‹ Recherches sur la structure comparée et le développement des animaux et desChapitre 5 sur 10 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Si les obseryations contenues dans ce Mémoire sont conformes aux faits qui y sont énoncés^ elles nous paraissent devoir être fécondes en résultats importans pour la science de la vie et Tairancement de la physiologie générale^ ainsi que pour la théorie de l'organisation et de la structure des êtres organisés.

Le développement des animaux est centripète^ celui des végétaux est centrifuge; voilà la première vérité qui découle de nos observations. C'est par suite de la première de ces lois que chez les animaux il y a sans cesse déplacement des molécules anciennes et remplacement de molécules nouvelles. En effets puisque les molécules nouvelles sont sans cesse portées vers le centre^ il fallait bien qu'il y eût dans leur tissu une série non interrompue de compositions et de décompositions^ et que les molécules anciennes pussent être déplacées pour faire place aux molécules nouvelles. Chez les végétaux^ au contraire, le développement étant centrifuge, il n'était pas nécessaire que les molécules anciennes se déplaçassent pour faire place aux molécules nouvelles. Ainsi, chez les végétaux et chez les animaux la vie produit des résultats directement opposés, et la différence de la

loi du développement a entraîné ces êtres dans une organisation essentiellement différente. A cette loi s'est jointe celle des décompositions chimicjues également opposée dans les deux règnes, puisque les animaux absorbent Foxigène et rejettent le carbone, tandis que les végétaux rejettent Toxigène et s'emparent du carlione. C'est ainsi que les animaux diffèrent des végétaux par leur organisation et par la nature de leurs composans.

La connaissance des lois qui président à l'organisation des animaux et des végétaux , nous a conduit à la solution d'un des plus grands problèmes de physiologie générale, la définition directe et physiologique de l'animal et du végétal ('). L^animal

(') Malgré les immenses progrès des sciences naturelles, c'est une chose bien digne de remarque que Fimpossibilité où Ton ëtait d*ëtablir^ dans Fétat actuel de la science, le caractère différentiel des animaux et des végétaux sans recourir à de caractères négatifs; ce qui ne Test pas moins c'est l'ignorance des grandes lois qui président à leur formation , lesquelles seules peuvent donner la définition directe de ranimai et du végétal.

On a cru pour quelque temps trouver une différence tranchée dans la nature des composans; aujourd'hui, il est démontré que cette différence n'existe pas. Le carbone domine chez les végétaux , l'azote chez les animaux ; mais on a^ reconnu que parfois le règne animal produit du carbone et le règne végétal de l'azote. La chaux opère la solidification des animaux comme le carbone celle des végétaux , et cependant il existe des plantes qui présentent aussi des particules calcaires.

On a voulu établir une distinction basée sur la forme générale , en attribuant la disposition rayonnée aux végétaux et la disposition paire aux animaux. Mais il existe des animaux chez qui la disposition rayonnée est aussi évidente que chez les végétaux , et des végétaux chez qui la disposition paire est aussi évidente que chez les animaux. Tels sont, parmi ces derniers, les échinodermes , certains intestinaux, les polypes, etc. ,' et parmi les végétaux, lesyî^ca^ , les ulves , et divers cryptogames.

Le mouvement des fluides, l'absorption et l'exhalaison des gaz , la génération et les sexes, ne présentent non plus aucune différence caractéristique. Un seul organe

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est un être organique centripète; le végétal est un être organique centrifuge. Telle est la seule définition désormais admissible , puisqu'elle exclut tout caractère négatif et qu'elle est basée sur la grande loi qui préside à l'organisation des deux règnes. Nous ayons démontré que Fembryon yégétal ne consiste pas en un bourgeon comme on l'avait prétendu, mais bien en un seul article ou mérithalle qui constitue le collet' sur lequel les botasistes étaient si peu d'accord. Nous avons démontré que ce collet n'est autre chose que l'organe désigné jusqu'ici dans la graine sous le nom de radicule, lequel est l'article primordial destiné à donner naissance supérieurement à la tige et inférieurement à la véritable radicule. Au contraire Tembryon animal présente dès son origine une série d'articles qui devra, par la suite, constituer l'être parfait, apparaissans simultanément en vertu de la loi de symétrie, et se réunissant ensuite en vertu de la loi de conjugaison. Ainsi dans l'évolution de l'embryon des êtres organiques, le vé- ^ gétal nait avec un seul article , destiné à produire successivement

une infinité d'articles semblables, qui, par des métamorphoses successives , formeront ses divers organes ^ tandis que l'animal naît composé de plusieurs articles qui représentent sa formation définitive sous l'empire de la loi de métamorphose. Par conséquent, l'em-

