Tome IV. G
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Quoique le commerce des orfèvres y {bit confidérable , la plus grande partie de la vaiifelle neuve qu'ils vendent chaque année eft faite avec d'autre vieille vaiffelle fondue 5 de forte que ce qu'ils ajoutent à toute la vaiffelle du royaume eft peu de chofe & n'exige pas une grande importation de ces métaux.
Il en eft de même de la monnoiei Je ne penfe pas que perfonne imagine que la plus grande partie du monnoyage annuel , qui , pour les dix années qui ont précédé la réforme des efpeees en or , Te monte à plus de huit cents mille livres fteriings par an, tout en or 3 foit une addition faite annuellement à la monnoie qui étoit auparavant dans le royaume. Dans un pays où la dépenfe du monnoyage eft défrayée par le gouvernement , la valeur de la monnoie , lors même qu'elle contient exactement en or & en argent le poids de ion titre, ne peut jamais excéder de beaucoup celle d'une égale quantité non monnoyée de ces métaux , parce qu'il n'en coûte que la peine d'aller à l'hôtel de la Monnoie & d'attendre peut-être quelques femaines, pour avoir en efpeees ce qu'on a en lingots. Mais
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dans tout pays , la plus grande partie des efpeces courantes eft toujours plus ou moins ufée, ou autrement dégénérée de fon titre. Elles Pétoient affez dans la Grande- Bretagne avant la dernière réforme, puifque l'or étoit plus "de deux, & l'argent plus de huit pour cent au deiTous du poids de leur titre. 'Or fi quarante-quatre guinées & demie contenant exactement le poids de leur titre,ou une livre pefant d'or,pouvoient acheter guère moins qu'une livre pefant d'or non moimoyé, quarante- quatre guinées & demie qui n'avoient pas tout leur poids ne pouvoient acheter une livre pefant, & il falioit ajouter quelque chofe pour compenfer le défi* cit. Le prix courant de Por en lingot au marché, au lieu d'être le même que celui qu'on en donnoit à la Monnoie, ou de 46 livres 14 fols 6 deniers, étoit en conféquencë de 47 livres 14 fols & [quelquefois de 48 livres , ou environ.
Néanmoins tandis que les elpeces d'or étoient ainfi en grande partie dégénérées, quarante -quatre guinées & demie fortant d'être frappées n'achetoienfc Ipas plus de marchandifes au marché (que d'autres guinées ordinaires , parce qu'allant dans les coffres du marchand
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elles y étoient confondues avec d'au* très dont on ne pouvoitles diftinguer enfuite fans prendre plus de peine que la différence ne valoit. Comme les autres guinées , elles ne valoient dans le commerce que quarante- iix livres quatorze fols fix deniers. Cependant mifes au creufet , elles produifoient fans perte fenfrble une livre d'or au titre, qui en tout tems pouvoit être vendue 47 livres 14 fols , & 48 livres en or ou en argent auiîî propre pour toutes les fonctions de monnoie que celui qui avoit été fondu. Il y avoit donc un profit évident à fondre la monnoie nouvellement frappée , & c'eft ce qu'on faifoit avec tant de diligence qu'aucune précaution du gouvernement ne pouvoit l'empêcher. Les opérations de la Monnoie relTembloient à l'ouvrage de Pénélope. Ce qu'elle faifoit le jouri étoit défait la nuit. Elle étoit moins occupée à faire des additions joxirna-; lieres à la quantité d'efpeces courantes, qu'à en remplacer la meilleure partie qu'on fondoit tous les jours.
