CHAPITRE XVI
Les Malabars gentils saluent les brahmanes en disant, les mains jointes en avant du front, tenden souvämf, ce qui signifie, « je me prosterne devant vous, seigneur » (5). Les brahmanes répondent dchiroädam, c’est-à-dire « que Latchini vous donne longue vie, félicité et richesses ! » tel est le sens propre que les brahmanes attachent au mot &dchfrvädam, lorsqu'ils lemploient pour rendre le salut aux Malabars : & est la première lettre du mot &you, qui signifie longévité; chtr est un des noms de Latchimi; les gentils la considérant comme la déesse de l'abondance, emploient le mot chtr dans le sens de richesses, pour mieux exprimer la faveur de cette déesse ; car il y a dans leur langue beaucoup d’autres mots qui signifient richesses, mais qui ne font aucune allusion à Latchimi ; le sens de védam est parole : dchirvädam signifie donc littéralement parole de Latchimi et de longévité (6). La signification propre de souvdnu est Dieu ou Seigneur ; les brahmanes étant con-
(x) La convenance des dénominations et des formules religieuses empruntées aux langues des peuples orientaux, et appliquées à l'expression des dogmes de la religion chrétienne , est une des difficultés théologiques les plus sérieuses, en même temps qu’elle est une des questions philologiques les plus curieuses à examiner , puisqu'elle intéresse les rapports de l’expression avec la pensée : M. A. Rémusat a présenté d’ingénieuses considérations sur ce sujet dans son Examen de la traduction chinoise du Nouveau Testament. On doit concevoir qu’il est difficile de garder une juste mesure entre les expressions qui signifient trop et celles qui ne signifient pas assez, d'inventer des mots assez heureux pour s’accerder avec le génie et la direction intellectuelle de la langue, sans rappeler cependant, ne fût-ce que par des allusions , aucun des termes consacrés de cette langue. Les diverses sectes indiennes se sont elles-mêmes fait l’une à l’autre plus d’un emprunt du genre de celui qui est blimé dans ce passage ; elles ont souvent emprunté sans nécessité, sans utilité même, soit dans un esprit de conciliation , soit par des motifs moins généreux : le shaivisme surtout a été souvent dépouillé au profit des sectes qui ont voulu ou se rattacher à son antique origine, ou se faire de son alliance un titre à sa protection ; ainsi la secte bouddhique et presque orthodoxe des Æfshoarika doit aux shaivites une grande partie de ses dogmes et de ses noms mythologiques ; c’est à la même origine que doit être rapportée la célèbre formule dm manih padmé hoëm , à peine connue des bouddhistes de Ceylan et de la Chine , tandis qu’elle constitue presque toute la liturgie des bouddhistes du Nepal et du Tibet. Ishoara, en effet, suivant les traditions shaivites , au moment de créer les mondes, consulta Shakti ou son énergie ; Shakti répondit : dm manih padmé hoûm ; « Oui! que le joyau soit dans le lotus ! » c’est-à-dire suivant l'interprétation ve sectaires, « que le Znga soit dans l’ydni. » E. J.
(2) J'ai substitué cette rédaction à des débris de phrase qui ne présentaient aucun sens complet. Le mot pardparavastou à été expliqué dans une note d’un des chapitres précédents. E. J.
(3) On a vu dans la première partie de ce traité que tel était le motif qui avait déterminé les PP. Jésuites à travestir d’une manière si bizarre les noms de baptème qu'ils imposaient à leurs néophytes ; l’auteur a omis le plus curieux de ces déguisements de mots , celui du prénom André en Indiren ou Indra. Je dois d’ailleurs observer que les missionnaires des églises réformées n’ont pas toujours été plus scrupuleux ou plus prudents ; ainsi toutes les versions du Nouveau Testament dans les langues de l'Inde, publiées par les missionnaires de Serampour, substituent dans le v. 4 du 1° ch. de l'Évangile de S. Mathieu, le nom mieux connu de Réma à celui d’Aram que porte le texte. E. J.
