CHAPITRE
TI. — Historique.
Pour plus de facilité et de clarté nous diviserons cet historique en trois parties.
Dans la première, nous passerons en revue les opinions relatives à la structure de l’épithélium, dans la seconde nous examinerons celles qui concernent l'existence de glandes dans la muqueuse, enfin la troisième sera consacrée aux papilles, foilicules lymphatiques et terminaisons nerveuses.
[ — OPINIONS RELATIVES A L’ÉPITHÉLIUM. — a) Henle, d’après Linck (1), serait le premier en date parmi les observateurs qui se sont occupés de l’épithélium des voies urinaires, et par conséquent de celui de l’uretère. Pour lui, cet épithélium est formé de plusieurs couches de cellules irrégulières, cylindriques ou coniques, parfois effilées aux deux extrémités ou terminées à l’une d’elles par un prolongement filiforme. Une membrane limitante le séparerait du tissu conjonctif sous-jacent.
L’irrégularité de ses éléments avaient frappé Henle, et il en avait fait un « épithélium de transition », parce qu’il lui semblait qu’on ne pouvait le ranger ni dans le groupe des pavimenteux ni dans le groupe des cylindriques, mais entre les deux, à titre de type intermédiaire.
Nous n’avons pas eu entre les mains le passage des œuvres
(4) 1ancx. — Ueber das Epithel der ableitenden Harnwege. Archiv. für Anat. und Physiol. ; de Reichert et du Bois-Raymond, 1864, p. 137.
de Henle où cet épithélium se trouve décrit, et nous ne savons pas comment il l’a étudié, mais il est vraisemblable qu’il s’est borné à des dissociations sans pratiquer de coupes, puisque Linck ne lui attribue aucune opinion sur la réparütion des cellules.
b) Avec Külliker (1) la question fait un pas de plus. Cet auteur étudie les relations des cellules entre elles et spécifie l'existence de trois couches dans l’épithélium: une couche profonde, formée de cellules arrondies, une moyenne, de cellules cylindriques ou coniques, et une superficielle, de cellules polygonales ou arrondies. Pour lui, ces cellules contiennent souvent deux noyaux, et parfois aussi des grains clairs, à contours légèrement assombris et ayant l’apparence de noyaux.
c) Le mémoire de Burckhardt (2) qui vient ensuite, mérite une mention particulière, en ce sens qu'on y trouve soulevée la question de l’origine des cellules épithéliales. Burckhardt a examiné des préparations fraiches et d’autres durcies par l’acide chromique.Comme Külliker, il admet trois couches, mais ne les comprend pas de la même manière, et c'est surtout dans la description de la couche profonde que siègent les différences.
D’après lui, cette couche serait formée de trois ou quatre assises de cellules arrondies ou ovales, à contours plus ou moins nets, entourées d’un tissu conjonctif où circule un fin réseau capillaire. Il conteste l'existence d’une membrane limitante, et pense que la couche de cellules reposant dans le tissu conjoncüf n’est que la matrice des deux couches supérieures. Celles-ci constitueraient à elles deux l’épithélium proprement dit. Il n’y aurait donc pas de ligne de
(1) KüLLKER. — Handbuch der Gewebelehre des Menschen, 1855, p.509. (2) BURCKHARDT. — Das Epithelium der ableitenden Harnwege. Virchow Archiv. für Patholog., Anatomie und Physiologie. Vol. 17, p. 94, 1859.
démarcation appréciable entre l’épithélium et le tissu conjonctif ; ce dernier émettrait peu à peu vers l’épithélium, des cellules qui passeraient de l’état conjonctif à l’état épithélial.
La couche moyenne se compose de cellules de formes très variables, mais dont le grand axe est en général perpendiculaire à la surface interne du canal. On y trouve cependant des cellules arrondies, petites, à noyaux relativement volumineux. Les autres sont ovales ou polygonales, où même fusiformes. Certaines ont un prolongement filiforme, d’où leur nom de cellules à queue, et possèdent souvent plusieurs noyaux ; les queues sont dirigées vers la couche profonde, et leur extrémité, parfois bifide, se termine ordinairement par un renflement plus ou moins volumineux pouvant contenir un petit grain clair. Tous ces éléments ne sont point jetés pêle-mêle ; les petites cellules rondes occupent les parties profondes ; entre elles et au-dessus sont les cellules ovales et les cellules à queue, qui sont d'autre part écartées les unes des autres par des cellules très irrégulières.
La couche supérieure comporte quatre à six assises de cellules superposées qui vont en diminuant d'épaisseur, de la profondeur vers la surface libre. Ce sont des cellules pavimenteuses. Celles des assises superficielles sont irrégulièrement polygonales, oblongues, aplaties ; celles des assises plus profondes offrent à leur face inférieure un ou plusieurs enfoncements destinés à loger des cellules de la seconde couche. Tous les éléments de cette couche superticielle ont un ou plusieurs noyaux ; leur protoplasma est granuleux et renferme parfois de gros grains brillants.
d) Linck critique les observations de Burckhardt. Pour lui, la couche superficielle ne posséderait qu'un seul rang Ge cellules, et si Burckhardt en a vu plusieurs, c'est parce qu’il a mal orienté ses coupes, prenant alors pour des réalités les apparences dues à l’obliquité des sections.
