Recherches sur la nature et le traitement des teignes
J’ai introduit, en \ 850, la méthode des Triplions générales dans le traitement de la gale; de vingt j’ai réduit à deux le nombre de frictions à faire avec la pommade d’Hclméricli. — Ce traitement, efficace et rapide, était substitué à un traitement long et incertain.
On a contesté d’abord l’efficacité du nouveau trai tement ; puis quand il a fallu se rendre à l’évidence, on a dit que ce traitement n’était pas nouveau. La critique envieuse est allée plus loin : elle a controuvé les faits et rapporté l’honneur de la découverte ou à des empiriques ou à des personnes étrangères qui suivaient alors ma visite, il rrfeüt été trop facile de répondre à de pareilles assertions, j’ai gardé le silence.
Aujourd’hui, je viens initier le public médical à mes recherches sur la nature, le siège et le traitement des teignes.
N’était-ce pas une honte, pour la science et pour
notre temps, de voir qu’après dix-huit mois d’un séjour inutile dans nos hôpitaux de malheureux teigneux étaient obligés de recourir à l’empirisme pour se débarrasser d’un mal qui les séquestrait d’avec la société ! J’ose espérer qu’il n’en sera plus ainsi à l’avenir. Je crois avoir soulevé un coin du voile qui dérobait aux yeux la vérité sur la thérapeutique des teignes; comme pour la gale j’ai dégagé r inconnue des traitements empiriques.
Il y a entre la teigne et la gale plus de rapports qu’on ne pense, et le traitement de l’une devait conduire à la thérapeutique de l’autre. La gale est produite par un animal parasite; la teigne est entretenue par un végétal parasite. On guérit la première affection par les agents insecticides ; on devait guérir la seconde par les agents parasiticides. Mais dans l’un et l’autre cas, pour atteindre le but, il fallait un contact immédiat de l’agent destructeur avec le parasite partout où il siège , d’où la nécessité de la friction générale dans la gale et de l’épilation, suivie de lotions parasiticides, dans la teigne.
La mentagre était une maladie d’une curation longue, difficile, incertaine. — Nous la guérissons presque instantanément par l’épilation.
Serai-je plus heureux pour la teigne que je ne l’ai été pour la gale ? Non, assurément, et je prévois d’avance tout ce que pourra dire encore une critique jalouse.
On l’évoquera les faits en doute; mais la vérité
percera malgré tout. Quelques-uns objecteront que ce traitement n’est pas nouveau ; d’autres que l’épilation par les pinces est un mode d’arrachement des cheveux long et douloureux, qui méritait de rester dans l’oubli; que le sublimé, l’acétate de cuivre étaient depuis longues années employés dans le traitement de la teigne. Que dira-t-on pour la men-
tagre . L’arrachement des poils, de la barbe, des
moustaches ! mais c’est un supplice atroce.
D’autres, mieux intentionnés, répéteront nos expériences; je doute qu’ils réussissent. La patience leur fera défaut, et la moindre inobservation des règles thérapeutiques que nous avons posées sera suivie de déceptions ; il y aura des récidives, et ce qui aurait dû être mis sur le compte de l’opérateur sera mis sur le compte du procédé.
Un paysan, venu du fond de sa province à l’hôpital Saint-Louis, pour se faire soigner d’une tumeur blanche du genou et de carie scrofuleuse, est entré dans mon Pavillon vers le mois de juillet. Ce paysan faisait métier, dans son village, de guérir la teigne, et probablement il la guérissait mieux et plus vite qu’on ne le fait dans les hôpitaux de Paris ; il pratiquait surtout l’épilation avec une incroyable habileté. Voilà donc un nouveau Bajard, à qui doit revenir tout l’honneur de notre traitement des teignes. (1)
(i) Il ne reste plus qu’une chose pour que la similitude soit parfaite entre 1850 et 1852; c’est qu’un médecin étranger, admis à suivre ma visite, vienne dire qu’il a reçu de moi l’autorisation de
J’aurais pu , j’aurais dû peut-être donner plus d’extension à ce mémoire, traiter la question séméiotique, rapporter mes expériences sur la contagion; mais j’avais hâte de faire connaître au public les résultats heureux de ma thérapeutique.
Qu’il me soit permis d’adresser mes remereîments aux personnes qui ont bien voulu m’aider dans ce travail, à MM. Magnan, Lafargue et Trastour, mes internes, et en particulier à M. Deffis, qui m’a assisté dans toutes les expériences microscopiques.
Sans l’admirable dévouement de notre religieuse, de madame Saint-Isidore, qui, depuis vingt ans, dirige avec tant d’aptitude et de zèle le Pavillon Saint- Mathieu, il m’eût été difficile d’arriver aux résultats que j’ai obtenus. Les teigneux, repoussés de la so ciété, ont généralement un caractère difficile, hargneux; bien souvent, dès l’enfance, ils laissent apercevoir de mauvais penchants ; idiots ou enclins à la malice, ils sont toujours disposés à se soustraire aux manœuvres de l’épilation qui les ennuie. Je dois à madame Saint-Isidore cette justice, que, pendant dix mois, elle m’a soutenu et puissamment secondé dans le travail pénible que j’ai entrepris.
Beaucoup de nos petits malades, blêmes, maigres , chétifs lors de leur entrée à l’hôpital , sont d’une santé florissante, quand ils en sortent. Ce serait
répéter dans mon service mes propres expériences, afin de s’approprier les faits et de les publier sous son nom. En tout cas, je déclare d’avance que je n’ai donné à personne une pareille autorisation.
à tort que Ton rapporterait un changement aussi heureux à une cause unique, la guérison de la teigne; on doit surtout y voir les résultats d’une salutaire modification du moral. Tous ces enfants ont renoncé à des habitudes perverses; de tels résultats sont le fruit d’une surveillance incessante et de l’instruction religieuse que l’on reçoit à l’hôpital.