‹ Recherches sur la religion des MalabarsChapitre 65 sur 75 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Les brahmanes et les Malabars gentils prétendent que Kartä, qu’ils nomment aussi Pardparavasiou (5) ou Parachati, est le dieu souverain , et que son essence est identique avec le plus subtil des cinq éléments, qui sont l’eau, le feu , la terre, l'air et l’éther. Ils disent qu’il est souverainement intelligent , et que ses perfections sont infinies. Cette suprême essence, suivant eux, contient et renferme en soi l’univers entier ; elle en est pour ainsi dire l’âme; elle est la force qui produit et

d'êtres vivants; ce sont la pierre qui lui sert d’âtre , la pierre sur laquelle il broie les épices , son balai, son mortier avec le pilon , et Le vase de cuivre avec lequel il puise de l’eau. E. J.

(1) Les Indiens, à qui l’on ne peut reprocher d’avoir laissé une seule idée incomplète , après avoir représenté la Terre ou Lackhmt par la vache, ont considéré le lait comme le symbole des richesses que donne la féconde Prithof ; aussi une des figures qui leur sont le plus familières pour exprimer la production des biens, est-elle celle qu’ils empruntent au mot douh qui signifie traire. C’est d’une mer de lait qu’ils font sortir comme une crème l’amrita ou la liqueur d’immortalité ; c’est de la même mer que surgit Lakchmt la déesse des richesses , la source de tous les biens terrestres. E. J.

(2) Les Indiens ont conservé quelques traits de la figure védique d’Agni; mais ils les ont altérés en les réduisant aux proportions exigues de leur mythologie moderne. Agni paraît en effet dans les Védas'comme le maître de la maison ( grihapati), comme l’auteur des richesses domestiques ( djâtavédas ), comme le prétre de famille , si j'entends correctement l’expression encore douteuse vishäm kavï. E. J.

(3) On trouve l’indication d’un présage semblable dans une note se rapportant au chapitre intitulé : Superstihrons relatives à l’accouchement des femmes. J'observe que j'ai cru devoir réunir ce dernier paragraphe à ceux qui le précèdent, quoiqu'il forme dans l'original un chapitre particulier intitulé : Superstition relative à la tortue. E. J.

(4) Cette partie de l’ouvrage est exclusivement consacrée à l’exposition des dogmes théologiques des Indiens et à une comparaison de ces dogmes avec les principes enseignés par la religion chrétienne. Elle est nécessairement privée du genre de mérite qu’on peut apprécier dans les deux premières parties, l’exactitude des observations et la fidélité minutieuse de leur exposition ; j'ai déjà remarqué que ce mérite était le seul qui fût à la portée de l’auteur , homme mal préparé par ses études à examiner les questions philosophiques, et par le caractère même de ses fonctions, à porter un jugement impartial sur leur mérite. relatif et même absolu. Une comparaison des principes théologiques indiens et chrétiens était un sujet d’une grande étendue et d’un haut intérêt; mais une discussion philosophique aussi grave était trop supérieure aux faibles moyens dont disposait l’auteur , pour qu’il pût opposer à la puissante dialectique des brahmanes autre chose que de simples assertions. J’ai pensé qu’il était inutile , après les travaux des Colebrooke , des Lassen et des Windischmann sur la philosophie indienne, de publier sur ce sujet des notions mal conçues et plus mal exprimées encore ; je n’ai donc extrait de cette troisième partie qu’un petit nombre de passages , pour empêcher qu’une soupçonneuse curiosité ne regrettât ceux que j'ai supprimés. E. J.

(5) Ge mot est plus usité dans l’Inde méridionale que dans l’Inde supérieure : composé de pardpara, premier et dernier, et de vastou, substance ; il signifie essence universelle | et rappelle la définition chrétienne empruntée à la première et à la dernière lettres de l'alphabet grec. E. J.

conserve toutes choses dans un ordre merveilleux ; elle est la substance répandue dans tous les êtres ; elle est le principe même du mouvement ; elle existe par elle-même; elle est de toute éternité; elle ne dépend d’aucune chose, et toutes choses dépendent d’elle (x).

Ils exposent ainsi leur système : Kart& voulant sé manifester , répandit sa substance dans l’univers entier, et produisit par cette effusion toutes les merveilles des quatorze mondes. Il se transforma ensuite en une figure humaine à laquelle il imposa le nom de Shiva; mais comme Shiva était destiné à se retirer dans le satiyalôgam, le ciel de la perfection ; il se transforma en une autre figure humaine à laquelle il donna le nom de Roudra, puis se revêtit encore de deux autres formes semblables, qu’il nomma Vichnou et Brahmà; il remplit ces trois figures de son intelligence, et leur confia la direction des affaires humaines ; aussi disent-ils que ces trois personnes ne forment qu’une seule divinité (2). C’est par ces trois manifestations que Xart& opère toutes choses. Brahmà est le créateur ; rien n’est produit dans le monde que par sa volonté ; Vichnou est le conservateur; il entretient l'harmonie entre toutes les parties du monde ; Roudra est le destructeur ; c’est lui qui anéantit toutes choses. Ces trois dieux sont soumis à Shiva qui a la plénitude de l'essence de Kart&, qui est Kart& lui-même (3).

