INTRODUCTION
La question de la Régénération, bien que datant déjà d’un siècle et demi, est encore et plus qué jamais à l’ordre du jour. Si la multiplicité des faits aujourd’hui connus chez les Animaux inférieurs nous a habitués à cette idée de reproduction par boutures à la manière des Végétaux, qui a excité si vivement la curiosité des savants du XVIU siècle, l'intérêt de cette question n’a fait que croître en prenant une portée plus haute et plus profonde aux divers points de vue de la Biologie moderne.
En effet, la Régénération accentue -un des problèmes les plus étonnants et les plus mystérieux, en montrant la tendance en fait de l'être vivant à la réalisation d'un type déterminé, non seulement dans le développement, mais aussi à l’état adulte, lorsqu'un accident l’en fait dévier. En retour la Régénération, si intimement liée à la Schizogonie éclaire de quelque lumière la nature de la Reproduction. De plus la Blastogénie, soit proprement dite, soit régénérative, chacune sous un mode spécial et dans des conditions spéciales, sont, comme l'Embryogénie, des formes du développement ontogénique, et elles soumettent souvent à de salutaires épreuves des théories trop systématiques, inspirées trop exclusivement par l'étude du développement ordinaire. Enfin, dans le domaine spécial des
Annélides, à l'intérêt de ces questions générales s'ajoute celui qui s'attache à l'étude de la Métamérie, de son origine et de sa différenclation.
Et cependant, cette question est encore fort peu avancée. Le fait même de la Régénération, ainsi que ses conditions et ses effets, surtout chez les Lombrics qui ont fourni l’objet principal des recherches de ce genre, ont prêté et prêtent encore à des contestations. Quant à l'étude du développement du bourgeon, elle a été à peine abordée, en général assez superficiellement et avec assez peu de succès ; en tout cas les interprétations sont variées et contradictoires. Il pourra donc paraître utile d'apporter quelques contributions à l'étude de la Régénération chez les Annélides.
Les Conditions et Effets de la Régénération, tel sera l’objet de la première partie. Chez les Zombrics, mes observations, déjà assez anciennes, mais inédites, confirment généralement les recherches récentes de MorGax (95) et de HESCHELER (96-97), et d'autant mieux que l'indépendance des observations se trouve par cela même plus absolue. Quant aux Polychètes, mes recherches, quoique encore très incomplètes, constituent jusqu'ici le seul ensemble méthodique sur cesujel.
Le développement du bourgeon de Régénération fera l’objet de la deuxième partie. Grâce au soin tout particulier apporté à ce travail difficile, dont témoigne l’exposé succinct de mes essais de technique sur le présent sujet, j'ai pu, par une étude microscopique plus sérieuse, arriver chez les Oligochètes à des interprétations nouvelles, à la fois plus rationnelles et plus complètes, et entreprendre comparativement cette même recherche chez les Polychètes. Ces résultats, consignés sommairement dans deux notes préliminaires (96) sur l'origine et sur la différenciation du bourgeon de régénération caudale chez les Annélides, depuis étendus et développés dans une série d’autres notes (97-98), se sont trouvés presque immédiatement confirmés, sur divers points communs, par les publications d’autres auteurs relatives à des types voisins.
Mes premières recherches sur ce sujet remontent à près de vingt ans: elles ont été faites au laboratoire de l'Ecole Normale, et portaient principalement sur la Régénération chez les Lombrics.
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Quand je voulus aborder l’étude histologique du développement du bourgeon, les difficultés pratiques du sujet me firent éprouver le besoin d’une technique plus forte. Je dois remercier M. le Professeur RANVIER de l’accueil que je reçus alors dans son laboratoire, où les conseils et l’obligeance de mon bien regretté ami W. VIGNAL me furent particulièrement précieux.
Plus tard ces recherches furent reprises au Muséum dans le laboratoire de M. PERRIER. En adressant à l’éminent Professeur, l'expression de ma gratitude, je tiens à rappeler ici que les conseils, que j'avais reçus de lui longtemps auparavant vers la fin de mes études, avaient été pour moi un puissant encouragement dans la voie que dès cette époque je songeais à suivre.
Enfin ce travail a été surtout poursuivi et terminé dans les laboratoires de M. le Professeur Grarp à la Sorbonne et à Wimereux. Vivement attiré depuis longtemps par l’enseignement suggestif de ce maître d’un esprit si large ct d’une érudition si sûre, je suis heureux de pouvoir lui dédier ce travail.
J’adresse en terminant un remerciement amical à M. J. BoNNIER, directeur-adjoint du laboratoire, pour le concours très obligeant qu'il à bien voulu me prêter au cours de l'impression de ce mémoire.