OBSERVATIONS EFFECTUÉES
J'ai fait sur Mars soixante-quinze observations en trois séries : la première allant du 11 juin au 25 novembre 1922, la seconde du 27 avril 1924 au 13 mars
1925, la troisième du 20 juin au 6 décembre 1926.
Première période (1922). — Pendant la première période, Mars est passé en opposition le 10 juin, au périhélie le 13 octobre et en quadrature Est le g octobre. La quadrature étant voisine du périhélie, l'angle de vision a atteint 46026/,tandis qu’à l'opposition il est descendu à 202’. Le temps est resté généralement beau. Ces conditions étaient très favorables pour déterminer la courbe de polarisation.
D'autre part, la déclinaison de Mars était très australe, surtout à la date &e l'opposition. À Paris, Mars passait au méridien à 15° seulement de l'horizon en
juin, juillet, août et septembre, à 16°, puis à 17° pendant la première moitié d'octobre. Ce fait contribua beaucoup à rendre les images boullonnantes et empêcha souvent d'étudier les débails.
Je me suis donc attaché surtout à mesurer régulièrement la polarisation de
l’ensemble de la planète.
Seconde période (1924-1925). — Pendant la seconde période, en 1924, Mars est passé en quadrature Ouest le 13 avril, en opposition le 30 août, en quadrature Est le 25 décembre, Sa latitude, à l'opposition, était presque maximum, de sorte que l'angle de vision est descendu seulement à 4258’ ; à la quadrature Est, 1l n’a pas dépassé 42029".
Le temps, beau en général jusqu’en juillet, est devenu ensuite couvert et pluvieux, ce qui m'a empêché de faire des mesures suivies comme en 1922. Par contre, Mars était beaucoup plus haut, principalement vers la fin des observations, ce qui contribua à donner souvent de très bonnes images.
J’en ai profité surtout pour étudier séparément la polarisation des diverses
régions de la planète.
Troisième période (1926). — Pendant la troisième période, Mars est passé en quadrature Ouest le 8 juillet 1926, en opposition le 4 novembre 1926 et en quadrature Est le 27 février 1927. A la quadrature Ouest, l'angle de vision a atteint 47022" tandis qu’à l'opposition, la latitude de Mars étant très faible, il est descendu à 0021”.
J'ai utilisé cette période pour faire quelques mesures de la polarisation des régions centrales, destinées à être comparées à celles de 1922 et pour rechercher systématiquement, près des bords du disque, une polarisation due à l’obliquité des rayons diffusés, analogue à celle que paraissent présenter, à un faible degré, certains points du sol lunaire.
* RÉGIONS CENTRALES (1)
Observalions de 1922. — Toutes les valeurs trouvées ont été portées sur le
() Les bords du disque, principalement les régions polaires, étant le siège de phénomènes particuliers, au lieu de mesurer la polarisation moyenne de l’ensemble de la planète, j'ai préféré étudier celle d’une aire circulaire située au centre et occupant environ la moitié de sa surface. Les mesures étaient faites, soit en adaptant à la lunette un grossissement assez faible pour que cette aire soit entièrement couverte par le faisceau des franges, soit en effectuant, à l’aide d’un grossissement plus fort, des mesures séparées dont il suffisait ensuite de prendre la moyenne. Comme la polarisation variait en général très peu d’un point à l’autre, les deux méthodes convenaient également et donnaient les mêmes résultats.
tableau VI, page 56. Les points de la courbe C, figure 8, page 42, représentent les chiffres de 1922.
Pour tous les angles de vision inférieurs à 35°, cette courbe coïncide, d’une mamière remarquable, avec la courbe générale de la Lune ; elle s’en écarte partout de moins de 1,5 millième.
Le minimum négatif est situé, comme pour la Lune, vers 119, mais son amplitude, un peu plus faible, n’atteint que — 10,5 millièmes. L’angle d'inversion semble un peu plus fort que sur notre satellite ; sa valeur la plus probable, relevée sur la courbe, paraît être de 24015", à 20’ près.
À partie de 359, au contraire, la polarisation subit des fluctuations importantes ; ses écarts atteignent jusqu’à 12 millièmes. Ces fluctuations ne sont pas dues uniquement aux variations de l’angle de vision, puisque celui-ci est resté constant vers la quadrature. Elles ne sont pas produites par la rotation de la planète, car la polarisation a pris des valeurs très diverses pour la même longitude du centre. Elles ne peuvent donc être attribuées qu’à des variations dans l’état physique de la surface de Mars ou de son atmosphère. Les résultats de 1924 vont nous per-
mettre de les expliquer.
Observalions de 1924-1925. — Ces observations sont représentées par les points de la figure 9. Au début des observations, vers la quadrature Est d'avril 1924, la polarisation à subi quelques fluctuations irrégulières, puis elle a varié, jusqu’à l'opposition, suivant la courbe en trait plein.
Cette courbe a la même allure que celle de 1922, mais ses ordonnées sont plus faibles, sauf pour les petits angles de vision. L’angle d’inversion, plus grand qu’en 1922, est d'environ 269 et le minimum, plus accentué, atteint — 12,5 millièmes.
Après l’opposition, la polarisation est repassée, en sens inverse, sensiblement par les mêmes valeurs, pour atteindre, le 6 décembre, 26 millièmes (valeur inférieure de 3,5 millièmes à celle de la Lune). Deux jours après, elle descendit à 21 millièmes, sans aucune cause apparente. Mars présentait à nous sensiblement les mêmes régions et, comme il allait bientôt passer en quadrature, l'angle de vision restait très constant. D'autre part, malgré des images excellentes, aucune brume n’était visible sur la planète qui montrait des détails jusqu’à une demiseconde du bord.
Le 19, reprenant les observations après quelques jours de mauvais temps, j'ai retrouvé Mars voilé par une brume épaisse de teinte jaunâtre, laissant à peine deviner les mers qui étaient, au contraire, intenses lors des observations précédentes. Le polarimètre n’accusait plus que 9 millièmes.
Ce voile épais persista un mois, sous toutes les longitudes, tandis que la polarisation augmentait lentement et irrégulièrement.
Le 18 janvier, je vis réapparaître les détails encore voilés d’une légère brume,