Si les particuliers qui portent leur ©r & ieur argent à la Monnoie pay oient: eux-mêmes le- momioyage, cette déçenfe ajouterait à la, valeur de c*c<
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métaux , comme la façon ajoute à Ja valeur de la vaiifelle. L'or & l'argent monnpyés vaudroient plus que ceux qui ne le font pas. Si le droit de feigneuriage n'étoit pas exorbitant , il y ajouteroit la valeur de ce droit, parce que îe gouvernement ayant partout le privilège excluiif de battre monnoie, il n'en iroit point dans le commerce à moindre prix que celui auquel il jugeroit à propos de le fournir. A la vérité , fi le droit étoit exorbitant , c'eftdire, s'il excédoit de beaucoup la valeur réelle du travail & de la dépende néceflaires au monnoyage, la grande différence entre la valeur de l'or en lingots & celle de l'or monnoyé, pourroifc encourager les faux monnoyeurs, tant au dedans qu'au dehors, à répandre de fauffe monnoie en Ci grande quantité, qu'ils feroient baiffer la valeur de la véritable. Cependant quoique le feigneuriage foit de huit pour cent eu France, on n'y voit pas qu'il en réfuite aucun inconvénient fenfible. Les pangers auxquels un faux monnoyeur js'expofe par- tout, s'il vit dans le pays
Sont il contrefait la monnoie, oc ceux uxquels s'expofent fes agens & fes lïorrefpondans , s'il vit en pays é trait-
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fer , font fi terribles , que peu de gcm font d'humeur aies courir pour un profit de fix à fept pour cent.
Le felgneuriage en France hauffe la valeur de la monnoie au-delà de la proportion à la quantité d'or pur qu'elle ! contient. Par l'édit de Janvier 1726,1 le prix du marc d'or fin, à vingt- quatre karats , a été fixe à 740 livres 9 fols j denier un îie. La monnoie d'or dé France, au remède d'un quart de karaté contient vingt- un karats & trois quarts d'or pur, & deux karats un quart d'al- j liage. Ainfi le marc d'or au titre ne vaut plus qu'environ 671 livres o £ 10 deniers. Mais en France, avec un j marc d'or au titre , on frappe trentel louîs de 24 livres chacun , ce qui fait 720 livres. Le Monnayage y augmentai donc la valeur d'un marc d'or au titré 1 en lingots de la différence entre 67 M livres o f. 10 deniers & 720 livres/ c'eft - à - dire , de 4g livres 19 fols % deniers.
Un droit de feigneuriage anéantira dans pîufieurs cas , & diminuera danstous les cas, le profit de fondre de nouvelle monnoie. Ce profit vient toujours de la différence entre la quantité d'or que doit contenir la monnoie cou-
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rante, & celle qu'elle contient actuellement. Si cette différence eft moindre que le feigneuriage, il y aura de la perte à fondre, au lieu de profit. Si elle eft égale au feigneuriage , il n'y aura ni perte ni profit. Si elle eft plus grande que le feigneuriage , il y aura bien quelque profit, mais il fera moindre que s'il n'y avoit pas de feigneuriage. Si avant la dernière réforme de la monnoie d'or il y avoit eu chez nous, par exemple, un feigneuriage de cinq pour cent fur le monnoyage, il y auroit eu une perte de trois pour cent à fondre de nouvelles pièces d'or. SU eût été de deux pour cent, il n'y auroit eu qu'un pour cent de profit.
Par -tout où l'on reçoit la monnoie par compte & non au poids , un feigneuriage eft le plus fur moyen de pré. venir la fonte des pièces nouvelles , & par conféquent leur exportation. Ce font les meilleures pièces & les plus pefantes, que l'on fond communément, ou que l'on exporte , parce que c'eft fur elles qu'il y a le plus de profit à faire.
La loi faite pour encourager le monnoyage, en l'exemptant de tout droit, fut d'abord paiTée pendant le regue de
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Charles II, pour un terns limité,- elle fut enfuite continuée à différentes reprifes jufqu'en 1769, où elle fut ren- : due perpétuelle. Les banquiers d'An- gleterre , pour remplir leurs califes de monnoie , font fouvent obligés de por- . ter des lingots à la Monnoie. Probablement ils crurent qu'il étoit de leur intérêt que le monnoyage fe fit aux frais au gouvernement plutôt qu'aux leurs, ëc il eft vfaifemblable que le gouvernement confentit à rendre cette loi perpétuelle , par complaifance pour cette grande compagnie. Cependant ii la coutume de pefer l'or venoit à fe palfer, comme il y a grande apparence qu'elle fe paffera par rapport à fon incommodité , fi ■ on recevoit la monnoie pat compte , ainfi qu'elle étoit reçue avant la dernière réforme , cette grande compagnie pourroit s'appercevoir que dans cette occafion, comme dans quelquesautres , elle ne s'eft pas peu trompée fur fon intérêt.
