SUR LE MODE DE FORMATION DES DIFFÉRENTS TYPES DE L'HFRMAPHRODISME
Mes observations ne m'ont rien appris sur l’origine des diverses anomalies que l'on désigne sous le nom d'hermaphrodismes, Cela tient à deux causes : d'abord à l'époque de l'évolution où ces observations ont été faites, et qui précède l'époque plus tardive où ces anomalies pouvaient se former; ensuite, à l'état rudimentaire des organes extérieurs de la reproduction chez les oiseaux, par suite duquel un certain nombre d'anomalies des organes reproducteurs ne peuvent pas se produire dans cette classe.
Du reste, l’origine de ces diverses monstruosilés, chez les mammifères et chez l'homme, où elles ont été principalement observées, peut aujourd'hui s'expliquer très-facilement par des considérations théoriques déduites des connaissances nouvellement acquises sur l'évolution des organes reproducteurs.
On a considéré, pendant longtemps, l'appareil reproducteur mâle et l'appareil reproducteur femelle comme des appareils essentiellement distincts, et présentant seulement entre eux les rapports d'harmonie nécessaires à l'accomplissement de leurs fonctions.
Lorsque Et. Geoffroy Saint-Hilaire chercha à démontrer l’unité de composition, il fut conduit à penser que les appareils reproducteurs présentaient non-seulement des rapports d'harmonie, mais encore des rapports d'analogie. Il chercha donc à retrouver dans les deux sexes un ensemble d'organes communs, modifiés uniquement au point de vue fonctionnel.
C'est en partant de cette notion de l'unité fondamentale des appareils réproducteurs dans les deux sexes, qu'Is Geoffroy Saint-Hilaire chercha à expliquer les diffé rentes formes de l'hermaphrodisme. Mais il n’y réussit qu'en partie, parce que l'observation de ces appareils dans l’âge adulte ne donne que des indications trèsimparfaites sur leurs vérilables analogies.
On pensait alors que toutes les parties de la reproduction se répètent d'un sexe à l’autre. On considérait les ovaires comme représentant les testicules ; les oviductes, chez les oiseaux, les trompes, la matrice et le vagin, chez les mammifères, comme représentant les canaux déférents ; le clitoris comme représentant le pénis; et l'on admettait que ces diverses parties avaient une origine commune, mais pouvaient, suivant les circonstances, revêtir une forme mâle ou femelle. Dans l’état normal, toutes ces parties revêtiraient uniformément le caractère mâle ou femelle. Dans les hermaphrodismes, chaque partie de l'organe reproducteur pourrait revêtir, isolément, un caractère sexuel particulier et contraire à celui des autres parties.
Cette théorie explique un certain nombre de cas d'hermaphrodismes.
Il est bien évident, par exemple, que les organes érectiles ont la même origine dans les deux sexes. Tout arrêt de développement du pénis aura pour résultat de donner un caractère féminin aux organes extérieurs de la génération. Tout excès de développement du clitoris leur donnera, au contraire, un Caractère masculin.
Ces faits sont connus depuis longtemps. Il est inutile d'y insister. On sait, d'ailleurs, que les arrêts de développement du pénis s'accompagnent fréquemment d'un arrêt de développement du testicule, qui ne descend point dans le serotum, et que le testicule, retenu au-dessus de l'anneau inguinal, n'acquiert jamais la propriété de produire les Spermatozoïdes, comme cela résulte des recherches de mon
regrettable ami le docteur Godardt. On sait aussi que les ovaires peuvent sortir par les anneaux inguinaux et simuler les testicules ; ce fait, toutefois, ne paraît pas s'être présenté dans les cas où le clitoris, affecté d’un excès de développement, revétait les caractères du pénis. Dans tous ces cas, l'explication de l’anomalie ne soulève aucune difficulté.
Cette théorie paraissait s'appliquer également, avec assez de facilité, aux cas d'hermaphrodisme latéral, dans lesquels les segments profonds et moyens de l’appareil reproducteur sont mâles d'un côté, femelles de l’autre.