D’autres prétendent que Kart& se manifesta sous l’apparence d’une figure humaine formée de mille têtes , de deux mille bras et de deux mille jambes (4), que Vichnou sortit de l'estomac de cette monstrueuse figure, Brahmà du nombril de Vichnou, et Roudra du visage de Brahmà. Kart& donna à Brahmà le pouvoir de créer, à Vichnou celui de conserver, et à Roudra celui de détruire. D’autres enfin croient que Parachati fit naître d’un œuf Brahmä et Latchimi, d’un autre œuf Vichnou et Pärvati, d’un troisième enfin Roudra et Sarasouvadi ; qu’il unit Latchimi à Vichnou , Pérvatt à Roudra et Sarasoupadi à Brahmà. Ces divinités furent formées, suivant eux, de la substance de Parachati, qui serenferma dans ces œufs pour en faire éclore ses trois manifestations (5). Parachati donna à Brahmä le pouvoir de créer, à Vichnou celui de conserver, à Roudra celui de détruire , et institua Sarasouvadi déesse des sciences , Latchimi déesse des richesses, et Pérpati déesse de la vie.

Kart& donna pour séjour aux trois dieux qu’il avait créés un rocher d'argent nommé Magämérouparouvadam, heu de délices et de félicité (6); il produisit un nombre infini de divinités inférieures , et leur confia la garde des autres mondes. Comme les dieux ne devaient passer dans cette condition qu’un certain nombre de siècles, Æart&, les temps étant venus, les plaça dans le satiyalôgam , où ils devaient jouir d’une béatitude parfaite; puis, après un certain nombre de siècles , il les reproduisit de nouveau et les plaça sur le Wagämérouparouvadam ; il les a déjà plusieurs fois ainsi absorbés et reproduits , de manière que le Wagämérouparouvadam et le satiyalôgam possèdent plusieurs formes de Roudra , de Vichnou et de Brahmà. Les chefs des autres mondes ne doivent non plus y demeurer qu’un certain temps, après lequel, suivant leurs mérites, ils s'élèvent jusqu’au satiyalügam , ou vont dans le poülôgam renaître sous une forme inférieure en expiation de leurs péchés (5).

Kartd a déjà trois fois anéanti tous les mondes ; nous sommes arrivés au quatrième âge, après lequel tous les dieux et toutes les âmes reçues dans le satiyalôgam rentreront dans la substance de Kari& pour se confondre avec elle , tandis que tous les autres êtres, habitants des mondes inférieurs ou des enfers , iront s’absorber dans le mäymdy (8), lieu de ténèbres, où il n’y a ni plaisirs ni peines, pour y attendre une nouvelle création. Lorsque Xart& crée de nouveau les mondes, il reproduit les

(r) Cette exposition de l’auteur est tout-à-fait fausse; aucune secte indienne n’a confondu l'Étre Suprème ( Parämatmä ) avec l’ékdsha ou éther, l’un des cinq éléments. La substance de ce premier chapitre se trouve dans une note du premier volume du Zend-avesta d’Anquetil (p. exxxviüj) ; les noms propres y sont presque tous défigurés par une orthographe fautive ; Anquetil a emprunté ce résumé aux fragments que lui avait communiqués le P, Claude. E. J.

(2) Ge dogme est tout entier dans le mot frimotrli , qui appartient également à la philosophie et à la mythologie indiennes, et qui implique l’unité de substance en constatant la distinction des formes. E. J.

(3) Le titre de Mahädéva , grand Dieu , est un de ceux par lesquels Shiva est le plus fréquemment désigné : ce Dieu est , dans presque tous les systèmes mythologiques , le chef suprème des divers ordres de divinités. E. J.

(4) C’est la forme sensible sous laquelle les Indiens se représentent le mahäpouroucha ou le macrocosme ; on trouve une admirable description de cet être cosmogonique dans la onzième lecture du Bahgavadgftà ; la poésie mystique des Indiens , si riche de grandes images , peut à peine citer un passage plus sublime que l’extase d’Ardjouna. E, J.

(5) L'auteur fait ici allusion au système mythologique des andam ou œufs primitifs, qui n’est qu’un développement mythologique du dogme de l’Hiranyagarbha. Æ. J.

(6) Cette opinion est une de celles que l’auteur a empruntées à la petite mythologie indienne : suivant la mythologie pouranique, chacun de ces dieux a son /6ka ou son étage particulier dans le système des mondes. E. J.

(7) On peut apercevoir à travers la rédaction confuse de l’auteur , qu’il parle des périodes proportionnelles à l'ensemble dès mondes nommés manvantara et pralaya. E. J.

(8) Mäymäy est l’altération tamoule de mäây4, Villusion , le principe de la multiplicité, de la distinction , et par suite la cause de la création ; les pouranistes ont pour ainsi dire condensé cette fiction dogmatique en une figure mythologique dont ils font l’épouse de Brahmä. E, J.

dieux maîtres du Magämérouparouvadam , et destine les êtres absorbés dans le méymdy à aller , chacun selon son mérite, habiter les autres mondes (r).

Les brahmanes sont persuadés que Kart&, Pardparavastou où Parachati est le plus subtil des cinq éléments, qui pénètre et remplit toutes choses de son immensité, et en est le souverain ordonnateur ; aussi pensent-ils que tout ce qui s’accomplit dans l’univers est le résultat d’une action purement matérielle bien qu’essentiellement subtile, qui peut se passer de l'intervention d’une intelligence divine. Ils considèrent tout ce qui est rapporté dans leurs livres de la naissance , de la manifestation et de la reproduction des dieux , comme des fables qui ne sont bonnes qu’à amuser la crédulité du

peuple ; ils n’en sont pas moins empressés à en faire une étude sérieuse, afin de pouvoir les enseigner aux autres Castes (2).......

Page 1