Avant la dernière réforme, lorfque les efpeces d'or courantes étoient de deux pour cent au delfous du poids de leur titre , elles étoient de deux pour cent au deflbus de la valeur de la quantité d'or qu'elles dévoient contenir,
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Mn(î quand cette grande compagnie portoit des lingots d'or pour les faire monnoyer , elle étoit obligée de payer pour cela deux pour cent de plus qu'ils ne vaîoient après le monnoyage. Mais s'il y avoit eu fur le monnoyage un feigneuriage de deux pour cent, les et beces d'or courantes communes , quoique de deux pour cent au deffous du JDoids de leur titre , auroient été néanmoins égales en valeur à la quantité p'or au titre qu'elles dévoient contenir, la valeur de lajfaçon compenfant pans ce cas la diminution du poids.
Elle auroit eu véritablement à payer le feigneuriage qui étant de deux pour lent, la perte de la compagnie eût été au bout du compte de deux pour cent , b'eft- à - dire , la même exactement , & pas plus grande qu'elle n'étoit aclueljement.
j Si le feigneuriage avoit été de cinq j>our cent, & les efpeces d'or courants de deux pour cent au deffous du ?oids de leur titre, la banque eût gagné fans ce cas trois pour cent fur le prix Iles lingots, mais comme elle auroit eu i payer cinq pour cent de feigneuriage > a perte au bout du compte feroit e#-
Cf
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core revenue exactement à deux pour cent.
Si le feigneuriage n'eût été que d'un, pour cent, & les efpeces d'or courantes de deux pour cent au deflbus de leur poids au titre , dans ce cas la banque n?auroit perdu qu'un pour cent fur le prix de les lingots; mais comme elle auroit eu également à payer un pour cent de feigneuriage , fa perte au bout du compte auroit encore été exactement de deux pour cent, comme dans tous les autres cas.
S'il y avoit un feigneuriage raifonîiable, & que la monnoie contint Je poids de fon titre, comme elle a fait à très -peu près depuis la dernière refonte, quelle que fût la perte de la banque par le feigneuriage , eiîeferoit égale à ce qu'elle gagneroit fur le prix des lingots, & tout ce qu'elle gagneroit fur le prix des lingots, eîleleperdroit par le feigneuriage. Ainfiaubout du compte elle ne gagneroit &neperdroit rien, &, comme dans tous les cas précédens, elle fe trouveroit exactement dans la même fituation que s'il n'y avoit point de feigneuriage.
Quand la taxe fur une marchandife en: fi modérée qu'elle n'encourage
DEsNATiONS.Liv.IV.Chap.VI. îjf
point la fraude , le marchand qui en trafique avance la taxe ; mais il ne la paye pas , à proprement parler , parce qu'il la rejetce fur le prix de la marchand! fe. C'eft le dernier acheteur, ou confommateur, qui paye finalement la taxe. Or l'argent eft une marchandUe dont chacun eft marchand 5 perfonne ne Tacheté que pour le revendre, Se on ne peut dire, dans les cas ordinaires, que quelqu'un en foit le dernier acheteur ou confommateur. Ainli quand la taxe fur le monnoyage eft ù modérée qu'elle n'encourage point la contrefa&ion , quoique chacun avance la taxe, perfonne ne la paye finalement, parce qu'il la regagne dans îa valeur avancée de la monnaie.
Un feigneuriage modéré n'augmentsroit donc jamais la dépenfe de la banque , ni d'aucun particulier qui porte fes lingots à laMpnnoie pour en faire des efpeces, & cette dépenfe iveft jamais moindre, parce qu'il n'y a point de feigneuriage. Qu'il y en aitounci, fi les efpeces courantes font au poids de leur titre , le monnoyage ne coûte rien à perfonne, & Ci elles n'y font pas, il coûte toujours la différence en-* lire la quantité qu'elles devroient cou»
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tenir, & celle qu'elles contiennent actuellement.