Mais il y a des cas beaucoup plus complexes dans lesquels on a constaté la coexistence, d'un même côté du corps, et même des deux côtés, d'organes mâles et femelles. La coexistence des canaux déférents avec le vagin, la matrice et les trompes, a été observée plusieurs fois, quoique rarement. Plus rarement encore on a signalé la coexistence, d’un même côté, de l'ovaire et du testicule.
Ces faits étaient entièrement inexplicables, jusqu'au moment où une brillante découverte anatomique de J. Mülier a prouvé que les canaux excréteurs des glandes génitales n’ont pas la même origine dans les deux sexes, et qu’ils ne peuvent, par conséquent, ètre considérés comme des organes analogues. Les canaux déférents résultent de la transformation des canaux excréteurs des corps de Wolff. Les oviductes proviennent de cordons que J. Müller a découverts, et qui, d’abord pleins, se transforment en un canal. C’est ce que l’on appelle les filaments ou conduits de Müller. Ces parties coexistent dans les embryons des deux sexes, Seulement, il arrive que dans le sexe mâle le filament de Müller reste arrêté dans son développement. Nous savons seulement que ces filaments, qui s'unissent dans leur partie inférieure, persistent pendant toute leur vie, au moins chez certains mammifères mâles, et peut-être chez tous, dans un état rudimentaire. Ils forment alors ce que l'on appelle la vésicule prostalique, ou, comme on le dit aujourd’hui, l'utérus masculin. Dans le sexe femelle, les filaments de Müller prennent, au contraire, un développement considérable. Chez les oiseaux, ils deviennent l’oviducte. Chez les mammifères, ils se compliquent plus encore, et donnent naissance à un canal divisé en trois parties : le vagin, l'utérus et la trompe. Distinctes dans quelques espèces, ces parties se conjoignent, dans le plus grand nombre, pour former un vagin unique et un utérus unique, Au contraire, les conduits excréteurs du corps de Wolff disparaissent plus ou moins complétement; dans quelques espèces seulement, ils persistent pendant toute la vie et forment ce que l’on appelle les canaux de Gartner ?.
La connaissance de ces faits donne l’explication complète de tous les cas d’hermaphrodisme où l’on observe la coexistence de parties mâles et femelles dans le segment moyen de l’appareil reproducteur; qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas excès dans le nombre des parties, En effet, tout dépend, dans ces cas, du développement égal et simultané des conduits excréteurs des corps de Wolff ou des conduits de Müller, Si le canal du corps de Wolff se développe seul d'un côté, tandis que le conduit de Müller se développe seul de l’autre côté, on a l’hermaphrodisme latéral simple. Mais le conduit du corps de Wolff et le conduit de Müller peuvent se développer simultanément d'un même côté; ils produisent par conséquent un canal évacuateur mâle et un canal évacuateur femelle. Le même fait peut se produire des deux côtés à la fois,
Une autre forme d’hermaphrodisme, beaucoup plus rare, consiste dans la coexistence, d'un côté ou même de deux, de l'ovaire et du testicule.
Ces faits sont excessivement rares et ne sont pas encore scientifiquement établis,
‘ Gopanv, Etudes sur La monorchidie et la cryptorchidie chez l'homme, dans les Mémoires de la Société de biologie, 2 série, t, 111, 1856.
? J. Mürcen, Hildungsgeschichte der Genitalien, 1830,
par suite de l'absence de détails histologiques. Toutefois, on ne doit pas les révoquer en doute d'une manière absolue, Ne peut-on pas penser que la glande sexuelle serait à son origine formée de deux parties, l'une destinée à la production de l'élément male, l’autre à la production de l'élément femelle de la génération; mais que, dans l'état normal, une seule de ces parties serait susceptible de se développer et d'acquérir l'organisation définitive d'un testicule ou d’un ovaire? Dans certains cas d'anomalies, les deux parties de la glande sexuelle pourraient se développer simultanément et produire à la fois un organe mâle ou un organe femelle, C'est là l’organisation normale d'un poisson particulier, le serran.