(4) Incorrectement écrit dans l'original sarouvavastavar. Vallaven ( vallabi ) signifie en tamoul puissant; c’est de ce mot , si je ne me trompe , que s’est formé le sanskrit va//abha , dont l’origine est si douteuse. E. J,
(5) Incorrectement écrit dans l'original tindem souvami. En sanskrit dandah (bhavatou) so4min ; tenden n’est en effet que l'altération tamoule de danda ; mais il a dans la langue tamoule un sens qui ne s’est conservé en sanskrit que dans le mot dandavat ; il signifie respect, salut, prostration, et non pas, comme Le prétend l’auteur, je mé prosterne. Souvämi doit ici prendre l’ long. E. J. Te
(6) Cette opinion étymologique n’est pas particulière à notre auteur ; le mot dchfroddam est expliqué de même dans un dictionnaire tamoul manuscrit de la Bibliothèque Royale; l’étymologie n’en est pas moins fausse, puisque le mot est régu-
sidérés comme des dieux, on leur donne le nom de souvdnu ; c’est un titre qui ne s’accorde qu’aux personnes les plus dignes de respect.
Les chrétiens saluent les PP. Jésuites en disant, les mains jointes en avant du front, sarouvéchourechtôtiram souvämt, c’est-à-dire « louange à Dieu , seigneur (1)! » Ce mot est composé de sarouvéchouren , formé lui-même de sarouven et d’ichouren, un des noms de Shiva, et de ichtôtiram, louange; c’est-à-dire « louange à Shiva, seigneur (2) ! » Tous les chrétiens donnent aux PP. le titre de soupänu, comme celui qui convient le mieux à leur dignité de brahmanes. Les PP. répondent au salut comme les brahmanes, par le mot dchérvädam. J'ai lu le mot échtrpädam dans plusieurs livres de piété écrits en langue malabare par les PP. Jésuites; pédam, qui signifie pied, fait encore allusion à la faveur de Latchimi; le sens du composé est donc « que la faveur de Latchimi soit avec vous et vous donne longue vie et félicité (3) »!..... On trouve encore dans la salutation évangélique le mot échirvädam , employé pour exprimer que la Vierge est bénie : cette
expression ne peut cependant servir qu’à désigner une personne en possession de Latchini ou des richesses, et destinée à une longue vie..…...:
lièrement dérivé de dshis, bénédiction, et de väda, action de prononcer. Chfr n’est pas une altération régulière de Shri, et
n’existe pas dans la langue tamoule avec ce sens ; dyou ou dyourou est la forme tamoule du sanskrit dyous, longévité. E. J. (1) Incorrectement écrit dans l'original sarouestatiram. En sanskrit sarvéshoarastôtram sodmin ; le mot stétra , louange , est
passé en tamoul sous la double forme tétiram et ichtôtiram. Le mouvement des mains qui accompagne la formule de saluta-
tion est l’añdjali; la signification expresse de ce geste est que l’on reçoit sur son front les ordres de la personne à laquelle on s'adresse. E. J.
(2) J’ai substitué cette explication à une exposition complétement inintelligible du mode de composition de ce mot ; j'ai
pu seulement reconnaître que cette exposition ne différait pas de celle qui se trouve dans le chapitre 1 de la première partie. E. J.
(3) Cette observation , inexacte de tous points, ne permet pas de croire que l’auteur eût une connaissance bien avancée de la langue tamoule ; il ignorait sans doute que les consonnes » et à se permutent régulièrement en tamoul, et que&, doublé par une loi euphonique , se prononce p; or le mot échfrpädam représente réellement dch/rbâdam pour ächéroédam: on ne comprend pas d’ailleurs quel rapport il pouvait établir entre le mot pied et la déesse Lakchmt. E. J.