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CHAPITRE IE

Description de l’'épithélium

Il y a ici deux points à considérer: d’une part, le revétement des papilles, d'autre part, l’épithélium de l’uretère proprement dit, y compris le bassinet et les calices.

I. — EPITHÉLIUM DES PAPILLES. — En général, les auteurs qui se sont occupés de l’épithélium des voies urinaires sont peu précis en ce qui concerne la façon dont le revêtement des tubes collecteurs du rein se continue avec celui des papilles ; presque tous se bornent à constater la continuité sans dire où se fait la transition. |

Külliker (1) essaye cependant d’être plus explicite, et semble admettre que l’épithélium des papilles est le même .que celui des calices, bassinets et uretères, en sorte que, pour lui, le point de transition serait à l’orifice des pores urinaires. Toutefois, son affirmation reste très vague.

M. Nicolas est peut-être le seul qui ait précisé le mode de continuité entre l’épithélium du collecteur et celui du versant papillaire. « Arrivé à l'embouchure du pore, dit-il (2), l’épithélium canaliculaire se continue avec celui qui tapisse la surface de la papille et qui est constitué par des cellules prismatiques aussi hautes que larges, à base rectiligne, et à extrémité libre, légèrement arrondie. Leur taille est bien moins considérable que celles des précédentes, cela

(1) KüLiKER. — Loc. cit.

(2) Nicoas. — Loc. cit.

surtout à cause de l’exiguité du corps cellulaire. » Mais M. Nicolas laisse de côté la transition entre cet épithélium papillaire simple et l’épithélium stratifié du calice. Où et comment se fait cette transition ? C’est ce que nous allons essayer d'établir en décrivant les préparations de M. Baraban. Ces préparations montrent en outre que la description de M. Nicolas ne s'applique pas à l’homme, et que l’épithélium du versant papillaire n’est pas identique à lui-même dans toute son étendue.

Schématiquement (fig. I) et en laissant de côté tous les détails, voici en effet les caractères généraux de ce revétement dans l'espèce humaine. Simple au pourtour de chaque pore urinaire, il devient très rapidement straüfié à deux, puis à trois et même à quatre couches, au fur et à mesure qu'on se rapproche de la base de la papille ; il augmente par conséquent de hauteur pendant tout ce trajet, au cours duquel ïl appartient constamment au type cylindrique simple ou stratifié le plus net. Arrivé vers la base de la papille, la couche diminue assez rapidement de hauteur, devient très mince, et se compose alors de deux ou trois assises de cellules irrégulièrement polyédriques, dont le protoplasma est fort peu développé, en sorte que les noyaux cellulaires se touchent presque ; elle garde cet aspect dans le sinus formé par la papille et le calice, et se continue enfin, par une transition plus ou moins brusque, avec l’épithélium du calice. Voilà pour l'ensemble ; voyons maintenant les détails.

La figure IL représente l’épithélium qui tapisse le pourtour des pores urinaires, dans une certaine étendue. Contrairement à ce qu'a vu M. Nicolas sur les animaux, cet épithéllum est ici au moins égal en hauteur, sinon plus, à celui des canaux collecteurs. Ses éléments prismatiques sont environ quatre fois plus longs que larges ; leur surface libre, légèrement bombée, est marquée par un liseré cuticu-

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laire très net et réfringent ; leur extrémité profonde s'adapte aux irrégularités du tissu conjonctif sous-jacent ; leur noyau est ovale et situé un peu plus profondément que le centre de figure de la cellule. Quelques cellules toutefois s’écartent de ce type par leur minceur, par l’exiguité de leur noyau, qui se colore aussi plus vivement, eten outre par la manière d’être de leur bord libre : au lieu de se terminer, en effet, par un liseré net, il se confond avec une sorte de matière gommeuse qui s'échappe du corps cellulaire et dépasse le niveau général de l’épithélium.