Il affirme d’autre part l'existence d’une membrane hyaline très nette entre l’épithélium et le tissu conjoncüf, et refuse d'admettre comme couche épithéliale le mélange de cellules et de tissu conjonctif dans lequel Burckhardt place les phénomènes de régénération de l’épithélium. En somme, Linck revient à la manière de voir de Külliker.
e) Malgré l’apparente précision apportée par les précédents observateurs à l’étude de la question, Hamburger (1) a cru devoir la reprendre sur les organes urinaires d’un supplicié, pensant y trouver des conditions plus favorables à de bonnes observations. Les réactifs dont il se servit furent : l'alcool ordinaire, l’alcool dilué de Ranvier, la liqueur de Müller, le sérum iodé et le bichromate d’ammoniaque à 2 p. 100. Nous exposerons plus loin l'opinion de Hamburger sur les glandes de luretère ; pour le moment nous nous contentons de résumer le résultat de ses recherches en ce qui concerne l’épithélium.
Cinq à huit assises de cellules formeraient, suivant lui, ce revêtement ; les éléments seraient cylindriques et fusiformes dans les couches profondes, auraient dans les couches moyennes une forme intermédiaire entre la forme cylindrique et la forme cubique, et enfin seraient franchement cubiques dans la couche superficielle. Les noyaux y seraient de forme ovalaire, et l’on trouverait parfois dans le protoplasma des corpuscules jaunâtres réfractant fortement la lumière.
Ce qui distingue surtout la description donnée par Hamburger, c’est l'affirmation ‘de l'existence d’un plateau cuticulaire homogène sur les cellules de la couche superficielle. L'auteur donne en outre de minutieux détails sur l’orientation des noyaux, dont le grand axe serait, par rapport à
(1) HAMBURGER. — Zur Histologie des Nierenbeckens und des Harnleiters. Archiv. für mikroskopische Anatomie. Vol. 17, p. 14, 1879.
Paxe du canal, oblique dans les couches profondes, perpendiculaire dans les moyennes, parallèle dans les superfcielles. Les cellules à prolongement déjà indiquées par Henle (cellules à queue de Burckhardt), attirent également son attention ; il dit qu'il y à dans l’épithélium de grosses cellules, mesurant de 20 à 35 x, et dont quelques-unes sont pourvues d'un appendice filiforme parfois aplati à son extrémité, et long de 10 à 40 x. Les appendices en question pénétreraient dans le tissu conjonctif sous-jacent et, comme lui, pâliraient et se gonfleraient sous l'influence de l'acide acétique. Hamburger aurait même vu, sur deux dissociations, la continuation des appendices avec des fibres con- Jonctives. Quant à l'existence d’une membrane basale, il la nie, et, pour lui comme pour Burckhardt, les cellules con- Jonctives situées sous l’épithélium, plus grosses que les autres, serviraient probablement à la régénération de la couche épithéliale.
Nous aurons terminé ce qui à trait à l’épithélium quand nous aurons dit qu'Obersteiner (1) aurait vu, comme Hamburger, les cellules à queue se continuer avec les fibres conjonctives ; que Toldt (2) adopte l'expression d’épithélium de transition donnée par Henle ; que la plupart des livres classiques se bornent à le ranger dans la catégorie des épithéliums pavimenteux stratifiés (Sappey (3)—Sthôr (4) — Gegenbaur (5) — Rauber (6) —) ; que Fort (7) y voit
(1) OBERSTEINER. — In Handbuch der Lehre von den Geweben, de J. Stricker, p. 521.
(2) Tocnr. — Lehrbuch der Gewebelehre, 1888.
(3) SApPEY. — Anatomie descriptive.
(4) SrHôr. — Lehrbuch der Histologie und der mikrosk. Anatomie des Menschen, 1888.
(5) GEGENBAUR. — Lehrbuch der Anatomie, 1889.
(6) RauBer. — Lehrbuch der Anatomie des Menschen, 1892.
(7) ForT. — Anatomie.
des cellules de toutes les variétés, moins celle à cils vibratils ; et enfin que Debierre (1)le nomme « Epithélium stratifié mixte ».
En résumé, tout le monde est d’accord pour en faire un épithélium stratifié et pour admettre l’existence des cellules à prolongements. Pour Hamburger et Obersteiner, les prolongements vont se perdre dans le tissu conjonctif ou se continuent avec lui; ces auteurs nient, avec Burckhardt, la membrane basale, et tendent à faire intervenir le tissu conjonctif dans les phénomènes de régénération épithéliale. Pour les autres, il y aurait une membrane basale, et par conséquent indépendance réciproque de la couche conjonctive et de l’épithélium. L'accord n'existe pas non plus sur la forme des cellules superficielles.
