‹ Recherches sur la nature et le traitement des teignesChapitre 14 sur 19 · DOUZIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DOUZIÈME OBSERVATION

JA VU S SCUTIFORME PARTIEL DU CUIR CHEVELU, RÉCENT, DÉVE¬ LOPPÉ SEULEMENT DEPUIS SIX MOIS.—- GUÉRISON APRÈS

deux épilations des parties malades. ( Observation recueillie par m. lafargue.)

Un enfant, âgé de 13 ans, bijoutier, assez grêle, cheveux châtain-clairs, yeux bleus, teint pâle., est entré à l’hôpital le 12 mars 1852.

Cet enfant est depuis six mois à Paris; il est employé comme apprenti chez un bijoutier de la rue Grenier-Saint- Lazare. Avant son arrivée à Paris, il était occupé par ses parents qui habitent Fontainebleau, dans une fabrique de tuiles. Il paraît avoir été toujours dans de bonnes conditions hygiéniques.

Son père a ans et se porte bien ; sa mère en a â2 et jouit également d’nne bonne santé. Sur quatre frères, il est le seul qui soit atteint d’une maladie du cuir chevelu. Cependant sa plus jeune sœur a eu pendant un temps du mal à la tête, qui est parfaitement guéri. Il n’a point entendu dire qu’il y eût dans sa famille quelques personnes atteintes de maladies de peau, de tumeurs glandulaires, d’ophthalmie.

A l’âge de 7 ans il a eu la variole, qui le retint un mois au lit, et qui n’a point laissé de traces de son passage.

Quelques jours avant son départ pour Paris, il raconte qu’il avait mal à la tête, sans pouvoir en assigner l’ori-

gine. Ce mal a persisté jusqu’à ce jour, et c’est son patron

qui l’amene à l’hôpital.

Aujourd'hui 13 mars 1852. — Deux larges plaques en forme de croissant et couvertes de croûtes, se réunissant par une de leurs extrémités, siègent l’une, sur la partie antérieure et un peu à gauche de la ligne médiane du crâne , l’autre, qui a surtout cette forme en croissant, sur tout le sommet de la tête et même l’occiput; les cheveux sont assez épais au milieu de cette production qui n’exhale point d’odeur particulière, et ne cause aucune démangeaison au malade. A l’heure où je l’examine, on a fait prendre un bain au malade; une partie des croûtes sont tombées, et il y a entre celles qui restent des érosions rouges du cuir chevelu, légèrement saignantes. Quant aux croûtes qu’on voit encore sur les parties malades, elles sont jaunes, plâtreuses, très adhérentes et traversées par des cheveux qui sont ou agglutinés, ou libres, et forment au-dessus de la surface malade une sorte de crinière. Autour de ces croûtes, la peau offre de la rougeur : on dirait un cercle eczémateux, et cette disposition ferait croire que l’assurance avec laquelle le malade dit ne point éprouver de démangeaisons n’est pas très certaine, cette surface rouge, du reste, offre peu d’étendue, et le cuir chevelu est sain partout à l’entour. Deux ganglions, situés au niveau de l’insertion occipitale des splenius, forment de chaque côté de la ligne médiane deux tumeurs très remarquables, grosses comme une petite noix, assez dures, indolentes. Toutes les fonctions d’ailleurs chez cet enfant s’accomplissent normalement.

12 avril. — La tête est rasée et le malade a commencé aujourd’hui le traitement de M. Bazin. Toutes les croûtes ont été détachées au moyen de cataplasmes et de lotions ; — bain simple.

On frictionne pendant quatre jours les parties malades avec la pommade alcaline.

16 avril. — On commence l’épilation par la plaque amté-

rieure. Cette épilation est faite avec beaucoup desoins par un médecin de la ville qui vient assez habituellement à la visite de M. Bazin. Les parties épilées sont lavées avec l’eau de savon, et l’on fait l’imbibition avec la solution de sublimé. Les jours suivants, la tuméfaction du cuir chevelu est sensiblement diminuée ; la rougeur est beaucoup moins vive. De petites squames épidermiques couvrent la partie malade.

La seconde plaque située à la partie supérieure et postérieure de la tête n’est épilée que beaucoup plus tard, dans le courant du mois de mai. C’est une personne, encore peu exercée au travail de l’épilation , qui s’est chargée de dégarnir cette partie du cuir chevelu. L’épilation a été imparfaite. Aussi, dans le courant de juin, voyons-nous se reproduire sur cette plaque quelques croûtes faveuses. — La rougeur, la tuméfaction du cuir chevelu et la sécrétion épidermique n’avaient pas disparu aussi promptement ni aussi complètement sur cette plaque que sur l’autre.

