AVERTISSEMENT
L'ÉTUDE de la physiologie générale^ si nécessaire aux progrès de l'histoire naturelle^ est encore tout-à-fait dans l'enfance; ses lois restent encore à déterminer. On a approfondi avec une égale ardeur la connaissance des animaux et celle des végétaux^ tant sous le rapport de l'anatomie ou de leur physiologie^ que sous celui de leur classification particulière; mais^ dans ce mouvement général des esprits^ la connait^sance des grandes lois communes aux deux règnes^ de leurs rapports et de leurs analogies y n'a fait de nos jours aucun progrès sensible^ et nous ne savons guère à cet égard que ce que l'on connaissait il y a un siècle. Au point où sont par* venues les sciences naturelles^ il est fâcheux de devoir avouer que nous ignorons même en quoi l'animal diffère du. végétal. Tout ce qui a été tenté y tout ce qui a été écrit à ce sujets prouve le besoin d'une définition physiologique^ et cette définition est encore à présenter. Les lois générales de structure des êtres vivans ou organiques nous sont encore également cachées ^ et nous ignorons complètement s'il existe à cet égard quelqu^nalogie entre les animaux et les végétaux. Chose étrange! les plus petits détails des êtres organisés sont généralement connus; les
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grandes lois qui dominent les deux règnes sont encore à reconnaître. C'est que les naturalistes^ exclusivement livrés à l'étude de quelque grande division des corps organiques^ n'ont pas cherché à coordonner les faits épars qu^ils rencontraient^ à les comparer d'un règne à l'autre et à les appliquer aux lois générales de la vie. C'est à quoi j'ai cherché à parvenir dans le Mémoire que je publie aujourd'hui.
Ce Mémoire, dont j'avais jeté les bases en 1822 dans mes observations botaniques, fut terminé en 1828. A cette époque, je l'adressai à M. le baron Cuvier, secrétaire perpétuel de la première classe de l'Institut, qui m'en témoigna sa satisfaction et le remit à l'Académie des sciences. Son examen fîit confié à une commission composée de M. Cuvier, Geoffroy St.-Hillaire et Mirbel, et depuis lors je n'en entendis plus parler. L'on sait, il est vrai, qu'il est d'usage en pareil cas de solliciter le rapport, et je n'ai pas sollicité; toutefois cette communication m'a procuré un avantage, celui d'avoir pris date de mes observations.
En 1829, n'entendant plus parler de mon travail, j'en adressai une copie à l'Académie Impériale des Curieux de la nature à laquelle j'ai l'honneur d'appartenir : même silence qu'à Paris. Étonné de ce double silence, je communiquai mon Mémoire à plusieurs de mes confrères, et sur leur invitation j'en donnai lecture à l'Académie des Sciences et Belles^Lettres qui en ordonna l'impression dans ses annales.
Mais de nouveaux retards devaient survenir encore. C'était l'époque de la révolution. La Belgique, long-temps asservie à une domination étrangère, traitée en pays conquis, réduite à
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Tétat d'ilotisme^ avait enfin secoué le joug de la tyrannie. Dans ces jours brillans de gloire et de triomphe, où la nation entière s'était levée comme un seul homme pour conquérir son indépendance et la liberté , tout citoyen se devait d'abord à la patrie. Lancé dans une carrière nouvelle, appelé à défendre, à développer les institutions sorties des barricades, il fallut abandonner l'étude favorite des choses de la nature ; et ce n'est que lorsque le calme et la tranquillité eurent succédé à la tourmente révolutionnaire qu'il fut possible de revenir à Vamabilis scientia. Alors seulement je pus m'occuper de la publication de ce Mémoire. L'impression en était presque terminée, lorsque j'appris que l'Académie Impériale des Curieux- de. la nature en avait aussi ordonné la publication dans ses annales, et qu'il était inséré dans le 16™^ volume de ses actes qui vient de paraître. C'est donc à cette flatteuse distinction qu'est due l'édition simultanée de cet ouvrage en Allemagne et en Belgique.
Le temps qui s'était écoulé entre la rédaction et l'impression de ce Mémoire me fit voir que j'avais laissé à traiter une question très-importante pour l'objet de mes recherches, la démonstration de la supériorité organique des exosquelettés sur les mollusques, complément nécessaire de la théorie de la classification des animaux. Profitant des loisirs que me laissaient les travaux de la Législature, je rédigeai un chapitre supplémentaire, dans lequel j'ai cherché à donner à cette démonstration une forme nouvelle et une précision toute mathématique ; ce chapitre ne se trouve pas dans l'édition allemande. Quant au reste , j'aurais pu y faire quelques légers changemens ,