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i\> a paru constant, et c*est le tube intestinal. Dans la nëcessité de distinguer enti'e

(r^ eux le.^ êtres organiques-, on a suppose qu'il existait chez les infîisoires , et par lui

^r les animaux se sont trouvés caractérises. Mais alors, comment a-t-on distingué les

5,/! végétaux? par un caractère négatif, par le défaut de tube intestinal. Ainsi , au point

^ élevé oh sont parvenues les sciences naturelles , on est encore aujourd'hui contraint

;,j)ii^ de caractériser les végétaux par l'absence d'un caractère!

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bryon végétal est un article^ et l'embryon animal un bourgeon. C'est là une conséquence des grandes lois qui président à l'organisation des deux règnes. C'est à cause de la loi du dévelappement centripète que Tanimal nait avec tous ses organes^ et c'est à cause de la loi du développement centrifuge que le végétal nait formé d'un seul article destiné à donner naissance à une foule d'organes différens.

Les animaux forment sans cesse des centres d'action^ tandis que les végétaux s'allongent indéfiniment ; c'est une conséquence de la loi qui préside à leur développement. Le système nerveux des animaux se porte sans cesse vers l'extrémité du tronc , là il est arrêté dans sa marche, il s'agglomère et forme un centre d'action. L'axe cylindro-méduUaire des végétaux endoxylés se porte aussi sans cesse vers les extrémités; mais comme jamais rien ne l'arrête, il s'allonge indéfiniment et ne forme jamais aucun centre d'action. C'est vraisemblablement par suite de la puissance de ce système et de sa tendance à se porter vers l'extrémité, que l'animal marche en avant et que les tiges des plantes s'allongent et avancent aussi leurs extrémités. Le cerveau termine l'animal; la tête en est le dernier verticille, comme la fleur l'est de la plante qu'elle termine également ; ainsi , la reproduction est le terme et l'acte le plus relevé des végétaux, comme l'intelligence celui des animaux.

Nous avons vu qu'il existe chez les végétaux trois modes d'ac- l

croissement en épaisseur, lesquels s'opèrent toujours après l'accroissement en longueur. Nous avons vu que dans l'embryon des végétaux, la disposition des cellules présente des séries longitudinales. Nous avons vu enfin , que dans l'embryon des animaux ,

les organes apparaissent d'abord sous la forme de deux lames qui tendent ensuite à se réunir et à former des centres d'actions , un encéphale^ un cœur^ une vertèbre, un tube intestinal, etc. Cette observation nous révèle encore une loi nouvelle pour la physiologie générale, et que nous nommerons loi d'accroissement, en vertu de laquelle la formation longitudinale précède toujours , chez les êtres organiques, l'accroissement en épaisseur.

Les animaux forment seuls des centres d^organes ; seuls ils sont doués d'intelligence ou d'instinct; seuls ils sont doués de locomotilité et de mouvement volontaire, et c'est à l'ensemble de ces facultés que l'on a donné le nom d'animalité ; mais ces facultés suivent la loi du développement : donc la loi de l'animalité est celle du développement centripète, comme celle de la végétabilité l'est du développement centrifuge.

La vie et la nutrition sont intimement connexes. Les végétaux peuvent se simplifier jusqu'à n'avoir plus de tissu solide ni médullaire, les animaux jusqu'à n'avoir plus de tissu osseux ni nerveux; mais les uns et les autres ne peuvent se passer d'appareil nutritif, et lors même que les tissus solide et médullaire manquent chez les végétaux, et les systèmes osseux et nerveux chez les animaux, on retrouve toujours un organe digestif, ou bien des points absorbans à la surface. Par conséquent, les organes de la nutrition sont les plus généraux et les plus importans pour la conservation des individus du règne organique, puisqu'ils sont nécessairement liés à la vie. La présence ou l'absence du tube digestif ne peut donc fournir la distinction des animaux et des végétaux. Chez ces derniers, les tubes qui puisent la nourriture dans la terre pour la porter aux extrénm. Fil. i3