Cette hypothèse s'accorde parfaitement avec certains faits observés chez les mollusques. On rencontre, soit dans la classe des gastéropodes, soit dans celle des acéphales, la séparation et la réunion des sexes dans des groupes très-voisins, parfois même dans les espèces d'un même genre. Lorsque les sexes sont réunis, il y a ce que l’on appelle la glande hermaphrodite, qui produit des spermatozoïdes dans certaines parties et des ovules dans d’autres. Or, l'observation a montré que les lobes mâles et les lobes femelles de la glande hermaphrodite ne sont pas toujours également répartis, et que l’on peut arriver par une série de transitions depuis l’égalité à peu près complète entre les éléments des deux sexes, jusqu’à la prédominance à peu près exclusive de l'un d’eux dans la glande. C’est ce que M. de Lacaze- Duthiers a indiqué depuis longtemps pour certains mollusques acéphales et particulièrement pour les huîtres. « Pour nous, il paraît démontré que les glandes se développent dans des proportions variables; que tel individu est plus mâle que femelle ; enfin que, dans d’autres cas, il y a égalité !.»
Nous devons espérer que les progrès de l’embryogénie des animaux supérieurs nous donneront prochainement l'explication de ces faits, comme ils nous ont donné déjà l'explication des cas d’hermaphrodisme caractérisés par la coexistence d'organes mâles et femelles dans le segment moyen de l'appareil de la reproduction.
1 Lacaze-Duruiens, Organes génitaux des acéphales lamellibranches (Ann, des sc. nat., Zool., 4" série, t. II, p. 226).
Les faits que j'ai décrits dans ce livre sont entièrement nouveaux, à un très-pelit nombre d'exceptions près ; ils résultent de l'étude et de la comparaison de plusieurs milliers d'embryons de poule dont j'ai provoqué l'évolution normale et tératologique à l’aide des procédés de l'incubation artificielle.
On trouvera dans l’atlas la représentation d’un certain nombre de ces embryons. Je n'ai pas cru devoir les décrire en détail. J'aurais donné à mon livre des proportions excessives sans aucun profit réel. Dans toute œuvre de science, le public ne voit que les résultats acquis ; il n’attache qu'un intérêt médiocre aux efforts successifs de l’auteur dans la recherche de la réalité. Je me suis donc borné à présenter les faits généraux qui ressortent de mes recherches et à décrire le mode d'évolution, inconnu avant moi, de presque toutes les formes tératologiques observées chez les animaux vertébrés.
Je rappelle ici ces faits, en insistant surtout sur leurs conditions les plus générales qui font de la tératogénie une science à part, bien que liée intimement à l'embryogénie ; comme la tératologie est une science à part, bien que liée intimement à la zoologie.
Le fait fondamental, dominateur, si l’on peut parler ainsi, de la tératogénie, c’est que les événements tératogéniques sont toujours la conséquence d'une modification de l’évolution embryonnaire. Ge fait, entrevu par Wolff et par Meckel, et ensuite plus complétement présenté par les deux Geoffroy Saint-Hilaire, n’avait encore été établi que par des considérations théoriques. 11 est mis en pleine lumière par mes recherches, entièrement fondées sur l’observation.
Je dois insister sur ce résultat ; car, encore aujourd'hui, le fait fondamental de la tératogénie n’est pas apprécié comme il devrait l'être. Les savants qui ont occasion d'étudier les faits tératologiques sont presque tous des médecins, prédisposés par leurs études à les expliquer par l'intervention de causes pathologiques. Ils se représentent généralement la monstruosité comme résultant de la lésion accidentelle d’un organe primitivement bien conformé. C'était, je l'ai dit déjà, la (héorie tératogénique "de Lémery. Je n'ai pas cru devoir
combattre cette doctrine par des arguments directs, tirés des difficultés physiologiques souvent considérables qu'elle soulève dans ses applications à chaque type particulier. La meilleure réfutation de cette doctrine, c'était la constatation même du mode d'évolution des monstres. Elle est la conséquence la plus générale de tous les faits consignés dans ce livre.
