‹ Recherches sur la structure comparée et le développement des animaux et desChapitre 6 sur 10 · COROLLAIRE · texte numérisé non relu

COROLLAIRE

THÉORIE DE Ll CLASSIFICATION DES ANIMAUX.

Le rapport de la structure des êtres à leur classification est le point le plus important de l'histoire naturelle. C'est lui qui lie toutes les séries d'obserrations pour les formuler en un corps de doctrine , et nous lui devons les immenses progrès que l'étude des êtres organiques a faits de nos jours. Depuis que^ dans l'étude des sciences naturelles^ on a remplacé les classifications purement arbitraires par des méthodes graduées sur la marche de la nature y l'étude de la classification des êtres s'est tellement identifiée à celle de la structure^ qu'atijourd'hui od ne peut étudier l'une sans connaître l'autre^ et qu'elles ne font pour ainsi dire^ qu'une seule et même chose. Pour connaître les êtres il faut les classifier; pour les classifier il faut apprécier leur structure, ainsi l'étude de la structure des êtres est l'introduction à la méthode naturelle.

DES ANIMAXJX ET DES VÉGÉTAUX. io5

Dans les considérations qui précèdent^ nous ayons démontré qu'il y a analogie de structure dans les grandes diyisions des corps organiques^ et établi que^ comme base de classification ^ la considération du système solide est préférable à toute autre ^ puisqu'elle est en rapport direct avec la forme générale des êtres ^ ayec la motilité^ ayee la progression des organes^ et que^ dans les animaux comme dans les yégétaux^ elle amène le même résultat. La yérité de ce principe est maintenant incontestable quant au règne yégétal , puisque les diyisions présentées par M. De Jussieu et représentées sous diyers autres points de yue par plusieurs botanistes modernes^ ont toujours amené aux mêmes résultats généraux^ ce qid proyient de ce que la classification basée sur les cotylédons est en rapport ayec la marche de la nature, et déjà nous ayons eu occasion d'obseryer qu'elle concordait ayec les loi$ de la structure. En effet, les trois classes de yégétaux présentées par M. De Jussieu, sous les noms d'acotylédons, monocotylédons et dicotylédons, correspondent pleinement ayec celles désignées par M. DecandoUe, sous les noms de cellulaires, yasculaires endogènes et yasculaires exofi^ènes, ou par M. Richard, sous ceux d'arhizes, endorhizes etexorhizes, et elles sont également en rapport ayec celles que j'ai désignées sous les noms d'axylés, exoxylés et endoxylés. Il faut donc bien cpie la manière d'enyisager les yégétaux ait été en harmonie ayec la marche de la nature, puisque toutes les classifications modernes , quoiqu'établies sur des bases différentes , mènent toujours au même résultat général , et que ce résultat est en rapport ayec les lois de la structure.

Cette yérité une fois reconnue , quant au règne yégétal , Tom. yii. i4

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il nous reste à Yoir si le principe qui lui sert de base , est égaleijtient applicable au règne animal^ et si la considération du système solide est préférable à toute autre pour établir la classification des animaux d'après la marche de la nature.

On sait que Linné avait rangé les animaux en six classes, savoir : les mammifères^ les oiseaux y les amphibies^ les poissons, les insectes et les vers.

Bientôt on s'aperçut que les bases de cette classification manquaient de rectitude^ et que la somme des différences qui séparent chacune des quatre premières classes entre elles ^ n'était nullement en rapport avec celles qui les séparent des deux autres. M. De Lamarck observa^ le premier y que ces quatre premières classes étaient réunies entre elles par un caractère d'ordre supérieur^ qu'il crut manquer dans les deux autres^ celui du système de vertèbres^ et il divisa les animaux en deux grandes classes^ les vertébrés et les invertébrés.

Mais les animaux vertébrés formaient à peine la neuvième partie du règne «animal; les neuf autres dixièmes se trouvaient répartis parmi leyV^rtébrés, et ceux-ci présentaient divers types remarquables. M. Guvier sentit toute l'importance de ces considérations et divisa le règne animal en quatre grandes classes^ les vertébrés, les mollusques, les articulés et les zoophytes. Par là, M. Guvier renversait l'ordre établi par Linné, en plaçant les mollusques à la suite des vertébrés et les articulés entre ceux-là et les zoophytes.

Cette classification ayant été en tout ou en partie admise par la plupart des savans qui se sont occupés d'histoire naturelle, il

importe de voir jusqu'à quel point elle est graduée sur la marche de la nature.

D'abord^ pour élever les mollusques au-dessus des articulés, on s'est principalement basé sur la supériorité qu'ils présentent dans les systèmes respiratoire et circulatoire. Mais ces systèmes , si importans dans les animaux yertébrés, paraissent perdre beau* coup de leur valeur dans les invertébrés; et les classes les plus naturelles présentent à cet égard des anomalies énormes, qu'il est impossible de surmonter. Chez les mollusques , par exemple , on trouve des espèces respirant par des poumons, et d'autres par des branchies; certains arachnides sont pulmonés, d'autres sont trachéens; certains annelides sont branchifères, d'autres sont dépourvus de tout appareil respiratoire; or, quel est celui qui osera prétendre que l'on peut , sans rompre les rapports les plus naturels, séparer lés mollusques pulmonés des branchifères , les annelides branchifères des abranches, ou bien les arachnides trachéens des pulmonés? Voilà pour la respiration; la circulation n'est pas plus invariable. Ainsi , dans la série éminemment naturelle des animaux à pieds articulés à l'extérieur (exosquelettés)^ les crustacés endobranches ont une double circulation , tandis que dans les insectes , le système circulatoire ne permet qu'une simple transfusion. Et cependant personne ne sera jamais tenté de séparer les crustacés des insectes, malgré l'énorme différence de

^^ leur circulation.