mités ^ sont autant de tobes digestifs qui^ comme chez les animaux composés^ concourent à la nutrition d'un seul individu. Les infusoires^ d'ailleurs^ cessent de présenter un canal intestinal ; l'absorption s'y fait à la surface du corps , et cependant ce sont bien des animaux. Ainsi la fonction la plus générale des animaux n'est pas la digestion ; et le caractère de la séparation actuelle des animaux et des végétaux repose sur une base erronée. Chez les animaux^ la fonction prédominante esjt la motilité^ non pas qu'elle ne se trouve seulement que chez eux^ mais bien qu'elle s'y rencontre constamment et dans toutes les classes y et qu'après la disparition des divers systèmes , cérébrospinal^ squeletteux^ respiratoire, circulatoire^ digestif^ etc.^ il existe toujours des fonctions musculaires. En descendant l'échelle animale, tous ces systèmes cessent d'apparaître tour à tour; l'appareil du mouvement reste seul le dernier. Par conséquent c'est dans les organes de la motilité que l'on doit chercher les bases de la vraie classification naturelle des animaux.

La nutrition , chez les végétaux , se iait par l'intermédiaire de deux organes opposés, les feuilles et le chevelu. Les feuilles des plantes sont des organes inhalans et exhalans; Linné l'avait dit, mais il fkllait le démontrer, et c'est ce que nous avons fait dans le présent Mémoire. Les feuilles sont donc aux plantes ce que les poumons sont aux animaux, et si les premières sont extérieures et les seconds intérieurs, c'est une conséquence de la loi du développement, différente dans les deux règnes.

Gomme le sperme des animaux renferme des animalcules, connussous le nom de zoospermes, de même aussi le pollen des

végétaux contient un liquide dans lequel on rencontre des globules foTillaires^ que Ton pourrait^ par analogie^ nommer phytùspermes. Ces globules ^ ainsi que les animalcules spermatiques y sont doués d'un mouyement vital spontané qui les fait se mouvoir et même se courber à la manière des infusoires. De nos observations sur l'embryon des végétaux^ on peut conclure avec vraisemblance que^ chez eux comme chez les animaux, la génération n'est ni le résultat d'un germe préexistant, ni celui de l'intromission d'un germe, ni enfin du mélange de deux semences, mais qu'elle résulte d'un point vital latent qui ne peut se développer sans l'action du produit du sexe mâle. Cette action engendre dans le point vital le mouvement, c'està-dire la vie, et ce mouvement occasionne la formation de l'être d'après les lois générales et spéciales qui président à l'organisation de celui qui le produit. On sent qu'il est impossible de démontrer que les choses se passent ainsi, mais on peut s'assurer qu'elles se présentent comme si elles avaient lieu de la sorte.

Les plantes annuelles sont comme ces insectes qui n'ont qu'une seule reproduction. Elles ne naissent, ne se développent que pour se reproduire , et meurent sitôt après la reproduction. Leurs graines et leurs œufs restent stationnaires pendant l'hiver et n'éclosent qu'au retour du printemps, en sorte que ces êtres nouveaux n'ont jamais connu ceux dont ils tiennent l'existence.

Les végétaux ainsi que les animaux ont une motilité spontanée, distincte de la motilité vitale. La motilité fait les mêmes progrès dans les deux règnes , abstraction faite de toute espèce de volonté qui seule parait exister chez les animaux. Elle est trèsbornée dans les êtres dépourvus de système solide ; elle augmente

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et se fait à l'intérieur chez ceux chez lesquels ce système est situé en dehors; tandis qu'elle se fait à l'extérieur chez ceux qui possèdent ce système à l'intérieur. Ainsi ^ les lois de la motilité des corps organiques sont en rapport direct ayec celles de la structure.

Le sommeil des plantes^ comme celui des animaux^ est un mouvement spontané entièrement distinct de la motilité yitale^ indépendant de l'état de Tatmosphère ou du froid , et dont l'absence ou la présence de la lumière et l'intensité ou la décroissance du calorique, ne parait pas être l'agent nécessaire , comme le prouvent les fleurs nocturnes et celles qui s'épanouissent et se ferment à des heures déterminées. C'est une faculté spontanée commune aux animaux et aux végétaux, un repos nécessaire à leur existence. Il en est de même du sentiment du besoin de la génération , si évident dans une infinité de végétaux par les actes qu'ils exercent pour engendrer, actes qu'il est impossible d'expliquer autrement que par la spontanéité , le sentiment du besoin de la génération. Ce sens est aussi développé chez certaines plantes que chez divers animaux, et démontre que les végétaux ne sont pas aussi complètement insensibles qu'on le croit généralement. Enfin , un autre phénomène spontané non moins remarquable, c'est la chaleur qui se développe d'une manière si sensible dans le spadix des aroïdes, pendant l'acte de la génération, et qui présente une nouvelle analogie avec le phénomène de la chaleur animale.