J'ai eu d'ailleurs occasion d'étudier certaines maladies de l'embryon, et particulièrement l'hydropisie. Cette étude, sur laquelle j'ai réuni de nombreux documents, m'a prouvé que l'hydropisie embryonnaire, à laquelle on a attribué un si grand rôle dans la tératogénie, détermine toujours, lorsqu'elle atteint un certain degré d'intensité, la désorganisation et la mort. Les désordres qu’elle produit ne peuvent jamais se réparer, comme le prétendent les partisans des causes pathologiques en tératogénie.
L'apparition des anomalies et des monstruosités est donc uniquement le résultat d'une évolution modifiée. Mais, pour que les Causes tératogéniques puissent exercer leur action, il faut nécessairement qu'elles agissent sur l'embryon lorsqu'il est capable de la subir, c'est-à-dire lorsqu'il est encore dans cette première période de la vie où l'organisme, entièrement constitué par des éléments organiques homogènes, ne présente pas la diversité de structure, qui le caractérise plus tard, et qui est la condition essentielle de la manifestation des phénonèmes physiologiques de l’âge adulte.
C’est alors qu’interviennent les deux procédés généraux de la tératogénie : l'arrêt de développement, fait initial de la monstruosité simple ; et l'union des parties similaires, fait initial de la monstruosité double. Ces deux procédés, essentiellement différents dans leur nature, sont d’ailleurs fréquemment associés, L'arrêt de développement détermine parfois l'union des parties similaires dans les monstres simples. L'union des parties similaires qui produit la monstruosité double, est elle-même le point de départ de nombreux arrêts de développement frappant les diverses parties des organismes conjugués.
Les organes définitifs des êtres monstrueux apparaissent ainsi d'emblée avec leurs caractères tératologiques, dans des blastèmes préalablement modifiés par la monstruosité.
Il résulte de cette condition générale de la tératogénie que les monstruosités se manifestent de très-bonne heure. On les constate dans l'embryon de la poule pendant l’époque qui précède la sortie de l'allantoïde hors de la cavité abdominale, époque qui correspond aux
quatre premières journées, lorsque la température de l'incubation est normale.
L'époque de l'apparition des monstruosités est d'ailleurs d'autant plus précoce que les modifications téralologiques sont plus graves. Cela est évident pour les monstruosités simples. J'ai montré comment la série des types de la monstruosité simple, dans la classification d'Is. Geoffroy Saint-Hilaire, série qui conduit des monstruosités les moins complexes aux monstruosités les plus graves, reproduit trèsexactement, quand on la prend en sens inverse, l’ordre même de leur apparition dans l’évolution embryonnaire. Gela est également évident pour la monstruosité double. Les types de cette classe dans laquelle la fusion est la plus intense, c’est-à-dire ceux qui présentent l’unité plus ou moins complète de la colonne vertébrale, ne peuvent se produire que tout à fait au début des formations : aussi ce fait tératogénique est à peu près le seul qui ait échappé jusqu’à présent à mes observations.
Quelque diverses que soient les anomalies et les monstruosités simples, elles ont toujours, comme élément essentiel et primordial, un arrèt de développement. Tantôt cet arrêt de développement est entièrement local ; il constitue, par conséquent, ce que l’on appelle une Aémilérie ; tantôt il porte sur une région tout entière et il détermine cette association de plusieurs hémitéries qui forme ce que l’on appelle une monstruosité. Tous ces faits sont en réalité de même nature. Leur différence apparente dépend de l'intensité de la cause tératogénique, quelle qu'elle soit, comme je le prouverai dans un autre ouvrage.
