PREFACE IX
elle permettrait d'appliquer la méthode expérimentale à Tétude du problème fondamental des sciences naturelles, celui de Torigine des formes sous lesquelles la vie se manifeste. Il semble, au premier abord, qu'en diminuant l'intensité des causes tératogénîques, on doit arriver à diminuer, si Ton peut parler ainsi, rintensité des anomalies elles-mêmes et à obtenir des variétés, c'est-à-dire les déviations les plus légères du type spécifique. Mais la poule, qui m'a servi si utilement dans toute une partie de mes recherches, ne se prête que très difficilement à cet ordre d'expériences. Le type de cette espèce, très anciennement domestiquée, est aujourd'hui tellement diversifié que l'expérimentateur qui constaterait la formation d'une variété ne pourrait jamais savoir s'il devrait l'attribuer à ses expériences ou à quelque cause physiologique provenant de l'œuf lui-même. Pour aborder cette question avec quelques chances de succès, il faudrait employer les œufs d'une espèce dont le type n'aurait pas varié, c'est-à-dire d'une espèce sauvage, ou d'une espèce de domestication récente. Dans ces conditions l'expérience serait très difficile; car, à l'exception des poules, les oiseaux ne produisent qu'un très petit nombre d'œufs, et, par conséquent, Texpérimentateur aurait souvent beaucoup de peine à se procurer les matériaux de ses études.
L'étude expérimentale de la formation des races, qui devrait porter sur un certain nombre de générations, exigerait d'ailleurs des locau;»: spécialement adaptés à l'élève des animaux. C'est une condition qui m'a toujours fait défaut.
J'ai donc été contraint de renoncer provisoirement à ce travail, auquel je m'étais préparé par les études de toute ma vie, et je crains de ne pouvoir jamais l'entreprendre. Je ne puis donc aujourd'hui que faire des vœux pour que des naturalistes plus favorisés que moi reprennent ces recherches dans des conditions qui leur permettraient de les faire aboutir. Je serais heureux si cet appel pouvait être entendu.