IT. OPINIONS RELATIVES AUX GLANDES. — a) C’est à Unruh (2) qu'il faut attribuer la découverte de formations glandulaires dans les premières voies de l’urine. Il les vit dans le bassinet, au cours de recherches sur les hémorrhagies qui peuvent se produire dans ce conduit chez les variobe
b) L’année suivante, Egli (3) reprend les observations d'Unrubh, les confirme en ce qui concerne les glandes du bassinet, et découvre que la partie supérieure de l’uretère contient aussi des formations similaires. Unruh avait assimilé les glandes du bassinet aux glandes sébacées. Pour ieli, celles de l’uretère, comme celles du bassinet, ont les caractères suivants : situation très superficielle, forme intermédiaire entre la glande en grappe et la glande en tube, canal excréteur rudimentaire ou manquant totalement,
(1) DEBIERRE. — Traité élémentaire d'anatomie de l’homme, 1890.
(2) Uxrun. — Ueber Blutungen in Nierenbecken und Ureteren bei Pocken. Archiv. fr Heilkunde, 1872.
(3) EGcr. — Ueber die Drüsen des Nicrenbeckens. Archiv. für
mikrosk. Anatomie. Vol. IX, 1873, p. 653.
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la lumière de la glande étant remplie de cellules cylindriques ou fusiformes disposées radiairement.
La présence de ces glandes ne serait pas constante, et leur répartition, quand elles existent, serait très irrégulière. Parfois Egli en a trouvé une ou deux par centimètre carré ; dans d’autres cas, elles étaient plus clairsemées encore.
c) À peu près en même temps qu'Unrubh, et sans paraître avoir eu connaissance de ses recherches, Paladino (1) signalait l'existence de glandes dans le bassinet du cheval ; deux ans après, Sertoli (2) confirmait ses résultats, sur lesquels Egli (3), Hamburger (4) et Ellenberger (5) ont insisté tour à tour. Toutefois cette opinion a été attaquée, car, s’il faut en croire Sertoli, Franck aurait prétendu que ces glandes ne sont que des anses et des replis de la muqueuse.
d) Si nous revenons à l’espèce humaine, il nous faut mettre en cpposition deux observateurs qui l’un et l’autre ont examiné les organes de suppliciés, à savoir Hamburger et von Brunn.
Hamburger (6) affirme qu’il y a dans l’uretère de l’homme des glandes ayant la forme de glandes sébacées simples, et que ces glandes, plus nombreuses dans la partie supérieure de l’uretère que dans l’inférieure, sont inégalement distribuées. On peut en trouver des groupes de cinq à huit réunies sur un petit espace, tandis qu’elles peuvent manquer
(4) PaLApINo. — Di alcune glandole non ancora descritta nella mucosa del bacinetto renale. (Bulletino dell’ Associazione di naturalisti e medici di Napoli, no 5, 1872).
(2) SERTOLI. — Osservazione sulla structura della mucosa del bacino renale del Cavallo. (Gazetta medico-veterinaria, juin 1874, Milan).
(3) EGzr. — Loc. cit.
(4) HAMBURGER. — Loc. cit.
(5) ELLENBERGER. — Vergleichende Histologie der Haüssaugethiere,
(6) HAMBURGER. — Loc. cit.
Mers
en certains endroits d’une étendue d'environ un centimètre carré.
Les plus grosses mesurent de 65 à 98 4; elles sont composées d’une membrane hyaloïde renfermant des noyaux, d’une couche de cellules cylindriques basales de 10 à 15 & disposées radiairement, et enfin de cellules polygonales de 10 à 18 y pourvues d’un gros noyau (4 à 5 u), et d’un protoplasma granuleux.
Brunn (1) a trouvé et confirmé les apparences de glandes décrites par Hamburger, mais, pour lui, ce ne sont pas des glandes.
Personne n’oserait l’affirmer, dit-il, car il n’y a pas de cavités dans ces formations: or, une cavité est indispensable aux glandes ; on n’y rencontre pas non plus de phénomènes de sécrétion, et enfin, au lieu d’être des éléments glandulaires bien caractérisés, les cellules ne sont que de simples éléments de l’épithélium superficiel.
Brunn donne à ces formations le nom de Bourgeons épithéliaux quand elles sont en communication avec l’épithéhum, et celui de Nids épithéliaux quand cette communication n'existe pas. Pour lui comme pour Burckhardt, il n’y a pas de limite bien nette entre l’épithélium et le tissu conjonctif sous-jacent ; celui-ci envoie des bandes conjonctives lamelliformes dans l’épithélium ; ce sont de véritables crêtes qui sillonnent en tous sens le revêtement ; elles contiennent des vaisseaux, s’anastomosent entre elles, et, en grossissant, finissent par emprisonner ies bourgeons épithéliaux interposés, dont le pédicule s’étrangle graduellement jusqu’à disparaître. Ainsi se forment les nids épithéliaux. Nids et bourgeons auraient donc pour Brunn une signification très incertaine.
(1) BRUNN. — Ueber drüsenähnliche Bildungen in der Schleimhaut des Nierenbeckens, des Ureters und der Harnblase beim Menschen. (Archiv für mikroskop. Anatomie, 1893. Vol. 41, fasc. IT, p. 294.