‹ Recherches sur la religion des MalabarsChapitre 64 sur 75 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

Diverses superstilions.

Les Malabars né donnent jamais du feu de leur maison pendant leur repas, ni pendant celui de leur famille, parce que le dieu Ækini assiste au repas, dont il est le gardien ; le donner à d’autres en cette occasion , serait lui faire un affront et lui signifier l'intention de le chasser de la maison (5). Ils considèrent le feu , qu’ils nomment akini, comme un dieu domestique ; ils ne manquent pas, avant de commencer leur repas, de prendre un peu de leur portion de riz, de jeter ce riz dans le feu et d’y répandre un peu de beurre. C’est un sacrifice offert à Ækini pour le remercier du bon office qu’il a rendu dans la préparation des mets ; car ils croient s’être rendu coupables de bien des meurtres, en détruisant plusieurs animaux qui se trouvaient dans le bois, dans le riz et dans les légumes ; aussi disent-ils à Ækirx en lui offrant ce sacrifice : « Seigneur , si quelque péché a été » commis, la faute en est à nous ; nous vous en demandons pardon (6). » Les Malabars sont per-

(1) L’explication que j'ai proposée du nom de cette déesse est confirmée par la forme prakrite de l’exclamation dichtyé (düthiä ), qui en diffère à peine. E. J.

(2) J'ai déjà observé plus haut que les Jésuites avaient presque toujours identifié le culte de la Vierge avec celui de Pitlaiyär. Ts avaient pour ainsi dire commencé à réaliser par anticipation une prophétie populaire qui était répandue il y a une dizaine d’années dans l’Inde méridionale, et suivant laquelle toutes les castes devaient dans les trente-cinq années suivantes se confondre en une seule et se réunir dans un culte commun. Le gouvernement anglais de l’Inde est sans doute destiné à justifier cette prophétie , mais dans un nombre d’années qui dépassera certainement le terme assigné à son accomplissement. E. J.

(3) J'ai conjecturalement substitué cette leçon à celle de Péllaiyärchougr que présente l’original. En sanskrit Ganéshamoukha ou Ganéshamoukht : ce trait, tel qu’il est aujourd’hui figuré par les copistes du Bengale et des autres parties de l’Inde supérieure , peut représenter tout au plus la trompe du dieu qui écarte les obstacles ; quant au final qu’on trouve dans les anciennes inscriptions de l’Inde méridionale, et qui figure deux lignes perpendiculaires réunies à leur sommet par une boucle, il est difficile d’y attacher un sens précis. On lit en tête de la première ligne de presque tous Les livres et les actes publics la formule propitiatoire Ganéshäya namah, adoration à Ganésha ! les Tamouls la remplacent souvent par une invocation à Arroumougen où Soubrahmanya, surtout au commencement de leurs lettres. Cet usage doit peut-être s'expliquer par la ressemblance de caractère qui existe entre ces deux personnages mythologiques ; ils sont également fils de Shiva, nés de sa colère pour la destruction de ses ennemis : on peut même croire que les Tamouls ont autrefois confondu leurs noms et leurs attributions, puisque le nom de Pillaiyér paraît n’être que la traduction de celui de Koumérasodmt, qui appartient à Soubrahmanya. E. J.

(4) Je dois avertir le lecteur que j'ai entièrement supprimé le chapitre xxxvi intitulé : Remarques sur les informations faites en 1707 à Pondichéry et dans d’autres villes, au sujet du mémoire présenté au pape Clément XI par le P. François Marie contre les cérémonies pratiquées par les Jésuites dans les missions malabares. Ce chapitre, d’une étendue considérable , est exclusivement consacré à la polémique religieuse ; on n’y trouve qu’un très-petit nombre de faits intéressants perdus dans un amas confus de réflexions prolixes et dépourvues d'intérêt. E. J.

(5) Voyez sur cette croyance populaire le chapitre de la première partie intitulé : Explication des cérémonies du mariage des Mataburs gentils, p.24. E. J.

(6) Le principe de la transmigration supérieure et inférieure des âmes humaines explique les scrupules religieux des Indiens. Il y a, suivant Manou, cinq ustensiles domestiques dont l'usage charge le grihastha du meurtre d’un grand nombre

suadés en effet que les âmes des hommes, après leur mort, passent et repassent sans cesse dans différentes formes de plantes , d’animaux et d'hommes , jusqu’à ce qu’elles soient enfin arrivées à une parfaite pureté qui leur fasse mériter le ciel le plus élevé. Ils considèrent d’ailleurs Ækini comme un dieu inférieur, parce que le f$u a besoin d’aliments pour être entretenu, et qu'il s’éteindrait si l’on cessait de lui fournir de la matière.

Les Malabars ne donnent jamais du feu sur lequel ils font bouillir du lait, parce que, disent-ils, Akini est en ce moment occupé à la consécration et à la cuisson du lait, qui est un des bienfaits de Latchimi : faire sortir Ækirt de la maison en cette circonstance, c’est manquer de respect envers Latchim, c’est faire naître le présage que la fortune de la maison ne tardera pas à en sortir (x).

Les Malabars ne donnent jamais non plus du feu qu’ils entretiennent ordinairement pour réchauffer un enfant à la mamelle, parce que ce serait priver en partie l’enfant des soins d’Ækini, et présager qu'il ne vivra pas long-temps. Ils ne donnent pas non plus de feu après le crépuscule, parce que le dieu Ækiri remplace alors comme gardien de la maison le soleil qui s’est retiré de l’horizon ; aussi chacun a-t-il soin de se procurer du feu et d’en allumer avant que le soleil ne se couche : ils sont persuadés que s’ils donnaient du feu pendant la nuit, la fortune sortirait de la maison avec Akint (2).

Qu’une tortue soit entrée dans la maison d’un Malabar, c’est, croit-on, un signe certain de la mort prochaine de quelque membre de la famille. Aussi s’empresse-t-on d’aller chercher un brahmane qui bénisse la maison et qui en chasse les avant-coureurs de la mort (3). Cette précaution est bien inutile, puisque le dieu Brahmà écrit dans la tête de tous les hommes le jour de leur mort, ainsi que tous les événements de leur vie ; les gémissements de la famille et les prières des brahmanes, résisteront-ils aux puissants efforts des émissaires envoyés par T'armardyen, roi des enfers, pour enlever les âmes suivant la volonté de Brahmà.

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