La transition entre cet épithélium simple et l’épithélium à deux couches se fait graduellement, comme l’indique la figure III, par l’interposition de cellules poiyédriques dans la profondeur du revêtement. En devenant de plus en plus rapprochées, ces cellules profondes finissent par constituer une couche régulière (fig. IV), dont la continuité toutefois n’est pas assez parfaite pour empêcher quelques cellules superficielles d'introduire leur pied dans les intervalles. Il y a donc à ce niveau des cellules à pied, cylindro-coniques (fig. V), à sommet plus ou moins tronqué, et des cellules polyédriques intercalaires. Ce qui frappe ici encore, c’est la présence de boules ou granulations d'apparence muqueuse dans bon nombre de cellules, aussi bien dans celles de la couche profonde que dans les superficielles. Les unes et les autres, profondes ou superficielles, peuvent de ce chef acquérir la forme de calice si fréquemment revêtue par les cellules à mucus, calice allongé ou très court, selon que la cellule appartient à la couche superficielle ou à la profonde (fig. VI).

Il arrive parfois, mais rarement, qu’à l'épithélium du tube droit fasse suite immédiatement un épithélium à deux couches, dès le pourtour du pore urinaire; on peut voir aussi des pores dont le pourtour est garni d’un côté par une seule couche et de l’autre côté par une double couche de

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cellules épithéliales. Ces exceptions tiennent-elles à ce que les pores ainsi entourés s’écartent plus que les autres du sommet papillaire et s’ouvrent dans la zone où l’épithélium est déjà à deux couches ? Ou bien tendent-elles à démontrer que le vrai type du revêtement papillaire est le type stratifié, et que si, dans les deux cas observés par M. Baraban, on trouve autour de la plupart des pores urinaires une collerette d’épithélium simple, cette collerette doit être envisagée plutôt comme une aberration de l’épithélium canaliculaire que comme épithélium papillaire proprement dit? Y a-t-il des cas où cette collerette n’existerait pas, ce qui justifierait alors les affirmations un peu vagues de Külliker? Nous ne pouvons le dire, car nous n’avons pu avoir l’occasion de vérifier ce point, vu la caducité de ces éléments dans les circonstances où nous étions placé. L’adjonction graduelle d’un plus grand nombre de celluies dans la profondeur du revêtement à deux couches le transforme vers la base de la papille en un épithélium cylindrique stratifié, très épais, sur la description duquel nous ne nous appesanürons pas, attendu que les figures VII et VIII en donnent une idée suffisante. Nous insisterons cependant sur les différences d'aspect que présentent les éléments cellulaires d’une de ces figures à lautre. Dans la figure VII, les cellules ont un protoplasma finement grenu et un noyau ovoide à peu près central ; dans l’autre, au contraire, les noyaux sontirréguliers, petits, refoulés vers la profondeur des cellules, fortement colorés, tandis que la partie superficielle du protoplasma est occupée, comme dans les cellules à mucus, par un globe réfringent. Il y à ici de véritables cellules caliciformes, aussi bien dans les couches moyennes qu’à la surface. Ce qui rend particulièrement intéressantes ces différences, c’est qu’elles se montrent sur des points très rapprochés de l’épithélium ; les figures Vilet VIIT représentent en effet des champs microscopiques

Re — absolument voisins. Pourquoi les cellules n’y sont-elles pas semblables ? Serait-ce parce qu'elles ne sont pas de même nature, et devrait-on admettre qu’il y ait dans le revêtement papillaire des éléments tout spécialement chargés de faire du mucus, à l’exclusion des autres ? Ou bien n’avons-nous pas au contraire sous les yeux une seule et même espèce de cellules dont les individus auraient été surpris par les agents fixateurs dans des manifestations diverses de leur vitalité ? Ce qui semblerait le démontrer, c’est la présence de granulations relativement brillantes, probablement muqueuses, dans quelques cellules de la figure VII.

Sur certaines papilles, la zone d’épithélium à trois ou quatre couches est peu étendue; sur d’autres elle est tellement peu accusée, qu’on pourrait dire qu’elle fait défaut. Dans ce cas, la transition entre l'épithélium du versant papillaire et celui du sinus basal est moins brusque sous le rapport de la hauteur totale de la couche épithéliale, mais elle ne s’en établit pas moins nettement sous le rapport des formes cellulaires.

