaborait pas le plan et les détails avec son intelligence ordinaire, on croirait volontiers à une communication spirite. Voici le fait :
M. Camille Mauçlair, un romancier de talent, raconte que sa vie est une sorte de somnolence, un rêve permanent ; il dit :
« Je ne distingue pas, à ce point de vue, le sommeil de l’état de . veille. Je puis dire que, non seulement les idées et les plans de mes > livres, mais même les moindres métaphores m’en sont dictés dans un rêve continuel . Jamais, que ce soit prose ou vers, je n’ai fait de' ra- • ture dans un manuscrit, et il ne me servirait de rien d’essayer d’en i revoir la rédaction, comme je l’ai fait au début de ma carrière litté- | raire, où des scrupules m’engageaient à raturer et à refaire, comme l tous mes confrères. J’ai vite compris que ce n’était pas manque de i soin (je suis très passionné de mon art), mais volonté subjective | rendant inutile toute intervention de mon sens critique >et me dictant à son gré. J’ai accepté cet état et je n’en ai d’explication qu’en ceci : je dois travailler en dormant, car le matin, en me mettant à ma table, * je ne pense pas à ce que je vais écrire , mais au prochain livre qui, ;; dans des mois, suivra celui que je rédige : f écris vite sans jamais m ni arrêter , presque comme un télégraphiste qui enregistre une dé - ^ pêche. C’est évidemment d’une façon analogue que naissent les images du rêve et les paroles que prononcent les dormeurs, jusqu’à s’éveiller | par leur propre voix. »
Dans les cas que nous venons de citer, la modification de la personnalité normale est spontanée ; mais chez d’autres artistes, M le changement d'état psychologique nécessaire à la création | ne se produisant pas naturellement, est obtenu artificiellement par des moyens qui ne sont guère que des procédés d’auto-hyp- r notisation.
Il est des hommes de génie, dit Lombroso (i) qui, pour se livrer à la ; méditation, se mettent artificiellement dans un état de demi-congestion cérébrale. Ainsi Schiller plongeait ses pieds dans la glace. Pi et Fox J préparaient leur discours après des excès de porter. Pasiello composait
enseveli sous une montagne de couvertures. Milton et Descartes s’enfonçaient la tête dans un canapé! Bonnet se retirait dans une pièce 4 froide, la tête enveloppée de linges chauds. Cujas travaillait ventre à j terre sur le tapis.
On a dit de Leibnitz « qu’il méditait horizontalement », tellement cette attitude lui était nécessaire pour se livrer au travail de la pensée.' J
(1) Lombroso. L’Homme de génie.
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Thomas et Rossini composaient dans leur lit. Rameau méditait, la tète
au soleil en plein midi. v
Pour Gluck, ce fut en plein soleil, au milieu d’une prairie ou il avait fait transporter son piano, qu’il composa ses deux « Iphigénies. » ^ Haydn éprouvait, comme Newton, le besoin de la solitude. Assis dans son fauteuil, il n’avait que son piano pour confident de ses inspirations, et lorsqu’il les trouvait paresseuses, il fixait les yeux sur la bague que le grand Frederick lui avait donnée et qu il ne quittait jamais (Hypnotisation partielle.) Alors son imagination te transportait au milieu des choeurs célestes, dont il a révélé h la terre les divines harmonies, et le chef-d’œuvre sortait de cette singulière contemplation.
« 11 faut que vous me disiez comment vous faites votre musique », demandait un jour Tronchin à Gretry. « Mais comme on fait des veis, un tableau, répondit celui-ci. Je lis, relis vingt fois les paroles que je veux peindre avec des sons ; il me faut plusieurs jours pour échauffé; ma tête ; enfin, je perds l’appétit, mes yeux s’enflamment, l’imagination se monte. Alors je fais un opéra en trois semaines. »
Tous ces exemples, qu’il serait facile d’augmenter, nous font clairement comprendre que les personnes douées d’une vive émotivité, les sensitifs, comme les appelle le baron de Reichenbach, peuvent parfaitement se mettre deux-mêmes dans cet état nerveux où un semi- somnambulisme permet à toutes leurs richesses intellectuelles de se manifester avec éclat.
