LA RI€HESSE
plus de douceur. D'un autre côté*' les bons traitemens rendent i'cfclave non- feulement plus fidèle, mais encore plus intelligent, & par cette double raifon plus utile. Sa condition approche davantage de celle d'un domeftique libre , & il peut avoir à quelque degré de la probité & de l'attachement pour fon maître , vertus qu'on rencontre fouvent chez ceux qui fervent librement, mais qu'on ne voit guère chez les efclaves , quand on ufe à leur égard avec auffi peu de ménagement qu'on le fait communément dans les pays' où les maîtres jouifTent d'une liberté & d'une fureté tout- entières.
Que la condition d'un efcîave foit meilleure fous un gouvernement arbitraire, que fous un gouvernement libre, c'eit. ce qui eit prouvé, je penfe, par Phiftoire de tous les fiecles & de toutes les nations. Nous voyons dans l'hiftoire romaine que le magiitrat ne commença que fous les empereurs à interpofer fon autorité pour défendre l'efclave de Pin milice du maître. Lorfque Vedius Pollion ordonna, en présence d'.îugufte, qu un de fes efclaves, qui avoir commis une faute légère, fût mis en pièces & jeté dans fou vivier^
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pour fervir de pâture à fes poiffons, l'empereur indigné lui commanda d'émanciper fur ie champ non-feulement cet efclave , mais encore tous ceux qui lui appartenoient. Dans le tems de la république, aucun magiftrat n'auroit eu allez d'autorité pour fauver l'efcîave. encore moins pour punir le maître.
Il faut obferver que les fonds qui ont fait profpérer les colonies françoifesà fucre, particulièrement la grande colonie de Saint-Domingue, ont été prefqu'entiérement l'ouvrage de leurs progrès & de leur culture. Ils ont été prefqu'en entier le produit du fol & de l'induftrie des colons , ou , ce qui revient au même , le prix de ce produit graduellement accumulé par une bonne adminiftration, & rendu à la culture pour augmenter la production.
Mais les fonds auxquels nos colonies à fucre doivent leur amélioration & leur culture , font venus en grande partie de l'Angleterre, & n'ont pas été uniquement le produit du fol & de l'indultrie des colons. Leur profpérité eft la fuite de nos grandes richtlfes , dont une partie a reflué, ou s'eft, pour ainfidire, dégorgée fur ces colonies; au lieu que celle des colonies franqoi*
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fes doit être entièrement imputée À leur bonne conduite,qui nécelTairement leur a donné quelque fupériorîté far les nôtres. Or on a obfervé que cette fupériorîté paroît fur-tout dans lt gouvernement de leurs nègres.
Tels font les traits généraux qui ont eara&érifé la politique des différentes nations européennes, à l'égard de leurs colonies.
On voit qu'elle n'a pas beaucoup i fe glorifier ni de leur établiflement primordial, ni de leur profpérité fubféquente.
La folie &Pin;ufticeparoifTent avoir été les principes qui ontpréfidé au premier établiflement de ces colonies & qui Pont dirigé 5 la folie de courir après Por & l'argent, & Pinjuftice de convoiter la poifeflion d'un pays dont les habitans fans malice , bien loin d'avoir fait aucun tort aux Européens, avoient reçu leurs premiers aventuriers avec toutes fortes de marques de bonté & d'hofpitalité.
A la vérité, les aventuriers qui formèrent quelques-uns des derniers établiifemens , joignirent au projet chimérique de trouver des mines d'or & d'argent , d'autres motifs plus raifonnables & plus louables $ mais ces motifs mtih
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me font peu d'honneur à la politique de l'Europe.
Les puritains anglois,perfécutés chez eux, allèrent chercher la liberté en Amérique, & y établirent les quatre gouvernemens de la Nouvelle Angleterre.
Les catholiques Anglois , traités avec autant d'injuftice , établirent celui de Maryîand 5 les Quakres , celui de Yen» fyivanie ; les juifs Portugais ,pourfuivis par Pinquifition , dépouillés de leur fortune .& bannis au Brefil, y introduiilrentpar leur exemple quelque ordre & quelque industrie parmi les garnemens & les profèituées qu'on y avoit tranfportés , qui avoient peuplé originairement cette colonie , & qui apprirent d'eux à cultiver les cannes à fucre. Dans toutes ces différentes occasions, ce n'eft point lafageife & la politique, mais le défordre & Pinjuftice des gouvernemens européens, qui ont peuplé & cultivé F Amérique.
Us ont eu auflî peu de part au mérite d'effe&uer quelques-uns des plus importans de ces étabmTemens , qu'à celui de les projeter. La conquête du Mexique fut le projet, non du confeit d'Efpagrre , mais du gouverneur d« Cuba , & elle fut effeâuée par le génie de l'intrépide aventurier qui en
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fut chargé , malgré tous les efforts que fit enfuite pour la traverfer ce même gouverneur, qui fe repentit bientôt d'avoir donné fa confiance à Cortez. Les conquérans du Chili & du Pérou , & de prefque toutes les parties de l'Amérique où les Efpagnols ont des poffeilions, n'emportoient avec eux d'autre encouragement de la part de cette monarchie, que la permifîien défaire des étab'iifemens & des conquêtes au nom du roi d'Efpagne. Toutes les entreprifes étoient aux irais & aux riC ques des aventuriers. A peine le gouvernement efpagnol contribua-t-il à quelqu'une d'elles. Celui d'Angleterre ne contribua pas davantage à la formation de quelques-unes defespîus puif.
fantes colonies de l'Amérique Septentrionale.
Quand tous ces établiiTemens furent confommés, & qu'ils devinrent aifez confédérales pour s'attirer l'attention de la mere-patrie , les premiers réglemens qu'elle fit par rapport à eux eurent toujours pour objet de s'aiTurer le monopole de leur commerce , de rétrécir leur marché, & d'aggrandir le lien à leurs dépens , & par cenféquent de retarder & de décourager plutôt le «ours de leur profpérité i que de l'ani-
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rner & de l'accélérer. C'eft dans les diverfes manières d'exercer ce monopole, que coniifte une des plus eifentielles différences de la politique des nations de l'Europe à l'égard de leurs colonies. La meilleure de ces manières , celle dont s'y eft prife l'Angleterre, n'eft au bout du compte que moins malhonnête & moins opr eiTLve que les autres.
En quoi donc la politique de l'Europe a -t- elle fervi, (bit au premier établiifement, foit à la grandeur actuelle des colonies de l'Amérique ? En une chofe, & c'eft la feule. Magna virum mater! Elle a fait naître, elle a formé des hommes capables de fi grandes entreprifes, & de jeter les fon démens d'un fi grand empire; & c'eft la feule partie du monde qui ait pu en former , ou qui en ait jamais formé de ce caractère. Les colonies font redevables à la politique de l'Europe, de l'éducation & des grandes vues de leurs actifs & entreprenans fondateurs , & c'eft à-peu-près-là toute l'obligation que lui ont quelques-unes des plus importantes & des plus conliiérables d'en* tc'elles.
F I N du quatrUmc volume,
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