^ Ce n'est donc pas dans les systèmes respiratoire et circulatoire

^^ que Ton doit chercher la base d'une classification des animaux.

D'ailleurs , qui peut prétendre qu'un insecte n'est pas supérieur à

f un acéphale ou à une ascidie ? qui peut prétendre qu'une

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un salpa^ n'est pas infiniment plus rapproché des zoophytes que le dernier des myodaires ? Ce n'est donc qu'en intervertissant des séries naturelles que l'on a pu placer les insectes entre les mollusques et les zoophytes.

La division des animaux articulés n'est pas plus naturelle. Les annelides^ par l'absence d'une tête véritable^ d'organes de la locomotion et des sens^ sont certes bien plus voisins des mollusques que des condylopes. Le système nerveux seul ne peut pas non plus servir de caractère ; les cirripèdes , les chitonacées n'ont pas la moelle moins noueuse que beaucoup d'annelides ; et cependant ce sont bien des mollusques. D'autre part, les intestinaux ne sont pas moins articulés que les annelides , et cependant on les éloigne des articulés. Chose étrange ! on veut caractériser une classe d'animaux par la présence d'articulations, et l'on en écarte les plus articulés de tous les êtres. C'est le propre des classifications qui ne reposent pas sur la nature, de rompre les séries les plus naturelles et de n'être formées que d'exceptions.

Pour parvenir avec certitude à l'établissement de la méthode naturelle, il est indispensable de bien connaître le degré d'élévation des êtres ; c'est là la vraie base de toute bonne classification. En appliquant ce principe aux animaux, nous observerons que les extrêmes y sont parfaitement connus : les vertébrés et les zoophytes ; les premiers représentent le summum et les derniers le minimum de l'organisation animale. Ceci posé, il s'agit de comparer alternativement, non pas tel ou tel système organique isolément, mais tous les systèmes l'un après l'autre, et de l'ensemble de ces comparaisons la vérilé surgira. On sait que l'une dès questions les plus agitées en zoologie, est celle de la supé-

riorité des exosquelettés sur les mollusques^ ou de ceux-ci sur les autres. Les deux opinions ont été vivement défendues^ et l'on peut dire avec justice que c'est là le nœud de la théorie de la classification des animaux.

Il est donc nécessaire d'entreprendre un examen approfondi de chacun des divers systèmes des exosquelettés et des moUus* ques^ et de les comparer d'abord avec les vertébrés^ ensuite avec les zoophytes. Nous comparerons donc premièrement la structure générale^ la disposition paire ou symétrique des êtres que nous voudrons soumettre à notre examen ; puis viendra la motilité^ qui forme le caractère général de l'animal.

Après avoir fixé nos regards sur ces grandes considérations, nous examinerons les organes constitutifs de l'animal, savoir :

1^ Le système dermique ou enveloppe générale;

2^ Le système musculaire;

3^ Le système solide ou squeletteux ;

4^ Le système cérébro-spinal;

5^ Le système nerveux proprement dit.

A la suite des systèmes constitutifs viendront les systèmes conservateurs et reproducteurs , savoir :

1<> Le système respiratoire;

2^ Le système circulatoire ;

3^ Le système manducatoire ;

4^ Le système digestif;

5® Le système secrétoire ;

Qo i^ système génital.

Après avoir examiné, l'un après l'autre, les divers systèmes constitutiUb et conservateurs de l'animal, nous examinerons leur situa-

îfo STRUCTURE ET DÉVELOPPEMENT

tien respectiye ; puis Tiendront les organes de relation ou les sens :

1® Le toucher ou le sens général;

2^ Le goût;

30 L'odorat;

4^ L'ouïe;

5® La vue.

Enfin , pour terminer notre examen comparatif^ nous passerons aux facultés intellectuelles.

En établissant^ d'après les considérations qui précèdent^ les rapports d'un être à un autre ^ on voit déjà qu'il sera possible de se former une juste idée de ces rapports et de ces analogies ; mais^ afin de donner à cet examen toute la précision dont il est susceptible , nous représenterons les analogies par des chiffres, et par là nous arriverons à donner à notre examen une précision toute mathémati€[ue.

Soit, en eflTet, Tanalogie complète et générale d'un être avec un autre, représentée par le chiffire 100; dès lors, l'analogie complète de chacun des vingt points d'examen que nous venons d'admettre sera représentée par le nombre 5, Mais cette analogie n'est pas toujours complète; elle est quelquefois in* complète, mélangée, partielle, éloignée ou nulle, et nous exprimerons ces divers degrés par les chiffres 4, 3, 2, 1, 0. Au moyen de ce système ^ il sera facile de donner à la comparaison des êtres une précision toute mathématique, et de démontrer invinciblement le plus ou le moins de leurs rapports.

Après avoir tracé cette marche, examinons les analogies qui existent entre les animaux vertébrés d'une part et de l'autre les exosquelettés et les mollusques.

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