Les causes de l’automatisme graphique.
Si nous nous sommes étendus, peut-être un peu longuement, sur les rêves, la suggestion, l’auto-suggestion, l’hémi-somnambulisme de l’état de veille chez les artistes et les écrivains, c’est pour montrer que ces phénomènes psychologiques, bien que peu communs et en dehors de l’observation journalièie, ne sont pas rares au point qu’on n’en puisse trouver cependant d’assez nombreuses relations. Il est entendu que les cas d’automatisme graphique sont des exceptions, mais, eux aussi, ont un degré de fréquence qui ne permet pas de les classer dans les anomalies proprement dites. Tous les états de conscience énumérés plus haut ont entre eux la plus étroite parenté Us se succèdent sans brusquerie et forment une chaîne qui s’étend de l’état normal proprement dit, jusqu’au somnambulisme, parune série de transitions. de nuances, que l’on désigne sous les noms de distraction, de rêverie, d’inspiration, qui dépendent évidemment de l’idiosyncrasie des sujets observés. ,
Le terme d’écriture inconsciente, qui est employé parfois.
n’est strictement exact que dans un seul cas : celui de lecriture produite pendant la distraction à l’état de veille ; encore faut-il spécifier que l’inconscience ne porte que sur le mécanisme de l’écriture, car les idées ont toujours été connues par le moi, puisque le sujet les retrouve sans avoir lu son écrit si on le met dans le sommeil somnambulique, mais elles sont oubliées aussitôt que perçues par la conscience ordinaire, à cause de leur faible intensité. Nous savons, en effet, que la distraction coïncide avec une diminution de l’attention qui a pour résultat de supprimer le contrôle, le pouvoir de direction que nous possédons sur le mécanisme qui préside à Tassociatjon des idées. Alors l’imagination est livrée à tous les hasards de la rêverie. Les idées se succèdent avec rapidité, mais elles sont vite oubliées parce que leur intensité est très faible (i). Elles ont donc été conscientes pendant un temps très court, puis sont redescendues en dessous du seuil de la conscience. Mais nous avons vu, avec les expériences du Dr Gley, que les images mentales, même très faibles, possèdent un pouvoir moteur qui agit sur le mécanisme psycho-sensorïel de l’écriture. La main qui sent le crayon entre ses doigts subit une suggestion tactile comme cela arrive à chacun de nous, dans les mêmes conditions, et l’écriture se produit d’une façon automatique en extériorisant graphiquement, sans conscience, les rêveries de l’écrivain.
Nous avons montré par l’exemple de Clélia toutes les fantaisies de cette imagination livrée à elle-même ; son caractère extravagant, ses mensonges C’est un trait distinctif qui permettra de faire un choix parmi les messages obtenus automatiquement. Les personnes qui produisent ce genre d écrits n’ont pas à s’en formaliser, on ne peut rien en inférer sur leur nature morale, car personne ne saurait être rendu responsable de ses rêves et par conséquent des élucubrations de l’automatisme.
Nous avons signalé le pouvoir énorme de l’auto-suggestion et principalement son action sur les hystériques. Tous les auteurs qui ont étudié cette névrose signalent l’influence de l’imitation sur ces malades. Il est très possible que parmi les personnes qui fréquentent les réunions spirites, il s’en trouve
(i) Nous rappelons que pour qu’une idée soit perçue, deux conditions sont indispensables : i° Un minimum d’intensité ; 2® un minimum de durée. Or pendant la rêverie, ces images mentales n’ont pas l’intensité des sensations externes, puisque ce ne sont que des phénomènes de mémoire, elles sortent donc très rapidement du champ de la conscience