Comme nous l’avons dit plus haut, ces dernières sont très irrégulières, petites, sans caractère bien défini. Le protoplasma en est comme atrophié, et d'autre part, il est très difficile de saisir nettement la limite entre les cellules épithéliales les plus profondes et les cellules conjonctives les plus superficielles (fig. IX). Nous avions d’abord supposé, en présence de cette sorte d’atrophie des cellules, que l’on pouvait la rapporter à l’action du muscle circeumpapillaire de Henle. Nous pensions que la tonicité, les contractions de ce muscle pouvaient, en comprimant constamment les deux faces du sinus l’une contre l’autre, déterminer une moindre vitalité de l’épithélium, et par conséquent en modifier le type. Cela se voit en d’autres circonstances, à vrai dire le plus souvent pathologiques. Mais en examinant bien la situation du muscle de Henle, nous ne croyons

pas que cette hypothèse puisse être maintenue. Ce muscle est en effet situé beaucoup plus près de la base de la papille que le sinus lui-même ; on peut même dire, en se placant au point de vue physiologique, qu'il marque la véritable base de la papille, puisqu'il est comme un sphincter appliqué sur le trajet des tubes collecteurs des pyramides de Malpighi. C’est seulement en aval de ce sphincter que s’'insère l’épithélium du calice ; celui-ci échappe donc à son action.

II. — EPITHÉLIUM DES CALICES, BASSINETS ET URETÈRES. — I n'y à pas grand chose à ajouter ou à modifier aux descriptions que Külliker, Linck, Burckhardt, Hamburger, etc., ont données des formes cellulaires dans l’épithélium des calices, bassinets et uretères. Nous avons constaté par nous-même, sur des dissociations naturelles produites par la mort et l’état cadavérique à son début, que l’on y trouve en effet des formes extrêmement variées, mais il nous a paru qu'il fallait mettre un point d'interrogation sur la continuité des prolongements cellulaires avec les fibres conjonctives. Qu'il y ait des prolongements épithéliaux dans le tissu conjonctif sous-jacent, nous l’admettrions très volontiers, car nous avons observé dans certaines coupes, entre la couche épithéliale légèrement soulevée et le chorion, l'existence de tractus pâles, susceptibles d’être considérés comme prolongements cellulaires ; mais, outre que nous ne saurions être affirmatif sur ce point, il nous a semblé qu'avant d'affirmer la continuité de cellule à fibre, il fallait être très défiant à l'égard des superpositions que ie hasard présente si souvent. Nous nous en tiendrons donc à ces courtes réflexions sur les formes cellulaires, renvoyant pour les détails au travail de Hamburger ; toutefois nous devons dire, dès à présent, que tous les auteurs ont méconnu ici l'existence de cellules caliciformes ; il en

existe, mais pas partout : on verra tout-à-l’heure où elles se trouvent.

En exposant l'historique de la question, nous avons cherché à faire ressortir les divergences d'opinions des auteurs, et montré qu’elles portent principalement sur la répartition des formes cellulaires. Notre attention a donc. été attirée sur ce point, et nous croyons que, si l’on n’a pas été d'accord jusqu'ici, c’est que les observations ne se sont pas produites dans les mêmes conditions. L’épithélium de ces conduits peut en effet être surpris en deux circonstances naturelles bien opposées, suivant qu’ils sont contractés ou relâchés : on peut en ajouter une troisième, artificielle cette fois quand elle n’est pas pathologique, qui est la dilatation par injection fixatrice (alcool, liquide de Flemming) sous pression plus ou moins grande. C’est dans les deux conditions extrêmes, contraction et dilatation par injection, que nous nous sommes placé, l’injection ayant été faite avec l’intention d'effacer simplement les plis de la muqueuse sans forcer la résistance naturelle des tissus ; mais nous ne saurions affirmer que cette intention n'ait pas été dépassée dans un des cas observés par M. Baraban, car l’on y voit des éraillures dans les couches superficielles du revêtement épithélial, la simple inspection des figures X et XI, qui représentent l’épithélium de l’uretère en ces deux états extrêmes, suffira à démontrer que les cellules sont obligées de modifier singulièrement leur forme pour s’adapter à ces deux manières d’être.

Dans l’état de contraction des uretères (fig. X), toutes les cellules épithéliales ont leur grand axe perpendiculaire à la lumière du conduit; bien qu’elles soient de formes variées, elles ont en effet toujours un grand axe, malgré l'apparente contradiction introduite par l'examen sommaire ‘des cellules superficielles qui paraissent à peu près Cubiques. En réalité, si l’on examine ces dernières avec

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