10 juin . — Une seconde épilation est pratiquée sur toutes les parties malades, et immédiatement suivie de l’application du liquide parasiticide. On continue pendant 5 à 6 jours les lotions de sublimé., — une fois par jour, — et l’on graisse ensuite la tête avec le saindoux seulement.

Le 27 août , le malade sort de l’hôpital. Les cheveux commencent à repousser sur les parties épilées ; il y a encore de la rougeur, mais cette rougeur disparaît de jour en jour. 11 n’y a aucune espèce de croûtes ; la tête est en fort bon état. On engage le malade à revenir de huit jours en huit jours montrer sa tête.

Cet enfant, docile et parfaitement élevé, a rempli la promesse qu il avait faite de revenir de temps à autre à l’hôpital. La guérison ne s’est pas démentie, et, au bout de deux mois, le 27 octobre, les cheveux étaient repoussés. La rougeur existait à peine; la tête était parfaitement propre.

7 dêcemore. — Toute trace de rougeur morbide a dis*

paru % léi cheveux sont repoussés ; ils sont clairs, francs et tout aussi nombreux sur lés parties qui ont été le siégé du UîcÜ que partout ailleurs.

Treizième observation.

FAVUS SCÜTIFORME DE TOUT LE CUIR CHEVELU.— COMPLICA¬ TION d’un état fongueux, hémorrhagique des bulbéS pileux. — guérison par le nouveau traitement. ( Observation recueillie par le docteur lafargue).

Lacour (Alexandre) , âgé de neuf ans, yeux noirs, cheveux noirs, teint bronzé, d’une constitution robuste, intelligent, est entré à l’hôpital le 24 mai 1852.

Cet enfant est né à Paris, mais il a été élevé à la campagne qu’il a habitée jusqu’à l’âge de cinq ans. 11 paraît avoir vécu au milieu de conditions hygiéniques excellentes. En nourrice il avait, lui a-t-on dit, des gourmes à la tête.

En 18A8, il partit pour Alger avec ses parents, le cuir chevelu encore couvert de croûtes. Au mois de juillet, il entra à l’hôpital d’Alger pour se faire traiter. On fit sur les parties malades des applications de collodion, mais au bout d’un mois le mal avait empiré : la tête était couverte de croûtes qui se détachaient difficilement. Ses parents le retirèrent de l’hôpital et le mirent dans une ferme aux environs d’Alger; là on ne lui donna que des soins de propreté ; sa famille est rentrée en France il y a un mois.

Aujourd’ hui là mai 1852, la tête est couverte de croûtes jaune-brun, sous lesquelles suinte un liquide peu abondant ; elle exhale une odeur fétide, sui generis; la couleu des croûtes tient évidemment à un mélange de matière faveuse et de sang exhalé des bulbes. Sur certains points, les produits faviques ont leur aspect ordinaire pour la couleur et la disposition des croûtes ; sur d’autres, il existe

de véritables pustules; les cheveux sont épais, collés en„ semble et de couleur gris souris sur des surfaces très étendues, couleur qui tranche auprès de la coloration brune et vraie des cheveux restés sains. Les ganglions occipitaux et cervicaux postérieurs sont engorgés.

A la face se trouvent quelques plaques rougeâtres sur la surface desquelles s’élève dans certains points une croûte épaisse qui paraît avoir succédé à une pustule; tout le corps est couvert de plaques épidermiques furfuracées.

15 mai 1852, bains, cataplasmes et lotions.

Le 1 6 mai , les croûtes sont tombées ; le cuir chevelu présente une surface vivement enflammée et saignante au moindre contact ; les cheveux se détachent facilement, mais leur avulsion est immédiatement suivie d’un suintement sanguinolent, abondant, qui remplit les cavités folliculaires. On craint qu’il n’en résulte une oblitération des follicules pileux, et l’on suspend l’épilation; celle-ci n’est reprise que dans les premiers jours de juin.

Le traitement chez ce petit malade n’a pu être régulièrement suivi: on a attendu deux mois, le temps nécessaire pour que les cheveux soient parfaitement repoussés sur la partie antérieure de la tête, où l’épilation avait été pratiquée tout d’abord; puis les régions temporales ont été épilées deux fois, à trois semaines de distance, et chaque fois lotionnées avec la brosse imbibée du solutum de sublimé; enfin la région occipitale a été dégarnie la dernière.

Lacour est aujourd’hui parfaitement guéri: les cheveux sont très beaux, bruns, d’une couleur franche; il n’existe sur le cuir chevelu ni rougeur ni squammes.

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