‹ Recherches sur la nature et le traitement des teignesChapitre 13 sur 19 · ONZIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

ONZIEME OBSERVATION

FAVUS SCUTiFORME ET URCÉOLAIRE PARTIEL DU CUIR CHE¬ VELU, DONT LE DÉBUT REMONTE AU-DELA DE SEPT AN¬ NÉES. — CARIE DES OS DU PIED. — GUÉRISON PAR L’EMPLOI DU NOUVEAU TRAITEMENT. ( Obset ration recueillie par M. LAFARGUE, interne de l’hôpital Saint-Louis.)

Le nommé Lauroi, âgé de 16 ans, rue de la Petite Truanderie, n<> 16, né à Marcueil, département de la Marne.

Ce jeune homme, âgé de 16 ans. cordonnier, détaillé as-

sez élevée pour son âge, — cheveux châtain-foncés; yeux noirs, imberbe, peau blanche , fine et transparente, teint rose; habitude extérieure assez robuste : est entré dans le service le 3 février 1852.

Natif du département de la Marne, ce malade est toujours resté dans ce département, où il était occupé par ses parents à travailler au bois.

Vers la fin del8â9, il est arrivé à Paris, où il a commencé à apprendre son état. Comme il appartenait à une famille pauvre, son alimentation n’a pas été toujours suffisante. Ses vêtements, aussi, n’ont pas toujours été appropriés à la saison dans laquelle il les portait. Néanmoins il dit avoir toujours habité des logements sains, même à Paris.

Sa mère n’est point mariée; elle est brune, et quoique habituellement bien portante, elle a presque toujours mal aux yeux. Elle lui a raconté qu’elle avait eu à la tête un mal analogue au sien et qui a disparu vers sa dix-septième année.

Son grand-père avait été aussi atteint de la même affection, et elle aurait disparu dans son adolescence.

Le malade dont il s’agit a été vacciné. On lui a dit, et il se le rappelle lui-même, qu’à l’âge de 7 ans il avait été atteint d’une enflure générale. Deux ans après les mêmes accidents se sont reproduits et ont nécessité un séjour de deux mois au lit. Il est assez sujet à avoir des glandes au cou ; mais elles disparaissent en général assez rapidement. Aujourd’hui il n’y a pas la moindre tuméfaction dans les régions où des engorgements apparaissent chez les scrûfuleux.

Dans l’intervalle qui sépara la première enflure de la seconde, il s’est manifesté une éruption au cuir chevelu. Les débuts du mal ne sauraient être bien caractérisés par le malade. Il raconte vaguement que sa mère, à l’aide de lotions pratiquées avec de l’huile sur les parties malades, en faisait tomber des croûtes qui renaissaient quinze jours après.

Il y a deux mois, ü la suite d’une entorse de l’articulation tibio-tarsienne droite, il a été obligé de garder le lit pendant quinze jours. — Puis il a marché avec un bâton, et bientôt une tumeur s’est montrée derrière la malléole interne; elle s’est abeédée , a donné issue à une grande quantité de pus. La source n’est pas encore tarie aujourd’hui.

Les organes génitaux ont acquis peu de développement; il n’a pas encore de poils au pubis ; le gland est recouvert entièrement par le prépuce; le pénis assez petit, le testicule gros comme l’extrémité de l’index.

Aujourd’hui h février 1852. — Les cheveux sont assez épais sur toute la partie antérieure du crâne, où il n’y a pas de plaques qui en soient dépourvues; mais dans la moitié postérieure, il n’en est pas de même. A partir d’une ligne qui correspond à peu près au niveau de la ligne demi-circulaire inférieure de l’occipital, ils sont assez clairsemés, et dans cette région, sur la ligne médiane, ils sont assez épais pour former comme une espèce de crinière qui sépare des surfaces où ils sont moins abondants.

Sur les parties où le système pileux offre moins d’épaisseur, le cuir chevelu est rouge, surtout à droite. De ce côté il y a à peine quelques croûtes jaunâtres, peu adhérentes et situées sur les bords de la surface. A gauche la peau est rouge également, mais les croûtes sont plus nombreuses, plus épaisses, plus adhérentes. Il y a aussi des surfaces rouges, saignantes, qui ont été le siège de croûtes semblables aux autres, et qui sont tombées dans le bain. Parmi ces croûtes tombées, il y en avait quelquesunes qui offraient à Leur centre une dépression alvéolaire très caractérisée. Les surfaces malades sont humides, et parfois le malade y éprouve des démangeaisons excessivement vives.

Les fonctions digestives s’accomplissent régulièrement, cl n’y a rien à noter du côté t!e la respiration ou de la irculati on. Au talon droit, de chaque côté du tendon

d’Achille, près de son insertion, existent deux ulcères à bords fongueux, donnant issue à un peu de sérosité : ce sont deux ouvertures fistuleuses entretenues par une carie des os du pied.

Traitement . — Tisane de houblon édulcorée avec le sirop antiscorbulique , huile de morue 30 grammes par jour. On augmente graduellement sa quantité jusqu’à 120 grammes, et à diverses reprises on en suspend l’emploi, soit à cause du dégoût qu’elle inspire, ou de la diarrhée que le malade éprouve par suite de son usage. On la remplace de temps en temps par le sirop d’iodure de fer; bains sulfureux. (2 par semaine.)

Le favus est traité par la méthode de M. Bazin : le malade est épilé et lavé avec le solutum de sublimé. Sur quelques parties une épilation a suffi, le favus ne s’y est pas reproduit; sur d’autres points, il a été nécessaire de

pratiquer deux et môme trois épilations successives. Cha-

cune de ces épilations était constamment suivie d’une prompte amélioration dans l’état des parties malades ; le cuir chevelu se détuméfiait, la rougeur et les démangeaisons disparaissaient dans l’espace de quelques jours. Ce qui a prolongé la durée du traitement, c’est l’apparition secondaire et tardive, sur divers points de la circonférence des parties malades, sur des points du cuir chevelu, qui paraissaient sains et qu’on n’avait point épilés, de petites plaques rouges, circonscrites, avec tuméfaction de la peau, signes précurseurs de poussées faveuses.

15 juillet. — La tête du malade est fort bien, les cheveux sont repoussés, la peau est nette; mais il y a quelques places où les poils sont clair-semés. Il reste à l’hôpital

pour la carie du calcanéum.

Ie* octobre. — Le malade sort parfaitement guéri depuis longtemps de son favus. Le cuir chevelu est blanc sur les places où les cheveux ont été détruits par les progrès du mal ; il n’y a aucune trace de rougeur morbide; les ouvertures fistuleuses sont rétrécies, et il ne s’en échappe que

de temps à autre quelques gouttelettes de pus séro-sanguinoient ; le malade marche et court très bien.

1er décembre . — Nous avons eu des nouvelles de Laurot : aucune éruption ne s’était reproduite sur sa tête; la gué* rison était parfaite.

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