‹ Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (volume 2)Chapitre 7 sur 15 · Tome IV. F · texte numérisé non relu

Tome IV. F

na La richesse

mais tous les grains furent évalués fi bas dans le tarif, que ce droit ne montoit qu'à un fcheling pour le quartier de froment, à quatre pences pour l'avoine, & à fix pour tous les autres grains. Par l'acte de la ire année de Guillaume & de Marie , qui établit la gratification , ce petit droit fut fupprimé indirectement, toutes les fois que le prix du fromeric n'excéderoit pas quarante-huit fchelings le quartier ; & par l'acte delà ue& 12e de Guillaume III, cli. 20, on i'ôta formellement pour tou* tes les ocsaiions où le froment pafTeroifc ce prix.

Le commerce du marchand exportateur fut ainu* non-feulement encouragé par une gratification , mais encore rendu plus libre que celui du marchand qui vendait dans le pays. Par le demie* de ces ftatuts , on pouvoit accaparer ld grain à tout prix pour l'exportation; mais on ne pouvoit l'accaparer pour le vendre dans le pays , excepté quand le prix n'excédoitpas quarante- huit fchelings le quartier. Cependant, comme je l'ai déjà montré , l'intérêt du mar* chand qui vend dans îe pays ne fauroit jamais être oppofé à celui du grand

©esKations. Liv. IV. Chap.V. 12?

corps du peuple. Celui du marchand exportateur peut l'être & l'eft en effet quelquefois. Si pendant que la cherté .eft dans fon pays , la Famine eft dans :im pays voifin , il peut être de fon intérêt d'exporter du grain dans le der-^ •nier en iî grande quantité , que les malheurs de la cherté en fulTent fort aggravés dans l'autre. L'objet direct de ^ces ftatuts n'étoit pas de mettre l'abondance dans le marché intérieur , mais -fous prétexte d'encourager l'agricultui*e , de faire monter le prix du grain aulii haut qu'il étoit poffible , & ds :mettre par là , autant que faire fe pouvoit , une cherté confiante dans le pays. Le découragement de l'importation réduifoit la fourniture du marché intérieur , dans les tems même d'une grande difette , à ce que le fol du pays -avoit .produit, & l'encouragement de l'exportation , lorfque le prix alioit ju(qu'à quarante - huit fchelings le quartier, faifoitque dans le tems même d'elle difette affez considérable le marché ne jouiîibit pas de tout le produit dit fol. Les expédions auxquels la Grande-Bretagne a été fi fou vent obligée 4e recourir , ces loix paiTageres , qui

x*4 La richesse

défendoient pour un tems l'exportation , & qui fupprimoient pour un tems les droits dont l'importation étoit grevée , démontrent fuffifammenc que fou fyitème générai étoit mauvais. S'il eût été bon ,elle n'auroit pas été fî fouvent dans la néeefîité de s'en départir.

Si toutes les nations fuivoient le fyftème honnête de l'exportation & de l'importation libre, les différens Etats qui occupent un grand continent feroient, à cet égard, comme les différentes provinces d'un grand empire. La raifbn & l'expérience prouvent que dans celles-ci la liberté du commerce intérieur eft non-feulement le meilleur palliatif d'une cherté , mais encore le préfervatif le plus efficace contre une famine. Cette liberté auroit le même effet dans tous les Etats d'un grand continent. Plus ce continent feroit grand, plus la communication par terre & par eau feroit facile entre fes différentes parties, moins chacune d'elles feroit expdfée à ces calamités , parce que la difette de l'une feroit, félon toute apparence , toujours foulagée par l'abondance- de quelqu'autre. Mais il n'y a

des Nations. Liv. IV. Chap.V. iijf

guère de pays qui ayent adopté cet honnête fyftème. La liberté du commerce des grains eft prefque par-tout plus ou moins reftreinte , & dans pluiieurs pays elle eft bornée par des réglera ens (1 abfurdes , qu'ils empirent fouvent le mal , & qu'une difette y devient famine. Le befoin de ces pays* là peut être fouvent Ci grand & il urgent, qu'un petit Etat voifîn qui en.

même tems fourfrlroit quelque peu d'une chertér ne pourroit rifquer de leur fournir des grains fans s'expofer luimême à la plus alfreufe calamité. C'en: aind que la mauvaife police d'un pays rend en quelque forte dangereux & imprudent d'en établir une qui, fans cela, pourroit être la meilleure dans un autre. Cependant la liberté illimitée d'exporter feroit beaucoup moins dangereufe dans de grands Etats où les terres produifant beaucoup plus , il arriveroit rarement que Papprovifionnement du pays fouffrît beaucoup de la quantité de grains qui feroit vraifemblabîement à exporter. Il eft peutêtre néceffaire de reftreindre quelquefois la liberté de l'exportation , dans un canton fuiife , par exemple , ou dans

îz6 La richesse

quelqu'un des petits Etats d'Italie; mais à peine fe trouvera-t-il une occafion où de grands empires foyent forcés de prendre la même précaution. D'ailleurs, empêcher le 'fermier d'envoyer en tout tems fa denrée au jnarché où elle fera le mieux vendue* c'eft évidemment facrifier les loix ordinaires de la juftice à une idée d'utilité publique, à une forte de raifon •l'Etat; a&e de l'autorité législative qui ne doit jamais être exercé , & qu'on 21e peut lui pardonner que dans les cas de la plus preifante néceffité. Le prix auquel on défend l'exportation, Il jamais il faut la défendre, doit toujours être un prix fort haut.

Les loix concernant les grains peu- Vent être par-tout comparées aux loir qui concernent la religion. Le peuple fe fent tellement intérèfië dans ce qui a rapport à fa fubfiftance dans ce monde & fon bonheur dans l'autre, que pour le maintien de la tranquillité publique le gouvernement eft obligé de fe conformer à leurs préjugés & d'établir le fyfrème qu'ils approuvent.

C'eft par cette raifon, peut - être , qu'il feft fi rare de trouver un fyftème raiw

des Nations. Liv. IV. Chap. V. nf

fonnable établi touchant l'un & l'autre de ces deux objets capitaux.

IV. Le commerce du marchand porteur de grains , ou de celui qui importe les grains étrangers pour les exporter de nouveau, contribue à répandra l'abondance dans le marché intérieur.

Il eft vrai que le premier objet de fon commerce n'eft pas de les y vendre»

mais généralement il le fera volontiers» & même pour un peu moins d'argent3 parce qu'il fauve ainfî la dépenfe de charger & de décharger, du fret & de i'aiîiirance. Les habitans d'un pays qui, par le moyen du commerce de tranfc port, devient le magafin & le grenier qui fournit aux pays étrangers , manquent rarement eux-mêmes. Quand le commerce de tranfport pourroit contribuer ainfî à réduire le prix moyen du bled en argent dans le marché intérieur, il ne feroit pas bailler par -là fa valeur réelle. Il ne feroit que haufc fer (amplement un peu la valeur réelle de l'argent.

La grande -Bretagne a défendu en effet le commerce de tranfport, dans toutes les occafions ordinaires , par les

Page 1