‹ Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (volume 2)Chapitre 8 sur 15 · L A RICHESSE · texte numérisé non relu

L A RICHESSE

gros droits qu'elle a mis fur l'importation des grains étrangers ; & dans les occaiions extraordinaires où une difette l'a forcée de fufpendre ces droits pour un tems , l'exportation a toujours été prohibée. Ainfi, par ce fyftème de loix, le commerce de transport n'y a jamais été permis dans le fait.

Ce fyftème de loix, qui tient à Pétabliffement de la gratification , neparoît donc pas mériter les louanges qu'on lui a données. îl e(l facile d'afiigner d'autres caufes de l'avancement & de la profpérité de la Grande-Bretagne , qu'on a fî fouvent attribués à ces loix. La confiance ou la fécurité où chacun y vit quHl jouira des fruits de fon travail , ' fuffit feule pour rendre un pays floriifant malgré ces réglemens & vingt autres non moins abfurdes qui regardent le commerce -, & cette fécurité devint plus parfaite par la révolution arrivée vers le tems où la gratirîcatton fut établie. L'effort naturel . de chaque individu pour améliorer fa condition eh: un principe fî puiifant truand Gii le laiffe agir avec liberté & fécurité, que, feul& fans aide, il efi: non-feulement capable de mettre lafomété dans un état d'opulence & de

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profpérité, mais encore de furmontet cent obftacks irnpertinens dont la folie des ioix humaines ne vient que trop fouvent troubler & embarraifer les opérations, quoique l'effet de ces obftafcles foit toujours plus ou moins des ufurpations fur fa liberté ou des brèches à fa fecurité. Dans la Grande- Bretagne ,Finduftrie eftdans une pleine fecurité ; & quoiqu'elle foit bien loin d'être parfaitement libre , elle Peu: autant ou plus que dans aucun autre pays.de l'Europe.

Quoique le tems de notre plus grande profpérité & de nos plus grands progrès , ait été poftérieur à ce fyftême de loix , qui tient à la gratification , nous ne devons pas pour cela en faire honneur à ces loix. Ils font de même poftérieursà la dette nationale, & fûrement ils n'en font pas l'effet.

Quoique ce fyftême ait exactement la même tendance que la politique de l'Efpagne & du Portugal, celle de faire tomber un peu la valeur des métaux précieux , dans les pays où il eft fuivi, cependant la Grande-Bretagne eft certainement une des plus riches contrées |de l'Europe, tandis que l'Efpagne & k Portugal font peut-être les plus psu-

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vres. Il eft aifé d'expliquer cette différence de fituation , par deux caufes difl férentes. La première eft qu'en Efpagne la taxation , & en Portugal la défenfe de l'exportation de Por & de l'argent , & la police févere qui veille àl'exécution de ces loix , doivent opérer, non- feulement plus directement, mais encore pluspuiflarnment, la réduction de ces métaux dans deux pays pauvres qui entr'eux importent annuellement plus de fix millions ft. que les loix. fur les grains ne peuvent l'opérer dans; la Grande-Bretagne. La féconde eft que cette mauvaife politique n'y eft pas contrebalancée par la liberté & la îecurité générale du peuple. L'induftrie n'y eft ni libre ni afturée de jouir de ce qu'elle fait ; & les gouvernemens civil & eccléfiaftique y font Ci oppreffîfs , qu'ils fuffifoient feuls pour y perpétuer lamifere, quand les réglemens de commerce y (broient auiîifages que la plupart font infenfés & abfurdes.

: Le -treizième acte du roi régnant, ^h. 43 , femble avoir établi un nouveau fyftême par rapport aux loix con-!

cernant les grains : à plufieurs égards il eft meilleur que l'ancien ; mais à mi certain égard il n'eftpas fi bon,

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Par ce ftatut , les gros droits fur l'importation pour la confommation du pays ceflcnt , dès que le froment va jusqu'à quarante- huit fchelings le quartier, & à leur place il n'y a plus qu'une impofmoii de fix pences fur le quartier de froment, Se en proportion .fui?

les autres grains. Le marché intérieur n'eft donc pas fi abfolument privé des fecours étrangers 9 qu'il l'étoit aupara. vant.

Par le même ftatut, l'ancienne gratification de cinq fchelings fur chaque quartier de froment ceife, quand le prix eft monté à quarante-quatre fche* liiîgs , & ainfi des autres grains en proportion. Ce ftatut réduit même le$ gratifications fur les autres fortes de grains un peu plus bas qu'elles n'étoient auparavant lorfque ces grains fe trouvoient aux mêmes prix. Si les gratifications font auffi hors de propos que j'ai tâché de le faire voir, plutôt elies ceiTent, & plus elles font diminuées 9 mieux cela vaut.

Le même ftatut permet l'importation pour réexporter, dans tous les cas , c'eft- à-dire 9 à quelque prix que foit le grain, pourvu qu'on le mette dans le faagafîii du roi. A la vérité cette lu

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berté ne s'étend qu'à vingt - cinq des ports de la Grande-Bretagne. Cependant ce font les principaux , & dans la plupart des autres il n'eft peut-être pas poiîible d'avoir des magalins propres à cet effet. Ainli l'on a pris quelques mefbres pour l'établiirement du commerce de tranfport.

Il paroît évidemment que dans tous ces points la loi du roi régnant a perfectionné l'ancien fyitême.

Mais la même loi défend l'exportation j du moment que le prix du froment eft à quarante - quatre fchelings le quartier , & ainfi des autres grains en proportion. Le prix paroît trop bas, & il femble d'ailleurs qu'il y ait une inconféquence à arrêter entièrement l'exportation , lorfque le grain eft au même prix où Pou retire là gratification donnée pour la forcer. Ou il falîoit fupprimer la gratification à un prix beaucoup plus bas, ou il falloit permettre l'exportation à un prix beaucoup plus haut. En ce point la loipa^ i©& inférieure à l'ancien fyftême*

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