Voici maintenant les faits de détail que j'ai découverts :
J'ai décrit les anomalies des annexes de l'embryon, sujet presque entièrement nouveau. J'ai fait connaître le développement du blastoderme sans embryon; le défaut de différenciation du disque embryonnaire en embryon et en feuillet vasculaire, anomalie que je considère comme l'origine de l’anidie ; l'arrêt de développement des îles de sang, point de départ de l’hydropisie embryonnaire ; la déformation elliptique du blastoderme et de l'aire vasculaire ; les anomalies des vaisseaux artériels et veineux de l’aire vasculaire ; les arrêts de développement de l’amnios, fait initial de la plupart des monstruosités embryonnaires; les arrêts de développement de lallantoïde, cause principale de l’asphyxie et de la mort des embryons monstrueux.
J'ai vu que les monstruosités les plus graves, celles qui apparaissent
les premières, les monstruosités omphalositiques, tiennent à une particularité organique particulière : l'absence de solidarité des diverses parties de l'organisme au début de l’évolution. J'ai montré que ces monstres, privés de cœur, sont voués à une mort très-précoce dans tous les cas où ils ne se développent pas sur un vitellus unique avee un frère jumeau bien conformé. On avait signalé avant moi l'existence de la gémellité dans ces monstres, mais on n'avait pas compris son rôle physiologique. On avait déjà vu que, par suite des connexions vasculaires établies entre les deux embryons, le cœur du jumeau bien conformé est le moteur de la cireulation dans l'omphalosite. J'ai montré que ces connexions sont la cause de l'évolution de l’omphalosite, qui peut continuer à vivre et à se développer tant qu'il est uni avec son frère jumeau; que la rupture de ces connexions au moment de la naissance fait périr nécessairement les omphalosites de la classe des mammifères; que leur conservation, ‘au moment de l’éclosion, permet aux omphalosites de la classe des oiseaux de vivre aussi longtemps que le jumeau bien conformé ; enfin que l'union des deux frères jumeaux chez tous les embryons de cette classe les a fait prendre, jusqu’à mes recherches, pour des monstres doubles. La connaissance de ces faits m'a conduit à montrer quel est, au moins dans un certain nombre de cas, le mécanisme de la monstruosité par inclusion.
J'ai décrit le mode d'évolution des divers types des monstres simples autosites.
La triocéphalie et la cyclopie résultent d'un arrêt de développement de la vésicule éncéphalique antérieure, arrêt de développement qui tient à la fermeture précoce de la partie antérieure de la gouttière cérébro-spinale. Lorsque cette fermeture est très-précoce et antérieure à la production, dans les bords de la gouttière, des parties qui deviendront les rétines, on observe le type de la triocéphalie. Lorsque les parties qui deviendront les rétines se sont constituées dans les bords latéraux, la fermeture précoce de la gouttière a pour résultat d'amener ces parties en contact ; dans ce cas il ne se forme qu'une seule vésicule oculaire primitive, et on observe le type de la cyclopie.
J'ai découvert le type nouveau et si étrange de l'omphalocéphalie ou hernie ombilicale de la tête. La formation de ce type s'explique par la pénétration de la tête dans l'angle rentrant formé par la réunion des deux bords antérieurs du feuillet vasculaire, bords qui s'unissent
alors au-dessus de la tête, au lieu de s'unir en dessous. La tête est: alors le plus souvent plus ou moins arrètée dans son développement. Ces faits donnent l'explication de l'existence du cœur au-dessus du dos, que j'ai constatée deux fois dans mes expériences.
J'ai montré que les divers types de l’anencéphalie, de la pseudencéphalie et de l'exencéphalie résultent de la compression totale ou partielle des vésicules encéphaliques. La partie comprimée de ces vésicules conserve dans le premier de ces types son caractère primitif de poche séreuse ; ‘elle se transforme dans le second en une tumeur vasculaire, résultant de l'hypertrophie et de la vascularisation incomplète des iles de sang ; elle se complète dans le troisième par la formation de la substance nerveuse.
