‹ Recherches sur la structure des annélides sédentairesChapitre 12 sur 55 · XII BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

XII BIOGRAPHIE

ainsi diio, un jalon dans l'histoire des êtres qu'il étudie et fait faire à la science, sur tous les sujets qu'il aborde, un pas incontestable. Il ne reculait devant aucune peine lorsqu'il s'agissait d'élucider une question. Rencontrait-il dans ses lectures des points obscurs ou des assertions qui ne lui paraissaient pas admissibles, il se condamnait souvent à reprendre ab ovo le travail d'un autre dans l'espoir de se rendre compte de la vérité. Ces recherches, entreprises dans le seul but de satisfaire son esprit, ont souvent donné lieu de sa part à d'intéressantes communications au sein des sociétés savantes et ont quelquefois été publiées sous forme de notes. C'est ainsi, par exemple, qu'il a tranché le débat qu'avaient fait naître les travaux contradictoires de Mecznikow et de Balbiani sur la reproduction des pucerons. Après avoir refait lui-même toute l'étude de cette reproduction, il a montré que, contrairement à l'opinion de Balbiani, ces insectes ne sont pas hermaphrodites.

Lorsque parut l'ouvrage de Darwin sur l'origine des espèces, Claparède s'empara des vues de l'auteur avec une sûreté de coup d'œil que la marche de la science a depuis lors pleinement justifiée, et qui lui permit de s'élever à des conclusions importantes. Il publia à cette époque, dans la Revue Germanique, sur le livre de Darwin, des articles remarquables, dans lesquels il s'éleva à une grande hauteur de vues, et en 1869 il donna une critique des plus judicieuses de l'ouvrage de Wallace, auteur auquel on attribue avec raison l'honneur d'avoir mis en lumière en même temps que Darwin l'idée qui sert de base à la théorie de la sélection naturelle.

Dans tous ses travaux on le trouve du reste inspiré des tendances darwinistes, et il fait jaillir de ses observations, des rapprochements ingénieux appuyant tous la doctrine de l'évolution qui joue aujourd'hui un si grand rùle dans les sciences biologiques. Ainsi, et pour n'en citer qu'un seul exemi)le, il consacre, à la fin de son beau mémoire sur le développement des Acariens, un chapitre à l'appui de la théorie de Darwin, en montrant que l'appareil qui sert de crampon chez les aca-

BIOGKAPHIE. XIII

riens parasites, éclia[t|>e à la loi d'homologie. En eiîel, ce n'est point un organe fixe qui renii)lit ces fonctions, mais l)ien au contraire tel ou tel organe qui se trouve modifié, suivant les espèces, en vue de l'adaptation aux mêmes fonctions. Chez les uns ce sont les pattes antérieures, chez d'autres les pattes postérieures; chez les Lislrophorus, c'est même la lèvre inférieure qui se transforme en organe fixateur. Or, si les Acariens parasites formaient une famille| déterminée, dépendant d'un type primitif, l'organe fixateur serait toujours le même, tandis que si, au contraire, les parasites sont les descendants d'espèces à vie libre, dont les mœurs ont occasionnellement changé, et avec les mœurs aussi la forme des organes, comme le veut le système de Darwin, chaque espèce a pu adapter un organe quelconque aux fonctions de la fixation, en sorte qu'il ne saurait sous ce rapport exister entre ces organes aucun lien morphologi([ue. Et c'est précisément là ce qu'on observe.

Mais tout en se déclarant le disciple de Darwin, Claparède ne se laisse jamais entraîner dans les écarts d'imagination des enfants terribles de la doctrine du transformisme; il les combat même dans certaines circonstances.

A lire le résultat de tant de vastes recherches exécutées avec un si grand soin, on ne se douterait pas qu'elles eussent été sans cesse interrompues par la maladie.

La santé de Claparède était, en ertet, pour lui et pour ses amis, un sujet de préoccupations continuelles, et il n'est pas hors de propos, avant de parler des derniers ouvrages de notre ami, de dire un mot des souffrances physiques qui ont fait de sa vie un continuel supplice, qui ont sans cesse interrompu ses travaux scientifiques et qui lui ont suscité des difficultés de tous genres. On ne peut comprendre qu'un homme, dont l'existence n'a été pour ainsi dire qu'un long martyre, ait pu [)roduire de si nombreux et si importants ouvrages. D'une constitution faible, il avait été atteint en 185i d'un rhumatisme articulaire qui, en se portant au cœur, avait laissé à cet organe une lésion, cause principale de toutes les complications ultérieures. Encore simple étudiant, il était

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