Lors donc que le gouvernement fe charge des frais du monnoyage, nonfeulement il fait une petite dépenfe, mais il perd un petit revenu qu'il pourrait gagner par un droit modéré , & ni la banque ni les particuliers ne profitent en rien de ce trait inutile de la générofité publique.
Toutefois les directeurs de la banque auroient probablement de la peine à confentir à l'impolitien d'un feigneuliage fur l'autorité d'une fpéculation qui ne leur promet pas un gain, mais qui prétend feulement les garantir d'une perte. Il n'y a certainement rien à gagner pour eux, tant que la monnoie .
d'or fera dans fon état actuel, & tans qu'on continuera de la recevoir au poids. Mais fi l'on ceiTe de la pefer* comme il y a grande apparence qu'on ceffera de le faire , & il îa monnoie d'or retombe jamais dans le même état de dégradation où elle étoit avant la dernière refonte, il eft probable que pour lors la banque gagneroit, ou plutôt qu'elle épargneroit confidérablement »
en eonféquence de l'impolition d'un fttgneuriage* La banque eit la feule
bes Nations. Liv. ïV.Chap.VÎ. ifj
compagnie qui envoyé une grande quantité de lingots à la Monnoie, & la charge du monnoyage annuel tombe entièrement ou prefque entièrement fur elle.
Si ce monnoyage annuel n'avoit qu'à réparer les pertes inévitables & le frai , ou l'altération qui arrive néceifairement à la monnoie par fucceilion de tems, il ne paiferoit guère cinquante ou au plus cent mille livres fterlings. Mais quand les efpecesibnt dégradées au deflbus du poids de leur titre , il faut que le monnoyage annuel remplnfe les grands vuides que font continuellement l'exportation & la fonte ou le creufet. C'eft par cette raifon que durant les dix ou douze dernières années qui ont précédé immédiatement la dernière réforme des efpeces d'or , le monnoyage annuel s'eit monté, année commune , à plus de huit cents cinquante mille livres fterlings. Mais s'il y avoit pour lors un feigneuriage de cinq pour cent fur la monnoie d'or, il auroit vraifemblablernent arrêté l'exportation & la fonte, dans l'état même où étoient les choies. La banque, au lieu de perdre chaque année environ deux & demi pour cent fbr les lingots, dont on faiibit plus de huit cents-
if % La Richesse
cinquante mille livres en efpeces , ou au lieu d'eifuyer une perte annuelle de plus de vingt -un mille deux centscinquante livres fterlings, en auroitété quitte pour moins du dixième de cette perte.
Le revenu accordé par le parlement pour défrayer la dépenfe du monnoyage . n'eft que de quatorze mille livres fterlings par an, & la dépenfe réelle qu'il coûte au gouvernement, ou les g^ges des officiers de la Monnoie, n'excèdent pas ordinairement , j'en fuis fur , la moitié de cette fomme. L'épargne d'une auffi petite fomme , ou même le gain d'une autre qui ne pourroit être beaucoup plus grande, font , pourra -t-on croire, des objets trop minces pour mériter une attention férieufe de la, part du gouvernement. Mais l'épargne de dix -huit ou vingt mille livres fterlings par an, dans le cas d'un événement qui n'eft pas improbable , qui eft déjà fouvent anivé, & qui doit vraifemblablement arriver encore, eft un objet qui mérite une férieufe attention de la part même d'une compagnie telle que la banque.
Quelques-uns des raifonnemens & des oblervations qu'on vient de faire^
e>es N'ATiONS.Lîv.IV.Chap.VI. iff
auroient peut-être été mieux placés dans les chapitres du premier livre où l'on traite de l'origine & de l'ufage de la monnoie, & de la différence entre le prix réel & le prix nominal des marchandifes. Mais comme la loi pour l'encouragement du monnoyage tire fa fource des préjugés vulgaires introduits par le fyftème mercantille , j'ai jugé plus à propos de les réferver pour ce chapitre. Rien ne peut être plus conforme à Pefprit de ce fyftème , qu'une forte de gratification fur la production de -la monnoie ou de l'argent, qu'il regarde comme faifant la richeffe des nations. C'eft un de ces admirables expédions qu'il a trouvés pour enrichir le pays.
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