J'ai observé la mode de formation de la célosomie, qui résulte, comme on l'avait soupconné, du défaut de formation ou de l'arrêt de développement des parois thoraco-abdominales, et celui de l’ectromélie, simple arrêt de formation ou de développement des. membres. f
J'ai découvert le mode de formation de la symélie. Dans cette monstruosité l'arrêt de développement du capuchon caudal de l'amnios force les membres postérieurs à se retourner et à venir se conjoindre sur la ligne médiane.
J'ai montré que le défaut de formation ou l'arrêt de développement de l’amnios est, au moins dans le plus grand nombre des cas, la cause qui détermine la production des monstruosités simples, ce qui explique le fait si fréquent de l'association de plusieurs monstruosités sur un même sujet.
L'origine des hémitéries m'a beaucoup moins occupé, parce qu'elle est généralement"plus tardive, et que d’ailleurs elle présente beaucoup moins de difficultés d'interprétation.
Toutefois j'ai constaté le fait de la dualité du cœur, anomalie dont l'existence était encore révoquée en doute, et je l’ai expliquée par un arrêt de développement. J'ai découvert que dans l’état normal le cœur est primitivement double et que les deux cœurs se conjoignent à une certaine époque pour former un organe unique, découverte d'autant plus remarquable qu'elle a eu son point de départ dans l'examen de faits tératogéniques.
J'ai montré également que les déviations congénitales de la colonne vértébrale et des membres sont le résultat d'un arrêt de développement de l'amnios.
Enfin j'ai découvert le fait initial de l'hétérotaxie, vaguement entrevu par Baer ; la sortie de l’anse cardiaque à la gauche de l'embryon. C'est le seul fait de tératogénie simple où je n'aie point vu l'arrêt de développement comme fait initial.
J'ai constaté également un certain nombre de faits relatifs à l'origine de la monstruosité double.
J'ai étudié les conditions de la gémellité pour les embryons des poulets. J'ai montré que la gémellité peut se produire dans trois conditions différentes : l'existence de deux jaunes dans une même coquille ; l'existence de deux cicatricules sur un même jaune ; la production de deux embryons, et parfois même de trois, sur une cicatricule unique. J'ai fait l'histoire physiologique de ces jumeaux, ués sur un même jaune et réunis par des connexions vasculaires, J'ai montré qu'ils se développent tantôt également et tantôt inégalement et que le jumeau mal conformé est alors un omphalosite, c’està-dire un monstre qui ne vit que de la vie de son frère. Enfin j'ai montré que ces jumeaux wnivilellins ne peuvent point se séparer, et qu’au moment de l'éclosion ils simulent un monstre double,
J'ai montré que la monstruosité double résulte, au moins dans un grand nombre de cas, de l'union et de la fusion de deux embryons produits sur une même cicatricule ; ce qui m’a conduit!à penser qu'il en est ainsi dans tous les cas.
J'ai décrit le mode d'union des deux embryons dans un certain nombre de types de la monstruosité double. Et d’abord j'ai fait connaître le mode de formation de l’amnios unique dans le cas où deux embryons se produisent sur une même cicatricule. Puis j'ai fait connaître le mode d'union des monstres doubles dont l'union est superficielle ; puis celui des monstres doubles à union antérieure et à têtes séparées, en me fondant, il est vrai, sur une observation qui ne m’est pas personnelle et qui appartient à Allen Thomson. J'ai découvert le mode de formation des monstres doubles sycéphaliens, c'est-à-dire à union antérieure et à têtes réunies ; et j'ai montré comment ces organisations, les plus étranges parmi celles de la monstruosité double, commencent par l'union des têtes, lorsqu’elles sont encore dans leur état primitif, puis se continuent par l'union des bords antérieurs du disque embryonnaire.
Il n'y a que les monstres doubles par union latérale sur l'origine desquels mes expériences ne m'ont encore rien appris; ce qui tient à leur origine très-précoce. J'ai montré cependant qu'on peut s'en
rendre compte par des considérations théoriques très-simples. C’est la seule fois que j'ai dû faire intervenir l'hypothèse pour suppléer à l'absence d'observations.