La nature n'a pas isolé ses lois, et chez elle un perfectionnement entraîne d'autres perfectionnemens à sa suite. Ainsi , les animaux chez lesquels on observe la présence d'un système cérébro-spinal.

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sont les seuls chez lesquels on reconnaît de Tintelligence^ comme les végétaux chez lesquels on observe la présence d'un système cylindro-médullaire^ sont les seuls chez lesquels on retrouve les phénomènes de la spontanéité. Par conséquent, chez les animaux et chez les végétaux, le summum de l'organisation correspond avec le sufnmum des phénomènes spontanés, et la progression du système solide est chez les animaux en rapport avec celle de l'intelligence, comme chez les végétaux avec celle de la spontanéité.

Nous avons vu dans le cours de ce Mémoire que la marche de la nature est la même dans les deux grandes divisions des corps organisés, et que leur progression est soumise aux mêmes modifications sous Tinfluence de deux lois différentes, celle du développement centripète pour les animaux et celle du développement centrifuge pour les végétaux. Par conséquent, les endosquelettés sont aux exosquelettés ce que les endoxylés sont aux exoxylés; de même que les exosquelettés sont aux asquelettësr,» ce que les exoxylés sont aux axylés. Ainsi, il y a analogie de* structure dans les grandes divisions des corps organisés.

Il résulte de cette analogie, que M. Geolfiroy-S^-Hilaire a eu raison de considérer le système solide des crustacés comme un véritable squelette analogue à celui des animaux vertébrés, et de dire que les crustacés vivent au inilieu de leur squelette , puisque les monocotylés ou exoxylés, qui sont leurs analogues parmi les végétaux , vivent et croissent au milieu de leur colonne ligneuse.

Il résulte de cette analogie que la nature n'a pas seulement formé des espèces ou des individus, mais aussi de grandes divisions établies sur des lois générales.

n résulte de cette analogie que^ comme base de classification, la considération du système solide est préférable à toute autre, puisqu'elle est en rapport direct ayec la forme des êtres, ayec la perfection des organes, et que dans les deux règnes des corps organisés elle amène le même résultat. Chez les animaux comme chez les yégétaux, le passage des êtres dont le système solide est intérieur à ceux qui ont ce système à l'extérieur, se fait d'une manière brusque; quant aux organes intérieurs, on y trouve un hiatus insurmontable. Les animaux exosquelettés n'ont plus de système cérébro-spinal ni de yertèbres intérieur; les végétaux exoxylés, plus d'étui médullaire central, ni de corps ligneux à l'intérieur. Il est moins brusque quant aux organes extérieurs , les animaux exosquelettés conservant une tête et des membres comme les endosquelettés et les végétaux exoxylés, des fleurs et des feuilles comme les endoxylés. C'est le contraire dans le passage des êtres dont le système solide est âdérieur à ceux qui en sont dépourvus. Ici la transition est brusque quant aux organes extérieurs, moins brusque, quant aux organes intérieurs, dans les deux règnes. Dans les observations qui précèdent, nous avons vu que les lois du développement entrainent les êtres dans une organisation différente, tandis que la comparaison nous a fait connaître que la structure est la même au même degré d'élévation dans l'échelle des êtres. Ainsi, la loi du développement des animaux et des végétaux nous explique le pourquoi de la différence de leur organisation, et celle de la structure des êtres organiques nous explique le pourquoi de leurs rapports, surtout dans la faculté du mouvement. •

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Reprenant maintenant les idées que nous ayons précédemment émises y et revenant sur la question que nous avons posée ^ nous demanderons : Étant donnée l'uniformité des élémens des animaux et des végétaux^ existe-t-il quelqu'analogie dans leur développement et kur structure? et nous répondrons : Il y a analogie dans la structure des grandes divisions des animaux et des végétaux; mais les lois qui président à leur développement, opposées dès le principe, les entraînent dans une organisation éminemment différente.

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