Toutes les observations qui m'ont fourni les éléments de ces découvertes ont été faites sur des embryons de poule. Toutefois, ce n’est pas seulement la tératogénie de la poule, ou même la tératogénie des oiseaux, qui résulte de leur comparaison. Dans le nombre extrêmement considérable d'embryons monstrueux que j'ai étudiés, je n’ai rencontré qu'un type tératologique nouveau, celui de lomphalocéphalie: Tous les types que j'ai observés ont pu ètre rattachés aux types décrits par Is. Geoffroy Saint-Hilaire dans son célèbre livre. Et cependant Is. Geoffroy Saint-Hilaire ne connaissait chez les oiseaux qu'un nombre de types tératologiques excessivement restreint. J'ai montré que c’est la conséquence de la mort précoce des embryons monstrueux chez les oiseaux, événement qui résulte de deux causes pathologiques, l'anémie et l’asphyxie, qui les empêchent le plus ordinairement d'atteindre l’époque d’éclosion. Ces faits m'ont prouvé que les mêmes types tératologiques peuvent se produire dans tout l'embranchement des animaux vertébrés.
L'explication de ce fait général est bien simple. Elle résulte de la grande découverte de Baer sur la réalisation du type des animaux vertébrés dans tous les embryons qui appartiennent à ce premier embranchement du règne animal. Ils ont tous au début une forme commune et parcourent dans l’évolution plusieurs formes successives communes ; ils peuvent donc être tous modifiés de la même facon, sous l'influence de causes tératogéniques. Plus tard, lorsque les différences commencent à se manifester, les types tératologiques ne peuvent plus se produire d’une manière générale, et n'apparaissent plus que dans certaines classes. L'état actuel de l’'embryogénie comparée ne me permet pas, pour le moment, d'aller au-delà de cette simple indication. Mais j'ai la conviction qu'il n'y a plus qu’une question à résoudre pour transformer la tératogénie spéciale de la poule en tératogénie générale des animaux vertébrés : celle de la constatation des types tératologiques dont la production est possible ou impossible dans chacune des subdivisions de cet embranchement.
Ainsi donc, les faits que j'ai déduits de mes expériences, bien que restreints aux embryons d’une seule espèce, ont une portée bien plus grande qu'on ne le croirait tout d'abord, puisque leurs résultats s'appliquent, d’une manière générale, à l’une des grandes divisions
du règne animal. Ils forment un ensemble dont toutes les parties s’enchaînent entre elles par les liens d'une mutuelle dépendance. Comme je l'ai dit dans l'introduction, on pourra y ajouter beaucoup de faits de détail; on n'y introduira pas de modifications essentielles.
Mais derrière tous ces faits que j'ai découverts, il y à un autre fait beaucoup plus général, c'est que j'ai produit moi-même les éléments de mes études, c’est que, sauf le cas particulier de la monstruosité double, j'ai provoqué l'apparition de tous les types tératologiques dont j'ai fait connaître l’évolution, en modifiant les conditions extérieures qui déterminent l’évolution normale. De tous les résultats que j'ai obtenus, c’est celui auquel j'attache la plus grande importance, car il montre ce que l’on peut, ce que l’on doit attendre de l’intervention de la méthode expérimentale dans les questions, aujourd'hui si discutées, de la morphologie zoologique. Ge n'est pas en accumulant des hypothèses plus ou moins vraisemblables, aliment de discussions interminables et stériles, que l’on parviendra à déterminer l'origine des formes de la vie. Si le problème nous est accessible, s'il ne dépasse pas la portée de l'intelligence humaine, l'expérimentation seule peut fournir les éléments de solution. C'était la pensée d'Elienne Geoffroy Saint-Hilaire lorsqu'il cherchait à provoquer la formation des monstres. C'était aussi la mienne, durant cette longue série de recherches que je viens d'accomplir, en suivant la voie que ce grand naturaliste a ouverte, et qui m’a conduit à réunir les éléments de la tératogénie. J'ai le plus ferme espoir qu'elle sera pleinement justifiée par la science de l'avenir.
Re nn ©